Gazette archéologique, année 1S
plies, était entouré de soixante corps saints portant des noms d'évêques ou des noms de martyrs bourguignons, tous rassemblés comme pour participer à la gloire du patron de l'abbaye et pour lui faire cortège.
L'aspect de ces catacombes obscures, pleines de tombeaux ainsi accumulés, produisait une impression solennelle. Le pèlerin n'y pénétrait pas sans quitter sa chaussure ; s'il était chevalier, il déposait
3La confession De ^t (Germain îi':^\ixtxn.
son armure à l'entrée. Une inscription placée au-dessus de la porte l'invitait au respect dans ces termes : « Ne appropies hue, solve calceamentum de pedibus tuis. » Et, quand il approchait du tombeau principal, il lisait autour : Il n'y a pas dans l'Univers de lieu plus saint. « Vix est in toto sanctior orbe locus. »
Mon ambition ne va pas, à la distance où je suis du monument, jusqu'à décrire et expliquer toutes les particularités de l'église souterraine de Saint-Germain d'Auxerre et à relever toutes les preuves de son antiquité ; je me contente de signaler les dispositions absolument spéciales de la confession centrale et des alentours du tombeau, parce que je les crois suffisamment caractérisées pour les présenter comme une combinaison imaginée au IX« siècle. Il reste encore trop d'esprits imbus de cette fausse idée que pas un édifice carolingien n'a survécu aux désastres du X^ siècle.
Les critiques du XX^ siècle ont le devoir de réagir contre cette erreur et de saisir toutes les occasions de montrer que les néo-ations absolues sont aussi contraires à la découverte de la vérité que les affirmations tranchantes. La société des sciences, arts et belles lettres de l'Yonne travaille dans une contrée où les établissements chrétiens invoquent des origines très anciennes, où l'architecture a laissé de beaux spécimens de son savoir, elle ne court pas risque de perdre son temps, en se mettant à la
poursuite des débris laissés par les constructeurs antérieurs à l'an mille, surtout si elle s'attache à l'examen des édifices dont les soubassements se dérobent à la vue. De nombreux documents lui garantissent l'existence d'une fondation mérovingienne et carolingienne sur l'emplacement de Saint- Germain : à elle le devoir d'entreprendre le nettoyage de ses catacombes, éliminant tout ce qui n'est pas absolument archéologique et instructif, et de faire un ravalement général des murs recouverts d'enduits insignifiants à la suite duquel on pourra voir le parement de toutes les maçonneries, les joints, les matériaux employés, les marbres des colonnes et les feuillages des chapiteaux.
Je demande surtout qu'on enlève l'affreux autel qui masque la vue du tombeau. Il en coûtera quelque dépense, mais dans un pays où la mémoire de saint Germain est toujours honorée, les fonds ne peuvent pas manquer en appelant à l'aide le Conseil municipal, le Conseil général, et surtout en ouvrant une souscription dans la Semaine religieuse. Le jour où la société aura réuni deux ou trois mille francs, elle aura la certitude d'en trouver autant en s'adressant à l'Etat et à la Société des fouilles présidée par M. Babelon. Tel est le projet que j'ose présenter à mes confrères de la société des sciences de l'Yonne et recommander à leur zèle.
Léon Maître.
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