Voir Revue de l'Art chrétien, année 1907, p
de terre et de sciure de bois, nommé resvirke. Comme les anciennes églises en bois norvégiennes, nommées Stafkirke, elle possède un svalgang, c'est-à-dire une galerie couverte contournant tout le vaisseau.
Mais la majeure partie de ces édifices en bois était construite à l'aide de madriers horizontaux. On constate une grande variété dans les méthodes de construction. Parfois on emploie le bois en grume ; on fait usage de sapin ou de chêne.
Les plus anciennes églises, soit en bois, soit en pierre, sont très petites ; elles mesurent 12
Klockstapel de Granhult.
mètres de longueur ; elles ont à la nef 7 ou 8 m. de largeur, et le chœur mesure 5 mètres carrés. La nef forme un rectangle allongé, et le chœur, carré, constitue une construction indépendante ; il est séparé de la nef par un arc triomphal.
La plupart datent des deux derniers siècles du moyen-âge ; les formes ogivales régnent dans la construction en pierre et même dans celle en bois (Tutaryd, Nâshults). L'église de Kàfsjo se distingue par un chœur triangulaire. Il en était de même dans celle d'Edshult, qui fut une des plus remarquables de la Suède ; elle avait un court mais large transept, divisé en trois nefs par des pih'ers portant des voûtes en plein-cintre ; le toit était en batière, ardoisé. A l'intérieur, toute l'église offrait une voûte en bois. L'entrée était au Sud primitivement ; elle a été reportée à
Bebue lie rSrr chrétien.
l'Ouest dans les derniers temps ; les baies sont en cintre brisé (Edshult, Tutaryd, Backab)-).
Ce n'est qu'après coup, qu'on a ajouté aux vieilles églises, en guise de tour, des Klockstapel, dont les plus vieux datent de la fin du moyenâge et qui coexistaient parfois avec une tour.Malheureusement la plupart ont été remaniés. Le prototype se retrouve à l'église de Tutaryd : c'est une charpente verticale, une sorte de pylône aux montants très inclinés, supportant le beffroi sous l'abri d'un quadruple pignon, d'où émerge une flèche en aiguille. Il est fréquent dans les stafkirkerne de Norwège.
L'auteur s'occupe surtout des églises en pierre. Les églises romanes remontent aux environs de iioo ; elles sont à nef rectangulaire, avec chœur rétréci et abaissé, terminé par une abside demi circulaire ; parfois une tour carrée se dresse à l'Ouest. Ce type est importé du Danemark ; il se rencontre dans le Sud. Au XIT siècle la construction se simplifie ; l'abside disparaît, là où la brique est employée (prov. de Skane et de Halland).
Un type plus réduit encore comporte un seul bâtiment carré, sans annexe pour le chœur, qui occupa l'Est de la salle quadrangulaire. La tour fait défaut (prov.de Smàland). La maçonnerie est en moellons, avec chaînes aux angles ; les murs ont I m. à 1,50 m. d'épaisseur. La construction est rudimentaire. Rares sont les portes ornées de voussures en retrait comme la petite porte latérale de Lannaskede. Les fenêtres sont petites, hautes de seuil, peu nombreuses; une seule éclaire l'abside. La décoration est d'une extrême sobriété.
L'église monastique de Nydala représente le type cistercien, avec la chapelle de chaque côté du chœur, lequel est plus haut et saillant. Le chevet plat est percé de trois jolies fenêtres, surmontées de deux oculus et d'une rosace en roue.
L'église de Rydaholm est précédée d'une sorte de narthex rhénan surmonté de deux flèches soudées ensemble ; on dirait deux tours carrées accolées. Celle de Moeda a trois corps diminuant en gradins, avec pignon en bois, et au bout une abside demi-ronde. A côté se dresse le
traditionnel klockstapel.
Ua aénéDiction Ou Cierge Bascal.
|N graduel de l'église deRouen conservé à la bibliothèque nationale de Paris et remontant au XII L siècle, étudié récemment par M. H. Loriquet, et un livre de chœur norman-sicilien, conservé à la bibliothèque royale de Madrid et signalé par M. Léop. Delisle, contiennent un curieux morceau de l'Office duSamedi saint se rapportant à la bénédiction du cierge pascal, qui commence par les mots Exultet jani angelica turba cœlorum. M. L. Delisle fait à ce propos une remarque, qui met en relief la saveur artistique de l'ancienne liturgie.
La bénédiction du cierge pascal se célébrait avec une grande solennité, surtout dans les églises de l'Italie. Le diacre, monté sur l'ambon, psalmodiait VExu/fe/ dans lequel sont expliqués les mystères de la fête, et qui se termine par une prière pour les fidèles, le clergé, les dignitaires et de l'Église et ceux de l'État. Sur le rebord de l'ambon était déposé un grand rouleau, contenant le texte de l'Homélie, avec de nombreuses peintures explicatives. Ce rouleau se déroulait au cours de la psalmodie, de façon que les fidèles, debout auprès de l'ambon suivaient la psalmodie du diacre les yeux fixés sur les images correspondantes du rouleau. Il existe en Italie un certain nombre de ces rouleaux, et on en peut voir un spécimen à la Bibliothèque nationale, un autre au Musée britannique, dont un segment a été reproduit enautotypie dans le recueil de la Sociclé paléographiqice de Londres; ce sont des documents très curieux à étudier pour constater l'état de la peinture en Italie pendant le xr' et le xil" siècle. M. Emile Berteaux leur a consacré un chapitre de son beau \\vtt. L' Art dans l'Italie méridionale. Je ne connais pas de rouleaux de rii.rî///£'/ exécutés en France; mais le texte accompagné de la notation musicale, se trouve dans quelques-uns de nos vieux livres de chœur comme ceux dont il est en ce moment question.
Hutouc De Glaus Slutet.
IMAGIER de génie à qui nous devons la statuaire de notre Chartreuse, nous apparaît, pendant son séjour en Bourgogne, comme une figure à peu près distincte ; nous le voyons d'abord simple aide du titulaire de l'office ducal, Jehan de Marville, puis le successeur de celui-ci en 1389, et il demeurera en fonctions jusqu'à sa retraite en l'abbaye de Saint-Etienne de Dijon, retraite qui précéda de peu sa mort. Sa vie et ses œuvres pendant cette période d'une quinzaine d'années sont suffisamment
Mélanges.
connues, il est même peu d'artistes contemporains dnnt nous sachions autant dechoses. Enfin, grâce à M. Cyprien Monget et h son livre sur la Chartreuse de Dijon, nous savons où était son atelier — emplacement de la cour actuelle du Tribunal de commerce — et comment il était installé. Mais d'où venait Sluter ? Du Nord, cela est certain, seulement le Nord c'est un peu vague, et un peu plus de précision nous agréerait.
Le problème semble heureusement se circonscrire dans certaines données qui permettent de fixer dès à présent le point géographique sur lequel doivent porter les recherches. On avait pensé d'abord k Tournay qui fut, à cette époque, un centre important de production artistique, mais c'était une hypothèse toute gratuite et que n'est venu confirmer aucun fait. Aujourd'hui on cherche du côté de la Gueldre et ce serait la bonne piste.
En effet, le numéro de mai 190S, p. 189, de l'excellente < Revue de PArt chrétien >, donne sur la question un article signé de l'un des archéologues les plus distingués de la Belgique, M. A. de Ceuleneer. J'en extrais les renseignements suivants :
Dans le « Onze Kunst », numéro de Janvier 1908, M. A. Pit constate que Sluter rompt absolument avec la tradition de l'art idéaliste, en s'inspirant plus directement de la nature. Mais cette tendance existait déjà chez ses contemporains et dans les œuvres de peu antérieures. Ainsi, M. Pit signale les bas-reliefs de la tombe de Jean de Polanen, mort en 1384, qui se trouve dans l'église de Breda, et à Clèves les statuettes de la tombe du comte Adolphe VI, mort en 1364. [Cf. Bull, jj de la Gilde de Saint-Thomas et de Saint-Luc^ p. 64.)
Il note encore un sceau de Guillaume Sluter, abbé de Mariënweerdt, Gueldre, dont la figure est tout à fait dans le style naturaliste de Claus, et des statuettes de la même époque aux stalles de l'église de Zaltbommel, voisine de Mariënweerdt. Enfin, non seulement voilà, dans la Gueldre, un dignitaire ecclésiastique du nom de Sluter, mais à Zaltbommel on trouve à la fin du xiv-' siècle, et plusieurs fois, le nom de Van der Werve sur la liste des échevins. M. Pit conclut que pour établir l'origine de l'homme et la genèse de son art, on doit chercher en Gueldre et dans la partie attenante de la Prusse.
J'accepte volontiers ces conclusions, en ajoutant toutefois, qu'il faut plutôt généraliser le mouvement naturaliste dont le point de départ est la fin du XI II" siècle.Mais dès lors la comparaison s'impose manifestement entre les oeuvres certaines de Sluter, c'est-à-dire l'imagerie de notre Chartreuse, et les monuments de sculpture encore existant en Gueldre ; les indications fournies par M. A. Pit sont donc précieuses, et aussi en ce qui concerne l'existence d'homonymes des deux grands imagiers, Claus Sluter et Claus de Werve.
Qu'il me soit permis maintenant de revendiquer un droit de priorité dans la demi-solution du problème, et je le fais non par gloriole d'auteur, mais par déférence pour la p'us ancienne des Sociétés savantes de la Bourgogne, l'Académie de Dijon.
Dans les < Mémoires >> de cette compagnie, 4e série, tome II, années 1890-1891, se trouve une étude signée de mon nom, «Jean de la Huerta, Antoine Le Moiturier et le tombeau de Jean sans Peur ». Toute la partie documentaire, et elle est des plus importantes, appartient à feu Joseph Garnier, et l'auteur, on pourrait dire plus justement l'éditeur, n'a fourni de sa plume que le peu de pages de récit reliant les pièces citées, et quelques notes. Or, à la p. 144, avec commentaire en note, est rapportée, d'après le manuscrit 24019, Fonds français. Bibliothèque nationale, l'épitaphe de Claus de Werve, copiée par Palliot, à Saint-Etienne de Dijon : « Ci-gist Claude de Werve de Hatheim au comté de Hollande, tailleur d'imaige et variât de chambre de monseigneur le duc de Bourgogne, qui trespassay le jeudi viiie jour d'octobre MCCCCXXXIX. Dieu eut son âme. Amen. » C'est à un maître érudit, feu Bernard Prost, inspecteur général des bibliothèques et archives, qu'est due entre beaucoup d'autres, la découverte de ce texte, et aussi la détermination de l'année. Le chiffre des unités, en effet, est effacé dans la copie de Palliot, mais M. Bernard Prost l'a rétabli en produisant une charte originale de Philippe le Bon, du 18 octobre 143g — Archives de la Côte-d'Or, B. 382 — prouvant que, à cette date, Claus de Werve était tout récemment décédé, et cela est confirmé par plusieurs textes du Fonds de Bourgogne à la Bibliothèque nationale. Enfin, ce qui achève la démonstration, le 8 octobre 1439 était un jeudi.
Claus de Werve, le neveu, l'élève favori, le successeur de Sluter, était donc de Hathem — beaucoup de noms qui s'écrivaient autrefois avec le suffixe de lieu ■< heim » prennent maintenant la désinence simplifiée « hem ; ainsi Haarlheim est devenu Haarlem — Hattem est une petite ville de la Hollande, province de Gueldre, à huit kilomètres environ au sud de ZwoUe.Il est vraisemblable que Sluter en était originaire ou d'une localité voisine. Et voici un fait qui corrobore l'hypothèse. Le nom de Sluter peut être traduit en latin >i claviger », celui qui ferme, le portier, si l'on veut; et, en effet, dans son sceau conservé en empreinte aux Archives de la Côte-d'Or, l'imagier a mis une clé en pal. Ce sceau a été reproduit dans les « Mémoires > de la Commission des Antiquités de la Côte-d'Or, et dans l'ouvrage de feu Cyprien Monget : •î La Chartreuse de Dijon ». Notons qu'il porte lisiblement, gravé en caractères du temps, «Claus Sluter >, ce qui tranche définitivement la question de l'orthographe
du prénom.
Mais, d'une communication faite par un érudit hollandais,
M. A.-J. Enchâssé — v. la note des pp. I44-I45 — •' résulte que, en hollandais, le nom s'écrirait et se prononcerait Sluiter, tandis que Sluter serait la forme usitée en Gueldre. Ces faits sont manifestement propres à faire admettre l'origine gueldre de l'artiste génial à qui nous devons le Puits de Moïse et donnent raison à M. A. Pit ; ainsi c'est désormais à la Gueldre qu'il se faut s'attacher pour retrouver la trace des p remiers pas faits dans la vie et dans l'art du ciseau par Sluter. Si grand qu'il nous
3Rel)ue be V^xî t^xititn.
apparaisse dans ses œuvres, il ne fat certainement pas un isolé ; on a toujours plus ou moins deux collaborateurs, le passé et le présent ; et Michel-Ange, lui-même, c'est un nom que l'on peut prononcer quand il s'agit de l'auteur des i Prophètes y> de la Chartreuse, n'eut-il pas pour initiateur Luca Signorelli et Florence tout entière
(Bien Public de Dijon.)
Henri Chabeuf.
lia mise au tombeau De RugoVanDer r^^.^^.^^.^ Go es. '^'^'^'^'^^'^
ANS une note, publiée par M. Holmes dans la Burlington Magazijie de 1907, le savant critique appelait l'attention sur un fragment de tableau,
représentant les bustes de la Sainte Vierge et de S.Jean, peint en détrempe et provenant d'un palais de Gênes. Le fragment avait fait partie d'une mise au tombeau qui avait péri dans un incendie et appartient actuellement à la Bibliothèque de Christ-Church Collège, à Oxford. M. Holmes croyait y reconnaître une œuvre de l'école tournaisienne. M. Destrée consacre à ce fragment une intéressante étude dans le numéro
de juillet de la Revue Onze Kunst et arrive aux conclusions suivantes : Hugo Vander Goes a composé une Mise au tombeau dont probablement il a peint lui-même une ou plusieurs copies. L'original semble avoir disparu ; seulement le tableau eut un tel succès que nous en possédons plusieurs copies. La meilleure est celle de Naples ; on en possède aussi des répliques aux musées de Tournai, de Gand, à l'église de Furnes, à celle de St-Pierre de Louvain et ailleurs. La réplique conservée au Louvre semble être l'œuvre d'un artiste français du XVI« siècle. Le musée de Berlin possède un fragment, aussi en détrempe, quelque peu analogue à celui d'Oxford. En les comparant on arrive à cette conclusion, que de tous ces tableaux, le fragment d'Oxford est de loin le meilleur et est très probablement de la main de Vander Goes lui-même. Peut-être le fragment de Berlin, quelque peu inférieur, est-il aussi du maître ; tous les autres tableaux ne sont que des copies ou des répliques du travail original de Vander Goes. Il est curieux de noter que les deux fragments d'Oxford et de Berlin sont peints en détrempe.
Adolphe DE Ceuleneer.
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France.
Bar. 16 juillet 1908.
Honoré Monsieur,
M. Sanoiierfait paraître dans la 4° livraison de la Revue, une lettre qu'il vous adresse et dans laquelle îl critique longuement mon interprétation du lintpau de l'ancienne abbatiale de Vézelay.
Vous voudrez bien me permettre de montrer, à mon tour, à nos lecteurs, que ses arguments sont loin d'être sans réplique.
Ma réponse ne peut naturellement être courte, puisqu'elle m'impose de nombreuses explications.
Pour mettre ea elle l'ordre et la clarté indispensables, et permettre à ceux qu'inté essent les questions iconographiques de suivre notre discussion avec plus de facilité,
je vais m'efforcer de suivre scrupuleusement la lettre de mon contradicteur, opposer observations à observations, paragraphes par paragraphes, de sorte que le lecteur pourra mettre chaque critique en regard l'une de l'autre et découvrir ainsi aisément, de quel côté se trouve la vérité.
Et d'abord, qu'il me soit permis, en commençant, de faire remarquer que nos thèses ne s'accordent pas d'une façon aussi absolue qu'il l'admet, quant aux scènes mêmes du tympan. Ses sculptures représentent à ses yeux, le fait historique de la mission des Apôtres. A mon sens, j'y reconnais non point un fait d'histoire évident dans sa pure simplicité, mais une représentation mystique de l'établissement de l'Eglise, l'action incessante de son chef en elle et les apprêts des noces éternelles.
Dans ce vaste ensemble d'imagerie sculptée, le baptême et l'effusion du St-Esprit tiennent visiblement une place prépondérante et à bon droit, car, S. Jean (III) nous en
CorresponDance.
avertit : i Nisi quis renatus fuerit in aqua et Spiritu sancto, non potest videre regnum Dei >.
Sans plus dire, abordons la série première des objections soulevées par M. Sanoner relativement h mon opinion sur les scènes du linteau de Vézelay.
i^ A. Mon contradicteur n'a jamais rencontré, dit-il, la personnification de l'Eglise en Bourgogne. La chose est possible; cependant, sans parler des figurations de l'Epouse qu'ont pu détruire le temps, les hommes, la mode, la Renaissance, les Huguenots et la Révolution, il convient de reconnaître que le type de l'Eglise a été admis dans l'art, comme nous le verrons plus loin, et qu'il peut même se rencontrer en Bourgogne, puisque je crois bien l'y découvrir. B. Sans doute, ici l'Eglise ne porte ni couronne ni calice ; d'abord les dégradations violentes dont elle a été victime pourraient les avoir fait disparaître; ensuite, elle n'a pas à recueillir à Vézelay, le sang du Christ comme dans une crucifixion ; enfin cette façon de la figurer souffre des exceptions . Sur un ivoire de Tongres {Mélanges cT Archéologie, Martin-Cahier, tome II, pi. VI) sa tête est couverte seulement d'un voile et de ses mains elle tient une bannière et les trois clous qui attachèrent Jésus à la croix, les pressant contre sa poitrine. Cet exemple, je le sais, remonte au IXe siècle, mais à Cahors, il nous en souvient, la femme signalée à la droite du Christ, par M. Lefèvre, ne peut être qu'elle, et, soit dit en passant, l'objet rond qu'il découvre dans sa main est bien le caillou blanc réservé à celui qui remporte la victoire : « Et dabo illi calculum candidum, et in calculo nomen sculptum quod nemo scit nisi qui accepit {Apoc. l. II. ch. II. » En dernier lieu, à Bourges même, dans la verrière que j'ai citée, on l'aperçoit au ciel, sans couronne, offrant à ses enfants non le lait des deux testaments, ainsi que je l'ai avancé par mégarde, mais les abreuvant et les enivrant de consolation « ab uberibus consolationis >, comme dit le texte sacré. C. Plus que ne veut le reconnaître M. S., le génie des imagiers unissait parfaitement les personnages concrets aux figures abstraites. Dans les Crucifixions, par exemple, il est fréquent de rencontrer cette Eglise près de Marie, la Synagogue au côté de Jean et les artistes y joignent parfois la terre, la mer, au moins dans les travaux sur ivoire et la peinture des manuscrits. A Ratisbonne, dans le fameux ouvrage de l'abbessé Uota, la Mort et la Vie personnifiées sont près de la Croix sur laquelle expire Jésus. (Martin-Cahier, Nouzk Mélanges, Tom I. pl.I.)
2". A et B. Dans mon article sur Vézelay, j'ai dit que le monde entier se mettait en route vers Pierre pour ouïr la bonne nouvelle. C'est ainsi que nos imagiers ont compris la conversion de la gentilité, et pour l'exprimer d'une façon sensible, intelligible au point de vue plastique, ils ont dû recourir à des formes tangibles, matérielles, à ce cortège imposant qui part à la recherche de la vérité comme les Mages vers Bethléem. Cette marche en avant du monde vers l'Eglise et Pierre, vaut bien, j'imagine, comme expression de pensée et dépasse comme pittoresque, la vue de créatures recueillies et méditant aux pieds
du chef des Apôtres. D'ailleurs n'est-elle pas en quelque sorte indiquée par ce passage de S' Luc, 5 : Cum irruerent turba; in Jesum ut audirent verbum Dei >. L'évangéliste et l'imagier ont donc exprimé de même une situation identique.
3°. Jamais je n'ai afiTirmé que la partie droite du linteau était réservée à la représentation des fausses religions ; d'abord toutes étaient telles à cette époque, à l'exception de celle des Juifs et précisément, j'ai cru les y découvrir près du trumeau de la porte. M. S. s'étonne alors que les artistes n'aient point séparé les groupes de chaque religion, d'une façon nette et précise. Cette réflexion est surprenante chez un homme qui me semble au courant des œuvres du Moyen- Age et qui n'est pas sans connaître la facilité avec laquelle les artistes de cette époque groupaient les scènes les plus diverses, les unes près des autres, sans solution de continuité. Etait-il d'autre part, nécessaire de représenter les prêtres des faux-dieux et d'étaler des sacrifices ? D'un côté, le Moyen-Age, ignorant la couleur locale,eût été fort embarrassé pour satisfaire les exigences de mon contradicteur, et la logique dont il fait habituellement preuve dans ses œuvres, ne lui permettait guèred'entraverl'élan d'unemarche par d'inutiles obstacles. En outre, ces hommes qui s'avancent vers Pierre sont déjà moralement gagnés à la cause du Christ, et partant, de leurs dieux et des sacrifices qu'admettait leur culte, il ne peut plus être question.
4° Si les répétitions sont rares dans l'iconographie des portails, elles se présentent néanmoins ainsi que le reconnaît M. S.. Cet aveu me permet donc de ne pas insister sur l'objection de mon honorable collègue et lui enlève également le droit de faire de cette objection, une .Trme contre ma thèse. Après avoir observé que S. Pierre paraît dans notre œuvre bourguignonne jusqu'à trois fois, j'ajouterai que l'objection de M. S. pèche par la base. En effet, au tympan, Jésus établit l'Eglise : au linteau, Pierre accomplit les prescriptions de son Maître. Son acte ne fait donc pas double emploi : il fait passer dans la pratique les institutions du Christ ; il en est le développement normal, le complément nécessaire. Finalement, je terminerai ce paragraphe en ajoutant contrairement à l'opinion de M. S., qu'une croisade n'est pas un mode d'évangélisation, mais un simple acte de foi : les croisés allaient délivrer le tombeau du Christ et non point prêcher sa doctrine aux disciples de Mahomet.
Abordons à présent, la seconde série d'arguments mis en avant par M. S.
A. Date du portail. Mon contradicteur fait allusion ici à la note finale de mon article. Cette note visait la datation que M. S. et Lefèvre ont cru bon de choisir relativement au tympan de Vézelay. M. S. opte pour 115s environ; M. Lefèvre pour 11 50. Ce dernier voit en outre dans les scènes du linteau, la représentation delà z" croisade. Par inadvertance, j'ai prêté au premier l'opinion du second. Or la date avancée par M. S., postérieure à la T." croisade et le jugement porté par lui sur la figuration du linteau de l'abbaye clunisienne m'ont permis
3Rebue lie r^rt cbrétien.
de croire qu'il partageait la façon de voir de M. Lefèvre. II n'en est rien, paraît-il; je n'ai donc plus qu'à m'excuser près de lui de ma méprise, et c'est ce que je fais très volontiers. M. Lefèvre, d'autre part, ayant voulu reconnaître dans les scènes du linteau, le mémorial de la grande réunion de Vézelay, j'ai montré que la thèse n'était pas vraisemblable et ce faisant, j'ai prouvé que la date de 1150 devait être rejetée, et par suite, celle de M. S. Or pour défendre son opinion, M. S. me renvoie à Viollet-le-Duc. J'ouvre donc son dictionnaire de l'Architecture h l'article PORTE, (p. 387), et je constate qu'il reporte l'érection du portail de Vézelay au commencement du XII' siècle. Je consulte d'autre part sa monographie de Vézelay tirée des Archives de la Com. des mon. hist. et j'y découvre, page 14, ces lignes: « Ces sculptures exécutées assez longtemps avant l'adjonction du porche à la nef, probablement à la fin du XI' siècle, surtout celles du tympan... ». M. S. n'est donc pas d'accord avec le maître auquel il m'adresse et je suis plus prêt à m'entendre que lui avec ce dernier, car, à mes yeux, le tympan devait exister au moment où l'abbé deClairvaux vint à Vézelay prêcher la 2^ croisade.
B. Mon honorable collègue déclare maintenant que les scènes du linteau sont seulement consacrées à la représentation de la croisade en général et il affirme en outre qu'au cas où les imagiers auraient voulu figurer la seconde de ces grandes expéditions d'outremer, ils ne pouvaient y introduire la portraiture de S. Bernard sans forfaire aux convenances, et par suite, qu'ils étaient obligés de se tenir dans les généralités. A tout ceci, je répondrai : 1° Si les artistes employés à Vézelay ont eu l'intention de représenter sur le linteau l'image d'une croisade, le souvenir de la deuxième si récent et qui avait jeté tant de lustre sur le monastère, s'imposait forcément à eux ; 2" Les opinions puritaines de S. Bernard avaient si peu d'influence sur les clunisiens de Vézelay que ceux-ci ont donné à leurs portes une richesse inouïe, une splendeur d'iconographie incomparable : si les sculptures du linteau représentaient la 2" croisade, ils y auraient certes figuré l'abbé de Clairvaux sans hésitation. 3° Enfin je demanderai à M. S. qui montrait tant d'exigences pour ma thèse et voulait que l'Eglise fijt couronnée, que les prêtres elles sacrifices païens figuras. sent sur le linteau sous peine de considérer mon opinion comme erronée, je lui demanderai, dis-je, comment il se fait que dans une croisade, on n'aperçoive pas une croix, une seule sur tant d'assistants, et comment aussi, un
mouvement tout religieux provoqué, prêché, dirigé par des gens d'Eglise n'ait pas amené les imagiers h. en mêler au moins quelques-uns h la foule qui couvre le linteau? Cette absence des uns et des autres, prouve, si je ne m'abuse, jusqu'à la dernière évidence, que mon contradicteur s'illusionne. Enfin, d'après la fig. 131 de la vie de J. C, M. .S. avance que les croisés sont à leur départ. Pour joindre les fameux Conmain?, ils devront donc faire sur eux-mêmes demi-tour, puisque ces êtres fabuleux marchent en queue de leurs colonnes : c'est inadmissible en vérité !
Mais de la défensive je veux passer maintenant à l'offensive.
Pour établir sa thèse, M. S. est obligé de faire abstraction de S. Pierre et du personnage féminin qui l'avoisine Et cependant ce ne sont pas évidemment des êtres négligeables et mis là, à l'aventure! Sans nul doute, les artistes ont voulu leur attribuer un rôle, et la grandeur physique qu'ils leur ont attribuée, prouve sérieusement toute l'importance qui leur était départie. On ne peut donc laisser ce groupe sans explication. Je l'avoue, sa présence constitue la grande difficulté qu'offre l'interprétation du linteau. Sans lui, j'aurais tout simplement reconnu dans l'imagerie tout entière du portail: Le règne de Dieu établi par le baptême et les effusions du Paraclet. Sans lui, aussi, j'aurais plutôt vu dans le linteau, au lieu d'une croisade quelconque, une figure du Baptême, les Hébreux traversant la Mer Rouge figurée par les ondulations qui les surmonte, et défilant dans une naïve combinaison, de chaque côté de l'arche disparue et occupant la place où j'ai mis l'agneau ; mais Pierre et sa voisine étaient là et m'en ont détourné. J'ai donc dû me tourner vers une explication différente et j'ai pris dans ce but comme guide, la verrière que l'on sait, préférant baser mon jugement plutôt sur une œuvre des temps passés, que sur les pensers du siècle. Je termine. Aucune des objections de mon contradicteur n'est restée sans réponse et j'estime qu'à l'encontre de ses dires, ma thèse n'est pas ébranlée. Elle reste donc entière, homogène, en accord étroit dans toutes ses parties, pendant que celle de M. S. demeure incomplète, puisqu'il ne sait que faire du chef des âpotres et de sa voisine placés sur le linteau de Vézelay et que ses croisés sans croix et sa croisade laïque ne disent rien qui vaille.
Recevez, honoré Monsieur, etc.
P. Mayeur.
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Société Nationale des Antiquaires de France. — Scance du 27 mai igoS. — M. L. Dumuys fait hommage d'une de ses publications sur l'iconographie de Jeanne d'Arc ; il donne des détails nouveaux sur son portrait à l'hôtel de Ville d'Orléans et sur les représentations qui en dérivent.
M. J.-J. Marquet de Vasselot présente une remarquable statuette de saint Pierre, en bronze doré, du commencement du XIV^ siècle, provenant des environs de Florence et acquise par le Louvre. Cette belle œuvre semble de travail français.
Séance du 10 juin. — M. F. de Mély communique une notice sur un retable de l'abbaye de Flines aux armes de l'abbesse Jeanne de Boubers, peint par Jean Bellegambe en 1533 et par l'abbesse du Cellier, près Clairvaux.
M. P. Lauer communique une notice sur l'icône byzantine de la Vierge conservée à Sainte-Marie du Transtévère, récemment découverte. Elle serait antérieure à Calixte II (1119-1124).
M. le baron de Baye communique un ornement de coiffure provenant du Gouvernement de Kiefet dont l'ornementation à globules remonte aux Scythes et reste encore en usage.
Séance du ly juin. — M. P. Monceaux communique divers plombs découverts à Carthage par le R. P. Delattre.
M. Martrois fait l'historique d'un jugement rendu par saint Augustin entre deux monastères d'Afrique et montre qu'il fut le créateur de la législation, qui a régi l'état monastique.
Séance du 2^ juin. — M. Ph. Lauer expose les résultats des fouilles de Saint-Sylvestre incapite à Rome.
Séa7ice du y juillet. — M. l'Abbé Corbière communique une note sur l'origine de la médaille de St Benoit.
M. Monceaux communique deux coupes d'argent romaines ou byzantines découvertes à Carthage par le R. P. Delattre.
Séance du i£ juillet. — M. Et. Michon communique une notice sur des plaques de marbre à rebords sculptés usitées dans la liturgie byzantine et dont le Louvre possède divers fragments.
M. Pinet identifie des armoiries qui précisent l'origine et la date d'une miniature représentant
le grand reliquaire de la Sainte-Chapelle et fut exécutée pour Etienne Petit peu avant 1502.
Séance du 22 juillet. — M. Monceaux communique au nom de M. Héron de Villefosse une bulle de plomb byzantin trouvée à Carthage parle R. P. Delattre.
Séance du 2g juillet. — M. R. Fage communique des observations sur les représentations de clochers et de serrures sculptées sur les portails romans Conques, Moissac-Beaulieu et Lagranlière (Corrèze),tous quatre du type limousin.
M. P. Monceaux commente une épitaphe chrétienne datée de 314, découverte à Milianch.
M. Chenon communique des observations snr Guillaume de Chauvigny compagnon de saint Louis et sur une monnaie de lui découverte à Carthage.
M. H. de la Tour communique une notice sur trois camées imités par Donatello dont la décoration pourrait dater du début du XV'= siècle. Il cite à l'appui de cette hypothèse un camée de la plus grande beauté figurant Jean Sans Peur.
Académie des Inscriptions et Belles- Lettres. — Séance du 2g mai igo8. — M. P. Durrieu fait une communication sur un prétendu portrait de saint Louis à l'âge de treize ans. Il y avait jadis à Paris, à la Sainte-Chapelle, un portrait d'adolescent peint sur bois, qu'une inscription tracée sur le panneau désignait comme étant une' image du roi saint Louis à l'âge de treize ans, en 1226, quoique le costume du personnage fût, en réalité, celui du temps de Charles VIII ou de Louis XII. Un panneau présenté par M. Durrieu permet de reconnaître le véritable caractère de ce prétendu portrait de saint Louis à l'âge de treize ans, qui, a longtemps passé pour être authentique. C'est tout simplement un arrangement modifié, pour les besoins de la cause, d'un portrait de l'archiduc d'Autriche, Philippe le Beau, père de l'empereur Charles-Quint.
Séance du sjtiin. — Le prix Berger, est ainsi réparti :
3.000 à M. E. Coyecque pour son Recueil d'actes notariés parisiens ;
3Rebue tie r^rt cl)rétten.
3.000 fr. à M. P. Lacombe pour son ouvrage Livres d'heures conservés dans les Bibliothèques de Paris ;
3,000 fr. à M. H. Martin, pour son livre Les Miniaturistes français.
M. Pottier communique un rapport de M. P. Bigot, sur des fouilles pratiquées au Cirais Maxivms de Rome.
Séance du 12 Juin. — Le président fait part à l'Académie de la mort de M. Gaston Boissier et prononce l'éloge de ce savant.
Séance du iç juin. — Le ministre de la Marine annonce qu'il met à la disposition du service des Antiquités de Tunis le remorqueur « Cyclone» avec un chaland pour se livrer à des opérations de drainage et rechercher des antiquités dont la présence a été signalée dans les parages de Tunis par des pécheurs d'épongés.
Sur le prix des Antiquités de la France, une médaille (500 francs) est décernée à notre collaboratrice M'ie Louise Pillion, pour son livre Les portails latéraux de la cathédrale de Rouen.
Séance du 26 juin. — M. Héron de Villefosse annonce que M. Rouzaud lui a adressé la copie de deux fragments provenant d'une grande inscription latine gravée sur marbre, qui ont été trouvés, il y a cinq ou six ans, en creusant un puits dans le voisinage du terrain où fut découvert, en 1842, l'amphithéâtre de Narbonne.
Séance du j juillet. — M. S. Reinach annonce une intéressante découverte du professeur italien Beadego. L'artiste Pisanello, que l'on faisait naître vers 1380, est venu au monde en 1397. Donc, comme il y a des affinités évidentes entre l'art de Pisanello et les belles miniatures des Belles Heures du duc de Berry, antérieures à I416, il est désormais certain que les artistes des manuscrits de Chantilly n'ont pas imité Pisanello, mais la théorie contraire est la vraie.
M. Martin présente à l'Académie un bloc de marbre noir contenant l'épitaphe de Béatrixde Bourbon, arrière-petite-fille de saint Louis, morte le 25 décembre 1383 ; elle fut enterrée à l'Eglise des Jacobins de Paris, rue Saint-Jacques. C'est là qu'on lui éleva une statue, posée sur une colonnette qui supportait aussi une épitaphe de cinq lignes en lettres dorées, gravées sur marbre noir. La statue se trouve aujourd'hui placée dans le croisillon méridional de la Basilique de Saint-Denis. Depuis plus de soixante ans, l'épitaphe était considérée comme perdue. C'est cet intéressant document que M. H. Martin a découvert à la devanture d'un marchand de bric-à-brac.
Selon M. Martin.la statue et l'épitaphe seraient dus à un artiste parisien de la fin du XlVe siècle nommé Robert Loisel.
M. du Morgan fait l'exposé des dernières fouilles qu'il a pratiquées en Perse, et le relevé des documents divers, statues, poteries, briques, vases peints, inscriptions diverses, etc., qu'il a mis à jour.
Séance du loj'uillet. — M. Senort annonce que M. Pelliot vient de découvrir un lot de documents très précieux pour l'archéologie de l'Extrême-Orient.
M. Lognon communique une note de M.
de Lasteyrie sur l'église Saint-Philibert de Grandlieu (Loire-Inférieure), dont certaines parties remontent à l'époque carolingienne, notamment, le chœur et la crypte. Elle constitue donc un des spécimens les plus considérables qui nous restent en France d'un genre d'architecture fort peu étudié et fort peu connu jusqu'ici.
Séance du i"] juillet. — M Gustafson, directeur des musées de Christiania, signale la découverte, dans un tumulus situé sur le territoire de la ferme d'Oseberg, prèsTonsbey, à quatre kilomètres de la mer, d'une sépulture à navire du temps des Vikings, qui est d'une richesse exceptionnelle. La tombe est celle d'une reine avec laquelle on a inhumé son navire d'apparat. Le bois du navire est décoré avec une profusion d'ornements du plus beau style.
Il y a là des spécimens de premier ordre de la décoration « à outrance » des surfaces, c'est-àdire l'un des caractères essentiels de l'art septentrional.
Séance du 2if. juillet. — M. J. Zeiller, professeur à l'Université de Fribourg, lit un rapport sur les travaux qu'il a effectués en collaboration avec M. Hébrard, dans le palais de Dioclétien à Spalato.
Société des Antiquaires de Picardie. — Octobre à Décembre içoy. — La société a fait l'acquisition de deux œuvres se rapportant à la confrérie amiénoise du Puy-Notre-Dame : l'une est un fragment du tableau off"ert par Pierre Cousin, maître en 15 13, et dont la manière rappelle celle de l'école de Jean Gossaert, plus connu sous le nom de Jean de Mabuse ; l'autre est un manuscrit provenant de la même confrérie ; cette sorte de journal ou « escritel », commencé au XVI« siècle et continué presque jusqu'à la disparition de la confrérie, contient plusieurs miniatures et sera en son temps l'objet d'une étude spéciale.
Crat)au;r Des t)OCtétég satjantcs.
L'abbaye de Valloires, l'ancienne entrée de l'abbaye de Corbie (actuellement mairie du lieu), le portail de l'église Saint-Etienne de Corbie, les orgues, un reliquaire et la pierre tombale de Guy du Bos dans l'église Saint-Martin à Saint- Valery-sur-Somme ont été classés parmi les monuments historiques du département de la Somme.
M. P. Dubois, président, fait connaître une note de M. Hakspill concernant trois pierres tombales du XIIP siècle à l'église du prieuré d'Airaines (Somme). Des dessins accompagnent cette notice.
S'il est des profanes qui considèrent les sociétés archéologiques comme les asiles inviolables de la routine, ils devront épargner cette injure aux Antiquaires de Picardie qui savent se montrer amis du progrès tout en restant fidèles au passé.
A la séance publique de la Société, tenue le i8 décembre, M. Georges Durand, archiviste du département de la Somme, a retracé rapidement l'histoire de la peinture sur verre en Picardie. Pendant la lecture de ce travail, des vues en couleurs des vitraux étudiés étaient projetées sur un écran ; elles avaient été obtenues par la méthode autochrome Lumière. Il convient d'ajouter (\\x&c'&^\. la première fois en France que ce procédé nouveau a été appliqué en cette circonstance. Il faut faire honneur de ces magnifiques clichés à M. Eugène Léguiller,qui a su, malgré les difficultés et les incertitudes de ce premier essai, malgré la saison défavorable aux prises photographiques, obtenir de remarquables résultats.
La causerie de M. Durand entremêle agréablement détails techniques, descriptions de verrières et traits curieux, Laon et Amiens pour le XII P siècle, la chapelle de St-Firmin à la cathédrale d'Amiens et celle de St-Jean l'évangé- Hste à la cathédrale de Beauvais pour le XIV siècle, l'église St-Germain d'Amiens pour le XV« siècle, les églises de Tilloloy, Laucourt, Folleville, Paillart et surtout de Roye et de St-Etienne de Beauvais pour le XVP siècle, la salle de l'Arquebuse à Soissons et quelques fragments au musée et à l'église Saint-Leu à Amiens pour le XVII^ siècle sont les principaux exemples cités.
Si rares que soient aux églises d'Amiens les vitraux anciens, les peintres verriers étaient cependant nombreux dans la cité ; on relève le nom de Colart l'Alemant en 1328 ; depuis lors jusque vers le milieu du XVP siècle M. Durand a pu compter une trentaine d'autres verriers et il ne craintpasd'affirmer qu'il y en avait assurément bien davantage ; ne fallait-il pas pourvoir à la
vitrerie de la cathédrale en son entier, à celle de deux collégiales, treize églises conventuelles, dix paroisses, sans compter les chapelles et les édifices civils tant publics que particuliers ">.
A Beauvais, les Enguerran, Jean et Nicolas le Prince sont avec Nicolas le Pot les plus illustres représentants de l'art de peindre sur verre au XVP siècle.
Académie Royale d'Archéologie de Belgique.— Séance du ç août içoS. — M. le chanoine Laenen donne lecture d'un travail relatif à l'origine des dîmes. Pendant les premiers siècles de l'histoire de l'Eglise, l'abandon au profit de celleci d une partie des fruits de la terre existait probablement. Toutefois, au VIII« siècle, l'obligation fut décrétée, non sans provoquer des résistances, et Charlemagne en renouvela les prescriptions, en les étendant à tout l'Empire.
Les dîmes étaient de diverses natures ; elles variaient d'importance suivant le terrain ou la culture auxquels elles étaient imposées. Dès le XV'= siècle, les décimateurs furent obligés de pourvoir à l'entretien de ia tour de l'église, des vêtements sacerdotaux, de la cloche. Plus tard, ces charges se multiplièrent encore. Ce système d'impôts ne prit fin qu'à la Révolution française.
M. Dilis fait ensuite l'historique de la corporation des brouettiers, dont l'existence à Anvers est déjà constatée à la fin du XI V° siècle.
M. Comhaire, comparant les vieux arbres aux moiiumenfs anciens, prétendit qu'anciennement ils servaient de points de repère, comme le prouveraient ceux qu'on retrouve plantés au bord des anciennes routes romaines; au moyen-âge on les utilisa comme bornes, pour indiquer des frontières. Plus tard on les planta pour commémorer quelqu'événement important.
L'Académie tiendra sa séance publique au commencement du mois d'octobre.
Société d'Archéologie de Bruxelles. — La livr. I-II du tome XXII des annales de cette société contient une copieuse notice de M. Ad. Reydams, sur trois des derniers, mais non des moindres hauîelissiers bruxellois, les Reydams, savoir Henri le Vieux ( *b 1669), Henri le Jeune (1650-1719) et Jacques Ignace (1683-1747).
Les Rubens et les Jordaens ont fourni des cartons pour leurs tapisseries, dont de belles pièces subsistent et ornent les grandes collections de l'Europe et mêmede l'Amérique; 25 reproductions en photozinc nous en donnent une bonne
ïlrtut tie r^rt cl)rétien»
idée. M. F. Donnet ajoute une note complémentaire à ce travail très documenté.
On voit fréquemment dans les tombeaux, et dans les miniatures et les peintures, la naïve image de l'âme chrétienne figurée par un corps humain minuscule qui s'échappe de labouchedu mourant, qui est élevée au ciel par des anges ou qui est reçue dans le sein d'Abraham ; nous pourrions multiplier des exemples. M. Monseur, qui a rencontré le même type iconographique dans l'Histoire du mauvais riche et de Lazare, figurée sur une plaque de foyer (ce qu'on nomme une taque en Belgique et en Lorraine) commente cette figuration à grand renfort d'érudition. Il remonte non pas au déluge, mais à l'état sauvage de l'homme ; il met en avant le vitalisme ou l'animisme, l'eidolophore, les mythes antiques et les archanges psychopompes. Dans cette dissertation très fouillée, il semble attribuer
une importance excessive à la dimension de ce qu'il appelle l'âmelette.
MM. J. Poils et Ch. Dens donnent une bonne description de la vieille église romane du Mousty (Brabant). Bâtie en blocage, mêlé de vestiges romans, elle affecte un plan en croix latine, grande nef avec collatéraux tronqués saillants, chœur orienté, chevet plat, surélevé sur une crypte ; nef de 5 travées sur piliers primitivement carrés ; arcades en plein cintre légèrement surhaussées ; plafond plat. Les murs, plâtrés dès l'origine, offrent des vestiges de polychromie. L'auteur considère cette église comme une basilique conventuelle d'une époque antérieure au XI^ siècle (?). L'importance du chœur séparé du reste par un mur percé d'une arcade, le nom du lieu, la grandeur relative de l'édifice justifient cette hypothèse.
^^mmm^^^^m Bibliograpbtc ^m^mëm^mm
DIK LITURGISGHE GE-WANDUNG par le R. P. Braun, s. J. — In-XXIV et 797 pp., 316 fig. — Fribourg en Brisgau, Herder, 1907.
^^^^ilfOUT récemment nous rendions E compte d'une intéressante étude ■E du R. P. Braun sur le style des ^i' Jésuites en Belgique ('). Voici ^^ig^^^ 'l"''' nous donne à présent un livre important : il a entrepris de traiter du vêtement liturgique depuis son origine jusqu'à nos jours.
Déjà l'auteur s'était révélé comme un spécialiste en la matière par la publication de ses 200 modèles de broderies du moyen âge et par son « Winke fur die Aufertigiing und Verzierung der Paramente % (-). L'Ornement du prêtre a l'autel n'avait pas échappé à l'observation et aux études de nos artistes et de nos archéologues. Mais c'était, pour la plupart, dans des monographies séparées traitant de tel ou tel objet en particulier, dans des articles de revues, ou dans des publications d'inventaires qu'il fallait chercher le fruit de leurs recherches.
C'est ici le lieu de rappeler les études de feu Mgr Barbier de Montault (3), et de feu Ch. de Linas C^), celles de MM. L. de Farcy (S), F. de Mély (^), Eug. Martin (^) et une notice du P. Braun lui-même parue dans nos colonnes (S). Le regretté baron J. B. Bethune a publié naguère dans le bulletin de la Gilde de S. Thomas et S. Luc une notable et excellente étude sur les Ornements sacerdotaux.
Il y a une cinquantaine d'années que Mr Bock commença son « histoire des vêtements liturgiques i>, mais que de découvertes depuis ! Le moment était venu de publier une histoire générale et complète de l'ornement religieux mettant à profit les dernières trouvailles. C'est ce que le P. Braun a voulu nous donner et non sans un grand succès.
Il nous sera permis de constater en passant, que le savant auteur a eu recours en maints endroits aux multiples articles publiés dans notre pério-