‹ Les églises de l'abbaye de SilosChapitre 8 sur 130 · Coronica, Trad. Rethelois, t. IV, p · texte numérisé non relu

Coronica, Trad. Rethelois, t. IV, p

JLtQ églises ht l'abbapc îje ^tlos.

de prononcer des vœux donna une somme de 3000 ducats (').

Nous passons sur le XVII^qui n'offre rien de saillant pour une étude historique aussi sommaire que la nôtre.

Au contraire leXVI 11^ siècle vit s'accomplir des faits importants, dont plusieurs souverainement déplorables. C'est alors qu'on bâtit presque tout le monastère actuel, puis une grande chapelle octogonale que l'on voit encore à l'extrémité du transept méridional de l'église actuelle. C'est dans cette chapelle que le corps de saint Dominique fut transféré en 1733, et renfermé dans une urne d'argent qu'on déposa au-dessus de l'autel. Depuis 1075, il avait reposé dans un tombeau placé dans le bas-côté nord de l'église abbatiale.

La démolition de cette vénérable église romane devait suivre d'assez près le travail des constructions nouvelles. Maîtres d'œuvres et maîtres tailleurs de pierres, sans doute encouragés par les religieux, déclarèrent bien haut que la dite église menaçait ruine et qu'il était urgent de la démolir. Hélas île mépris des monuments du moyenâge et le désir de se voir adjuger un travail important comme était la démolition de l'ancienne église et surtoutlaconstruction d'une grande église neuve nous semblent manifestement avoir influencé les déclarations de tous ces amateurs de bâtisses, aussi froides que prétentieuses. Et maintenant voici rénumération des documents qui relatent les vœux de nos maestros, concernant l'église romane. Nous la donnons telle que D. Férotin lui même la donne dans son Histoire de Silos, p. 181 et 182. Ces documents se trouvent aux archives de l'abbaye, liasse B, iv, 39 :

t. Ruiz (fol. 180) cité par D. Férotin, Histoire, p. i6i.

1° Les dedaracioties juradas, par lesquelles don Joseph de Landa, Domingo de Ondategui et Juan de Zagarbinaga, tous trois maestros de arqjiitectura, déclarent « sous la foi du serment et à l'unanimité, que la dite église est menacée d'une ruine prochaine par les nombreuses et graves crevasses qu'on y voit et qu'on ne peut réparer sans refaire à neuf toute l'église » (1749- 1750). — 2° La pétition par laquelle les moines de Silos réclament du R>"e Abbé général de Saint- Benoît de Valladolid l'autorisation de démolir leur vieille église (1750). — 3 " La réponse favorable du général, datée du 24 octobre et signée : Fr. Ynigo Ferreras. — 40 La déclaration de don Juan de Teja, maître tailleur de pierres (maestro arquitecto de canteria), affirmant « l'urgente nécessité de démolir toute l'église » (1753). — 5° La déclaration de don Ventura Rodrignez, architecte de Sa Majesté, conçue en ces termes: « Il a^.déclaré et dit sous serment, avoir vu et reconnu dans le détail le transept (cruzero) et la capilla major de la vieille église, qui sert actuellement aux divins offices. Il a trouvé que, réserve faite du sanctuaire (presvitterio) et des chapelles de Saint-Martin et de Notre- Dame, toute cette partie de l'édifice est menacée d'une ruine prochaine et qu'il importe de la démolir sans retard. D'autre part, il faut de toute nécessité (forzosamente) démolir les deux chapelles susnommées et le sanctuaire, qui ne s'adaptant pas à la partie déjà construite, ne peuvent être unis à la nouvelle construction » (29 avril 1755). — 6° Finalement, la déclaration de don Antonio de Machuca y Bargas, director de la nueva fabrica de la iglesia, portant que la chapelle de los Santos Reyes est menacée d'une ruine très prochaine et qu'un grand malheur (una total

Hetoue ïje T^rt cfjrétten.

desgracia) est à redouter, si on ne la jette à bas (8 octobre 1756).

Et l'église monastique qui, pendant bien des siècles, abrita le tombeau de saint Dominique, disparut presque entièrement sous le marteau des démolisseurs. Une belle grande porte cependant est encore debout. Nous la décrivons dans le chapitre troisième.

En 175 I on commença l'église moderne que nous écartons sans regret de notre étude.

Nous avons à enregistrer, au XIX^ siècle, un fait bien triste pour Silos : la suppression de l'abbaye par un décret en date de 1835 et la dissolution delà communauté. — Mais après bien des années de solitude et de désolation, le monastère de Saint- Dominique allait s'ouvrir de nouveau à la vie religieuse, liturgique et intellectuelle.

Le 15 octobre 18S0, l'archevêque de Burgos, D. Antonio Rodrigo Justo, donnait le monastère aux bénédictins français, et un décret du roi Alphonse XII, daté du 7 décembre de la même année, les autorisait à s'y établir. Presque aussitôt une colonie de moines de Ligugé prenait possession de l'abbaye. A ces religieux expulsés et surtout au R. P dom Guépin, bénédictin de Solesmes et, aujourd'hui, abbé de Silos, le monastère doit d'être restauré, et les cloîtres sauvés d'une ruine imminente.

Les arcades de ces cloîtres retombant sur de longues rangées de colonnes qu'aucune pile ne venait interrompre, une poussée énorme s'était produite vers le milieu de ces galeries : bien des poutres du plafond reposaient à peine sur le mur de ces galeries, et une catastrophe était à redouter. Dom Guépin appela à son aide plusieurs de ses frères en saint Benoît, notamment un architecte de fort grand mérite, Dom J. Mellet,

moine de Solesmes et ancien élève de l'école des Beaux Arts.

Les nombreuses poutres furent descendues, allongées avec tôles de fer que l'on garnit de fourrures en bois, et remises à leur place première ; chacune des galeries reçut, à la hauteur des plafonds, plusieurs tirants terminés par des crampons en ellipse que l'on noya dans l'épaisseur de la maçonnerie ; l'autre extrémité des tirants fût engagée et fixée dans les murs des constructions qui entourent le préau. Ce travail de consolidation fut exécuté en 1889 et 1890, grâce à la générosité de D. Manuel Gomez Salazar, alors archevêque de Burgos. Et, de la sorte, le malheur fut conjuré... pour un temps. Démonter le cloître pièce par pièce, le reconstruire ensuite avec soin, employer les chaînages dont nous venons de parler, et ajouter un puissant contrefort au milieu de chaque galerie, eût été un moyen plus décisif Malheureusement les conditions précuniaires de l'abbaye ne permirent pas de songer à l'énorme dépense qu'un pareil travail eût entraîné.

Page 1