ÉGLISE PRIMITIVE
NOUS avons vu précédemment que l'abbaye de Silos existait avant saint Dominique et que, même, plusieurs auteurs attribuaient sa fondation aux temps des Visigoths; nous avons ajouté qu'une origine aussi ancienne n'était pas prouvée.
Mais, enfin, dès le commencement cette abbaye posséda une église que nous savons avoir été dédiée à la Bienheureuse Vierge Marie et à saint Sébastien. Aucune fouille récente n'a révélé ce qu'elle dut être. Il existe du moins un plan du XVI IP siècle qui pourrait bien reproduire cette église primitive (fig. i). Il porte
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comme légende : Igle^ia primera que edificô 0 aniplio el Santo (saint Dominique). Ce plan est signé du nom de Manuel Machuca y Vargas (pour Bargas). Doit-on identifier ce personnage avec D. Antonio de Machucha y Bargas, director de la tiueva fabrica de la iglesia, c'est à-dire de l'église actuelle, commencée en 1751 ? Nous le croyons fort sans avoir pourtant un argument décisif en faveur de notre opinion. Manuel n'est pas Antonio ; mais le nom de Manuel pouvait se doubler de celui d'Antonio. Quoi qu'il en soit, le plan de la Iglesia primera ■& un air de sincérité que l'on ne peut «méconnaître ; et, ce qui est plus, il semble avoir été fait par un homme du métier. Nous croyons bien, cependant, de nous tenir quelque peu en garde contre ce document, 1° parce qu'une coupole centrale est indiquée en parfaite ellipse sur le transept que le dessinateur a ajouté à l'église dite primitive (fig. j). Nous ne croyons guère à l'existence de cette coupole en ellipse sur la croisée du transept, bien que le moyen âge ait connu des anomalies de plus d'un genre. — 2° Parce qu'à notre avis le directeur de la construction nouvelle n'avait pas de données suffisantes pour donner le vrai plan de l'église primitive. Il n'est guère besoin de dire, en effet, qu'au XVI IP siècle l'exploration méthodique des substructions était peu ou point connue de ceux, bien rares d'ailleurs, qu'intéressait l'histoire d'une église ancienne ; et nous avons tout lieu de supposer que si l'on fij des sondages pour vérifier l'état des fondations en vue de l'église nouvelle, on ne s'inquiéta guère alors de fouiller le terrain pour dresser le plan de P édifice premier.
Mais enfin le plan que nous possédons est intéressant, et nous croyons bien de dire quelques mots à son sujet. Il ne comporte
aucune indication d'échelle et est en fait au lavis ; nous le donnons très exactement, mais traduit par des hachures. C'est le plan basilical primitif qui de suite fait penser aux églises de la Syrie centrale: Bahio, Saquouza, Roueiha et Tournanin. Il rappelle surtout, bien qu'en des proportions différentes, la chapelle de Saint-Martin dont le P. de la Croix a retrouvé les substructions du
Fig. I. — Plan d'une église primitive, à Silos.
VI'= siècle, à l'abbaye de Saint-Maur de Glanfeuil Le plan de Silos, remarquable par sa régularité, nous montre une église à trois galeries longitudinales, une nef et deux collatéraux, composés de quatre travées et terminés par des absides qui sont englobées dans un massif de maçonnerie rectangulaire. Une porte s'ouvre à l'extrémité de la nef, juste en face de l'abside principale ; deux autres portes donnent accès dans les collatéraux. Les trois absides étaient voûtées en cul-de- four. Des arcs reliaient sans doute les piles carrées de la nef. Les pilastres, légèrement en saillie sur les murs des bas-côtés et qui font face à ces piles
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massives, semblent indiquer la présence d'arcs doubleaux. Notons aussi les trois autels tout au fond des absides tracées en arc surbaissé ; au milieu, celui de S. Sébastien, — à l'est celui de S. Martin, et à l'ouest celui de Notre-Dame. — Et puisqu'un simple plan comme le nôtre ne permet guère d'établir ce que fut la construction au-dessus du sol, nous croyons prudent de ne pas essayer une restitution hypothétique. On peut s'inspirer de ce que furent les églises de la Syrie et, mieux encore, celles de l'oc-
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Fig. 2. — Chapiteau pré-roman (Silos).
cident,pendant la période latine et mérovingienne, pour imaginer tels ou tels systèmes d'arcs, de voûtes, de charpentes et de plafonds. Mais nous abandonnons cette restitution à la science de chacun. Nous adoptons le même procédé pour l'autre plan que nous publions en ce chapitre, notre but bien déterminé étant avant tout et presque uniquement de faire connaître les documents ou les monuments existatiis, et non de montrer ce que les structures au-dessus du sol pouvaient ou devaient être.
Il est un document aussi intéressant que le plan dont nous venons de parler et qui, lui aussi, est bien en faveur de l'église primitive ou, si l'on préfère, d'une église
très ancienne ; c'est un lourd chapiteau, trouvé dans l'église actuelle, en 1888, et déposé ensuite dans la salie des archives où nous l'avons dessiné (fig- 2). 11 mesure o",40 de hauteur et o^iSS de largeur, dans la partie haute. La corbeille, assez basse, est décorée de feuilles d'acanthes, les unes opposées, les autres affrontées. L'architecte, Doni J.Mellet, et M.Eugène Lefèvre-Pontalis ont justement considéré ce chapiteau comme un travail pré-roman et, pour nous, nous n'hésitons pas à croire qu'il a pu faire partie de l'église primitive de l'abbaye de Silos. Quant à l'âge de cette église, rien ne s'oppose à une dat^ de construction voisine de la fin du VP siècle ; du moins le plan et le chapiteau, publiés en ce chapitre, favorisent une date aussi reculée. Et ainsi les origines de l'abbaye aux temps des Visigoths, affirmées par Alphonse deCarthagène et admises par D. Férotin, seraient confirmées par les documents en question, qui viendraient suppléer à leur manière au silence des chartes.