‹ Les églises de l'abbaye de SilosChapitre 85 sur 130 · WM · texte numérisé non relu

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Pignons Grand'Plnce a Fumes.

chœur élevé sur un plan soissonnais aux absidiolcs diagonales. Un charme intense se dégage de ses rues vieillotes et tranquilles. Il faut pénétrer dans le musée et feuilleter le précieux album de Biihm, pour se faire une idée des pittoresques façades en bois, si mouvementées, et toutes ouvragées de modillons, de moulures et de linteaux sculptés, qui s'y voyaient par douzaines et dont malheureusement une seule est restée en place ('). Mais les pignons en briques jaunes ont été épargnés par les hommes et par les éléments; les plus modestes, les plus ingénus ne sont pas le moins amusants.

Ils s'alignent en bordure de rues sinueuses, avec leurs architectures variées, mêlées de gothique et de renaissance, avec leurs fenêtres abritées sous des décharges surbaissées, avec leur tympan largement percé d'une fenêtre à fronton et à coquille, et leur décor si spécial où toujours se montrent de riches imbrications.

Si l'on cherche à dégager le trait dominant de cette architecture West- flamande, à la fois naïve et ingénieuse, on constate la

I . M. A. Heins vient d'en publier les plus intéressantes, en un recueil que nous ferons connaître prochainement.

sincérité, la logique, la clarté, le bon aloi de ses procédés. La structure apparente tire un étonnant parti de matériaux modestes. Le décor, surtout à l'époque gothique, qui dura jusqu'au XVI I^ siècle, est structural plutôt que sculpté, et même plus tard le style flamand reste profondément rationnel,

Aussi cette architecture a-t-elle offert aux promoteurs de notre Go/ Aie revival et en particulier à leur chef Jean Bethune, un type en quelque sorte classique par la clarté de son ordonnance et sa facile adaptation aux utilités modernes. Une de ses ordonnances typiques, dans l'art civil, consiste en des travées verticales de fenêtres comprises dans une retraite entre deux

Type de fenêtres brugreoises.

Bebite lie r^rt chrétien.

moulures montantes de briques chanfreinées, qui se rejoignent au sommet à une décharge cintrée. Les fenêtres à légers

croisillons de pierre, sont surmontées de petites arcaturesaveugles formant décharge, agrémentées de réseaux fenestrés, découpés

Église paroissiale de Saint-Jean-8aptiste à Courtrai. — Plan. (Projet de M. J. Coùmans.)

dans la brique avec une virtuosité rare. Les corniches sont à crémaillères ou à modillons de briques ; les pignons se découpent en gradins, les toits se hérissent de jolies

« lucarnes flamandes». Dans la construction religieuse les fenêtres sont cintrées, ébrasées à double chanfrein, groupées par deux ou par trois ; les pignons se couvrent

:arcl)ttecture tDC0t flamanDe.

de tablettes rampantes en pierre ; du comble s'élancent des Hèches aiguës, des

: aiguilles. »

A ces quelques traits on comprend combien l'architecture traditionnelle de la Flandre occidentale offre d'éléments pratiques et même économiques, assimilables à la construction moderne, tant de l'architecture civile que de l'architecture religieuse. Aussi, les techniciens non moins que les artistes, l'ont-ils adoptée avec ferveur.

Parmi ses adeptes M. Jules Coomans (') fut peut-être le mieux préparé pour une féconde carrière par son tempérament, par ses études et par sa situation ;par son tempérament d'artiste flamand, par ses études à la fois techniques et esthétiques, par

sa situation, à la tête des travaux édili-

taires de la bonne ville d Ypres.

Dès sa première jeunesse, il fut l'élève de prédilection du Frère Mathias, Directeur de l'École St-Luc de Gand, où il développa ses moyens artistiques ; il passa ensuite sous la direction du célèbre professeur Helleputte, de l'Université de Louvain, devenu depuis l'un des ministres les plus en vue du roi des Belges.

C'est sous un tel maître qu'il prit le diplôme d'ingénieur-architecte. Un stage chez son éminent professeur, qui, à cette époque, exerçait la profession architecturale, puis quatre années passées

Eglise paroissiale de St-Jeau-Baptiste à Courtrai. - Façade méridionale. (Projet de iM. J. Coomans.)

au service de la direction technique des bâtiments des Postes et Télégraphes, avaient

I. M. J. Coomans est né à Moorseele, FI. Occ, le 17 mai 1871.

complété sa formation professionnelle, lorsqu'en 1895, il fut nommé ingénieur de la ville d'Ypres en même temps que Directeur de l'École industrielle de cette ville.

Bebue tie l^^rt cbrétiea.

Ajoutons que si la préparation de son talent avait été singulièrement soignée, sa tâche se présentait fort belle. Ilétait question dans la belle cité de la West- Flandre, d'une série de travaux d'ordre esthétique et archéologique: la restauration du beffroi et des halles, des locaux de la Prévôté de St-Martin, des églises monumentales de St- Pierre et de St-Jacques, de diverses habitations anciennes, notamment de « l'Hôtel de Gand » ; et dans un prochain avenir s'aimonçail une œuvre capitale, la restauration de la cathédrale d'Ypres, la plus belle des anciennes églises de la Belgique.

D'autres œuvres s'offraient à son activité, telles que la construction d'hospices d'aliénés à Ypres, à Bruges, à Strombeek près Bruxelles, etc l'érection des églises paroissiales de St-Eloi à Anvers, de Comines, etc., la construction des bâtiments des Postes de Ronlers et de Poperinghe, le nouvel hôtel de ville de cette dernière localité. Il vient d'être chargé de la construction de l'église de St-Jean-Baplisle à Courtrai et de la reconstruction de la gare de Bruges.

Comme spécimen de son talent nous présentons à nos lecteurs son projet pour l'église de la nouvelle paroisse de St-Jean à Courtrai ; M. Coomans a triomphé dans le concours public ins-

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Église paroissiale de St-Jean-Baptiste à Courtrai. — Coupe longitudinale. (Hrujct de M. J. Coomans)

titué pour cette église, qui doit s'élever belle largeur de vues à l'intersection de dans un nouveau quartier tracé avec une larges avenues. Le premier souci de l'archi-

:Hrclntecture tuest-flamanDe.

tecte a été d'orienter le sanctuaire. La symétrie parfaite du site contrarie le parti liturgique ; mais on n'est pas artiste pour

Monument de l'Immaculée Conception au cloître de St-Martin d'Ypres. (Arch. M. J. Coomans.)

rien, et M. Coomans n'a pas hésité à briser une symétrie si nette, et par l'imprévu de ses ordonnances il a réalisé un ensemble

pittoresque qui, sans heurter aucune des lignes importantes, imprimera au quartier un pittoresque plus attrayant. 11 a cherché dans le site même les données de son projet, de manière à réaliser une belle silhouete dans la perspective effective. 11 a eu Ihabileté de planter sa tour, qui émerge de la croisée selon la coutume flamande, au centre même du carrefour des rues; le reste

Monument de Marie Teichraan à l'église St-ÊIoi à Anvers. {.\rch. M. J. COO.MANS.)

du vaisseau pivote autour de cette tour, de manière que son grand axe coure de l'Occident à l'Orient. En donnant à la tour la forme octogonale, si élégante et d'ailleurs traditionnelle en le terroir, il a évité tout effet fâcheux de point de vue oblique.

L'église est faite pour contenir 2000 personnes, en raison de 2 par mètre carré- Elle renferme cinq autels orientés, quatre

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Hôtel-de-Ville de Poperinghe. (Arcli .Jl. I (oomaks.)

confessionnaux, une double sacristie et un magasin relégué dans les sous-sols.

L'architecte a adopté le pur style du

Xllle siècle, qui a produit de si beaux monuments sur les rives de la Lys et de l'Escaut ; mais, s'écartant du type tournai-

^vcl)ttecture toeôt-^amande.

sien, il a renoncé à la pierre de taille pour le parement des murs. II a apparenté son œuvre aux belles églises en briques des châtellenies voisines d'Ypres, de Furnes et du Franc de Bruges. Dans le tracé du plan, il a eu l'heureuse idée de reproduire le joli tracé des absidioles de St-Martin d'Ypres ; il s'agit des chapelles latérales au chœur, s'ouvrant au nombre de deux de chaque côté, suivant une direction diagonale. Cette disposition, inaugurée à Braine en Soissonnais, se retrouve à l'abbatiale de Lisseweghe et a été imitée déjà à Saint- Aniand d'Anvers par feu F. Baeckelmans.

Nous reproduisons une œuvre d'art plastique qui met bien en valeur le talent délicat de M. Coomans ; c'est un « tabernacle » élevé sur un svelte pilier et abritant la statue de l'Immaculée Conception. Ce charmant édicule se dresse dans l'ancien cloître, si pittoresque en son état délabré (il sera bientôt restauré par notre ami) de l'ancienne cathédrale d'Ypres. Cette œuvre se distingue par d'habiles amortissements et par l'élégance et la franchise des profils.

Le même sentiment artistique se fait jour dans la belle ordonnance du mausolée de feu Mademoiselle MarieTeichman, placé dans l'église Saint-Eloi d'Anvers; c'est un cénotaphe conçu dans la formule médiévale, portant la gisante et abrité sous un dais en pierre. La sculpture, qui est remarquable, est l'œuvre de De Beule de Gand.

L'hôtel de ville de Poperinghe est un beau spécimen de construction civile de la West- Flandre, avec tous les caractères de l'art du littoral. Son allure très pittoresque, sa silhouette mouvementée, le hérissement de ses tourelles et de ses pignons à gradins,

ses délicats retraits de briques et les ajours des croisées, rosaces et résilles qui mouvementent et repercent les façades et y font courir des filets d'ombre, tout cela est réalisé par des tracés harmonieux et purs. Dans des proportions plus robustes et d'un style mélangé de renaissance flamande est élevé le château de Moorslede, qui, dans une noble tenue, respire la gaieté.

Habitation île M. J. Coomanb.

La souplesse de talent de M. Coomans se révèle dans le riche intérieur, en pur style renaissance, de l'habitation urbaine de M. le baron Surmont de Volsberghe.

Son style de prédilection, le gothique du terroir Yprois, s'affirme avec pureté, dans !e home de l'architecte, qui est un pur chef-d'œuvre.

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