‹ Les églises de l'abbaye de SilosChapitre 96 sur 130 · L. CLOQUET · texte numérisé non relu

L. CLOQUET

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80US avons signalé naguère la brillante exposition de ses anciens élèves ouverte en avril 1907, dans ses vastes locaux, sous les auspices de la Gilde de Saint-Luc et Saint Joseph, présidée par M. l'architecte Et. Mortier.

Le Bulletin des métiers d'art lui a consacré naguère un de ses numéros tout entier. On y trouve une série d'articles de plusieurs bons écrivains, adeptes de la célèbre école gantoise, parmi

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lesquels signent MM. de Wouters de Bouchout, Lemaire, Vau Gramberen et E. G.; sous ces dernières initiales, nous devinons M. Gevaert. A leur suite et aidés de notre propre souvenir, nous rappellerons les beaux morceaux de cette exposition, qui eut un succès considérable. Elle fut une révélation pour de nombreuses personnes ignorantes du mouvement artistique gantois ou prévenues contre ses tendances. Ces personnes ont pu s'y faire une idée objective de ses principes, et constater qu'il s'agit d'une réelle renaissance des arts industriels; elles ont pu toucher du doigt l'union de l'art et du métier, dans des formes « pétries d'utilité et de beauté indissolubles », dans un ensemble d'œuvres des plus variées. Une bonne centaine d'artistes : architectes, peintres, sculpteurs, orfèvres, ferronniers, brodeurs, céramistes, ébénistes, etc., tous praticiensprospères, y avaient réuni un ensemble d'une belle harmonie. C'est l'art social qui s'y montrait, l'art vivant, l'art appliqué à l'industrie et basé sur les principes du moyen-âge, non point sur la copie de ses formes, comme on le pense, du moins comme on le prétend dans certains milieux.

Les Ecoles de Saint-Luc ont eu foi dans ces principes de l'art populaire du moyen-âge; c'est aux leçons de leurs aïeux que les artistes gantois ont puisé leurs méthodes et le plus pur de leurs inspirations. Mais parmi les œuvres exposées, il n'en est pas une qu'on pût taxer de copie. Toutes se rattachaient aux modèles anciens par le principe, bien plus que par la formule. Encore celles qui épousent la formule médiévale, s'y reliaient d'une manière traditionnelle plutôt qu'archéologique. La personnalité des artistes s'affirme vivement, sans toutefois devenir un élément de désharmonie, dans cet ensemble qui se présente comme un produit du sol patrial. Même dans des ouvrages destinés à des églises anciennes, à des monuments historiques, on trouve, avec la correction du style imposé, la note personnelle de l'artiste, et nul ne confondra les œuvres d'un Rooms avec celles d'un De Beule, même si elles sont traitées dans la même manière du XIII'ou du XVe siècle.

Architecture. — Comme nous sommes loin du néo-gothique, du romantique d'il y a un siècle,

où des formes empruntées au moyen-âge remplacèrent des formes copiées sur l'antiquité, où des arceaux pointus et des pinacles se substituèrent à des colonnes et à des frontons ! Montalembert ne prêchait le retour aux formes médiévales que pour des raisons de sentiment. Welby Pugin (le véritable architecte du Parlement de Westminster, comme on l'a récemment établi dans le Burlmgton magazine^ eut d'autres raisons, des raisons foncières et techniques d'admirer le style ogival. L'école de 1850 fut, sinon une école de renaissance, du moins une école de restauration; elle ne réussit guère que dans le domaine de l'art religieux, qui pouvait s'accommoder de la résurrection des formes anciennes. Il fallait reprendre à l'art ancien moins ses aspects extérieurs que ses traditions, ses procédés, son esthétique et son âme. C'est ce qu'a réalisé l'École Saint- Luc, en accomplissant une troisième étape, qui ne s'est produite nulle part ailleurs, si ce n'est en Angleterre. C'est ce à quoi n'avait pu réussir l'école momentanée et si brillante de la nouvelle Renaissance flamande, dont le chef fut H. Beyaert. Formée à la méthode classique, elle ne parvint pas à s'en libérer i. elle fit un cadre de forme et s'y enferma ». Elle bénéficiait d'une documentation archéologique très récente et très complète ; c'est ce qui limita son essor, malgré sa plus facile adaptation aux mœurs modernes.

L'École Saint-Luc, qui remonte à des sources plus anciennes et plus pures, fut plus libre et plus féconde. Elle n'est pas esclave de l'archéologie. Elle réalise un idéal de sain rationalisme et de décoration expressive. A l'exposition ouverte l'an dernier à Gand, le côté architectural était peu abondamment représenté, en partie par suite de l'abstention délicate du principal protagoniste du mouvement, M. E. Mortier, le Doyen de la Gilde, qui par modestie ou par réserve, s'est tenu à l'écart de la foule où son talent l'aurait fait briller; il en fut de même de feu A. Van Houcke qui s'est contenté d'exposer ses nombreux livres d'architecture, son Histoire générale de V architecture, en français et en flamand, et son Dictionnaire de termes techniques flamands. M. Langerock, qui est actuellement en Belgique le praticien en vogue par les ouvrages d'archi-

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tecture religieuse, n'avait exposé que son œuvre maîtresse. On sait qu'il a été choisi pour élever le plus grand monument religieux que la Belgique aura entrepris de construire depuis des siècles, la basilique projetée de Koekelberg.

C'est dans un programme bien défini, que l'architecte aime à trouver les éléments d'une conception rationnelle ; c'est par sa conformité à une destination précise, que s'affirme surtout la beauté d'une œuvre. Nous jugeons une église selon son espèce, et apprécions sa valeur esthétique en tant que cathédrale, abbatiale, collégiale paroissiale, conventuelle, etc. Dans quelle catégorie ranger la future basilique de Koekelberg sinon dans celle des églises décoratives et paysagères.? C'est ce qu'on appelle une église votive, à défaut de terme explicite. Il s'agit bien n'est-ce pas, d'un monument élevé pour un site. On veut dresser sur un point culminant de la banlieue bruxelloise un temple isolé, qui montre à la capitale une silhouette somptuaire et ostentatrice. Quelle idée maîtresse engendrera l'ordonnance de son plan et la composition de ses parties.' Ce ne sera ni le programme liturgique, ni la tradition artistique, ni les facteurs naturels qui font de nos anciennes églises des organismes germes du sol. Ce sera, pour une bonne part, la réalisation d'un rêve mégalomane, d'une noble et royale fantaisie.

Il est nécessaire d'avoir égard à cette anomalie pour comprendre la tâche de M. Langerock et apprécier son œuvre difficile. Très judicieusement, il a pris pour modèle la masse puissante des cinq tours groupées de la cathédrale de Tournai, une des créations les plus imposantes de notre ancienne architecture ; il a amplifié ce thème, en dressant six tours altières autour de la tour lanterne de sa colossale église. Elles terminent, deux par deux, la nef et les croisillons d'un vaisseau en croix latine. Dans l'espèce, le plan de symétrie centrale en croix grecque était plutôt indiqué, mais l'ancien élève de l'école Saint-Luc n'a pas voulu répudier, comme MM. Stuyt et Cuypers, le type traditionnel de la basilique occidentale. Néanmoins il a fait la nef très courte, pour se rapprocher de l'effet voulu, par un compromis qui manque un peu de franchise. Les six tours satellites, sont des

pseudo-tours, incorporées au vaisseau, et percées dès le bas de larges fenêtres, grâce auxquelles elles se greffent mieux aux nefs; il en résulte plus d'harmonie dans l'ensemble et de l'originalité. Les lignes de l'édifice, en gothique primaire, sont nobles et correctes, le style est sobre, et, sans se rattacher au style brabançon, il est peu empreint de réminiscences françaises. Nous regrettons de ne pouvoir présenter à nos lecteurs la reproduction des plans de M. Langerock ; du moins l'artiste nous a-t-il procuré une belle vue d'ensemble de la future basilique.

A côté de M. Langerock prend place un autre architecte distingué, M. J. Coomans, qui a exposé les plans remarquables de la restauration de la cathédrale d'Ypres, la plus belle église de la Belgique. Dans cette même livraison nous nous occupons d'une manière spéciale des œuvres intéressantes de M. Coomans; nous ne nous étendrons pas aujourd'hui sur son projet de restauration, dont nous avons déjà parlé ('). Remarquons seulement une chose.

Au milieu du XIX* siècle, la Belgique s'est noblement intéressée à ses églises anciennes, elle a commencé leur restauration ; l'entreprise était prématurée. Les monuments restaurés alors ont été gâtés. L'heure n'était pas venue, l'école Saint- Luc n'était pas fondée. Celle-ci presqu'exclusivement, dans ses maîtres et ses élèves, a fourni au pays de vrais architectes restaurateurs. Il s'agit maintenant de défaire en partie l'œuvre mauvaise des devanciers, comme l'abominable restauration de la façade du transept Sud de Saint-Martin d'Ypres, où M. Coomans va mettre à exécution de nouveaux plans de tous points remarquable. Il a pénétré à fond le style si particulier de la Flandre Occidentale. Il a érigé d'autre part, dans un style moderne mais tout imprégné de caractère local, l'Hôtel de Ville de Poperinghe, l'Hôtel de Poste à Rou- 1ers, et quantité d'autres constructions civiles.

Signalons encore un charmant projet de reconstruction du presbytère et de la sacristie de l'église de Saint-Michel à Gand par MM. F, Todt et V. Vaerwyck ; ce dernier est l'auteur d'un des projets classés (extrêmement original) du con-

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