‹ Les églises de l'abbaye de SilosChapitre 98 sur 130 · I. V. Revue de [ Art chrétien, année 1906, p · texte numérisé non relu

I. V. Revue de [ Art chrétien, année 1906, p

ment si personnel rend moins étroits les liens qui l'apparentent à l'école. Les genres les plus divers sollicitent son ciseau, et il se trouve à la hauteur des problèmes les plus variés. Depuis longtemps il a donné sa mesure et témoigné d'une entente exceptionnelle de l'art médiéval, en plaçant des nerveuses maquettes dans les niches de l'hôtel de ville de Gand, à côté des essais plutôt mièvres du regretté sculpteur Dillens ; c'est à De Beule qu'on doit une meilleure concep-

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Statuette eu bronze Je saint Michel teiminant UJI candélabre au milieu du pont St-Michel à Gand, par R. RooMS,

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tion de cette grande entreprise toujours à l'état de projet, de la décoration statuaire de l'œuvre de Keldermans. C'est un tempérament nerveux et un peu fiévreux. Son art expansif et maniéré s'est cependant fait plus serein et plus gracieux dans le superbe monument funérairede MlleConstance Teichman, d'Anvers, celte grande bienfaitrice des pauvres. Il la figure en gisante sur un cénotaphe dont les flancs sont des bas-reliefs charmants. Ses pieds sont posés sur des fleurs trop réalistes, symboliques de la virginité et de la charité ; sa tète, qui semble vouloir se dresser pour la résurrection, est soutenue par de jeunes orphelins agenouillés au chevet. Un dais recouvre le tout. Nous donnons une vue de ce monument dans un autre article de cette livraison, à propos de l'œuvre de M. Coomans qui en dessina l'architecture.

On remarquait aussi parmi les bonnes œuvres de M. De Beule l'autel d'Apelterre, et une très émouvante étude de chemin de la croix.

M. Sinia se révèle comme un maître en la sculpture décorative, dans un grand nombre de morceaux de beau style, par lesquels il a pris une belle part à l'ornementation du nouvel hôtel des Postes de Gand.

Céramique, ferronnerie, bijouterie.

L'école St-Luc étreint tous les arts dans un ensembleharmonique et des rapports intimes. Sur les rayons du mobilier de Lelan, on trouvait des vases appropriés, produits déjà connus au loin d'un vrai créateur, M. Laigneii, qui a si bien réalisé l'intime union de l'art et de la technique, La poterie courtraisienne est bien septentrionale et flamande : elle a cette forme typique, trapue et évasée, qu'affectait, comme par un instinct populaire, la vieille poterie de nos pays, par opposition avec les vases d'allure élancée, au col étroit, des pays méridionaux. On a remarqué que, dans ses produits anciens, la poterie du Midi tient du cylindre, et la poterie du Nord est engendrée par la sphère, tandis qu'au bord de la Loire, on combine en un galbe mixte la forme du cylindre superposé à la sphère. Il y a là comme une observation inconsciente des nécessités physiques locales ; plus on va vers les pays chauds, plus se fait sentir le besoin de protéger le

liquide de l'évaporation rapide, et plus l'embouchure du vase tend à se rétrécir en goulot. Le potiket courtraisien est fidèle à son type original. De plus, il est conforme à la technique ; on sent le vase de terre façonné au tour ; on n'y voit pas de décors à grand relief; un tracé à la pointe sur la partie molle, détermine la surface que l'émailleur devra polychromer dans des tons sobres qui s'accordent avec l'ambiance des intérieurs flamands, et les harmonisent au mobilier

de chêne.

A voiries produits de la métallurgie moderne et nos constructions de fer grandes et petites, on ne se doute pas, qne la ferronnerie fat autrefois l'art manuel par excellence ; c'est dans l'âpre métal si rebelle, que se marque de la manière la plus triomphante le labeur sacré de l'ouvrier. Les ferronneries du moyen âge sont des merveilles qui nous déroutent; à mesure que l'on s'éloigne de cette époque, la ferronnerie devient vulgaire et brutale. L'école St-Luc l'a noblement relevée, et ses forgerons prennent fièrement place à côté des décorateurs, en particulier M. Blancquaert, avec la grille destinée à l'entrée de la maison du sculpteur De Beule et avec deux fort belles torches.

Mais le triomphe de l'École de Gand est l'orfèvrerie. L. Bourdon, G. et C. Wilmotte ont depuis longtemps rendu célèbre l'orfèvrerie religieuse belge. Ces maîtres ont fait école et leurs créations se sont étendues à la joaillerie. La maison Bourdon exposait des broches, des croix, des colliers qui sont des merveilles. Les bijoux gothiques de M. Bourdon, notamment son superbe collier avec pendants, ses croix ciselées ornées de perles et de rubis et sa fleur de lys avec perles et émaux bleus, sont autant d'applications anticipées des principes prônés depuis par Lalique, Wolfers et quelques autres.

L'orfèvrerie religieuse offrait de quoi éblouir les visiteurs. Nous nous garderons d'entreprendre rénumération, encore moins la description des œuvres de MM. Geeraert, De Reuck, Fierlefeyn, Hellner, et les dessins exquis faits par un spécialiste, M. Stockman notamment pour le tabernacle des Bénédictins de Termonde et

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pour l'ostensoir d'Huysse; nous n'en finirions pas. La vitrine de M. Bourdon était à mettre hors de pair. Une bonne moitié de ses objets a été dessinée par le Baron Béthune ; quelques-uns sont la reproduction de modèles anciens, entr'autres le bel ostensoir à trois faces copié d'après celui de Léau. Le mérite revient entièrement à M. Bour-

Peinture murale dune chapelle à Thielt, par M. L. BKE:^^i£KS.

don, en particulier de l'ostensoir roman exécuté pour le collège St-Michel à Bruxelles, remarquable par ses émaux ; il en est de même d'un calice orné de filigranes, de la magnifique crosse offerte par les habitants de St-Nicolas à S. G. Mgr Stillemans et d'une custode accostée de deux anges, petite merveille de délicatesse, d'originalité et de grâce.

A signaler les deux panneaux de retable en cuivre exposés par M. Fierlefeyn (les beaux groupes ornant ces panneaux ont été exécutés d'après les modelages de M. Rooms), puis une

gracieuse couronne en or, un calice, un élégant reliquaire, et enfin, une œuvre capitale, un grand tabernacle en cuivre doré, tout couvert d'émaux, de riches ciselures, et décoré de six sujets dessinés par M.Stockman, pièce dont le seul défaut est d'être trop riche.

Peinture.

La stylisation du modèle puisé dans la nature et dans les œuvres humaines, son adaptation à la fonction de décor, la mise en valeur des riches couleurs avec harmonie, voilà ce que semblent ignorer les décorateurs modernes, et ce qu'ont compris à merveille les adeptes de l'école gantoise. C'est au baron Béthune et à ses élèves qu'on doit le retour à la bonne voie. L'école dite esthétique a compris depuis, que là est la vérité; elle a adopté le même principe, et, honteuse, semble-t- il, de cet emprunt incontestable, elle s'efforce de le déguiser en se distinguant par la singularité outrancière des formes.

Les néo-gothiques, au lieu de dénaturer la plante et de lui donner des formes géométriques non motivées par les sujétions du cadre ou de la technique, lui laissent sa forme spécifique et sa grâce naturelle. Ils dégagent un trait stylisé un contour simplifié, mais sans déformer le type. Ils usent du réchampi et savent accentuer leur décor en vigueur. Leurs compositions idéalisées trouvent des thèmes pleins de grandeur dans des sujets mystiques pour l'église, et familièrement religieux pour la maison, Leur supériorité est éclatante.

M. L. Bressers exhibait les nombreux relevés de peinture ancienne dont il a la spécialité (peintures découvertes à Alsembergh, à Audenarde, à Binche, à Bruxelles, à Glieel, à Hai, à Laeken, à Malines, à Neeroeteren, à Nivelles, à Gand). Il montrait en outre une belle décoration du chœur et de l'arc triomphal de l'église de Thielt, et MM. Coppejans et De Cramer ont exposé des cartons de la superbe décoration picturale qu'ils ont effectuée à l'église d'Huysse, œuvre dont nous nous occuperons ultérieurement.

M. Cornelis exposait une bonne mosaïque en style roman, et M. Jos. Raedt, un intéressant lambrequin pour dais de procession.

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L'artiste actuellement le plus brillant de l'Ecole de St-Luc est à nos yeux le peintre-verrier M. Laden. On connaît l'incontestable suprématie des verriers gantois ; il marche à leur tête. On sait que l'objectif premier et principal du baron Bétliune a été le relèvement de la verrerie d'église. De l'autre monde, où il jouit de la récompense méritée, il doit voir avec bonheur, quel succès posthume obtiennent ses efforts généreux. L'exposition de Gand ne contenait que peu d'échantillons des vitraux de MM. Ladon, Casier, Ganton, mais on peut les voir briller et scintiller harmonieusement dans toutes nos églises. M. J. Casier perpétue avec une pieuse fidélité le style traditionnel dans la formule rénovée par M. Jean Bethune et son œuvre considérable reste d'une pureté de style impeccable. Au sujet de M. Ladon, voici comment s'exprimait naguère un délicat et compétent critique d'art, M. P. V. :

« Il n'est pas possible, croyons-nous, d'allier à un degré plus intime l'originalité du dessin et du coloris, la connaissance approfondie de la technique et la fidélité aux traditions anciennes. Comme allure, certains des vitraux de M. Ladon valent ce que les anciens ont fait de meilleur : qu'il nous suffise de citer ses évêques et son saint Louis, de Sainte-Waudru, — son saint Jean, de Gohissart-lez-Charleroi, ses groupes encadrés de rinceaux, destinés à l'église de Hamont, en Limbourg. »

« Le coloris de ces vitraux n'est pas moins remarquable ; atténué, caractérisé par des blancs, des bleus éteints et des jaunes profonds dans les vitraux des X V^ et X V !<: siècles (Sainte-Waudru et Saffelaere), il est d'un éclat incroyable dans les vitraux romans ou du style ogival primaire

(Hamont et Gohissart) ; avec cela, jamais de heurts, mais une harmonie toujours soutenue, une plénitude et une chaleur dignes du grand rénovateur de l'art du vitrail en Belgique, l'illustre baron Bethune. »

1 1 faut encore signaler les broderies de M. J. De Raedt, notamment le beau drapeau flottant de la Congrégation des jeunes hommes d'Iseghem ;

Vitrail de l'église de Watervliet, par M. C. Ganton.

des enluminures dignes du vrai moyen âge, d'Henri de Tracy ; les superbes broderies dessinées par M. Stockman, notamment l'ornement dessiné à l'église Sainte-Waudru à Mons et brodées par les Sœurs de l'Enfant Jésus.

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