I V. — LE CHATEAU
En fart it l'abluje, sur le pcncbanl de I* cullinv, s'tltvc Iv 'hâteaii de Valmunl, iDIreroU Torteresi^e puissanie qui tirot'gca long-teiups lu houri) ei le monattère. Ce elijieaii, coiuine lous vcui d'urlglne normande, uvcupe Il penle et non lu vlme du cdieaa. tl est suis sur l« teronnl de lu plaine rflmmc leni du Chàleau-G a illard, île Lpngueville, d'Arquot «l Je Tanonrville. Du rût^de la rlvJËrv, il élaildéfenda par t'abrupl« de II colline, luaia t<r* la lerre une coupure £narme l'ÎMlail àe la plaine arec laquelle fl ne coniRionifinali qu'au mojen du ponl lem que proté(;eaîcni deut lourt.
Une grande pariie de ce château daie de la Renaissance. L'aile du midi fui U lie par François de Bourbon, époui d'Adriennc d'EstouttevIllo ; au «oit encore, sur une des lucarnes, le miltfeiroe de IS30. Il etl aisé d'y rcmnnallre l'ari^hi lecture en travail d'enTanteraent. Le alyle grec, venu en France h la suite de no.< cunquiïies d'IiatJe, régnait déjà dan» le midi, mais il ne pénétrait que leniement dans le nord -, Il avait à vaincre dans la norinandie surtout, un rude adversaire, le siyte ogival auquel cette province deiail ses plus beaui chàleaut et «et plu> belle» églises. Autsi, Mil adretic, sali impuissance, il ne chercha pas d'abord à renverser brusquement son compiliiear, il compaM avec lui, el au moyen de quelques concessions que l'uo se fit de part et d'autre, ils vécurent daus la meilleure intelligence. De ce mariage uaquli un style herniaphroiliic, véritable mélange d'arrliiueiare classique et d'architecture ogivale, ou pour mieui dired'archiieclure païenne et d'architecture <:hréllenne
Ceit à ce «lyle de transition qur nout devons le cbdieau de Valmout.
Mais II retle une portion de ce chjirau qui a échappé aut mains des Vandales et des restaurateurs, c'est le cAlé nord, dont une partie est en brique et l'autre en pierre de taille, construction militaire du iiv* et du tv siiclo. Le ravin qui l'entoure est profond comme au premier Jour. senlcmenl le» ronces et le» épines ont pris la place des eaui slagnanlct. La marallie est armée comme pour un jour de bataille ; les meurtrières sont «nverlcs comme les sabords d'uu vaisseau de guerre, les machicaulis .semblent prêts a vomir sur les assaillants une grêle de pierres j les tourelles, funrannées de totis pointus, présentent l'aspect le plus menicani. F.nfln II ne manque pour un tableau romplel que de voir bondir les pierres que Mita bouches béanles vomissaient jadis au fond des abîmes.
a roricrcsse, on voyait, il v n cinq ans, sortir de dessous Ici
broussailles des dciils des murs qui parlaient du chàlcau pour Tonner des angles saillants, des bastions cl des courtines. Celte forteresse a subi bien des modifications depuis le temps où les sires d'Esloulleville guerroyaient avec leurs voisins, depuis le temps où les Anglais étaient battus sous ses murs et où les salles servaient à loger les vainqueurs '.
<c En Tan du Seigneur mil quatre cents et^eize, le comte d'Orset partit M de Harfleur et chevaucha és-parties de Caux jusqu*à Ganj et au des- » loger y mirent le feu. Si advint donc que le comte d'Arminach, qui n cloit connétable de France, étoit dans les champs avec grande compagnie » de gens d'armes, comme messire Loys de Longny, Tbiébaut de Laval et » plusieurs autres, et a donc celui jour que les Anglois estoient partis de » Cany le quatorzième jour de mars, s'entre rencontrèrent dans les champs il de Viauville, près Val mon t. Lors descendirent les Anglois à pied et » François non, mais en la partie ou estoit le sire de Longny férirent tous M les gens tous à cheval, et alors en départirent ceui qu'ils rencontrèrent » et le comte d'Orset avec l'autre partie se tindrent en bataille sur ane u fosse, au bout d'un Jardin, où les François ne purent entrer pour courir » sus. En cette place et à l'entrée de ce jardin eustdes Anglois tués, par le » rapport de ceux qui les enterrèrent, de sept k huit cents ; et quand la nuit » fut venue, les deux comtes partirent à sauves trefves ensemble, et ne » sceut personne qui s'entredirent, puis le comte d*Arminach fit sonner sa » trompette et laissa les Anglois en celte place et s'en alla loger à Valmont » dont les François furent mal contents. Les Anglois perdirent tous leurs 1} chevaux et bagues, de là se partirent les Anglois, la nuit en suivant, }> tous de pied, cl se retirèrent vers la mer, et toute cette nuit allèrent » par-dessus les grèves à Harfleur. »
On voit encore, en face du château de Valmont, les restes d'un camp retranché qui a dû être occupé par l'une des deux armées, et que les gens du pays appellent le Vieux-Chàliaux ou les Vieux-ChcUiax.
Le camp du Vieux-ChcUiaux fut réoccupé en 1472 par Gbarles>Ie-Téméraire qui, repoussé par les habitants de Saint- Valery-en-Gaux, était venu planter ses tentes en face du château de Valmont : il voulait faire de ce château son point de départ, afin de poursuivre ses conquêtes jusqu'à Fécainp. Mais une garde fidèle en surveillait les murs, et le fuyard de Beauvais put reconnaître sur ces bords les dignes compagnons d'armes de Jeanne Hachette.
Mais nous avons interverti Tordre de l'histoire, hâtons-nous de le rétablir.
En 1419, lorsque la prise de Rouen eut livré toute la Normandie aux Anglais, Valmont ouvrit ses portes à ces peuples que les Estoutteville avaient conquis autrefois. Mais en 1435, les paysans cauchois reprirent cette forteresse que n'avaient pu défendre las gentilshommes tombés dans la funeste journée d'Azincourt. Ce triomphe ne dura que deux ans, après lesquels les Larrons de V Angleterre souillèrent de nouveau la maison de leurs vain-
' Chronique, do Martin le .Mégissior, Uouen, 1578. — C/irom^Uff^ de Monstrelot — Esquisses sur Féramp. par César Marrette.
(|uciirs. Diiuzi; ans «lires, VsIrnunI salusli avec Iransporl Iv ilpruirr rcjelim lies Esluullvvjlle, qui revpnail à lui pour ne plus &'eD séparer.
Pendant la paii, le diâlcaa île Valaiaol ni; eeeea Je faire du Iiruit ilan^ le Dionile. En 1534 il devlnl le th^ilre d'une des plus belles cérémonies de Min letnp» Celle année-là, Adrienne d'Esioutie?itle, unique héritière des biens el des lilres de sa mtîeoD, donna M,main et son cœur k François de BuarboD, comleds Saiul'Paul, prince du sang royal. Le mariage fut célébré atec grande pumpe dans la chapelle du cbiteau. Le roi, la reine, les prineui' lin taiig, 1rs )irand! odlclers de la couronne, «e rendlreni à Valiuoni |ioiir assister i celte cérémonie. Pour présent de nuce, Frantols l«' déposa sur In table du contrat, des lettres- pale nies qui érigeaient la «eignourie d'Estoutte«ille en duché non pairie. Eti bien ! cette Tête nuptitle, ce niatiage forluné, ces chants du banbeur, ce voile, cette bénédiction, ce sacrincc, tout cela défait s'anéantir quelquet années plui lard dans le caveau de la vieille abbaye qui Kisaii modestement aui pledi de ces Gers châtelains. Ue taui de llloire et de tant de bonheur, il ne devait plus retlor qu'un sépulcre sonore rt vide, auquel on dispute le pauvre coin de terre qu'il occupe dans ce pajr? où II régnait en maître.
De cette union si brillante sortit un prince qui raoumi A l'Ific viril. cl une princesse nommée Marie, qui porta «es titres cl ses domaine» dsii>< la malion de Longuevillc. A l'époque de la Révolation, le château de Vilmunl appartenait, avec tant d'antres, an fnmeui Léunor Grimaldi, plus connu S0U.4 le nom de prince de Monaco, Vendu par les héritiers de ce malbeureui prince, il tut acheté par des hommes du peuple, qui eurent au moins le mérite de le conserver tel que les chevaliers l'avaient laissé, Ilacheié en 1823, par le comin Hocquard, Il eut h subir, entre ses nobles mains, des mutilations qu'il n'avait point encore mnnnes. Il nous en colïte d'adresser ici un reproche à l'héritier des sires de Préfossé, mais 11 a été dur de voir les débris de la noblesse française continuer parmi oousl'tcuvre de la bande noire, et prendre place parmi les démolisseurs de nos mil' numenls nationaiti. pendant que des artistes et des antiquaires, sortis du peuple, «'efTorcent de le» raiiver et de les défendre avec leurs plumes et leurs piDceaui,
Pour ai^heter Vnlnuml, M. Hocquard vendit le château et le fort de Kréfossé, c'est-à-dire, la tombe et le berceau de sesaïeni. Si quelque chose peut oicater d'aliéuer aimi rhéhta){e de ues pères, c'est sans doute lorsqu'on l'échange pour nu plus illustre domaine. On aurait pu pardonner la vente do manoir desFréfoisé, desPelletol, des Blamanolr et desGerponvilIp «0 faveur du chiteau des EstouUevllle, des Bourbon et des Or léaits- Longue ville. Mais comment eicuscr celui qui, en entrant dan» une si noble deraetire. commence par l'amoindrir el la déGgurer, el livre au pillage le eharlrier qui renfermait des documents û précieui pour le pays el pour l'hittuire ' ?
' Met adieiLe lut ihâleau tl à l abbaye ite Valmotil • ■ml dit ilavrr. du 20 décembre 1810,
ii.ll d.
COLLEVIliLE.
Siliii; dans l;i viillw i|ui finnliiil rie Valimnil it Fi'fiani[>, ievilte est un ilcs poiiils les plu!
l habit^ig.
les bois uu trouva des puits inu^oiini^s. et duiis uiie f;orge i
ville la Iruilitioii place 1 ùlh. d'Orirnl. U. en effet, iliuis les hois de MM, Limare i
g ouvre SOUK
le château de Hoi
I^ber, sont li-s ri'sli's d'une tilla romaiiu'. l'I l'iirrli(i|iliiyii' ;iiirail ici lie belles découvertes i\ faire.
L'église, (liïdiée & Saiiit-Murtin, Iv patron des temps inêrovingiens, s'eut placée loin des eaux, sur un tertre naturel où elle s'abrite sous un épais bosquet. Seule au milieu des arbres, elle ressemble h uii erinila(;e caclié au fond d'un bois sacré. Ici Dieu se dérobit aux regards profanes de la foule, et le cbemiii qui conduit il lui est véritablement le sentier de la prière. Ce sanctuaire est caché comme le Dieu de l'Eucharistie, il n'y a que les amis qui sachent trouver l'un et l'autre.
Cette église, ancienne dans sa structure, fut autrefois bAtie avec le tuf de la vallée. Le xi" siècle, qui construisit la nef et le chœur, se reconnaît encore auK cintres étroits, aux contri'forts aplatis et îi la pierre poreuse de l'appareil,
Le clocher primitif fut un simple campanïlet s'élevant sur le pigDou occidental. Détruit sous Louis Mil, il a été remplacé iwr le corps-carré sans caractiire qui précède la nef.
Au bas de l'untique vaisseau est un baptistère du su' siècle, et dans la nef un bon tableau moderne représentant Saint- HarUn à cheval. Cette église possède aussi une Viei'ge on ivoire, baute de près de 50 centimètres, et d'une seule dent tl'élépiiaut. Ce curieux objet provient de l'abbaye deValmont: il a été apporté à CoUeville par un curé qui avait été moiue de ce mouast&re.
Malgré le caracEëre antique du monument que nous venons d« décrire, la tradition populaire place une église antérieure dsiis une pi-airie prés des moulins. Nous en doutons.
Le patronage de cette église appartenait ii l'abbaye du Bec, il laquelle il a^-ail été donné dans le cours du xu' siècle. En 1 1 4( , Ilugues d' Amiens, archevêque de Rouen, avait confirmé cette eoaceïsÎQn seigneuriale. Un demi-siècle après cette charte, le monastère du bienheureux Heltouin éprouva quelques diHtcultés relativement au manoir de CoUeville, qui lui fiit contesté par le cure. L'affaire eut un certain retentrsst;ment, et après avoir épuisé plusieurs juridictions, on la déféra au souverain pontife. Innocent III, qui occupait alors le Sainl- Siége, écrivit une lettre décrélale aux prieurs de Bonne-Nouvelle, du Mont-aux-Malades et de Saint-LÛ, de Rouen, constitués juges et arbitres dccedilférend. Locuré de CoUeville fut une pour avoir obtenu frauduleusement des lettres
apostoliques pour le besoin de sa cause. Innocent III donna, en cette occasion, une décision doctrinale et juridique qui fit autorité dans l'espèce. Cette lettre, de 1204, tronquée dans le Recueil des Décrétales de Grégoire IX, a été publiée intégralement par Laporte duTheil, dans ses diplômes et chartes concernant r histoire de France * .
Ce malheureux manoir de Colleville fit encore l'objet d'une querelle entre les abbés du Bec et de Fécamp, en 1202. Le bailli et les habitants de la paroisse réclamaient, sur le bois du Tm^p, le di'oit de prendre du bois pour saurir des harengs dans la saison. « Ligna ad fumanda allectia abbatis Becqi apud Collevilla in tempore allectium. » Le cellerier de Fécamp avait coutume de céder, pour cet effet, un ou deux arbres 2. C'est un des plus anciens monuments du boufllssage ou du saurissage des harengs en Normandie.
Colleville, qui comptait 50 feux en 1738, est à présent une succursale de 650 habitants avec la section de Vatte-Christ.
Sur cette paroisse était autrefois la chapelle de Saint-Gilles de Hongerville. Eudes Rigaud, qui parle de cette chapelle dans son pouillé, la place sur Bondeville. Cependant les cartes et les pouillés plus récents la revendiquent pour Colleville. Tant qu'elle fut en titre, elle demeura à la présentation du seigneur, qui l'avait fondée. Elle était ruinée bien avant la Révolution.
Vatte-Christ. — Ce nom s'est écrit de bien des manières : voici quelques variantes, on choisira, Vatecriq, Val-de-Cry, Vate-Christ et Wate-Christ. Cette dernière version est du pouillé d^Eudes Rigaud, transcrit par Ange Godin. La pauvre église, dédiée k Notre-Dame, était située au pied de la colline, entre deux ou trois chaumières. Fermée par la Révolution, elle est détruite depuis plusieurs années. Son existence fut bien modeste. Une tradition, recueillie par M. Guilmeth, lui accorde d'avoir été le tombeau d'un célèbre avocat de Rouen, nommé Tuard.
La Carte particulière du diocèse de Rouen indique un Hermitage sur la côte de Vasouy. Les restes en sont encore existants, et nous les avons parfaitement reconnus le 31 juillet 1852. L'ermitage était situé sur une colline à pic comme un rocher. Le jardin, encore reconnaissid)le, est une plate-forme
* T. i^^f p. 331. — Hist. du prieuré du Moni-aux- Malades, p. 278 et 435. — ' Carltdaire de Fécamp, r lxxi.
Tailedi! main d'Iiomnid l'I plantée lie ji>unes arbres. Dans le rocher s'enfonce une grotte maçonnée avec du blocc^ttgc. Là, était le lit de l'ermite, devant sont les mm^ de la cuisine où il recevait les visiteurs. Un éboulemeut de rocher ferme en partie celte mystérieuse demeure d'un homme de foi. Le dernier solitaire est mort peu de temps avant la Kévolution de 1789. Auxiii' siècle, l'abbé de Kécamp présentait k la cure deVatto- Christ, qui comptait 30 paroissiens. Ce droit, qu'il tenait des seigneurs d'Angerville, lui fut parfois, mais vainement, contesté par eux. En 1738. Vatlo-Chrîst possédait 18 feuK <^l 3o en 1823, quand d fut réuni fi CoIleviUe.
coivTRE-noiJLisrei.
L'ancien nom de ce village est Comle-Moulim ou les moulins du comte, comme le disent tous les anciens litres lutins de « Comitis molendinis. » C'est là la véritable appellation, l'autie a été altérée. Le cami^ dont il est ici question, était vraisemblablement le comté de Caitx, dont Wauinge fiit le plus illustre titulaire. Fécamp était la métropole de ce comté mérovingien, qui se terminait à Conteville, village des bords de la Durdeut. qui en a gardé le nom. Nous en retrouvons l'analogue dans le Val-des-Comles, entre Penly et Sainl-Marlin, vallon qui séparait les pays d'Où et de Talou, les comtés d'Eu et d'Arqués.
Ces moulins mérovingiens, qui ont donné le nom à ce village, comme à celui de Sepl-Meules et de Mes-Moulins, étaient situés sur ce vieux Bec-de-Mortagne, desséché dans sa source, qui remontait alors jusqu'à Daubeuf. Saint-Pierre de Mes-Houlins occupait la rive gauche de la rivière, et Saint-Martin de Comte-Moulins tenait la rive droite.
Cette église, qui datait peut-être du temps des comtes et de l'industrie franque, a été délaissée, il y a deux siècles, parce que la population était remontée de la vallée dans la plaine. Cet exemple, d'église et de village transportés des bas-fonds sur les hauteurs, est fréquent parmi nous. Gros ville-sur- Durdent, Throudevdle, Saint- Pi erre -en -Port etOudales, sont de ce nombre. De l'église ainsi transportée, il ne reste plus la moindre trace dans le vallon. La tradition seule en indique la place sous l'herhc d'une métairie.
Ce fut en 1648 que l'on transporta, sur la plaine, la nouvelle e qui (wrte dans sa construction l'inaltérable cachet de ce.
leiiips. C'est un éditice bâii on très-(i;randt> [ des carrières de F^camp et de Pêtreval. î pilastres ioniijues, est surmonté d'une tour can'ée qui sert d clucber, mais qui se termine comme une loge k cliien.
Ce premier édiiice, quoique un peu prétentieux, aurait encore du caractère sans les deux chambres carrées ajoutées a (827 par M. Beltiomnie de Franqueville. L'une sert de sacii tie, l'autre de chapelle de famille. Sous cette chapelle est n caveau dans lequel on a descendu le fondateur, le 2i mars 185*
Cette église dut être consacrée, car nous trouvons sur II murs intérieurs des croix noires, éclairées par des cierges. U murs extérieurs ont conservé les armoiries des seigiieuit patrons de la cure. Ces seigneurs étaient les sires de FrauquA ville, dont la terre renfermait des urnes cinéraires, mises M Jour en 1837 et recueillies dans un castel du temps de Louis XIV
Cette humble église a fourni au puissant monastère i Saint-Ouen de Rouen, un de ses plus utiles abbés. Hugues d Comte-Moulins^ ou de C on Ire-Mou lîu s ^ gouverna cette «b baye, de I23i ^ 1251. Ce fiit sous son administration f|u'el lieu le terrible incendie de 1248 qui bvAla Saînt-Ouen. Laurent, Saint-Godard et une grunde partie de la ville I Rouen ^. Après s'être réfugiés quelque temps au Plainbote i h Bihord, les religieux revinrent il Roue», où Hugues fit n construire le dortoir, le cloître et le réfectoire, sur un pitt magnifique.
Des anciens seigneurs de Contre-Moulins une pierre tombld a été transportée de la vieille église dans la nouvelle. La t les pieds et les mains, étaient en marbre blanc. Mais tout a maiu tenant complètement effacé, à l'exception de ces quelqi mots : « L'au de gr&ccmil v*' de demoiselle Katrioe »
Au ini" siècle, le seigneur-patron de celle cure était le s<i gneur de Torchy, qui présenta le prêtre Richard k Pierre i Coulommiers, archevêque de Rouen. La cure alors râlait S livres et comptait 30 paroi^ieus ou ménages. Ce nombre p sévéra jusqu'en 1738, et aujourd'hui les 264 habitauts ne ra présentent guères ijue ce nombre. Heureusement qu'au tilé de succursale elle joint la commune de Toussaint, forte à 510 habitants. <
Outre son église de Suint-Martin, Contre-Moulins ]
' tlalUa f'hriit.. l. ii. — = .Yciwlrin ;iw, ].. 31, - ' Id., Iblil.
ane cliapdie et une lëpmscrie, dédiées k sainti* Marguerite et à saint Michel. Le palrouage de ee modost» bénétice appartenait au curé de cette paroisse, et le seigneur lui contestait souvent ce droit reconnu dî^s le xiii* siècle, car Eudes Ri^aud y nomma Pierre Gossec, clerc, kla présentation du cui-é de Comte-Moulins. A cette époque la léproserie était attribuée à la paroisse de Toussaint, sans doute k cause qu'elle était placée sur la limite des deus dtmages et qu'elle servait aux deux populations.
Par lettres-patentes de Louis XIV, données le 16 mai 1669, pour la fondation de l'hôpital du Havre, la léproserie de Saînlc- Margueiite fut ainsi que toutes celles du voisinage, réunie Jt ce naissant asile des misères humaines. Ce fut sans doute îi condition qu'il recevrait <tans son sein quelques malades de ces deux paroisses, clause bien oubliée aujourd'hui. La chapelle est complètement détruite depuis 1825.
TOCSSAINT.
Cette petite église, dédiée k la reine du ciel et k tous les saints, « reginae sancturum omnium , » est parfois appelée Noire-Dame de [ou» Un Saints. Donnée en 1085 fi la grande abbaye do Fécamp, par Gilbert d'Auffay [Gilbertus de Altifago], elle resta constamment sa propriété jusqu'k la Révolution. De cette donation il reste encore une partie de la nef, construite en pierre poreuse et tendre. Les trois contreforts qui accompagnent le portail renouvelé, ont gardé leur antique physionomie, malheureusement les fenêtres ont été moditiées comme partout.
Le clocher, le chœur et les transepts ont été reconstruit'; au XVI* siècle, avec une certaine magnificence, au moins k l'intérieur, car nous convenons tout d'abord que le clocher manque absolument, la tour n'étant qu'un tronçon de pierre surmonté d'un carré d'ardoise. Mais h l'intérieur les arcades et les voûtes font un très-heureux effet. Le style delà Renaissance a présidé à cette reconstruction.
Au nord est la chapelle de Saint-Nicolas et de Saint-Sébastien, n y eut autrefois un autel qu'ombrageait une image de la Sainte-Trinité, peinte sur verre. Dans la fenêtre qui termine on voit un Christ sur la croix, au pied duquel est agenouillé [1 banc un donateur ecclésiastique, Il est vêtu d'un sur-
plis H grandes manches, la tète nue et les mains jointes. Il laisse écliapper cette dévote prière a la Sainte-Vierge : « Ta es spes mea — Post Chrislam, Maria. »
Les quelques mots échappés aux mutilateurs nous apprennent que c'est l'oflfirande d*un vitaire de ce lieu, faite en mil cinq cents cinquante et ung.
Quelle différence entre un siècle et l'autre! En 4554 il y avait à Toussaint, curé, \icaire et peutr^tre chapelain, pour 39 feux, à présent pour 51 habitants il n*y a pas un seul prêtre. Le dimanche seulement, M. le curé de Contre-Moulins vient biner dans cette église pour qu'elle ne soit pas abandonnée.
La chapelle en face , présentement dédiée à Saint-Siméon , qui est ici l'objet d'un pèlerinage comme à Déville et à Barville, près Cany, fut construite au commencement du xvi* siècle, par une libéralité seigneuriale. Une belle pierre tombale, malheureusement un peu altérée, nous révèle cette particularité. Sur la pierre figurent un chevalier avec son épouse. La tête et les mains sont en marbre. On lit au bas : « Cy-gist haneste homme Jehan Legrand, sieur de... lequel a faict faire ceste chapelle, et décéda le viii« jour de mars mil V* et v. Priez Dieu pour le repos de son âme. » — « Cy-gist demoiselle
Barbe Auber, famé dudit chevalier, laquelle décéda le »
C'est peut-être la même donatrice que nous voyons représentée avec sa fille au bas d'un groupe de pierre représentant un Saint-Sépulcre. Les deux personnes sont agenouillées et dans un charmant petit costume du xvi* siècle.
Cette même chapelle paraît avoir été seigneuriale jusque dans le siècle dernier, car nous lisons sur une pierre placée sur le mur cette inscription fort intéressante en ce qu'elle nous montre que sous Louis XV le village de Sainte-Adresse portait encore le nom de Saint-Denis-Chef-de-Caux :
« Gy*gi8t messire Michel Legrand, seignear et patron de Saint-I>enis- Cher de Caux^Vitanval, Sainte- Adresse et antres lieui, eheyalier de Tordre royal hospitalier et militaire de Notre-Dame du Mont-Garmel et de Saint- Lazare de Jérusalem, capitaine d'inranterie au service du roy, décédé à Fescamp, le 29 avril 1721, a été inhumé dans la paroisse de Toussainfo. Priez Dieu pour lui. »
Pour achever l'inspection monumentale de cette église, nous irons saluer l'intéressante et élégante croix du cime-
tière. Sa base est triangulaire, comme fut autrefois celle de Contre-Moulins, dont il ne reste plus que le pied. Sur chacun des côtés est percée, dans le style de la Renaissance, une niche dont les statues sont tombées. Le haut de la croix, dont les branches sont ornées de crochets, présente d'un côté une Vierge couronnée par un ange, et de l'autre le Christ crucifié. Sa mère et son disciple bien-aimé raccompagnent à droite et à gauche. Au pied du crucifix est une inscription difiicile à lire. Nous^avons cru y distinguer le millésime de mil v^ lx.
Cette église de Toussaints, voisine du Camp-de-César, domine, comme cette grande enceinte militah*e, la ville de Fécamp et les deux vallées qui y affluent. Ainsi, placée comme un point culminant sur la vieÛle métropole franco-normande, il était impossible qu'elle ne relevât pas de la puissante abbaye aux trois mîtres. Aussi tous les pouillés ne manquent pas de désigner l'abbé de Fécamp comme le patron de la cure ^ .
Au temps d'Eudes Rigaud, Toussaints, appelé Omnes SancU supra Fiscannum, possédait 60 paroissiens.
Vers 1240, Pierre de Collemieu reçut le prêtre Simon de la main de l'abbé de Fécamp. Mais le m des ides mars 1258, l'abbé ayant présenté Robert de Courcelles, Rigaud l'examina deux fois et le trouva incapable. Ayant refusé de l'accepter, malgré les sommations du procureur de l'abbaye, l'abbé de Fécamp interjeta appel au souverain pontife 2.
liiMPiTiiiiii:.
Au milieu d'un vrai village normand, peuplé de masures entourées de fossés plantés d'arbres, se rencontre au-dessus des sources de l'ancien Bec de Mortagne, l'église de Notre- Dame de Limpiville ou de Nipiville, assise dans un verdoyant cimetière. Cette église est neuve d'un bout à l'autre, et elle n'a rien au-dehors qui annonce un âge antérieur au grand Roi. Nous attribuons aux premiers jours de son règne le clocher en pierre, placé au portail de l'église, tour carrée, lourde et massive, bâtie en pierre de Pètreval.
Cette vieille carrière de Pètreval, si long-temps exploitée pour les églises, a fourni encore la base de la nef, construite
* Daplessis, t. !«>*, p. 711. — Aux archives de l'abbaye de Fécamp on voit une liasse de pièces concerDant la seigneurie de Toussaint. — ' Begest. visU,, p. 333.
en 1758, comme l'apprend une note écrite par un curé, suf un registre de fabrique :
■ Le ITavrll ITSSacommencé la iffmolitjon de In nirdG celle i^glise ; le mercredi des Cendres, B Terrier de ladite année, SBm!>on Cbicot, Ir^r jer> i rintlince e( poanuite. h l'ordre et i la présence de monsieur de Vaudroqae, tendit lous les arbrei des fi>Mé« du presbjière, aai lins de pouToir édi'
fier la dite nef : Lonit-FnDtol* Ujel, chevalier, seignenr de Vandroqne, et niHi HigneDr et pairm bonoralre de celle paroisse, et noble dame Marle- Mtdeleine Neveu d'ËplnaT, son époiue. Signé : Robinay, curé, n
Ce même abbé Robinay, construisît aussi le chœur, en mars (778. On lui devait également le presbytère, qui était trèsbeau. Eli bien I pour tant de bienfaits, il fut indignement traité par ses ingrats paroissiens. Ayant refusé, en 1791, un serment T. II. 12
que sa conscience ne lui permettait pas de prêter, ses meubles furent jetés par les fenêtres et il se vit mettre à la porte d'une maison qu'il avait bâtie. Il se retira dans le four du presbytère, où il ne tarda pas à mourir de vieillesse et de douleur.
L'autel en chêne, du temps de Louis XV, a été surmonté par des peintures murales, qui malheureusement ont perdu toute leur fraîcheur et leur beauté natives. Ces fresques furent exécutées, en 1812, par la troupe de peintres italiens conduite par Pécheux, que nous retrouverons dans l'église d'Yvetot. Ici comme à Yvetot, les artistes ont représenté le ciel et la Sainte- Trinité tenant une couronne pour la Vierge Marie, dont V Assomption figure dans le tableau de la contre-table. Il est fâcheux que l'humidité ait dévoré cette conception gracieuse dont il ne restera plus rien dans quelques années, comme de nous-mêmes.
Le cœur d'une des dernières châtelaines repose dans le sanctuaire, sous l'inscription suivante : « Ici repose le cœur de noble dame Louise-Félicité Plaimpel de Nipiville, décédée le 4 août 1814, à Contreveville (Vosges), où elle a été inhumée. Priez Dieu pour elle. » Nous serions curieux de savoir si Godefroy de Nipiville, qui a laissé des mémoires manuscrits sur le port du Havre, était un gentilhomme de cette paroisse. Jusqu'ici tout porte à le croire.
La seule antiquité de cette église c'est la croix du cimetière, faite en grès, vers la fin de nos guerres religieuses. C'est une spirale ornée d'un grénetis. Un cercle renferme la Sainte- Trinité, le Sauveur, saint Jean et la Sainte-Vierge. Au bas est un Ecce Homo accompagné de saint Pierre et de saint Nicolas.
Limpiville, qui fit toujours partie de l'exemption de Fécamp, fut donné ou plutôt confirmé à ce monastère par le duc Richard II, dans la fameuse charte de restauration délivrée en 1026 : « Limpivillam cu7n ecclesiâ et sylvâ quœ dicitwr Ber-nardi vallis i. » Il est évident qu'alors une partie de la paroisse était couverte de ces forêts qui remplissaient notre littoral et que défrichèrent les moines laborieux de nos abbayes. En 1 1 04 le pape Pascal II confirma la propriété de cette église, dans cette bulle d'exemption si souvent attaquée depuis, et toujours victorieuse jusqu'à la mort de l'institution monastique ellemême.
' Neustria pia, p. 206.
Limpivillc ne figure pas sur le pouillé d'Eudes Rigaud, à cause de Texemption de Fécarap. Raugé, en 1697, dans le doyenné des Loges, il comptait 70 feux en 1738. Aujourd'hui c'est une succursale de 700 âmes.
Nous ne terminerons pas son histoire sans parler d'une bien remarquable confrérie de charité, établie en 1608, pour secourir les pauvres, les malades et les pestiférés. Le plus bel éloge que Ton puisse faire de cette pieuse institution, c'est de citer ici textuellement les considérations si profondément chrétiennes qui en motivèrent l'établissement.
« Statuts et ordonnances de la charité et confrérie établie en Téglise paroiisiale de Limpiville, sous le nom de la Très-SainUt Vierge Marie, de SaiiU-âOchel Archange et de sainte Catherine, vierge ci martyre.
» Tous frères et sœurs désirant se faire cnrullcr en iadile charilc, doi- TCDt ayant tontes choses être avertis que ladite charité a été instituée du consentement et de l'autorité de noble et reli{;ieuse personne dom Charles Campion, religieui de Tordre de Saint-Benoist, et vicaire général d'illustrissime et révérendissime seigneur messire François de Joyeuse, cardinal et «bbé de l'abbaye de la Très-Sainte-Tri ni lé de Fécamp, le treize d'août eu Tannée mil sii cent huit, en considération principale de la maladie contagieuse dont sont souvent afDigésces pays-ci, pendant laquelle plusieurs fidèles étoient laissés et demeuroient sans secours et assistance spirituelle et corporelle, et après leur mort n'étoienl point ensevelis honnélenient, ni enterrés dans les lieux qui sont destinés pour la sépulture des chrétiens, mais bien souvent abandonnés comme des bétos et délaissés métnc par leurs plus proches parents. Afin d'éviter cet inconvénient, plusieurs personnes dévotes, mues de Tesprit de Dieu et sachant que nous sommes tous frères, que nous avons tous notre père dans le ciel, se sont assemblées avec résolution de passer leur vie et leur santé au service des pauvres malades, qui ^ieot desUtués de tous secours humains.
>» Ceux donc et celles qui veulent entrer en leur compagnie, doivent prendre la même résolution, et s'ils ne peuvent assister les malades, prin- «ipalementde la maladie contagieuse, au moins doivent-ils faire résolution de les assister par leurs prières et biens temporels, en cas de besoin. »
Peuiron trouver un exposé de motifs plus touchant que ce simple préambule d'une pauvre confrérie de campagne? Ne 8ont-<^ pas là de vrais héros chrétiens, et toutes nos belles théories modernes sur l'assistance publique valent-elles cette humble page extraite d'un registre d'église? Croyez-vous, de bonne foi, que cette charitable association, érigée au nom de la croix, et en tôte de laquelle s'inscrivaient le curé, le vicaire, le seigneur et sa dame, n*a pas soulagé plus de misères que nos sociétés de secours et nos comités d'assistance ?
YPRETIIiliE-BITIIiftiE.
Ypreville est un relais de poste placé sur la route nationale n° 26, à un myriamètre environ de la ville de Fécamp. A diverses époques on lui donna le nom dlpreville, d'Épréville et de Saint-Micliel-d*Epreville. C'est avec raison que cette église est dédiée au glorieux chef de la milice céleste. Elle est en effet située sur une haute et magnifique plaine, au milieu de campagnes couvertes des plus riches moissons. Sa flèche de pierre Vannonce de bien loin au voyageur et répond dignement aux blancs clochers d'alentour. Il faut bien le dire, au XVII® siècle ce fut une grande rivalité dans ce pays pour lancer partout dans les airs de grandes flèches de pierre. Senn^ville, les deux Angerville, Throudeville, Tiétrevîlle, Tocqueville» élevaient avec zèle et ferveur leurs glorieuses pyramides, comme pour annoncer au monde le règne pacifique de Henri IV et le triomphe de la foi catholique sur l'hérésie. Ypreville ne voulut pas rester en arrière. En 4609, M* Jacques Daubeuf, tabellion, rédigeait le « marché passé entre Robert Bocquet, masson, et les gentilshommes, paroissiens et thésauriers, pour monter la pierre et travailler à la tour. » Cette importante construction devait être achevée en 1 645, car cette année-là nous voyons le fondeur Buret, venir à Ypreville jeter au moule les cloches de la paroisse.
Malheureusement la tour carrée, construite par les braves maçons du temps de Henri IV, est lourde, massive, nue et sans style. De gros contre-forts la soutiennent et la soutiendront toute l'éternité. C'est une base indestructible, bâtie vraisemblablement avec la pierre de Pèlreval, si recherchée dans ce pays. La flèche octogone qui surmonte est trop faible pour la base qui la supporte ; il est évident que le zèle des constructeurs s'est ralenti en route, car on ne doit pas leur supposer tant de mauvais goût.
La nef, grande autrefois, a dû être rétrécie vers (760. C'est de ce temps que date le mur en brique et en silex, qui ferme les arcades ogivales du côté du midi. Au commencement du XVII* siècle , deux petites chapelettes ornées de croix furent ajoutées à cette église.
Une des deux, celle du midi, a une voûte élégante par ses arceaux décorés de crochets. Elle dut être bâtie et possédée
par des seigiteui-s doiil l'écu brille ù la jonction des arceaux.
Le chœur a été rebAti et décoré en 1771, T^r par M. le curé et par les moines de Fécamp,
C* ' ' ') décimateurs de la cure. Primitivement il appartenait au m" siècle, car nous reconDais- \,^^^.^^ sous encore au dehors des fenêtres, des pierres tuffeuses et des contre-forts do ce temps. Un tableau de l'Annonciation de la Sainte-Vierge décore la contre-table du siècle dernier. Le vieil autel de pierre, qui supportait ce retable, vient d'être mis à la porte récemment. On le voit maintenant dans le cimetibre.
Ypreville possède des archives en très-bon étal et bien conservées par M. le citré. I^s registres de fabrique vont jusqu'en <609 et portent cet en-léte qui prouve la renaissance de l'ordre dans les administrations ; ■ Registre d'ïprecille acheté et commencé par ordre de lU. Pigny, archidiacre du Grand-Caitx. » Comme nous l'avons dit, comme la tradition, les registres et les pouillés nous l'apprennent, les religieux de Fécamp présentaient à la cure et gardaient les deux tiers do la grosse dîme. Duplessis • et M. Ouilmeth ' nous apprennent qu'il y avait k Ypreville deux anciennes chapelles. La première, dédiée il Notre-Dame et bâtie par les moines de Fécamp, existait en nu, mais tombant en ruine. En 1 369 les biens et les revenus furent réunis à la cure.
La seconde chapelle était appelée Quasimodo. Le peuple l'avait ainsi surnommée, parce qu'on y faisait chaque année un pèlerinage et une procession le dimanche delà Quasimodo. C'étaient les seigneurs d'Ypreville qui nommaient les chapelains. Elle existait encore eu 1721 , mais démolie en 1738, ses biens furent d'abord donnés h l'église, puis vendus comme domaine national, le 2 juillet 1793 3.
Dans notre passage à Vpreviile, nous avons entetidu parler d'une ancienne chapelle, située près le bourg, que l'on appelât la Chapelle da Loup. La tradition racontait sur l'originirie ce surnom une histoire toute semblable fi celle du loup de Bouteilles. On prétendait <|u'nn loup poursuivant une ' Daoript. géogr. ci hUt. dt ta Bautt^Normandie. i. i", p. tW. — 'Dtmipt. géogr.. hiH., etc., p»r Uuilmcih, i ii. p. 273. — ■ Uomainet IX, dîitrirl lie Cinj'. — Arch. départ.
brebis, était entré dans l'oratoire. 1/agneaii en sortant avait entraîné la porte avec son tie7Te et enfermé messire loup dans la bergerie spirituelle, où les paysans l'avaient assommé sans remords comme sans regret.
Le bénéfice-cure d'Ypreville comptait 70 paroissiens en 4260, 62 feux en 1738, et aujourd'hui c'est, avec Biville, une succursale de 902 habitants.
BIVILLE-LA-MÀRTEL.
Cet humble village, qui a perdu jusqu'à son nom, avait jadis reçu son surnom de puissants seigneurs normands, ces fameux Martels connus dans toutes nos guerres sacrées et profanes. Ils ont dû habiter cet obscur hameau, car quelques-uns d'entre eux reposent dans le chœur, ont imprimé sur les murs leurs écussons héréditaires et cloué sur la grande porte de l'église l'arme parlante de letir famille. 37 marteaux de fer ont été attachés, avec de gros clous, sur ce portail Louis XIII, signe féodal dont nous avons retrouvé récemment l'analogue à Saint-Martin-l'Ortier, près Neufchâtel. Ces derniers sont des fers à cheval que les bons paysans de la vallée de Bray clouent contre la porte de l'église dédiée au patron de la cavalerie.
Cette pauvre église de Saint-Martin de Biville est froide et abandonnée comme un tombeau. Ce qui attriste le plus dans cet état d'abandon, c'est qu'il est le résultat d'un système. On spécule sur sa ruine, et sa mort est désirée par ses tuteurs. Les fenêtres sont brisées en grande partie et personne ne les répare. La fabrique d'Ypreville jouit du revenu des terres, de 350 livres donnés par de pieux fidèles pour l'entretien du temple, la fabrique n'acquitte pas les fondations et elle répudie les charges. Elle se contente de jouir des bénéfices. Quand le toît tombe on le répare avec du chaume, et encore je ne répondrais pas que le zèle des bons laboureurs de Biville ne donne pas la paille.
Certes, ce fut un jour de lamentable mémoire pour les habitants de Biville, que celui de l'année 1806, où après la mort de leur dernier curé les gens d'Ypreville vinrent dépouiller cette pauvre pupille désormais confiée k leurs soins. Ils emportèrent tout ce qu'avaient épargné les révolutionnaires. Ils prirent les stalles, les bancs, les croix, les ornements, le mobilier, et ne laissèrent que les (juatre murs et la cloche qu'on
ne U^ur permit pas d'enlever. Ils s'arrôtèrcnt devant la révolte ([ui allait éclater, car la cloche c'est la voix de l'église, et c'est elle qui persoiiniKc l'amour de la patrie, si souvent appelé l'amuur du clocher. Cette pauvre cloche, nommée Marie-Margue-rite, avait été bénite en 1774 ; elle a donc vu mourir les pères et uaftre les enfants. Aussi ils j tiennent.
L'église de Bivtlle, simple et pacifique, est assise dans un cimetière rempli de tombes verdoyantes, entouré d'un fo^é planté de jeunes arbres. Elle est là depuis huit siècles, car elle porte avec elle tous les caractères de l'architecture romane du II" siècle. Le cintre est partout, et le tuf compose intégralement le chœur, le clocher et une partie de la nef. Des corbeaux, & létes grimaçantes , servent de corniches et donnent II ce monument rustique un aspect vénérable et primitif. Le bas de la nef seulement a été refait au ivii" siècle, et dans cette reconstruction on a employé en grande partie la pierre de Pétreval ou de Fécanip.
Après le vied appareil de l'église, ce que l'on trouve ici de plus ancien, c'est le baptistère, cuve en pierre flanquée de quatre colonnes du un' siècle. C'est Ik un témoignage permanent de l'antique importance de cette église titulaire et baptJsinale, témoignage que ne pourrait peut-nîlre pas invoquer sa moderne suzeraine. C'est ainsi que tout passe et que tout change sur la terre. Les premiers deviennent les derniers et les derniers deviennent les premiers.
Après les fonts, ce que je citerai de plus respectable, ce sont les autels de pierre dont il serait malaisé de préciser l'âge, pouvant être également revendiqués par le xiii' comme par le xvi' siècle.
Sur le maître-autel est un tableau représentant les Ditciphs ^'Emmaiis, peint par Beaucousin, en 178^. Sur un des petits autels est saint Gilles avec sa biche, entouré de fleurs, de cor- «luns, de rubans, et de chapelets donnés par les pèlerins.
Le chœur de Biville renferme une quantité considérable de pierres tombales qu'il nous faut maintenant parcourir comme les feuillets d'un livre: malheureusement il y eu a de déchirés. Tout porte à croire que ces morts puissants dorment dans un caveau, mais personne ne s'en souvient, la Itévolution n'ayant prusque rien brisé ii Biville.
Citons d'abord trois ou quatre pierres tombales placées au
— ISS — inilieu (lu chœur et mallieureiistimeiit ctTaL^ius. Les pi'HU d(^ diantrôs ont usé lt:s inscriptions et les oruements. Sur la plus grande îles deux est une seule tête en marbre avec deux majns. ce qui indique une seule personne. La plus petite dut recou- •vnr trois jeunes gens d'un âge différent. Ou y remarque trois têtes et truis paires de mains, jointes sur la poitrine, et jadis incrustées de marbre blanc. Enfin une troisième, évidemment appartenant aux Martel, montre un cœur et trois marteaux incrustés en marbre blanc.
Pi-ès (ie lii, est une grande tombe de marbre noir, du xviu* siècle, et pourtant presque aussi effacée qu'une dalle de François I". Elle fut destinée h un époux et fi une épouse, car on y remarque deux têtes et des mains jadis en marbre blanc, gantelets croi.sés gisent aux pieds du chevalier, une corbeille de fleurs supporte les pieds de la châtelaine.
Allons maintenant autour de l'autel. Lk veillent, i lampes, des cœurs de pierre au lieu de cœurs d'hommes.
Au côté de l'Evangile est une jolie petite figure encadré^^^ dans une pierre ornée de chapiteaux et de pilastres, les mains- -» la léte et les écussons sont de marbre blanc. On lit au bas i Sous ce tombfau repoge le cm^ps de noble enfan Adrien Marte^-^^ leignettr, cfiâttlaln du Hanovart, qti décéda le premier de tu^ vembre (603, agi de 7 ans. »
Au côté de l'Évangile est une pierre plus grande, sur 1»-^
quelle est {,'ravée l'image d'un cœur entouré de larmes jadS ^
incrustées de marbre. On lit sur cette tombe deux inscri]^
lions, dont voici la première : « Sous cette pitrre ffist le cwc ~^~ de -megstre Anne de Honckerolles, chetialier, seigrieiir du liei^F^j^ Felques, — iîésoneal et Plantjuei-ay, leqwt décéda le 13 t^^C-* janvier <60t, délaissant daine Anne Martel, veuce très-dolent*^^^ ■ Priez Dieu pour eux. » En effet la digne épouse retraça enco^r^ * l'expression de sa douleur dans une seconde inscription, m^^^i-— '' heureusement un peu engagée sous l'autel. Une muse <^^^^" temps l'aida dans ses soupirs : ^^
u [Là repose) le corps au prioiemps île ion iige. ^^H
(Son éme eu) eniolée au céleste pourprii, ^^H
{Eli celle qu'il avait d'amour parfaicl ciprli ^^|
A Kleou «on rceur pour trt« HJcIle gage. >>
Dt-s 1139, dit M. Guilmclh. il existait une église Ji Bivil"^^*""dont tes dîmes apparlenaieut it l'abbaye de Fécamp. Mais pB
Tarchevéque de Rouen y conférait de plein droit, c'est ce que nous montre clairement le pouillé d'Eudes Rigaud. Aux assises de Pâques 4394, i'Échiquier de Normandie maintint le di-oit du métropolitain. Mais plus tard le seigneur du lieu reprit sou antique privilège et les derniers pouillés décidaient en sa faveur. Après ces trois révolutions canoniques, une révolution plus terrible encore anéantit cette cure de 34 feux et b réunit à celle d'Ypreville. Elle emporta les archives, qui, au dép^t départemental , se composent d'un bon nombre de pièces du xvii* siècle.
Cette petite chapelle fournit un martyr à l'Église de France, ^ la fin du xviii" siècle. Paul Quesnel, né à Baons-le-Comte, exerçait les modestes fonctions de chapelain à Biville-la-Martel, quand il refusa le serment à la constitution civile du clergé. Arrêté dans le cours de 1793, il fiit envoyé à Rochefort, au commencement de 4794. Condamné k la déportation, il mourut le 5 juillet de la même aimée, à Tâge de 53 ans, et fut inhumé dans Tlle d'Aix *.
»OR«IJAI]VTIIiIiEU
Sorquainville, appelé par Eudes Rigaud Sortinquinville, et ^Ueurs par d'autres Sortequainville, est une église située sur *«^ plaine et dominant la vallée de Valmont. Un tertre élevé, ^ïïtouré de fossés, fut disposé au xi« siècle pour recevoir une ^lise tuffeuse dont il reste encore des traces dans les murs d© la nef. Le chœur en a gardé davantage, et si les fenêtres ^'eussent pas été refaites au temps de Henri IV, il est probable qu'il serait tout-à-fait roman .
Le XIII* siècle a construit dans le sanctuaire, au côté de **Bvangile, une fort jolie piscine dont la crédence et la double ^Uvette se cachent derrière une double et élégante arcature. ^n n'apprendra pas sans étonnement que ce délicieux mor- ^^^au, la perle de l'église, recouvert par une planche de sapin, ^i*ine une armoire pour les burettes et les souricières.
Une notable portion de la nef a été refaite au siècle dernier ^* doit dater du même temps que le clocher, tour carrée, ^^Urte et massive qui sert de portail. Cette construction informe remonte aux premières années du dernier siècle, car ^^Hs un état des lieux dressé par le curé, le 1«^ juin 1693, il
Martyrologe du clergé français pendant la Révolution. — Paris, 1840.
est (lit (jue « l'église n'a pas de tour, mais seulement des fondements élevés k hauteur d'homme depuis 50 ans et restés là faute d'argent pour achever ^ »
Celui qui termina ce portail fut sans doute M* Pierre Havy, dont le chœur renferme l'inscription et la tombe. Il y est dit que ce digne prêtre : « décédé le 4 juin 4767, a beaucoup contribué à la décoration de cette église ^. » Nous pensons que cela signifie qu'il acheva le clocher, fit construire la chaire en 4725, et placer la contre-table, décorée en i766 par le peintre Bredel, d'un tableau représentant la Résu/rrection d'un mort par saint Martin, patron de la paroisse.
Dans le cimetière est une assez belle croix de pierre, dans le style de la Renaissance. Sur une forte base pose une colonne dont Télégant chapiteau supporte une croix, chargée des images de Jésus et de sa sainte Mère.
Sorquainville fut toujours à la présentation de l'abbé de Fécamp. Eudes Rigaud nous apprend, dans le Journal de ses Visites^, que le samedi d'avant TAscension de l'année <265, Anquetil, recteur de cette paroisse, vint lui promettre, à Valmont, dans la calende du doyenné, de se mieux conduire à l'avenir, sous peine de perdre par ce seul fait le bénéfice dont il était pourvu. En i738 Sorquainville comptait 63 feux. Aujourd'hui c'est une succursale de 376 habitants.
RUrii^I^E.
L'église de Saint-Pierre de Riville peut se partager en deux parties, au point de vue de l'architecture et de la chronologie. Le chœur, en tuf, renferme des cintres et des ogives du xiii* siècle. Malheureusement les voûtes intérieures ont été défigurées. La nef est du xvi® siècle, mais elle a été grandement remaniée «ous Louis XVI. Le chœur n'a pas été exempt de ces raccommodages ultérieurs. Malgré cela ce chœur est encore le même qui fut consacré par Eudes Rigaud, le <7 juillet i269.
Riville vit naître et baptiser sur ses fonts, Pierre Cervoise, 22® abbé de Fécamp, qui, de simple religieux du monastère, fut béni à Avignon, par Clément VII. Mort en i390, il fut inhumé dans la chapelle de Saint-Pierre, son patron.
L'abbaye de Valmont possédait à Riville des terres et desdl-
' Arch. départ. — ' Sa sœur, Catherine Havy, décédée en 1735, a?ait fait une fondation k l*église. — ^ Regest. visU., p. 671.
nM.es, données par Nicolas d'Ëstoutteville, qui lui avait concédé /^^bois et les deux hôtes qu'il avait sur cette paroisse. Il avait a.ussi cédé son droit de patronage, qui n'était qu'alternatif, le seigneur du fief de Soles. Aussi l'abbaye présentait deux Is à la cure et le seigneur de Soles une fois. De longs et nom* l>:ireux procès eurent lieu pour ce bénéfice, entre l'abbé et le gr^Dtilhomme, mais le bailliage, l'échiquier, le parlement e^». l^^fcjchevêché, décidèrent toujours en faveur du partage altères ^tif. Il faut voir, dans Toussaint Duplessis, toute l'histoire de <^^tte procédure qui dura des siècles t .
Riville, qui comptait 62 feux en 4738, est à présent une succï^.mrsale de 800 habitants.
Tiétreville, appelé par quelques-uns « Tristis villa, » semble i3ci.criter ce titre par les nombreuses sépultures gallo-romaines cj^je Ton y a rencontrées depuis quelques années. Long-temps ^mjtparavant, en plantant des arbres au hameau du Bue, on ^v^ait trouvé des vases funéraires, découverte restée sans résult^^t jusqu'en i844. D'eux-mêmes alors les villageois firent une ioiiille en forme. M. Pottier, conservateur de la bibliothèque, ^nt visiter cette exploration improvisée, et il en rendit compte d'ails la Rgtme de Rousn, du mois de mai 4842. Tous les journaux du pays parlèrent de cette fouille 2, et le Musée de Rouen s'enrichit des vases funéraires exhumés de cet antîcjue cimetière. Grand nombre d'urnes, encore pleines d'ossements brûlés, sont restées chez le maire du village.
L'église de Tiétreville, assise sur la plaine, possède une belle
Hèche de pierre, sortie, comme toutes celles de ce pays, des
^^^Jrrières de Pétreval, largement exploitées au temps de la
I^icae et de la Fronde. Cette pyramide est octogone (^omme
toutes ses voisines, et elle s'appuie comme elles sur une tour
^^^néequi présente à sa base des pilastres du temps de Henri IV.
^n effet, d'après les archives, cette tour dut être commencée
^ers la fin de nos guerres civiles et religieuses et comme un
Monument de la paix. Les registres de la paroisse la supposent
«n pleine construction en 1642. Cette année-là le trésorier
' IkicripUon, etc., t. r% p. 672. — ' Courrier de Dieppe, du 31 mai ^— HetTtie du Havre, du 12 juin J8i2. — Progressif cauchois, du 15 iDin 1812.
acheta plus do 1,000 pieds de pierre pour rachèvtsmi cloelier. Au mois de janvier 1617, un marché est passé les puroissions et maîtres Trucaut Des^osses, demourantk carap, et Rober Bocquet, demourant à Daubeuf, tous maîtres machous, constructeurs et entrepreneurs de i'i Ces braves gens s'obligent à compléter la tour et la nef
tSn de l'année 1618. Messire Charles d'Aubcrt, cbevalû gneur de Tiétreville et de Daubeuf, était présent et conseï tant au marché. Les constructeurs s'obligeaient à placer u angles de la tour des gargouilles figurées par quatre div' aortes d'anivMux, qui ne subsistent plus aujourd'hui. Il convenir que la construction ne dément pas la date.
Uais la nef, projetée en 1618, ne fut point exécutée s plan d'alors, le côté nord fut fait en 1 67i, et celui du sud 1700. Le chœur devait dater du xvi" siècle, si j'en ck muraille du chevet restée debout parmi les remanii l'église. Le chœur actuel, et les deux petites chapelles qui compegnent, ont été rebâties il y a seize ans sur les plans nommé David, de Tourville. Un marbre, placé sur le 1 atteste cette reconstruction et rappelle ceux qui y contril rent. « En l'an 1834, cette église a été rééditîéc par les l et sous la surveillance de M. Berlel, maire; de M. l'abbâ pentier, curé de cette commune depuis 47 ans, et de MH Bully, Jouen et Soudry, administrateurs de la Mirique. travail a été fait par M. Jean Hertel, maître maçon. >
Saint Martin et saint Éloi sont les patrons de cette églia figurent k la contre-table, k côté d'un tableau à l'huile Jt sentant une Descente de Croix, de Bredel, artiste bien cfl dans ce pays en 1750 et dont le nom se retrouve à Valini k Tiergeville et ailleurs.
Paru» bonheur de plus en plus rare, cette église a coi ses archives, déposées dans les armoires de la mairie. ElU composent de titres de biens, de liasses d'aveux et de cédures, de parchemins du xvi* siècle et de registres de ci tes et de délibi^rations de fabrique, qui vont de 1608 fa ' On trouve ç^ et Ifi quelques détails noyés dons ces j, usées et vermoulues. C'est le pavage de l'église, en 16i9| construction des petits autels avec leurs contre-tableSi 688, l'érection du Rosaire, en 1666, l'établissement d Chanté de Saint-Éloi et la pose des statues de saint Sébai
et r le sainte Barbe, on 1638. La construction d'une sacristie, en 1 735, et enfin en 1638, la plantation (le Ih croix du cimetière, qui subsiste encore aujourd'hui. Cette croix, en pierre. est «l'une composition noblf» et belle. C'est une colonne composite dont la base est soignée ; dont le fût est om<ï d'un cadran solaire, symbole du Christ, le soleil du monde; dont les bras sont ornés de feuilles et de fleurs entourées d'une lumi-wneuse auréole. D'un côté est Jésus et de l'autre Marie, qui sont à eus seuls toute l'espiSrance du genre humain, qui résument toute prière qui s'élève de la terre au ciel. Félicitons cette jolie croix d'être échappée au raarlcau des révolutions qui a frappé tant de Christs, renversé tant de crucifix , si bien que nos pauvres cimetières ne présentent plus que des fûts dt'couronnés ou regreffés à la hâte avec un morceau de fer.
Nous avons été assez heureux pour retrouver, dans les ar-
clii^'esde l'église, l'histoire artistique decette croix. L'an 1638,
la fabrique envoya Nicolas Deffonet et Marin Michel, magson^,
H Rançon et à Ganzeville, pour choisir la pierre, qui revint à
<8 livres 10 sous, et le charriage h 10 hvres. La base de la
croîx fut faite avec de la pierre dure de Ganzeville, et le fût
fut confectionné avec la pierre blanche de la carrière de Ran-
COti . Le travail de maçonnerie coûta 30 livres 7 sous, et pour
soii tenir la colonne, Baptiste Barbey, vendit i livres 1S sous,
•îeux barres de fer, qui furent placés au cœur. L'artiste qui
décora les croisillons, qui dessina le cadran solaire, et qui fit
Itis images du Sauveur, fut le nommé Gugu, sculpteur de
**«»»ieD, qui reçut 17 livres pour cet important travail. Une fois
'^«"«ninée, Dautomare, voiturier à Fescamp, l'apporta Ji Tiétre-
'■''!*, pour 7 livres 13 sous. Elle coûta en tout 88 livres i.
JMais le plus vénérable monument de cette église renouvelée, '^ «ist le baptistère, grosse colonne flanquée de colonnettes, qui f'^ïïionle au ïii» siècle, et qui étabht mieux que tous les textes ' ^-Xutiquilé baptismale et paroissiale de Tiétreville.
Xa cure (le Tiétreville dépendit toujours de l'abbaye de Fé- '^^-rup; tradition, chartes, pouilJés, historiens, déposent en ^veur de cette assertion . La paroisse s'étendait jusqu'aux por- ^^& de Valmont, et l'on disait que cette grande étendue venait "** lèle des curés, qui dans une peste avaient visité tous les (^^iivres malades abandonnés par les curés de Valmont et de ' Rt^Ulrn lie la Fabrique, innée 1038, — A lu mairie (l<' Tijlrrvllle.
Tiergeville. La tradition explique de la môme manière Texistence, sur cette paroisse, de Tantique maladerie de Saint-Gilles et de Saint-Leu, destinée à recevoir les lépreux de Valmont, de Tiergeville, de Saint-Ouen-au-Bosc et de Tiétreville. Cette léproserie, supprimée, ainsi que les chapelles de Saint-Maur et de Saint-Marc, fut réunie à Thôpital du Havre, par lettrespatentes de Louis XIV, données au mois de mai 4669.
Au xiii** siècle il y avait 64 paroissiens à Tiétreville, appelé alors Tristivilla, TranstevilleouTristeville. En i738 on y comptait 63 feux. Aujourd'hui c'est une succursale de 680 hsJ[>itants.
TIERGEirii^I^fi.
La terre de Tiergeville fut autrefois féodale et mihtaire. On y parle de châteaux et de forteresses, on y montre des débris de camps et de mottes : le camp carré, le château de GranviUe, le Mont de Grès, le viettx Château, et tant d'autres noms significatifs, indiquent une terre primitivement fortifiée et le théâtre de ces luttes incessantes qui agitèrent le berceau de l'humanité. De toutes ces guerres, de toutes ces agitations antiques, il ne reste plus qu'un souvenir obscur et vain. La pierre meurtrière est rentrée sous terre, et le fer, converti en soc de charrue, féconde maintenant ces heureuses campagnes déboisées par la main des serfs et des moines.
L'église seule a survécu à toutes les modifications sociales. Mais malheureusement il ne reste plus rien de celle qui fut donnée, en 4169, à l'abbaye de Valmont, par son fondateur Nicolas d'Estoutteville. Saint-Martin de Tiergeville a renouvelé, avec du silex et de la brique, ses vieilles murailles de tuf et de pierre. En 1742, M. Thieulin, curé de Cany et doyen de Valmont, faisant sa visite archidiaconale pour M. l'abbé Bridelle, ordonna de réparer l'église qui tombait en ruine. Dans les années 1743 et 1744, les habitants délibérèrent, ob~ tinrent un arrêt du Conseil et un mandement de M»*" l'intendant de la province, pour asseoir un impôt extraordinaire, et immédiatement ils procédèrent à la réédification de la nef et du clocher. Cette reconstruction coûta 6,538 livres 10 sous, qui furent payés par la fabrique et par un rôle d'impôts extraordinaires, perçus pendant les années 1745 et 1746. Pour parfaire sa part contributive, la fabrique vendit ses plus belles
plantations i. Tout était terminé en 1748, lorsque M. Rose, vicaire-général, officiai et archidiacre du Grand-Caux, faisant sa visite canonique, ordonna d'achever la démolition de la chapelle qui était du côté de TÉvangile, « ces restes de ruines, disait-il, pouvant occasionner, par leur chute, la destniction de l'église 2. »
Ce dernier trait suppose que le clocher était entre chœur et nef, et qu'il avait des transepts. Aujourd'hui le clocher est au portail, c'est un carré en caillou d'un effet grêle et chétif, surtout avec sa mesquine flèche d'ardoise. La nef sent son époque, c'est tout dire. Le chœur doit dater de ce môme xviii* siècle. On remarque, au-dehors, un très-bel écusson, sculpté sur pierre, qui doit être celui des Orléans-Longueville.
Le curé de Tiergeville n'avait qu'un tiers de la dîme, ce qui n'a pas empêché le dernier titulaire, M. Leseigneur, de construire, peu de temps avant la Révolution, un magnifique presbytère. Ayant prêté le serment constitutionnel M. Leseigneur resta à Tiergeville, conserva le presbytère, redevint curé *û Concordat, et mourut en 1814, dans l'exercice de ses fonctions. Le peuple, qui l'aimait, voulut l'inhumer dans l'église ; on montre sa tombe sous le clocher, recouverte d'une ^cienne pierre tombale, empruntée au chœur.
Ce qui prouve l'antiquité de la paroisse de Tiergeville, ce sont les fonts baptismaux en pierre et du xii® siècle. Cette ^gHse, est parfaitement tenue, ainsi que son cimetière, enduré d'une haie d'aubépines.
La contre-table renferme une Assomption, venant de l'abbaye
^^ Valmont, où elle ornait la Chapelle de l'Aurore. C'est un
^pn tableau ou une belle copie, pleine de couleur et d'expres-
^^n. On lit au bas : « Bredel, pinxit, 1748. » De cet artiste
^ï"xnand, on retrouve encore un autre tableau à Tiergeville,
*^^iot la même année; c'est saint Jean, prêchant dans le dé-
^**t, La Révolution a épargné ces peintures, mais hélas I elle
^^sé et mutilé bien des statues dans cette église.
On nous a raconté qu'au hameau de Longuerie était une
tienne chapelle de château, encore conservée aujourd'hui,
B transformée en une habitation profane.
On raconte à Tiergeville une histoire qui est commune à
./ ^egist. des délibéraUons et des compUs de la fabrique, à la mairie de •^■^CTille, p. 44, 51, 53 ei 55. — ' Id., ibid.
bien des villages de Normandie et même du reste de la France. Deux hameaux de cette paroisse furent autrefois séparés de la cure, Tun fut réuni k Limpiville, l'autre k Tiétreville. On dit que durant une peste, le curé de Tîergeville refusa de porter des secours aux malheureux atteints de la contagion. Au contraire les curés de Linîpiville et de Tiétreville s'étant généreusement transportés au lit des mourants, pour leur prodiguer tous les soins matériels et spirituels, reçurent en récompense les dîmes et les habitants de ces hameaux. Nous croyons plutôt qu*ils les reçurent du caprice ou de la générosité des seigneurs.
Tiergeville, appelé « Tygierville » dans le pouillé d'Eudes Rigaud et « Tegervilla » dans la charte de Nicolas d'Estoutteville, comme dans la bulle du pape Luce III, en il 84, a toujours été, depuis le xii® siècle, la propriété de Tabbaye de Valmont. Les grosses dîmes de la paroisse, les dix acres de terre donnés par le fondateur, la dîme de la ferme du Fay ou du Fy, était louée, en 1771 , 1 ,850 livres, à condition que le décimateur entretiendrait de menues et grosses réparations, réédifications et reconstructions, le chœur et le chancel de Tiergeville, et fournirait cierges, ornements, livres et vases sacrés ^ . C'étaient là les conditions ordinaires de ces sortes de baux, mais elles étaient assez mal exécutées. La cure comptait alors 60 feux; à présent c'est une succursale de 666 habitants. En 1260 il y avait 80 paroissiens.
Sur la paroisse de Tiergeville, dans un vallon qui va se perdre dans la grande vallée de Fécamp, on voit au bois Tranchard, deux grottes taillées dans le roc, ou vécurent, pepdant des siècles, de pieux solitaires vénérés de la contrée. Les vieillards racontent encore que leurs pères ont vu le dernier solitaire venir à la messe et tenir les écoles des enfants pauvres. Autour des grottes abandonnées on reconnaît les traces d'un jardin, les restes d'une mare, des arbres fruitiers plantés par eux et le vieux sentier par où ils venaient à l'église. On ajoute que le fermier de Récusson était tenu de leur fournir du pain.
«BRPOIVTIIilii:.
La terre de Gerponville fut autrefois le titre d'une vieille et illustre famille anglo-normande. Le plus célèbre de tous les
' DéUbéralions capUulaires de labbaye de Valmont, Mss.
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aieiubresfut RcginuldouKeiiniiltdt^Gurpùnvilte, leconi|>agiiuii lie Louis-Ie-Jeune, k la Terre -Sa in te, et le conseiller de riiiiiii!ratricfi Mathilde , dans la foiidatioii de l'abbaye du Vallasse. Généreux envers les monuslëres, il donna k la naissante ohbaye de Valmont, fondée par son voisin messire Nicolas d'Esluutteville, un boisseau de blé h prendre sur son moulin du Hamel. Mais k Gerponville pn ne connuit presque plus rien de cette époque chevaleresque et chrétienne.
L*église actuelle, dédiée à Notre-Dame, a été refaite en grande partie au temps d'Henri IV. Cependant on trouve au pignon de l'ouest quelques vestiges du su* siècle. Le clocher, entre chœur et uef, est une construction en grës de la fin du xvi«.
On a exilé du chœur, pour les placer dans la nef, des pierres tombales fort anciennes, dont les têtes et les mains étaient en marbre. Près d'elles nous avons remarqué une statue de sainte Austreberte, en costume d'abbesse, aux pieds de ia- <]uelle le Loup-Vert mange un âne chargé de linge.
La litre seigneuriale, qui entoure l'église, atteste que de tout temps cette cure fut d'épée, comme on disait sous l'ancien régime. En 1260 on y comptait 70 paroissiens et tOO feux en * 738. Aujourd'hui c'est une chapellejcumiounale de 770 habitants, ancienne annexe de Theuvîlle.
Le Merc'ire gâtant, du mois de juillet 1709, raconte qu'un nommé Brumort, de Gerponville, mourut dans ce village, à l 'Jlge de 1 02 ans, de chagrin d'avoir perdu sa femme âgée de S9 ans. Digne exemple de longévité et d'affection conjugale.
Mais il existe à Gerponville une antiquité semi-civile, semtt*eligieuse, dont il nous faut parler ici.
D'abord, on (ht que dans un bois, appelé le Pivallet ', il existe une pierre que l'on prétend apportée de Jérusalem et «]ui détourne la foudre et sépare les orages. Au hameau de Vau- "Ville est unefosseimmense, nomméeleCZoï-fifa/M;, dans le fond <3e laquelle est une grande table de pierre, espèce de dolmen renversé. La nature de la pierre est le calcaire mêlé de siles. Cette grande dalle n'a pas moins de trois niblres de longueur sur un mètre et demi de largeur. Son épaisseur est moindre d'un mètre, un trou circulaire est placé vers le milieu. La fosse ' Il r B un Pivallet dam le boit îles Luge» <:\ un PifaUl ï RrnneTil. T II, Cl
dans laquelle elle se trouve a bien SO mètres de profondeur sur une ouverture d'environ 50. Derrière cette grande pierre, obliquement élevée au-dessus du sol, on aperçoit comme rouverture d'une carrière rebouchée.
Cette idée ne serait pas mal conforme à la tradition de quelques vieillards, qui disent que la fosse du Clos-Blanc, est une ancienne carrière d'où sont sorties les pierres qui ont servi à bâtir toutes les églises du pays.
Mais voici bien d'autres traditions, qui sentent le druidisme. Le peuple prétend que la nuit de Noël, pendant qu'on chante la Généalogie, avant la messe de minuit, cette pierre levée fait trois fois le tour de la fosse. Cette nuit-là, et pendant d'autres encore, les bergers se rassemblaient autour d'elle pour y faire leur sabbat. Nous signalons avec plaisir cette pierre mystérieuse, qui comme le Pain bénit de Caudebec, la Pierre ganie de Tancarville, et la Chaise de Garganttia de Duclair, sont peutêtre des restes du paganisme celtique. En général les pierres vénérées, si communes dans la Bretagne, sont rares dans la Haute-Normandie.
Dans le Berry sont des mardelles, margelles ou marges, espèces d'excavations arrondies, en forme de cône, sans déblais autour, ayant 20 à 24 pieds de profondeur et 30 à 35 pieds d'ouverture. On dit qu'elles servent de rendez-vous aux sorciers, de promenade au diable en carrosse, et de sépulture à sainte Fauste.
Près de cette fosse de Gerponville, dut être livrée, au xv* siècle, une bataille entre les Français et les Anglais. « Le 1 4 mars \ 4i 6, dit Monstrelet, le comte de Dorset sortit de Cany, qu'il avait brûlé, et rencontra le comte d'Armagnac dans les champs de Viauville, près Valmont. Ils se battirent près d'un jardin, et après le combat, on enterra 7 à 800 Anglais dans une grande fosse. » Nous sommes très-porté à croire que cette fosse n'est autre que la carrière du Clos-Blanc.
THBIJTIIiIiE-AIJX-llIAIIiIiOTS.
De grands seigneurs ont donné leur nom à cette terre. Les Maillets ou Maillots étaient une famille normande alliée peutêtre aux Martel, mais certainement contemporaine des Mallet» des Gififart, des d'Ësneval et des Mauconduit. Long-temps possesseurs du château de Theuville, ils assirent l'église dans
l'enceinte de leur ruikiioir, dont elle semble la chapelle. Xassî
die en a suivi les viciasituile.s. Elle est moderne comme le
■ .ÇBSb^l et tous deux peuvent revendiquer le règne de
LliOUJs XIV, comme le temps de leur commune régénération.
f Bxceptons pourtant les charmantes tourelles qui forment la
grande porte du chÂteau, vers le cimetière, et le chœur de
l'église qui est du xvi" siècle.
Le clocher, placé au portail, est un humble carré de hriquir construit vers 1740. qui possède un vieux cadran solaire et une horloge donuL'e en 18i2 par M'"Magny. La nef, construite par Leballeur, maçon de Valmoiit, a été < restaurée par les » soins de M. Gruel, desservant.... et autres adminbtrateurs, » r&n 1825. » Les deux patrons de cette église sont saint Haclou d'Aleth et sainte Eutrope de Saintes, dont les images pontilicales figurent k une contre-table du siècle dernier.
En 1096, Robert de Teuville suivit k Jérusalem le duc Robert Courte-Heuse. Luc de Teuville ', l'un de ses descendants, donna, vers 1190, au chapitrede la cathédrale de Rouen, la moitié du patronage et des dîmes de cette église, dont l'autre |)ortion appartenait déjà à l'abbaye de Valmont. Le pape Célestin m confirma cette donation en 1192. Le pouitléd'Eudes Rigaud atteste cette jurisprudence. Cependant les seigneurs verînrent sur le patronage qui était alternatif au temps d'Eudes Rigaud, mais qu'ils revendiquèrent entier en 1459, 1526 «t 1551 : et ils l'obtinrent, car d'après les pouillés de 1648, 4704 et 1738, c'étaient eux qui présentaient les curés de la paroisse.
Les derniers seigneurs furent les Uanneville, dont deux reposent k l'ombre de cette modeste église. On lit sur un marbre placé à l'entrée du chœur cette longue inscription :
a Icj repose le corps de bout et puitsiDi Klgneur meutre Charlei-Loul» Cotli de Huoncvilleue, chevalier Je l'orilre nilliuirij de Sainl-lAïuis, »elgneardM paroisses de Thruvllle, Ctosville, CnnnDuville, Dcuievillr, UiUeroediil, feigneur suzirrBln de MallerilJc cl de Vtnéville et autres lleut, né r*D tfi90, le 21 avril, cl mort l'an 1710, le 20 Janvier, el BU de haut et paltunl seigneur ni ess ire Etienne- Josejih comte do Hannevllle, gourernear de Dteppe, et baute et puissante dame Bonne-AnEcliquc de Mornsy-Mont- •bevrcull. Il ivnK épousé, en 1730, baute et poissante dame Charlulle- FriOteise d'Auber de Thciiville. Prlei Dieu pour le repos de leurs imei. n Sa noble épouse, dernière descendante de lu famille du cé- ' Di' Tbrijvtllâ. Diiple»>ls, i. ii. p. (Km.
— ÎOÛ —
lèbre abbé de Vertut, suiumeille dans le Seigneur, derrière S sanctuaire, où ou lit cette inscription latine écrite sur le marbreM
■ D. O- H. Ulc jircl corpua illuslrisBlms ei polentissimo) D. tt. Carol* Francise» \ub«r, vidun illiisirissimi poteniisslmique D. D, Csroll Lndovlcj coinili* de Hanncvillc, IKiminD necnon patrons hnjus parochiK falo nincis die SS augusii anao 1788, leiatls SI : noliilitaie ulara, merlUi M | vlrtuiibui clariur, rniukscai in pace, ■
A cAlé du puissant châtelain, tout près de la bienfaisants J chdtelaine, la mort s'est plu h réunir dans la tombe ud paît vre berger de Theuville, mort subitement le 17 janvier 1776, 1 l'dgc de HO ans. Ce brave homme, nommé Guillaume 1 comte, s'était remarié à 80 ans, et il était fwurripar la dam du lieu, disent les Afflcheii de la IVormandie, qui ont cru devoir^ lui consacrer un article dans leur numéro du 36 janvier 1778. i Et bien tant de charité de la part de ces nobles héritiers dec Aubcr et des Manneville, n'ont pas empêché les ingrats patriotes de Tlieuville d' effacer les écussons, de gratter les aigles el les roses qui brillaient sur leurs tombes ai'moriées et bénies.
Theuville comptait 70 paroissiens au xiii" siècle. En 1738 3J y avait 130 feux, aujourd'hui c'est une succursale de 1,000 h bitaots. Les biens de cette paroisse furent vendus au District de Cany, de 12 k 13,000 francs, les 25 Juin et 16 juillet 1793J ' Transportées au chef-heu du département, les archives ne a composent plus que d'un registre des délibérations de la t brique, allant de 1784 k 1792.
THBB01JLDEVIIiI.E.
C'est un très-vieux nom normand et Scandinave que celai ~1 de Theroldu», Theroulde, par qui Fut baptisé le village qui domine du côté du nord le bourg et la vallée de Valmonl. La charte de fondation de l'abbaye parle de ta paroisse de Thiroudintia, sur laquelle Nicolas d'Estoutteville donna 30 acres de terre ao monastère fondé par ses soins. Une vieille tradition veut qu'k cette époque l'église fut construite dans la vallée, au hameau sommé le bas de Throudetilie, annexé à Valmont depuis le cadastre. L'abbaye, maîtresse du village et des dîmes, cultivatrice de la plaine qu'elle arrosait de ses sueurs, transporta l'église au sein des possessions qui lui étaient octroyées. Cette révolution dut avoir lieu au iiio siècle, sous la domination anglo-normande, ce qui est cause sans doute de la fausse et baonale tradition qui attribue cette église aux Anglais.
Mais (le cette église aiiglo-ntirmunde il ne reste rien aujourd'hui. Le Rioiiunient actuel est ii-ançaiiî, et nous avons lu sur les murs l'acte <le naissance du clocher, une des pièces les plus curieuses que nous ayons rencontrées dans nos exploralions ecclésiologiques. Nous copions textuellement ici cet intéressant morceau d'épigrapliie chrétienne :
» Salai k t'smT lecteur el mémorial bq) vivanu. La tour Je celte église lie Theroaidevillc, commencée en l'an mil rinq cens cinquante, par Teu H> Jacques LePebvrc, pour Ion curé du <Iici lieu, el Damien Lcrocsnagcr, tbésaurler, de quoj Taicl rny un vieil registre de» comptes de la dicte £gli>e ' . a étâ achevée k la diligeDce de malelre [tjcolas Bougeard, prCEire, curt el ibésaurler, la ligiie de la finie des gloricui apostres stini Pierre et «aini Paul, année 163B, aydé cl auîsié par noble homme Adrien Adam, sieur de Loomarre, bonorables liomine» ftu Nicolas Lelioucher, Pierre I^tMUcher, Gnillaune Lepreivost, receveur du Hestré ; feu Guillaume Bougeard, Hotwrt et Claude du UaoDir, Notjl Lebarbier, Jacques Parfait, Antoine Boatin, Nicolas et Jacques Auvraj, Charles Grenaj', Jacques Panlhoul, Nicolas Tliirel, habitants de la paroisse, lesquels considérant que le revenu de celle église éloil InsuSisanl pour conduire i chef un tel édiiice, ont charitablement aidé i charier tant du grte de Malleville que de la pierre de Ganievllle, de Fécamp el de ta mer, et avec telle ferveur pendant les cinq dernières années, que vojant qu'ils ne poDvoient fournir des matériaui aux massons, ont encore imploré l'aide de leurs parents et amis des paroliaei VQliioes, comme d'AngervllIe, Valmont, Sainie-Hélène, Bondeviiie, Ecrelleville, AncretiÉYÎIIe, Tbeuville, Gerponville, Vatte-Cbriat et autres, ecs- Mnt lequel nide le ditédiflce n'eilt pu être achevé si non après longues années et par discoutlnuaiion. Au dici an maistre Jacques Boulin, natif de celle paroisse et vicaire du dict Angervlllc, donna le inbernacle de céans, •u moyen de qnoy les dicts curé, vicaire et paroissiens, espiireni à l'advenlr être faits participants aui prières, surTrages et oraisoni qui se feront en la dile église, eifaortant ceux qui les survivront de prier Dieu pour leur Ame el de faire le semblable quand la nécessité le requerra, louange fi Dieu, h as très-sainie Mère et aui glorieoi ApAtres saint Pierre et saint Paul. i>
La tour, construite avec lant de zèle et au prix de tant de sacrifices, menace ruine aujourd'hui, et tl faudrait prêcher une nouvelle croisade aux habitants de Therouldeville et des environs, pour la soutenir. Mais hélas ceux d'aujourd'hui sont sourds, et si autrefois les pierres devenaient chrétiennes, aujourd'hui les chrétiens sont devenus pierres.
Le clocher, bâti par le saint transport de nos pieuses caiii-
' HalhcurcuEemcnl ce curieui registre est perdu. Nous ne connaissons d'archives pour celle ffllisc que des Complet de fabrique, de 1770 au I* veodétniaire an iv, dépo^ aut archives déparlementilei.
pagnes, est un des plus hauts de la contrée. La tour carrée voyait s*élever, au milieu de quatre clochetons, une flèche hardie qui montait vers le ciel comme une prière.
Ce clocher forme le portail de Véglise. La nef qui suit est en pierre blanche avec des ogives de 1600 environ. On voit, à l'intérieur, les 4 2 croix jaunes et bleues qui rappellent la dédicace de Téglise. II est probable que le même pontife aura consacré les deux autels de pierre du haut de la nef. Cette nef, chose rare, était entretenue par Tabbaye de Valmont, à cause de son moulin banal et de ses bois de Therouldeville , loués 250 livres, avec charge de réparations et de constructions de la nef >.
Légalement, le chœur était à la charge des moines décimateurs de la paroisse ; c'est là sans doute ce qui en explique la beauté. Ce chancel est une fort jolie construction en pierre du XVI® siècle, dont les trois fenêtres terminales, garnies de verrières, sont d'un fort bon effet. De près, le charme de la vitrerie disparaît. Les couleurs sont ternes et passées, le dessin est mauvais et des morceaux rapportés déparent la conception primitive. Dans le fond est une Cène surmontée de la Manne dans le désert, double emblème de l'Eucharistie, fort touchant, bien choisi et surtout bien placé. A droite et à gauche sont saint Pierre et saint Paul, patrons de l'église. Saint Pierre nage sur la mer qui refuse de le porter ; saint Paul, renversé sur le chemin de Damas, s'écrie : « Domine, quid me vis facere? »
Ce chœur, toutefois, est un joli modèle par ses murs, par ses voûtes, par ses fenêtres. C'est un des plus petits et un des plus heureux que l'on puisse rencontrer dans l'arrondissement d'Yvetot.
Au côté nord est une ancienne chapelle seigneuriale, bâtie au temps de la Renaissance, et qui sert de sacristie. Là, diton, sont inhumés les Parmentier, seigneurs de Therouldeville.
L'abbaye de Valmont fut toujours patronne décimatrice de c^tte paroisse. Elle la tenait, selon les uns, de la générosité de son fondateur, selon les autres de la donation du seigneur du Hestrey 2, car en 4215 Durand du Haistré avait donné ses droits sur Thouroudeville^. La source importe peu. En 1250 la dîme de Theroudeville valait 12 livres au curé et autant à
' Mibérations capifulaires de l'abb . de Valmont, 1T71. — ' Duplestis, i. i«r. — Guilmelh, l. n. — ^ Carlulairc de Fécamp, p. 55.
Tabbaye. Mais en 4774 le monastère louait la moitié de ses dîmes pour 946 livres, à condition de payer la cotisation des pauvres, la visite de l'archidiacre, de faire les grosses et menues réparations et reconstructions des chœur et chancel de l'église, entretien de livres, ornements , linges et vases sacrés ^ . Telles étaient, du reste, les clauses ordinaires que nous trouvons dans tous les baux de dîmes des abbayes de la Normandie.
On comprend très-bien qu'une église, bâtie et entretenue dans sa nef et dans son chœur, par une puissante abbaye, ait pu se maintenir long-temps dans une position prospère. Mais aujourd'hui comment 800 pauvres tisserands ou fermiers ^ pourraient-ils entretenir un grand et bel édifice privé de ses biens fonds et de ses anciens revenus.
L'église et le château, voisins, alliés et même parents dans l'origine, étaient naguères encore escortés de trois belles avenues qui affectaient la forme d'un marteau , armes parlantes des seigneurs du lieu. On se souvient aussi que dans ces longues allées de hêtres le cardinal de La Rochefoucauld confirma, en 4786, plusieurs paroisses des environs.
Le plus beau monument de cette église, celui que l'on salue de fort loin, c'est le clocher de pierre dont la tour forme le portail. La base appartient à l'ogive mourante de la fm du xvi« siècle, la masse est imposante, la tourelle de l'escalier est jolie. La flèche de pierre porte le chiffre de 4772. C'est pour dire aux enfants du village et à la postérité que le 26 septembre 4772 un furieux orage renversa le point culminant du clocha '. Ce n'est pas le seul orage qui ait atteint cette église : quatre fois, de mémoire d'homme , elle a été frappée par le tonnerre. C'est que la foudre frappe les hauteurs et abaisse tout ce qui s'élève.
Le reste de l'église est peu intéressant, ce qui doit surprendre dans une aussi riche paroisse. La nef, en pierre d'un côté et en brique de l'autre, est soutenue au-dedans par cinq arcades cintrées dont les colonnes minces et rondes sont trop fines pour la hauteur. Cette construction sans goût paraît remonter ainsi que le chœur au règne de Henri IV. Au fond de
' DéUbérations eaptlulaires de l'abbaye de Valmonl. niss. — - En 12.^0 il Y a?ail 10 paroissiens et\H) Teux en 1738. — ' Affiches de Haute el Dasse- Normandie, de décembre 1772. — Tableau de Boucn, de 1778.
Tabside, composée de trois fenêtres, on trouve un vitrail formé avec des morceaux raccordés au hasard. C'est une pâle mosaïque où Ton voit figurer Saint-Jean, Sainte-Barbe, la Sainte- Vierge, Saint-Martin d'Amiens, le Christ sur la croix et une Mater DoUyrosa.
Le patron de l'église est le grand saint Martin de Tours ; mais le plus vénéré de tous les saints est saint Matthieu, l'objet d'un pèlerinage autrefois célèbre , le 24 septembre , devenu depuis une foire importante et très-populaire.
n existe encore une confrérie de Saint-Matthieu, anciennement établie dans cette église. Celle d'aujourd'hui n'est que l'ombre de celle d'autrefois. Chaque année, le jour de la fête principale, M. le curé était obligé de lire en chaire, dans leur forme et teneur, les vieux statuts dont nous donnons ici Tentéte : « Statuts et ordonnances de la confraternité et charité establie en f honneur, révérence et solemnité de la somptueuse et triomphante Trinité et du bienheureux saint Matthieu, sous le plaisir du révérendissime le très-révérend père en Dieu, le cardinal de Vendosme, et sous le patronage de haut et noble homme Guillaume-Michel Leroux, patron et seigneur dudit lieu, renouvellée et rétablie l'an du salut 4551 . » M. l'abbé Follin, curé actuel d'Angerville, lisait encore en chaire, il y a dix ans, cette vieille charte chrétienne. Malheureusement elle a été perdue par les frères, et depuis ce temps on n'en conserve plus que le souvenir.
La paroisse d'Angerville fut toujours très-importante. Une très-ancienne preuve que nous en pouvons donner c'est le pouillé d'Eudes Rigaud qui, dès le xiii® siècle, en estime le revenu à 1 40 livres, somme énorme pour ce temps-là. La population était de 4 60 paroissiens, ce qui était également considérable. La Révolution est venue l'appauvrir comme toutes les autres cures. Le 25 février 4793, le district de Cany vendit les biens de la fabrique pour 50,000 francs. Heureusement le manoir presbytéral fut conservé avec sa cour, son verger, ses jardins et ses bâtiments ruraux. Il est resté comme une preuve vivante de l'importance antique du bénéfice.
En 4 738 on comptait ici 4 80 feux, et le revenu de la dîme était estimé k 45 ou 48,000 livres. Aussi cette cure était-elle très-recherchée dans l'ancien clergé. Au xiii* siècle, pendant «|ue le roi saint Louis était à la croisade, il fallut y pourvoir.
*"Vjt aloi-s l'évêque de Paris <jui y présenUi, en su qualité ■^rice-rtii de France. C'est qu'aussi Raoul Harlcl, seigneur L* A. x»gerville, était mineur ou en prison, et que ses droits et ut-^lle «étaient dt^ToIus temporairement k la couronne. L'évè- [U,^ «le Paris présenta le prêtre Martin, dit Maçon, qui fut reçu " l'archidiacre Jean de Noinlcl, vicaire-général de I'arch&râc|»3e de Rouen <. Le t9 des kalendes de fémer 1360, Roger Sa^^-tel, personne d'Angervitlc, jura, devant Rigaud, tous les LZ*t.i c:les du serment qu'avaient coutume de prêter les recteurs les paroisses ^.
Sm 1763, le curé d'AngervilIe était un gentilhomme, M. Duïfaâ.ïel de Châteuu-Neuf, janséniste sans doute, car il si^^ua la reciiaeste des 56 curés contre le pfcre Berruyer.
^nfin il la UL'volution le titulaire était M. l'abbé de Cussac, liommc de mérite, décoré du titre de vicaire-général de Paris. TL £L été curé d'AngervilIe pendant 45 ans. En 1791 il prêta le prunier serment, qu'il rétracta bientùt, et il resta dans le pays sarms exercer aucune fonction. Son grand âge le lit respi^cter Oe ftout le monde, des bons comme des méchunts. Un rapport ré<ïîgé par l'archiprêtre constitutionnel de Fécamp, nous apprend qu'en 1800 M. de Cussac avait 80 ans et n'exerçait pas, ma.%a que le citoyen Doguet, sans titre curial, disait la messe îi Aiigervillc et desservait le Bec-aux-Cauchois.
<^UËlque temps avant sa mort H. de Cussac racontait, sur le compte de ce malheureux prêtre, l'anecdote suivante : « Croiriez-rous, disait-il, que j'ai vu Doguet dire la messe dans mon ^ église? Il est des démons que l'on chasse par le jeûne, d'autres par la prière. J'ai chassé Doguet en lui donnant quelques pièces de cent sous. > Redevenu curé au Concordat, il est fflori en 1805, et a été enterré près de la croii du cimetière. AngervilIe-1 a-Martel tire son suniom de ces illustres Martel I 1"' possédèrent Bacqucvillc, B i vil le-1 a-Martel, TouBOreville-la- Hartel et tant d'autres terres en Normandie, race de croisés et de Conquérants, vieux barons des premiers temps de notre "'«toire ; aussi la cure était restée d'épée, et toujours les seigneuys y nommèrent.
'-^ succursale, aujourd'hui, compte 1616 habitants. ***-» r celte paroisse on cite des chapelles dont il ne reste plus *^ v«s(stjges Celle de Saint-Gilles do Hongerxille et une mulade- ■*milll* <nwWl Kignii'l — ' Hegrit- rùU., p. 3H5.
rie appelée en 4 489 la léproserie des saints Innocents d'EpreviUê, et en 1506 la chapelle des Saints-Innocents de la Croix de pierre. Réunie d'abord à Tordre militaire de Saint-Lazare, elle fut, en 1697, annexée par Louis XIV à Thospice de Grainville-la-Teinturière, fondée par les Bec-de-Lièvre de Cany, vers 4692 i. Cependant ce bénéfice était encore titulaire pendant le siècle dernier, car les archives départementales possèdent tout un dossier de présentations de chapelain, faites en 4727 et 4738, à la chapelle des Saints-Innocents, dite de la Croia^Hie-Pierrê, En 1740 le seigneur-patron y présentait maUre Etienne de Sosay de Veucourt, clerc tonsuré du diocèse de Rouen, comme estant suffisant et capable. Du reste les biens de cette chapelle n'ont pas dû être réunis à Thôpital, car ils furent vendus 40,000 livres par le District de Cany, le 46 janvier 4792 î.
€RIQIJETOT-IiE-]IIAIJ€0]tfDIJIT.
Ce village est situé sur la plaine, comme tous ceux qui portent le nom de tôt. Le surnom de Mauconduit lui vient d'une famille seigneuriale de ce pays, appelée en latin Male-CondÊie-' tus. Ces seigneurs possédaient également la terre de Sassetot. Cependant nous croyons que leur manoir seigneurial était à Criquetot, près Téglise. Dans le chœur est une pierre tombale du xiii^ siècle, sur laquelle un homme et une femme étaient gravés. L'inscription a été effacée à la Révolution, mais nous croyons que cette dalle recouvre les restes de ce seigneur du XIII® siècle, dont le Prieur du Val nous a conservé l'inscription dans son Histoire de Rov^en. La voici, du re^e, telle que la donne la troisième édition de ce premier historien de nos églises : « Ci-gist Joiffîrois Mauconduit, personne de Criquetot et de Canowoille, qui trespassa l'an de grâce 4283. Priez Dex qu'il aye merci de s'ame, amen. » Notez, ajoute l'ouvrage, que sur cette tombe il y a un écu chargé de trois molettes d*esperdon (éperon) '. Cette pierre tombale nous embarrasse un peu, car les deux images gravées feraient supposer qu'il s'agit d'un homme marié et de son épouse, tandis que l'inscription parle d'un curé, mais d'un curé laïc, il est vrai, car la personne jouissait du revenu sans être prêtre.
L'église, placée sur un terrain élevé, a conservé quelques
' Guiimeth, t. u, p. 297. — Duplessis, t. V, p. 192 et 277. — * Domaines nationaux, arch. départ. — ' Hist. de Rouen, t. il, p. 45, 5« partie in -4°, 1738.
restes primitifs dans le chœur, mais la nef a été retravaillée au xviii« siècle. Le clocher est une construction en grès du xvi«, dont la flèche a été incendiée par le feu du ciel, en septembre 4849. Le portail est travaillé avec soin. Dans Téglise est une autre pierre tombale, sur laquelle on lit : < Cy gist *w»n«^ homme GuiUe CalUtot, seigneur. . . . mil V^. Priez Dieu pour lui. »
Saint Remy est patron de cette paroisse. Le patron sur la *«nre était le seigneur du lieu, dont les armoiries se voient sur ^ portail et autour de l'église. Suivant un aveu du 27 novem- '^re 4628, Griquetot-le-Mauconduit était un huitième de fief de Haubert, relevant du Roi, avec droit de présenter à la cure et d^ nommer un administrateur à l'hôpital de Bruquedalle.
Criquetot, qui n'avait pas encore de surnom au xiii® siècle, po&âédait alors 40 paroissiens et valait 30 livres. Le patron était le ohevalier Henri Mauconduit, qui probablement en fut aussi I^ parrain. Le curé de cette époque était un laïc nommé Jean, Personne de Criquetot présenté par le père de messire Henri Knuconduit à l'archevêque Thibaut, qui l'avait reçu. Il est ^'i^ïûsemblable que Geifroy Mauconduit, dont nous venons de ^oir la tombe, et qui mourut curé en 1283, était le successeur ^ Jean. Tous deux perpétuèrent ici l'abus des personnats. ^f^ia pour ne pas trop charger leur mémoire, nous dirons que d^Os certaines églises, ce que nous appelons un abus, était Pai*foi8 une tolérance régulière du droit canonique.
Criquetot comptait 40 feux en 1738. Aujourd'hui c'est une ^^namune de 280 habitants annexée k Vinemerville.
Cette ancienne paroisse possède au dépôt départemental à P^ci près toutes ses archives. C'est une énorme liasse conte- ^^«it les rentes, biens et revenus du trésor, les fondations d'o- '^'te, les comptes et délibérations de la fabrique. Il y a plusieurs Pîfeces du XVI» siècle. J'y ai remarqué les statuts de la confré- ***^ de Saint-Lubin, approuvés le 21 mai 1660, par M. Charles M^.llet, vicaire-général de Rouen et savant théologien, auteur "*^ plusieurs écrits contre Port-Royal. Le dernier registre des ^^libérations de la fabrique a servi à la nouvelle commune, en
iruvEiHERirii^iiE.
Cette église est située sur un tertre élevé, comme celle de ^'"'quetot, sa voisine. La première construction date du xi®
siècle, elle était en tuf, dont il reste encore quelques fragments dans le mur septentrional du clocher. Au xvi" siècle, l'église fut renouvelée avec du grès, c'est ainsi que Ton rebâtit le chœur et le clocher. La nef a été reconstruite en 1 657, comme on le voit sur le portail. Là a été sculptée, sur la pierre, une croix de Jérusalem surmontée d'une crosse, ce sont sans doute les armes de l'abbaye qui était patronne.
On remarque dans cette église un vitrail du xvi« siècle, représentant les douze apôtres dans une pose très-originale. Audessus est le baiser de Judas, le dessin en est bon ainsi que la couleur, seulement la poussière le recouvre comme une lèpre.
La contre-table en bois doit dater de 1700. On y remarque deux belles colonnes de marbre noir. Le tableau de l'Assomption de la Sainte-Vierge, est une bonne toile qui s'en va en lambeaux. Le chœur est lambrissé avec une menuiserie en chêne du siècle dernier, qui est de bon goût.
Vinemerville, appelé par Eudes Rigaud Guinerville et par d'autres Vilmerville, était, au xiu® siècle, à la présentation du seigneur, qui alors se nommait Jean Quesnel. Duplessis raconte que le duc d'Ëstoutteville , ayant marié sa aie Jeanne au châtelain de Beauvais, lui donna dans sa dot le patronage de cette cure. Mais plus tard le seigneur-patron de Vinemerville céda son droit à l'abbaye de rile-Dieu,qui était patronne d'après les derniers pouillés diocésains.
Vinemerville comptait 80 paroissiens en 1260, et 60 feux en 1738. Aujourd'hui c'est une succursale de 950 habitants.
Ce fiit à propos de l'église de Notre-Dame de Vinemerville, qu'eut lieu un des plus fameux examens dont le Journal des Visites pastorales fasse mention. En 1260 le seigneur de Vinemerville présenta à la collation de l'archevêque, le nommé Nicolas Quesnel, laïc ou clerc, le registre ne s'explique pas. Cet archevêque était Eudes Rigaud. Il ne passait sur rien. Il examina le candidat; mais le pauvre sire ne put ni décliner un nom» ni conjuguer un verbe latin, ni chanter le latin, ni traduire le premier verset de la Genèse. Rigaud le refusa tout net. Efifrontément il interjeta appel en cour de Rome ^ Espérons que la cour de Rome l'aura débouté ou qu'il se sera amendé.
Maintenant voici quelque chose de plus consolant. Le 6 mars 1697 naquit et fut baptisé k Vinemerville Jacques Deschamps,
' Regest. vUU., p. 33tf.
qui devint tlocteiir en thiiulogie de la fui'ulté de Paris et ctm'' (le Daiigu, où il esl mort le 3 octobre 1739, Il avait fait .se» premières études k Dieppe, chez, les Pfïres de l'Oratoire, où il était pendant le terrible hiver de 1709. Dans cette ville il se lia d'ainitié avec le père Lamyrault, un de ses régents, et ce qui est le plus extraordinaire, avec les Pères Jésuites de Montigny et de Saint-Cyr. H devint ensuite le précepteur des en- Tants de M. D'Augerval, trésorier de France, dont son père était le fermier à Vinemerville. De là il passa en la même qualité chez M. du Resnel de Bois-le-Comte, conseiller au Parlement de Rouen . Entré en 1 71 6 dans le séminaire Saint-Nicaise de Rouen, il fut ordonné prâtre k Pâques 1721 et nommé curé de Cretot, près Goderville. Peu de temps après il partit pour Paris, où il fit sa licence au séminaire des XXXIII, d'où il sortit pour faire l'éducation de M. de Bouville, qui devint vicaire-général de Chartres. A Paris il se trouva en rapport d'amitié et en commerce de littérature avec les plus savans hommes de la capitale. En 1728, M. de Bouville, pour le récompenser de ses services, le fit nommer à la cure de Dangu, dont il était seigneur-patron. Il y vécut d'une manière édiiiante et y composa une Nounelle IradJictian d'haïe avec dissertations, vnémoires et remarques, volume in-12 de 600 pages, qui fut imprimé après sa mort, à Paris, chez Dnbourdieu l'alné, en 1 760 ' - L'année Liuiraire, de 1760, en fit un grand éloge ^.
SASSErOT-liE-inAUCONDUIT.
Le nom de Sassetot, qu'Eudes Rigaud écrivait Saussctol, et que le cartulaire de Fécamp appelle Saucketot, Saissetot et Sauxetot, indique doublement une position saxonne, monument parlant des premières invasions germaniques. Quant à l'affixc Hauconduit elle vient des anciens seigneurs de ce nom, qui possédèrent le château de Canouville, Criquetot et plusieurs terres du voisinage. Rigaud et les chartes de Fécamp leur donnent le nom latin de « Malè-conductus. >
Ce point de la côte, occupé de bonne heure, eut une église romane, dont le pignon de l'ouest a conservé quelques débris loffeux. Démolie au xm* siècle, cette église fiit rebâtie sous le règne de saint Louis. Le 18 juillet 1 269, la veille de la dédicace
' Moréri normand, par l'abt»é Gniol, manuacrit Je la bibtialbèque de Cien— ' L'Année tUlfraire. i. vi, p. 313, et le» N. E- de 1782, p. t07.
de Cany et le lendemain de celle de Riville, Eudes Rigaud vint consacrer la nouvelle église de Sassetot, dont il ne reste que la voûte du clocher. J'excepterai encore la cuve baptismale» supportée par une grosse colonne ronde, cantonnée de quatre colonnettes.
L'accroissement de la population obligea sans doute le xvi* siècle k agrandir l'église, en ajoutant une nef méridionale comme cela se faisait presque partout. Cette construction, en grès, commencée vers 1547, ne fut bien terminée qu'en 4647. Pour faire pendant à cette basse-nef, on construisit, en 4770, l'allée de Saint-Pierre, qui communique avec le vaisseau principal, au moyen d'ogives soutenues par des colonnes to»* canes.
Le chœur a été rebâti avec du grès, sous le règne de "Louis XIV. La Révolution a effacé les armoiries du seigneur. Heureusement elle a laissé subsister la grande contre-table en pierre, faite vers 1 700 : des colonnes d'ordre corinthien supportent des frontons surmontés d'anges et encadrent un tableau de la Nativité, donné par M. de Martainville. Notre-Dame de Sassetot était autrefois célèbre dans le pays. Avant la Révolution un office particulier avait été imprimé pour sa fête.
Ce qui rendait Notre-Dame de Sassetot si chère à nos pieuse populations maritimes, c'était la confrérie du Saint-Rosaire établie dans cette paroisse, le 18 mai 1685, par le Père François Vitou, dominicain de Rouen, qui avait prêché l'Avent et le Carême dans cette église. Les Dominicains, comme on le sait, étaient les missionnaires du Rosaire, dont saint Dominique est considéré comme l'instituteur. Cet ordre le propageait par^ tout avec ferveur, et l'on peut considérer son existence parmi nous comme autant de monuments de son zèle. Dépositaires des trésors de l'église, par les bulles des papes, les Jacobins de Rouen s'empressèrent, après la bataille de Lépante, de les semer par tout le diocèse. Leurs archives, du xvii® siècle, nous ont conservé une foule de demandes et de requêtes, faites par les curés et les paroissiens, de règlements et de statuts approuvés par nos archevêques. Parmi les paroisses qui figurent dans cette longue litanie du Rosaire, nous citerons Gonrnay en 1638, Ecrainville en 1654, Saint-Rem y-en-Ri\ière en 1 658, Montigny et Fauville eu 1 666, Gravenchon en 1 667, Trouville eu 1670, Sainte-Austreberte et Mannevillette en 4673,
lo\ivetot et Touffreville-la-Corbeline en 1674, Saint-GtTmainsur-Eaulne et Pretot en 1677, Martainville et Quiévreville-la- Poterieen 4681, Gisors en 1682, Aumaleen 4683, le Mesnil- Raoul en 4690 et Fresnoy-en-Gampagne en 4694 i.
Puisque nous avons nommé la famille de Martainville, nous devons dire ici tout ce qu'elle a fait pour Téglise. M. le marquis de Martainville, ancien maire de Rouen, décédé en 4848, a légué, par testament, une somme de 35,000 fr. pour recons* truire l'église de Sassetot. Les exécuteurs de ses dernières volontés ont fait dresser un plan et devis par M. Lejeune, architecte de Paris, qui est mort au commencement de cette année. L'adjudication, qui s'est élevée à 55,000 fr., a été passée au profit de M. Lamy, entrepreneur du Havre, qui a construit les églises de Bourg-Achard et de Criquetot-l'Ësneval. La commune et la fabrique se sont imposé quelques sacrifices, mais elles comptent moins sur elles-mêmes que sur la générosité d'une famille qui ne leur a jamais fait défaut ^.
En 4828, lorsque les Cartenet eurent fondu trois cloches pour Sassetot, la première fut nommée par le marquis de K&rtainville et madame Dambray, la seconde par M. le comte de Martainville et mademoiselle Martin de Boisville, la troi- ^ëme par M. l'abbé Hasset, curé de la paroisse, qui en fit la bé- "^^diction.
Le château de Sassetot, œuvre du xviii'' siècle, est voisin de ^'^lise, dont il possédait le patronage dans les derniers siècles; ^^^^ autrefois c'était l'archevêque de Rouen qui conférait de Pl^a droit. Rigaud, qui constate ce fait, nommait de plus au P^v^onnat et à la vicairie. Mais les attaques seigneuriales com- '^eucèrent au siècle suivant pour ne plus cesser jusqu'à la
* Fonds des Jacobins de Rouen, aux arch. départ. — ' Au moment où ''^Qs netlons sous presse (août 1862), noo-seulement Tancienne église de ^'•etot est démolie mais la nonvelle est déjà bAtie et couverte. Cest un ^^Qce en brique et en silex assis sur une forte base en grès. I^ style choisi ^^ le roman, mais avec mélange des idées modernes, telles que maigreur ^^ colonnes et largeur des fenêtres. Les trois ouvertures de l'abside ont '''^«l'à 6 mètres de hauteur, chose inconnue dans nos vieilles églises roma- "'^^ de Normandie. Les trois nefs, terminées en abside, communiquent en- ^^^ ^lles par six arcades circulaires. Le portail, sur lequel s'élèvera le c|o- ^^^V', «st un cintre de pierre, qui, comme les corniches, sera décoré de dents ^ ^le. M. Couillard, architecte de Dieppe, a été choisi par la commune ï^^r conduire ce travail.
Révolution. De guerre lasse, les archevêques cédèrent à des adversaires qui revenaient toujours à la charge, et les denûers pouillés admettent Taltemative comme transaction.
C'était en vertu de ce droit de patronage que les Bigol , si célèbres dans nos fastes parlementaires, avaient dans le sanctuaire on caveau sépulcral, refermé en 4840 par les soins de M. de Martain ville. M. le curé de Sassetot nous a assuré avoir vu trois cercueils de plomb et lu les inscriptions. Le dernier membre de cette illustre et bienfaisante famille seigneuriale faillit être assassiné dans l'église de Sassetot, pendant les troubles révolutionnaires.
De cette époque si terriblement agitée de la Révolution, il reste à Sassetot des a/rbres de la liberté et de l'égalité, plantés sur l'ancien cimetière, car en 1836, lorsque M. de Martainville faisait construire les maisons de Idi place ^ on a trouvé au pied desbannelées d'ossements. Les ravageurs d'alors épargnèrent la croix de grès du cimetière, sur laquelle on lit : « Ceste f fust faicte le 21 de m. y l'an mdlv. »
Sassetot comptait 80 paroissiens au xni* siècle et 490 feux au xvui*. Aujourd'hui c'est une succursale de 4700 habitants. Mais de cette paroisse ont toujours dépendu en trèsgrande partie les ports des Grandes et des Petites-Dalles, « Portus de Dalis, » comme disent nos vieux cartulaires.
Quoiqu'il n'ait été curé de Sassetot que quelques années, nous devons cependant une mention honorable à messire Marin Lepigny, ecclésiastique du plus grand mérite, vicairegénéral de nos archevêques et archidiacre du Grand-Caux. Né à Rouen, vers 4550, il fut député du clergé aux états de la province de Normandie, en 4576, honneur qui lui revint presque périodiquement à partir de 4595. Orateur distingué et diplomate haï)ile, il devint le prédicateur ordinaire de Henri II et fut eavoyé à Rome par le roi auprès de Léon XL Protecteur des lettres et prince des palinods, il ne se contenta pas de disputer par ses écrits le prix de poésie ; lui-même, dans sa vieillesse, voulut fonder, en 4642, le prix de l'anneau d'or. Il mourut à Rouen, le 4 décembre 4633, à l'âge de 83 ans, après avoir décliné plusieurs fois les honneurs de l'épiscopat ^ .
Sur le vieux baptistère de Sassetot, fut régénéré, en 4646, Louis Pisant, bénédictin distingué, qui a mérité d'être compté
* Gailben, Mém, biogr. el liU,, t. u, p. 161.
parmi les laborieux enfants de la savante congrégation de Saint-Maur. Aussi dom Tassin lui a consacré un article dans son Histoire littéraire, de cette fraction célèbre et à jamais regrettable de la famille bénédictine.
Pisant fit son noviciat à Jumièges et sa profession dans cette abbaye, le 6 mai 1667, h Tâge de 21 ans. La sagesse dé sa conduite et son amour pour la régularité, le firent estimer des premiers supérieurs, qui lui confièrent le gouvernement de plusieurs monastères. Plusieurs fois il fut député au chapitre général et nommé successivement prieur de Saint-Remi de Reims, visiteur, prieur de Corbie et de Saint-Ouen de Rouen . Partout il fit obsiîrver et observa lui-môme très-ponctuellement la règle. Il abdiqua la supériorité et mourut simple moine de Saint-Ouen, le 5 mai 1726.
n a publié plusieurs ouvrages, dont nous donnons ici les titres : 4® Lettres d'un prêtre sur la signature du formulaire, à i'oecasion des cas de conscience. Elles sont au nombre de deux et furent imprimées à Reims, en 1708. Guilbert les dit adressées à un curé du Mans ^ Dom Tassin, que je crois mieux informé, prétend qu'elles s'adressaient h un curé du diocèse cl*Orléans. 2** Sentiments d'une âme pénitente, en vingt méditations, su/r le Pseaume Miserere. D'Houri, 1711 . — 3** Lettre de Mi. .. à un ecclésiastique qui possède un prieuré en commande, €Mépendant d'une abbaye aussi en commande, au sujet de la visite ^fue Varchidiacre veut faire dans ce prieuré, où l'on parle de tous £e8 droits des abbayes sur les prieurés qui en dépendent, — 4® traité historique et dogmatique des privilèges et exemptions eodésiastiques. C'est là son ouvrage le plus important. Guilbert dit qu'il fut publié sous le voile de l'anonyme, et que l'on ne c^onnut ni l'année, ni le lieu de l'impression. Les ouvrages de c^ Bénédictin, tous de polémicfue religieuse et d'actualité, sont tombés dans l'oubli avec les matières elles-mêmes, et ses livres ne se rencontrent plus que dans les bibliothèques publiques ou dans la collection des amateurs.
Haulderib ou HÔPITAL DE Druqusdàlle. — C'ost uuc intéressante histoire que celle de l'ancien liôpital de Saint-Martin de firuquedalle, dont la chapelle subsiste encore dans le manoir et au hameau de ce nom. Le 4 mars 1327, Miche) Mauconduit,
' Mém, biog et UU.. i. n, p. 264.
seigneur de Criquetot, fonda, par une charte publique, Tbospice de Bruquedalle, qu'il fit desservir par des frères et des sœurs. Le revenu, payable en nature, se composait de 360 chapons, de 1,200 œufs, de 13 corvées de charriot, de 48 corvées d*iu|^niines, ce qui équivalait à 25 livres de renti^. L'administraUpr de la maison percevait 15 livres de revenu sur le moulin de Criquetot. Ce fonctionnaire, ainsi que les frères et les sœurs, était nommé par le seigneur de Criquetot, le doyen de Valmont et le curé de Sassetot, à la majorité des voix. Les places devaient être remplies dans le mois qui suivait la vacance, autrement Tarchevôque de Rouen était tenu d*y pourvoir d'office.
Cet état de choses dura à peu près sans modification jus- (ju'au xvii» siècle; alors s'élevèrent quelques querelles relatives au patronage. Pour couper court à toutes ces prétentions, Alexandre Bigot, syndic général du clergé de Normandie et titulaire de la chapelle, se démit de ce bénéfice le 29 a\Til 4666 pour en réunir les revenus k l'église paroissiale de Sassetot. Le pieux seigneur-châtelain imposait à la fabrique les conditions suivantes : détruire la chapelle et avec ses démolitions construire un logement pour deux sœurs chargées de l'instruction des jeunes filles du lieu. Quant aux messes, elles devaient être acquittées par le curé dans l'église paroissiale.
Les intentions du fondateur ne furent sanctionnées et réalisées que 60 ans plus tard. Ce fut le 13 décembre 1724, que l'archevêque de Rouen rendit son décret d'union que le roi confirma par lettres-patentes, du mois de mars 1725. Ces deux décrets, qui subsistent encore dans nos archives départementales ^ portent en substance que la fabrique de Sassetot possédera désormais les biens de l'hôpital et chapelle de Saint- Martin de Bruquedalle , à condition d'entretenir deux sœurs chargées de former des jeunes filles aux exercices de la religion et aux ouvrages convenables à leur état. Elles devaient aussi prendre soin des pauvres et fournir aux malades des médicaments et autres secours. Ces bonnes religieuses devaient être choisies par le seigneur, le curé du lieu et le doyen de Valmont.
La chapelle de Saint-Martin subsiste encore dans le jardin du château de Bruquedalle, propriété de M. Duvergier.
* Arch. bisi. — Section des trésors et fabriques.
Cette église, située sur la plaine, a gardé quelques iliU>ris du xii» siècle. Je citerai diiiis cette catégorie les contre-foils de la nef et du chœur. Toutefois le chœur lui-même a été refait au xviir siècle ainsi (|ue le clocher en pierre ^fl^è au portail. La nef et les transepts en brique et en silex, doivent être du m^.me temps. La boiserie, (|ui consiste en trois contretables, est de 1700. On y voit un tableau de la Naitsance de Jifsus-Chrisl.
Saîtit-Amand {rAncretteville a des archives au dépôt départemental. Nous citerons entre autres un regbtre de fabrique, allant de 1784 k 1792.
L'archevêque de Rouen fui toujours patron collatcur de celte cure et de plusieurs autres de ce rivage do ta raer, entre Fécamp et la Durdeiit. Au xiii' siècle Rigaud y comptait 60 paroissiens. En 1738 M. de Tressan y trouva 59 feux. Aujourd'hui c'est une succui'sale de 320 dmes.
SAlIVTE-BÉliÉHE.
C'est une humble et petite église, dédiée ii cette impératrice qui découvrit la »Taie croix. Sa fête y est célébrée le 7 de février, commeiiCretotet k Froberville. Pour une reine, ce n'est guèrea qu'une chapelle qui s'abrite contre les vents de la mer <terrière des futaies et des métairies. Loin d'être un monument c'mI k peine un oratoire digne du Dieu qui habitait sous les tentes de lin de l'ancienne alliance. Il n'y a pas même de cloeher, chose si chère aux habitants des campagnes. Tout y est moderne, sauf une inscription du porche qui rappelle l'agrandissement de l'église nu ivi' siècle. « L'an vnl V^ et VIII fut nlongi le moulier, esloit alors Jean Dumont, tritorier. *
Dans le transept du midi est enchâssée, dans le mur, une bétlt! table de marbre noir, que borde un cadre de pierre. Lil, on lit avec édification, de longs détails consignés par la piété iTun pasteur :
■ Discrtte personne Jehan Lcpr^ioBI, bachcliur en lliéulogic lic la faculli 4« Paris, curé Je SainLe-IIJK'ne, a dooni na trésor de ucUq piroiate, |iar conlrat paiif dcvitni H. Cinnivel, labetlion pfL-« l« tH%c Je Ketcamp, le 30 avril 1077, ISO livres Je rente à prendre sur l'HiHiel-Dicu itc llouen, ï charge d'icquilter 3 messies chaque semaine, obir» nvec libi-ra, sur la •tpulure (lu Jouaicur el un aurvice anniversaire, du 23 mai 16BH. jour du H.nwt. A !■ lin <lf <^GUe mené une Jiulribuliun di- (laiu dcvall £lre raile
aux pauvres. Cette fondation était faite surtout pour entretenir un troisième prêtre qui pût aider le curé et le vicaire à mieux célébrer l'office divin et à desservir la paroisse. Le donateur désirait que le troisième prêtre montrât et enseignât aux enfants la lecture et la doctrine chrétienne. »
On ne pouvait mieux pressentir le besoin du P. Delasalle.
Au taa^ siècle cette église appartenait, avec la terre, à la célèbre famille de Gerponville. L'un de ces seigneurs présenta à Pierre de Collemieu le laïc Gauthier, qui fut reçu à titre de personne. Le revenu du bénéfice était de 25 livres, la population de 60 chefs de famille. Toujours le seigneur du lieu présenta à la cure. Je suis porté à croire que c'est par erreur que le pouillé de 1704 attribue le patronage à Tabbaye de Saint- Georges.
En 1738 la cure comptait 90 feux, à présent c'est une succursale de 1 ,056 habitants avec l'ancienne paroisse de Bondeville, réunie depuis 1823. On pense qu'il existe quelques archives de l'église à la mairie : ce qui est plus sûr, c'est qu*au dépôt départemental on trouve un registre de fabrique allant de 1780 à 1792.
BONBBVILLE-SUfi-FfiCÀHP .
Bondeville , appelée Bondevillette par Eudes Rigaud , était autrefois sous la protection de saint Pierre ; aujourd'hui saint Clair en est regardé comme le patron principal, parce que ce saint est ici l'objet d'un pèlerinage qui produit une assemblée au mois de juillet. Cette petite église renferme quelques traces de construction en tuf du xii« siècle. Les murs ont été retouchés presqu'entièrement au siècle dernier. Le clocher actuel, placé au portail, a été rebâti sous Louis XIV.
Dans le cimetière est un joli pied de croix de la Renaissance, c'est une colonne triangulaire en pierre où sont pratiquées trois niches actuellement vides. Ce travail était très-soigné.
L'archevêque de Rouen était patron-collateur de la cure d'après les pouillés du diocèse. Une sentence du bailli de Caux, donnée en 1325, le maintient dans ce droit antique.
Au xiii« siècle, Bondeville possédait 50 paroissiens; en 1738, 47 feux, et en 1823 on y comptait 309 habitants, la veille de la réunion communale et paroissiale avec Sainte-Hélène.
SE]tfliri:iriIjl,E-SIJR-FÉ€A]IIP.
Le plateau, situé à l'Est de la vallée de Fécamp, fut jadis couvert de bois. C'était sans doute une partie de cette vaste
UirAt liaiis laquelle chassait le comte Waninge, et peut-iïtro aussi les rois fruiics. C'est là que cliassèreitt plus tard les ducs (le NoriuandJe, héritiers des Scandinaves . Ces Nemrods aimaient Pôcamp et les vastes forêts qui l'entouraient alors, La tradition populaire a gardé le souvenir de ces bois abattus. On raconte toujours l'histoire de la cloche la Riote, donnée à l'abbaye de Fécainp par un seigneur perdu dans la plaine boisée de Scimcvitle. Ces bois, ces taillis, couvraient la colline et descendaient Jusque dans la vallée de Fécamp où le chemin ijui conduit au porta gardé le nom de \ArueStms-le-Btng. Lorsque saint WaastviQl évangéiiser cette terre il dut la trouver couverte de halliers et du broussailles, car un bosquet et le pAtb communal qui l'avoisine s'appellent encore le Ckemin de Saii^Waasi. U n'y a pas long-temps que les derniers arbres ont disparu, et les vieillards racontent qu'ils lurent détruits par un grand hiver. SenneviUe alors était appelé communément Senneville-ies-Bois.
Quoi qu'il en soit, il y avait trës-ancîennement à Senneville un MesnJl ou liabitation antique. M. Fallue raconte dans son histoire de Fécamp. qu'en 912, lors de la conquête et du partage de la Neustrie par les Normands, le pirate Godefrid, tïls d'Odon, s'empara du Mesnil de Senneville. Le souvenir de ce Hesuil n'est pas encore complètement perdu à Senneville. Les anciens temers, le cadastre et la tradition indiquent encore le chemin du Mesnil qui va vers la mer, au lieu où se trouve une grande mare.
L'abbaye de Fécamp dut être une des premières propriétaires de Senneville- Nous lisons dans ta charte de Hichard II, délivrée tt Fécamp en 1026, que ce prince donne et confirme h l'abbaye « Mesnile quod dicitur Sanavilla ex integro cum cccIesiA ' . » Après un teste aussi formel, comment s'expliquer cette phrase pourtant si claire de Henri I", comte d'Eu, lors de la fondation de cette abbaye, en 1 1 19 : « Je donne, dit-il, l'église de Saigneville. près Fécamp'. » Tout porte à croire que cette possession ne fut que passagère, malgré la conlîrmatton qui en avait été faite par le pape Innocent II. dans une bulle de H39, L'abbaye de Fécamp, dit Duplessis, contesta Inentât ce patronage \\ celle de Notre-Dame d'Eu, et elle obtint en sa faveur une sentence délïnitive du bailli de Caux,
' Nnui. pia. i
- ■ l.a fille ,lF.<i. p. 51.
«Il i^lî. Déjà Eudes Uigaud avait contesté le droit des Bénédictins, dans son pouillé rédigé sous saint Louis.
Dans un ancien papier-terrier, dressé sous Tabbatiat de M. delà Roche-Aymon, et conservé à la mairie de Fécamp, nous lisons que Senneville était un membre de la baronie el haute-justice de Fécamp, assujetti au service de prévosté et à la banalité des moulins. Le môme monument féodal constate que le patronage seigneurial de Téglise appartenait de temps immémorial à Tabbaye de Fécamp. La dîme toutefois restait presque entière au curé. Trois liasses de pièces concernant 1 église et la seigneurie de Senneville se voient aux archives de Tabbaye de Fécamp, classées au dépôt départemental.
Les seigneurs de Hableville, hameau de Senneville, devaient le service de coupe à Tabbé de Fécamp, le jour de son entrée dans la ville. En récompense ils gardaient pour eux lu, coupe de Mff'. Cet usage, pratiqué en 1512, fut totalement supprimé en 1567.
L'éçlise actuelle de Senneville, dédiée à saint Waast et à saint Ëlol, évoques contemporains, doit remonter au moins jus- ((u'au XII® siècle, si j'en juge par le tuf qui entre dans la construction du chœur. Malheureusement les fenêtres primitives ont dispai*u en 1839, pour faire place h de grandes croisées en brique. Cependant il reste encore au chevet une belle fenêtre rayonnante bouchéedepuis deux cents ans par unecontre-table.
La nef a subi une singulière modification. On y reconnaît parfaitement des arcades ogivales, tuffeuses et primitives, mais elles sont supportées par des colonnes rondes en pieire, qui paraissent avoir été taillées au xvi** siècle.
La partie monumentale de cette église est le clocher placé au portail de l'Ouest, et dont le corps-carré est surmonté par une pyramide octogone en pierre. La base de la tour doit remonter au temps de la Renaissance, si j*en juge par la toureHe de l'escalier. Toutefois je suis porté à croire que la flèche en pierre a dû être construite à une époque voisine du règne de Henri IV.
Devant la petite porte de cette église, il s'est passé, en 1669, un événement qui nous parait aujourd'hui fort extraordinaire. Le 28 mai , au matin , on trouva un jeune enfant suspendu par ses langes à un pommier. La pauvre femme qui Tapervut la premitMo, Vondmja par crainte de mort; M. le vicaire lui
suppléa cUKUitc Ips réi-iïmonies. Pour s'explicjuer cet ëvénemenl, il faut sr rappder que sniiil Vinceiit-de-Paul venait de paraître, (]u'it uvuit !i peine fondé pour la capitale la créchides enfants trouvés, el que les tnurs n'étaient pas encore par- VBiius en provincu. Voilk l'état où nous étions i-éduils il y a deux cents ans; tout juste au point où se trouvent les enfants chinois que nos prêtres vont racheter et secourir.
Sennevillc possédait autrefoisdeux chapelles, dont il ne rt«te plus de traces. La première était celle de la léproserie, au hameau d'Kableville- Elle a été réunie h l'hôpital du Ha\Te, en 1669, par lettres-patentes de Louis XIV. Pour cela l'hospice aurait bien dû recevoir les enfants délaissés du village.
La seconde chapelle était sur le bord du graud chemin qui allait de Fécamp ft Arques. La charrue passe maintenant dessus. A cAté d'elle était une fort belle croîs de pierre, sculptée duns le style du xiv" siècle. On distingue encore dessus trois figures grandement altérées, saint Jacques, apùtre; saint Roch etsuîut Waast, évéque. Cette crois est appelée la Cruix-GuerouU, parce que là, dit-on, fut tué un berger de ce nom.
Senneville comptait 60 paroissiens vers 1240 et valait 45 livres de revenu au laie Roger, personne du lieu. Le pouiUé du 1738 donne à cette cure N5 feux et VOrdo de 1851 en fait une succursale de 71 5 habitants.
SAIIHT-PIERRE-EN-POBT.
Saint-Pierre-en-Port est une vieille paroisse di- pflelieurs, jadis placée dans un vallon que rcrap lissaient des chaumières et à l'embouchure duquel s'abritaient des barques et des bateaux. La mer a mangé le vallon et ses habitations ; les tempAlfis ont détruit les nefs et les matelots ; ce qui restait d'habitants s'est réfugié au haut de la côte, et ils ont laissé dans une vallée agreste et solitaire, la pauvre église <pie leurs pères avaient bfltie.
Cette église, tille de la grande croisade nmnumentale du su' «bcle, était un joli monument que l'on était surpris de rencontrer dans un tel état d'isolement et d'abandon. Le morcenii principal, celui qui frappait tout voyageur éclairé, c'était le clu cher jeté sur les transepts et dont les arcades s'ouvraient avec UD goAt exquis. Les ehapItt'Hux étaient d'une parfaite élégance; il était im|iossibti.' de trouver un morceau d'architecture mieux
coDditioDtié et plus en harmonie avec riiitérieur de rédtficc. Le dehors de ce clocher n'avait rien de remarquable, c'était une tour carrée, solide et sombre, dont la physionomie austère s'alliait fort bien avec le mélancolique paysage.
Le chœur, avec ses voûtes et ses colonnes, indiquait le style ogival primitif. En 4849, nous avons cru reconnaître, au pied du sanctuaire, un ancien tabernacle creusé dans le mur. A la retombée des voûtes, on voyait, formant le chapiteau, de jolies statuettes et des dessins d'une forme très-rare. Les deux transepts de cette église étaient du même style que le chœur. La nef, toutefois, nous a paru avoir été remise à neuf avec le grès du ivi* siècle. On n'avait conservé du premier édifice que le pignon de l'ouest, où étaient du tuf et un cintre roman.
Cette pauvre église n'existe plus. Démolie en 4850, ses antiques pierres ont servi à rebâtir, sur la plaine, un bâtiment qui n'en est que la fille dégénérée. Heureusement, qu'instruit à temps de cette démolition prochaine, nous avons pu, en 4849, avertir M. le Ministre de l'Intérieur, qui, sur notre demande, a obligé la commune à transférer le clocher de l'ancienne église dans la nouvelle. La municipalité a rempli très-consciencieusement les conditions imposées par l'autorité supérieure. Elle a fait numéroter les pierres des colonnes pour les remettre à leur place primitive, et elle peut aujourd'hui se féliciter de son œuvre, à la vue de l'heureux effet qu'elle produit.
Le baptistère de cette vieille église était également très-intéressant. C'était une cuve en pierre, revêtue d'une enveloppe de plomb, remontant vraisemblablement au xii* siècle. Les images de saint Pierre et de saint Pauf, patrons de l'église, ornaient ce font baptismal. Qu'est devenu ce vieux témoin du Christianisme dans cette vallée, ce dernier débris du vieux moutier de Saint-Pierre-en-Val, mentionné par l'archevêque Rotrou, en 4477? Hélas! il n'a point remonté la côte pour entrer dans l'église neuve, et son successeur, suivant l'heureuse expression de M. de Caumont, « ressemble pltis à un plat à barbe, qu'à un baptistère chrétien i. » « Rien, dit M. le comte de Montai » lembert, n'échappe h notre mépris systématique de la véné- » rablc antiquité; mais ce qui semble spécialement exposé à » ses coups, ce sont les anciens fonts baptismaux, objet de
' BulleUn monumentai t. xviu, p. 85, année 1852.
> l'étude et de l'apprêciulion toute particulii-ie de. nos voisins
> les Anglais ■ . *
Le peupledes environs est pénétré de l'aiiciennc importance du port de Saint-Pierre. Il dit que sur les collines on rericoii- Ire des fondations et des murs. Une cdte s'appelle la côte du Karchi; l'autre la côie de l'Eau Salée, souvenir sans doute des anciennes salines.
Nous avons dit que la population de Saint-Pierre s'était déplacée. Or, comme la Lert;erie est faite pour le troupeau, et non le troupeau pour la bergerie, il en est résulté que curé et paroissiens ont désiré avoir l'église au haut de la côte, dans l'ancien hameau de Bouleville ou de Boudeville. Cette pensée dominante depuis long-temps fut enfin tentée en 4824 par M. l'abbé Bernage, curé de la paroisse. Il voulut établir sa nouvelle église dans l'ancien vicariat, dont il fit la nef. Mais comme le digne homme n'entendait rien k l'architecture et encore moins it l'ecclésiulogie, il eut l'idée fort originale de Uhuqucr cet étroit boyau de ïi chapelles, correspondant, dans sa pensée, aux H stations du chemin de laCroix. Le peu qu'il avait réalisé de cette bizarre conception était le plus triste échantillon d*église que nous ayons rencontré de notre vie. Tout le monde le sentait si bien qu'U n'y avait qu'une voix pour demander la disparutiun de cette église océanienne, beaucoup plus faite pour une population de sauvages, que pour de vieux chrétiens civilisés. Projetée depuis plusieurs années, la nouvelle église fut enlin commencée en mars 1830. Les plans et le devis dressés par M. Leballeur, maçon de Valmont, et par M. Comble, ' architecte à Yvetot, élevèrent la dépense h 30,000 fr., chiffre qui dans la pratique ne fut dépassé que de 5,000 fr. seulement. Une somme de 21,000 fr. fut fournie au moyen de souscriplious, de quêtes, d'aumftnes, de dons volontaires, de la contribution de la fabrique et d'une vente de biens communaux. Les matériaux des deux églises furent estimés k 8,000 fr. Mais le donateur principal et le plus grand bienfaiteur fut M. le comte deTrémauvillc, maire de la commune, qui non content de verser pour sa part une somme de 7,400 fr., fournit encore pendant deux ans ses chevaux, ses voitures et ses domestiques pour faire tous les charrois et transports nécessaires h la construction.
' Du iMndalhmf et du catholi'ntmv dans iarl. p 2BN.
Enfin après deux ans de travail, l'œuvre nouvelle fut achevée et bénite au printemps dernier, par M. l'abbé Surgis, vicaire-général et archidiacre d'Yvetot. Cette église, entièrement construite en silex des falaises, s'appuie sur de disgracieux contre-forts en brique rouge. Les portes, les fenêtres et les arcades sont en pointe plutôt qu'en ogive, et les seize arcatures évasées de la nef posent sur des colonnes doriques, en pierre de taille, beaucoup trop enflées par le milieu.
La grande nef, démesurément large, nous rappelle involontairement ces granges dîmeresses, où les charriots entraient et sortaient chargés et attelés. Que Ton compare cette largeur disproportionnée avec les formes si bien entendues de Tancien clocher qui forme portail, et l'on aura une idée exacte du génie des deux siècles et du goût des deux époques. Le désir qu'ont les fidèles de voir l'autel est sans doute la cause du défaut que nous signalons.
J'ai hâte d'ajouter qu'aucune église n'est mieux posée ni mieux assise, car elle trône dans un vrai jardin planté, gazonné et sablé avec le petit galet de la mer. Des rigolles maçonnées ont été ménagées pour Técoulement des eaux, ce qui prouve qu'on a su mêler l'utile h l'agréable.
Dans ce hameau de Boudeville, si souvent mentionné dans les chartes de Fécamp, fut autrefois une chapelle de Saint- Gervais dont on montre encore l'emplacement. Elle dut être brûlée vers 1704, lors de l'incendie complet du quartier. ^ Saint-Pierre-en-Port, appelé aussi « Sanctus-Petrus-in-Valle, » fut toujours à la présentation de l'abbé de Fécamp. En 1738 on y comptait 140 feux, et en 1800, 1,100 âmes dont la moitié n'acceptait pas le schisme constitutionnel. Aujourd'hui c'est une succursale de 1 ,200 habitants.
Faut-il s'étonner si cette paroisse est pieuse et si elle a résisté aux nouveautés révolutionnaires? Elle avait pour pasteur, à la fin du dernier siècle, Louis-Augustin Gosset, jeune prêtre né à la Potterie, qui prêta un moment le serment constitutionnel qu'il rétracta avec énergie. Arrêté en 1793, il fiit condamné à la déportation, mourut le 9 septembre 1794, à l'âge de 47 ans, et fut enterré près du fort Vaseux, sur les rives de la Charente.
ÉCRETTBVILLE-SUR-LA-MBR .
Saint-Martin-d'Ecretteville, situé sur un tertre, fut autrefois
ic lo tul'du II!" siècle, dont î *lUe!r|oes traces Jans le pignon et le chevet. Dans le cuui's (ïii svHï siècle, l'édiflce fut remanié avec du silex et de la brique. II y eut autrefois des verrières dont un fragment montre encore Saint-Nicolas. La contretable en cliâne encadre un bon ta/>leau de la Présentation de Jésus-Ckriitt au Temple. Mais le chef-d'œuvre de celte église est dans le cimetiiire. C*^st une croix de pierre dont le sommet a été malheureuse- 01 ^nt renversé. La base est une jolie sculpture gothique dont ctMsacane des quatre faces renferme une niche et une statue. La pi~«îmière image est une Mater Dalorosa, la seconde une Sainte- BcKvbe, la troisième un Saint-Hubert, la quatrième un Saint- Je^n, je crois. On lit au pied cette inscription gravée eu creux : « -^'an mil v" xxii, le vi de /ÏBrier, RegnauU Biirel, preslre, 'i€*-^if de Vintiejnenilte, nieaire de ce lieu, a fait faire cestn re-
dette église était autrefois la propriété des arclievéques de R-Ouen. Eudes Rigaud, qui l'appelle Esluuttevillette, la donna * ntiaïlre Jourdain. Le pouiUé attribué à cet archevêque rap- P<^rte une sentence du bailli de Caux, donnée it Cany. le '""^ mars 1332, ((ui déboute de ses prétentions le seigneur de Lin tôt, qui osait contester ce droit de nos prélats. Aussi, depuis ce moment, le métropolitain de Rouen resta paisible collaiettr de ce bénéfice, qui comptait 20 paroissiens on 1260 ei *^ feus en 1738, Aujourd'hui c'est une commune de 300 lia- ""ajats annexée k la succursale d'Élélot.
A. Us archives départementales de la Seine- Inférieure, section «es Trés&rs et fabriqws, on trouve une belle liasse d'archives "' •!•} piiices en bon état, concernant l'ancienne fabriijue d'É- '^*"*^t te ville-sur- Mer. J'y ai remarqué des contrats de fondation ^'*** parchemin, du xvu' siècle : un registre de fabrique allant ^^ t C13 à 1679, paraît en fort bon état. Il serait très-utile ft ^^^lïsulter pour l'histoire paroissiale, ainsi qu'un inventaire de.'.
^18 et archives du trésor, dressé en 1755.
bi,
ÉIjÉTOT.
'ï^cussaint Duplessis tire l'élymologie de ce village d'un "^•^ïï^té saxon Earl-Tot, d'où Esletot, la maison du comte. Il est ^'^ssihle que cette ancienne propriété ait appartenu aux comtes **•* Caux, résidant ii Fécamp, qui de irès-bonne heure t'auront
donnée à l'abbaye de leur fondation. Très-anciennement le monastère de Saint- Waninge posséda l'église et sa terre. Nous lisons dans la fameuse charte de Richard II, donnée en \ 026, ecelesiam de villd quœ dicitv/r Esletot, cum terrd ad eam pertinenU et duo- Ims hospitibus ^ . Aussi cette église faisait-elle partie de l'exemption de la célèbre abbaye à qui elle avait été confirmée par une bulle du pape Pascal II, délivrée en 4104 3. Le premier acte de l'administration ecclésiastique de Gilles de Durement, élu abbé en 4 429, fut d'approuver les statuts de la confrérie de Saint-Furcy, établie en l'église d'Élétot.
De l'ancienne église de ce lieu il ne reste plus la moindre trace, tout a été refait de nos jours, et la partie la plus ancienne est une muraille du chœur, qui remonte au temps de Louis XIV. La nef, que l'on vient de détruire, ne datait guère que du temps de la Renaissance. Deux colonnes rondes, conservées sous le clocher, indiquent assez la dernière physionomie du monument qui vient de disparaître.
L'église d'Élétot a été presque entièrement refaite depuis quelques années. La nef a été travaillée la première. Généralement elle est en silex et en brique, mais les contre-forts du midi sont en brique rouge et ceux du nord en tuf moderne. Les fenêtres sont trop nombreuses, et le jour vous éblouit dans un intérieur tout blanchi avec du plâtre. Les deux derniers travaux faits à ce monument, sont le sanctuaire en forme de cul de four et le clocher placé sur le portail. Dans l'abside, je n'ai remarqué qu'une verrière sortie de la manufacture de M. Lusson, du Mans. Elle représente une Vierge, que l'on peut prendre pour une Conception ou pour une Assomption tout à la fois. Deux anges tiennent une couronne suspendue sur sa tête. On lit au bas : «Donné par Marin Lebel, J.-B. Levesque et J.-B. Desliens (curé de la paroisse). » Cette verrière nous paraît très-inférieure aux produits ordinaires des ateliers de M. Lusson.
Le clocher a été construit en 4849. C'est un carré en brique et en silex d'une grande élévation et d'une forme assez imposante. La flèche qui le surmonte est la plus haute du pays. Généralement les proportions ont été bien observées, dans la charpente comme dans la maçonnerie. Le maître maçon qui a présidé à ces reconstructions est le nommé Maréchal, de
' Neustriapia, p. 216. — ' Duplessis, Description, t. i«", p. 438.
CANTON UYERVILLE.
TERVILLE.
[ E bourg d'YervilIe a élé pour ainsi driv ù parla division dé parte mentale, qui, ' de village (ju'il était, l'a élevé k la dignité > de cbef-lieu de cauton. De bulles routes I ont ajouté h son importance officielle, et ' la nature elloméme en le dotant d'une ' plain« propre u toutes sortes de culture, ^ semble avoir préparé le dessein des ^ hommes. Le bourg, qui depuis t826, s'allonge sur la route départementale d'Yvetût il Neufcliâtel, croisera bientôt ses maisons sur le cliemin de Pavilly k Veules, créé vers 1840. Ce pays a maintenant un air de fraîcheur et de jeunesse, les maisons sont propres et élégantes, l'aisunce semble régner parmi les habitants.
L'église seule est indigne de ce bourg, car elle est resiée au-dessous d'uue église de village ; aussi nous n'avons jtas été surpris d'apprendre qu'il était question de U remettre entifereœcnt à neuf. Un plan, dressé par M. l'abbé Robert, nous a été montré, et sa réalisation est dans les vœux du pasteur et des fidiiles. Elle est aussi dans les iiâtres,carDOQfi goûtons trt;s-fort le style roman adopté pour ce b?Jiiple champêtre. Cette arcliitecture, simple et noble tout ii U fois, concilie heureusement les idées reçues en matière d'églises, et les ressources, si souvent exiguës, des fabriques etdescoimuuites. itn doit ciitivpri'ndre l'exécution de lu nouvelle égUsf par
— as —
campagnes ou par parties. L'exemple de Tôtes, de Bourdaiiiville, de Hautot-Saint-Sulpice et de Veauville-les-Baons , qui ont renouvelé leurs églises, stimulera le zèle des habitants d'Yerville, et nous sommes convaincus que le jour où ils auront mis la main à Tœuvre, ils ne voudront plus s*arrôter, qu'après la complète exécution de l'entreprise.
En attendant le moment où nous verrons sortir de terre Téglise renouvelée de Notre-Dame d* Yerville, décrivons celle que nous avons visitée en 1850. Puisse ce procès-verbal devenir bientôt un acte de décès ! Commençons par dire qu'il ne reste riea du monument possédé en 1180 par Tabbaye de Valmont. De ce XIII* siècle qui a tant construit d'églises, il ne subsiste qu'une fenêtre au nord, et du xvi^qui en a tant renouvelé, il n'y a non plus qu'une fenêtre au midi et une inscription qui prouve que l'influence de la Renaissance s'est fait sentir ici comme ailleurs. Voici cette épigraphe, placée sur des murs renouvelés au ivii*
siècle :
En laD mil vcc xx et vini
Le xxui»" de juiog
Ce mur cy fti mené a fln
Oa Je ftas cy dedans mis neof.
Le xvi* siècle, toutefois, avait refait le portail et la partie occidentale, car la base qui reste est de ce temps ainsi que la rose rayonnante replacée sur le nouveau clocher, au temps de Louis XVI. Cette tour carrée, construite en brique, porte avec elle sa dédicace et son baptistère. « Hœc {fuU) turrU erecla an, 1776. »
Le chœur avait été reconstruit en 1752, et la nef est un replâtrage des premiers temps de Louis XIV. A cette dernière époque de l'histoire, nous voyons apparaître ici une confrérie de Notre-Dame de Liesse, dont les statuts, dressés en 1667, ont été approuvés de nouveau en 1697, 1700 et 1718. On conserve, dans les archives, la liste des membres associés depuis 1718 jusqu'à nos jours. L'autel de cette pieuse société est orné d'un tableau représentant un sujet historique, relatif probablement à la dévotion de Notre-Dame de Liesse elle-même.
Yerville, appelé Beata Maria d'Hierville, par le pouillé attribué à Eudes Rigaud, possédait 90 paroissiens et valait 30 livres de revenu au temps de saint Louis. L'abbé de Valmont était alors seul seigneur-patron. Ce bénéfice avait sans doute été
dunné au monastère par un de ses fonilaleuis. Un croit liouver une trace de celte donation dans les termes suivants de la charte de fondation ■ « Ex dniio Nkolai de StoUvilld qumqjiaginta solidatm terrœ in Eruvilla >. » Toutefois l'abbayi; aliéna son patronage un siècle au moins avant de le perdre coniplëlemenl par la Révolution française. Inscrit dans le pouillé de 1648, le droit monastique est transporté au seigneur dans ceux de 170i et de 1738. A cette dernière époque ïerville comptait 154 feux. Aujourd'hui c'est une succursale de 1,806 habitants avec l'ancienne paroisse de Tliibermesnil.
Le presbytère et la sacristie ont perdu leurs archives. ).e dcpAt départemental ne possède, sur ïerville, que deus contrais de vente. Ces pièces, où ligurent les de Boniface, seigneurs vt patrons honoraires de l'église, sont de 1631 et de 1765.
L'ancienne seigneurie d'Yervillc releva quelque temps de la baronie de Sainte Wandrille. Dans les archives de ce grand monastère, déposées à la préfecture de la Scino-Inférieure, on trouve une liasse de papiers relatifs k cette propriété féodale, détruite par la Kévolulion française.
TaiBBBHESHiL. — Daus les magnifiques clairières de hêtres qui entourent la demeure de M. le comte de la M jre, on trouve, sur le bord du chemin, le cimetière de Thlbermesnil, dont le vieil if est resté debout pour dire aux passants de se signer devant ce lieu consacré par la prière et la sépulture de l'homme, la pauvre église ne subsiste plus. Délaissée depuis la Kévolulion, elle tombait en ruine sous les coups de cinquante liivers, lorsqu'en 1836 la fabrique d'Yerville en vendit les débris k M. de la Myre. L'église de Crique tot-sur-Ouville, dont on constmisait cette année-là la chapelle de Saint-ÉIoi, fit l'acquisition d'ornements de marbre et d'une belle dalle qui formaient le riche autel de Tliibermesnil. C'était sans doute un présent di« châtelains du lieu, les Bigot ou les Laferté, familles puissantes et charitables comme celle qui les représente aujourd'hui.
L'église de Saint-Martin de Thibermesnil, dont nous écrivons l'oraison funèbre, existait dès le xi" siècle. Dans l'histoire de l'abbaye de Saint-Georges de Bocherville, nous trouvons une charte de Guillaume-le-Jeune, ch&telain de Tancarville, qui raconte que dans une cérémonie religieuse il avait déposé son épée sur l'autel du monaslère, au pied du vaillant patron de
' .Vfiufria pia. p.
l'Angleterre, i;t qu'il l'avait ensuite rachetée par des donations et on confirmant la possession de l'église de Thibermesnil, Eccksiœ de Tibermaisnil ^ . Il faut que l'abbaye n'ait pas joui long-temps de ce bénéfice, car vers 1250, époque où Tarchevêque Rigaud rédigeait le pouillé qui porte son nom, deux patrons laïques possédaient l'église de Thibermesnil, de Toubermesnillo. Le rédacteur ajoute que le dernier curé, nommé Gautier, avait été accepté par Gautier de Coutances, sur la présentation du seigneur de Lindebeuf et de Robert de Thibermesnil, patrons indivis. Il en était de même au xv** siècle lorsque l'on dressait le pouillé attribué à Raoul Roussel, les patrons de Thibermesnil sont appelés le sire de Lindebeuf ou le sire de Tibermainil 2.
L'abbaye de Bocherville protestait encore de son droit dans un aveu de 1680, cité par Duplessis ', mais les trois poùillés imprimés, les archives manuscrites et les traditions locales, confirment toutes le droit du seigneur.
Thibermesnil comptait 40 paroissiens en 1260, 31 feux en 1738 et 38 maisons en 1823, quand il fut définitivement réuni à la commune d'Yerville.
Ne quittons pas Thibermesnil sans visiter le vieux château, ce blessé de nos guerres religieuses. Le 1 1 mars 1591 , de Chattes, gouverneur de Dieppe, sortit de ce foyer de royalisme, avec 500 cuirassiers et 1,100 arquebusiers, tant à pied qu'à cheval, pour faire une campagne dans le pays de Caux. Ayant appris en route la prise de Fécamp par le maréchal de Biron, il se tourna vers Thibermesnil, l'une des plus belles maisons du pays de Caux, disent les chroniqueurs dieppois ^. Le capitaine de Goustimesnil, fervent ligueur, s'y était retranché avec ses soldats et de bonnes provisions. Ils s'y défendirent en héros et tuèrent grand nombre d'assiégeants. Mais enfin il fallut céder h la force, et de Chattes, après les avoir faits prisonniers de guerre, fit sauterie château à l'aide de la poudre. Le pauvre manoir ne s'est jamais relevé de cette catastrophe, et le tronçon qui reste proclame bien haut aux paisibles habitants de nos campagnes les maux de la guerre et les douleurs de leurs pères. Pour eux, encore plus que pour nous, la vie fut un vrai Chemin de la Croix.
* Essai hisl,, par M. Deville,'p. 75. — ' Mss. de la bibliothèque de Rouen. — * T. i", p. 701. — * Hisl. abrégée et chronolog, de la ville, ehdleau et cUadelle de Dieppe, mss. anonyme, p. 167.
nOTTEVIliLE.
A peine propriétaires itc la lerra de Motleviltii-l'Ksiieval, les Langlnis de CatitclGu la firent ériger, en 157*, par le roi Charles IX, en quart dp fief de llauliert, sous l'allégeance des barons d'Esneval, cJiâtelains de Pavîlly ■. Lorsi^iie les guerres de la Ligue eurent cessé de rugir et que la pain eut été rendue par Henri IV h ce pays de Caux qu'il avait tant ravagé, depuis Caudeber jusqu'à Arques, les seigneurs de Mottoville, haut placés dans ta robe et la magistrature, s'empressèrent d'illustrer leur nouveau domaine par un cliAteau digne de leur grande élévation Bocidio. Le style Médieis dominait alors dans les constructions civiles ; ce fut it lui que l'on demanda des inspirations pour cette nouvelle demeure. La brique et la pierre firent tous les frais du corps de logis et des ailes.
Lorsqu'ils furent installés dans leur habitation princière, les pieux châtelains ne voulurent pas jouir seuls des fraîches avenues de leur brillant séjour. Ils appcli^rent près de leur cliftteau, pour prier pour eux et pour garder leurs cendres, de bons chanoines qui devaient élever chaque jour vers le ciel de continuelles priferes.
Depuis des siècles l'église était placée dans l'enceinte du château. Fille des chevaliers normands, elle avait vécu à l'omlire de leurs imprenables remparts, mais l'épée ayant cédé k la robe, elle changea de protecteur en changeant de maître, ^elle est la destinée de l'église, elle s'allie à toutes les époques pour les sanctifier ; elle reçoit dans son sein l'homme de guerre comme le magistrat pacifique, et seule immortelle survit aux variations infinies de l'humanité sur la terre. C'est parce qu'elle renferme en elle un principe de vie et que sa mission est d'accompagner l'homme jusqu'à la fin du monde et de régner sur son tombeau.
Des 1616, messire Nicolas Langlois, premier président de la cour des comptes de Rouen, ayant résolu de fonder à Motteville, une collégiale, prépnra l'église pour cette grande léforme. Leschiifres de 1616 et de 1631, placés, l'un sur les fenêtres du chœur, l'autre sur le portail, ne laissent aucun doute sur l'intention des fondateurs. L'ancien édifice était une construction rurale du xin" siècle. La nef, il est vrai, n'avait
' Duplex
ni caractère ni valeur, mais te chœur avait îles voûtes et ( colonnes du temps de Philippe-Auguste ou de saint Louis. C a conseiTé dans la nouvelle église juste tout ce qu'il f pour constater ce fait archéologique.
Ce fut au commencement du règne de-Louis XIII, que Vé glise fut ainsi renouvelée. Cette opération se fit avec la brique rouge et la pierre blanche qui avaient servi pour le ch&teau. Mais ici les matériaux sont mieux fondus, et les pieux ch&teiaius ont eu plus grand soin de la maison de Dieu que de 1 leur. Cette règle n'est pas générale- Cette construction a quelque chose d'imposant , lorsqi l'on est au pied des deux tours qui ont fait donner k ce i iage le surnom de Motteville-lesDeux-Clocbers. En effet, il y a ici deux clochers dont les corps-carrés ne manquent ni <!' ampleur ni de style, mais qui sont trop courts et surmontés dd- Hècht^ quadraitgulaires du plus mauvais effet.
Le plus beau morceau de ce frontispice, c'est le portail a le pignon qui le sunnonte. Abaissée sous un cintre en J que, la porte est un élégant linteau de pierre, soutenu par d pilastres toniques décorés d'oves et de moutures : au-des sont une rose et quatre écussoos sculptés, représentant s doute les armes des fondateurs. M. le comte de Gerrainy a fait, celte année, remettre à neuf ce charmant travail. C'est à présent un des plus curieux échantillons de cette architecture du règne de Richelieu.
Ce n'est pas le seul bienfait de M. de Gerrainy envers l'église de Moltevilie. Cet ancien ministre de nos linances, devenu le successeur des Langlois do Motteville et de leur château, a voulu aussi les remplacer auprès des pauvres et de l'église. Depuis long-temps il méditait la restauration de l'édifice, la Révolulion de Février suspendit son bon vouloir, mais en ($30 il se donna carrière : il fit ii la nef des voûtes romanes, dont les colonnes et les chapiteaux de plâtre ont été mal cxéculés. Les ouvriers manquaient de goût. Le donateur seul garde l'honneur de sa générosité. •
Le chœur, le sanctuaire et la chapelle de la Vierge ont été pavés avec des carrés noirs et blancs, comme une salle de château du temps de Louis XVI. Nous, hélas! nous préTérons un dallage en pierre ou en marbre. Nous regrettons ces pierres tombales dont les fragments se trouvent sous la porte ou dank ,
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la cliapelle des t'unts, et que nous croyons exilées du sHnctuuire où elles devaient couvrir uu caveau sépulcral, car il est mal aisé de croire que les fondateurs de la colléglalG de Mottevillo n'aient point creusé , sous le chœur, un st'pulcre seigneurial digue de leur puissance et de leur nom. C'est lii sans doute que l'on enterra, le 17 mai 1769, madame la présidente de Motteville, morte <t Rouen, et inhumée dans sa terre, disent les feuilles publiques du temps < .
Le chœur, reconstruit en même temps que le portail, dut posséder, dans ses fenêtres renoui^elées, des bordures k Heurs jaunes, encadrement ordinaire en 1616.
La chapelle de la Sain te- Vierge, qui est au cûté nord avec la sacristie, pourrait bien avoir été bâtie en 1681, lorsque François Lauglois et sa mère ajoutèrent au chapitre une sixîËme prébende. Les voûtes en briqueet CD pierre, sans arceaux, ont une ressemblance frappante avec les monastères de Fécamp lît de Saint-WandriUe, constructions contemporaines.
Le règne de Louis XV a fait, dans cette église, des travaux d'embellissement. Citons le lambris du sanctuaire et le maltrcaatel en cliéne. C'est aussi keux quel'on doit attribuer l'élégant porte-Christ, marqué de leurs armes, et les jolis petits autels en ch£ne qui terminent la nef. On sait que ce fut ia piété privée qui orna nos églises de ces contre-tables ou corniches de bois que oous déplorons si souvent aujourd'hui.
La collégiale de Motteville est une des dernières créations capitulaîres. Elle apparut au moment où, sous le règne de Louis XIII, fourmillaient les fondations religieuses. Elle fiit définitivement constituée pour quatre chanoines, en 163S, par Nicolas Langlois, premier président de la cour des comptes et aides de Normandie, Georges Langlois, son fils, autre premier président de la même chambre, ajouta, quelques années après, une cinquième prébende, enfin M°" Anne de Monleclair, sa veuve, et François Langlois, son fils, en fondèrent une sixième, le 31 décembre 1681. Le contrat fut approuvé par l'archevôquo de Rouen, le 7 août 1682. Le doyen du chapitre était curé de la paroisse. La collégiale se plaça, comme l'Église, sous la protection de saint Michel Archange, ut l'image du patron, après avoir trAné sur l'autel, est h présent morcelée sous le clocher. Les seigneurs de Motteville étaient patrons je flormandic. du tt mai 1709.
prêscntak'urs des six caiiouiciils, cuiiiiup ils l'avaiool étr ilu bénéfice curial <.
La paroisse, toutefois, ne leur a pas toujours appai'tenu par une possession non interrompue, car depuis saint Louis jusqu'à Louis XIV, elle fut presque toujours entre les mains du prieur ou de l'administrateur de la léproserie de Pavilly ï. En 1059, Raoul de Varenne et Emma, sou fipousc, par une charte solennelle, conservée dans le ^nd cartulaire, vendirent, aux Bénédictins de la Trinité du Mont-l6s-Rouen, les quatre églises d'Omouville, d'Aiiglesqueville, de Plamanvîlle et de Alotteville (Multfevillie], dont ils étaient féodalemeiit les maîtres. Ils livrèrent en même temps les six acres de terre contiguës k chacune de ces églises. Guillaume, consul des Normands, signa cet, . acte passé sous son autorité '- D'autres chartes, du mém^ï siècle, ajoutent dix acres vendues par Hugues de FlamanvUle *ij^ les dîmes, possédées il Motteville par Alverède de la Bruère *^ et enfin le bénéfice que possédait, k Mutte^illc (MalteviUA), vieux chevalier nommé Roger ^. Mais le monastJire rouenaaJs] ne tarda pas k aliéner les acquisitions de l'abbé Renier. A 1 fin du «i" siècle, Guillaume d'Espoville, vu" nbbé et ancxei prieur d'Envermeu, transigea avec les châtelains d'Bsnevai patrons primitifs, qui de temps eu temps reveodiquèreut c droit antique, tant qu'ils n'eurent pas entièrement vendu (ffi fief de Motteville.
Les barons d'Esneval avaient donné leur nom k cette grand terre, et Motteville avait pris le m tmc surnom que Flamanvilla Criquetot, Anglesqueville, A ne relié vil le, Auzouville, et taol d'autres villages.
L'ancien nom s'écrivait en latin Maltavilla, et en franç^s Mautevillc- Cette orthographe a duré jusqu'à Duplessis, mais déjà les pouillés écrivaient Motteville. M"* de Motteville ,. par sa grande célébrité, semble avoir popularisé cette ortho; graphe, qui était la sienne. Saint-Michel de Mauteville, comin
' Pniltn*« de lîOi el de 1738. — " Duplessii, t. i", p. S8S. — PoullU ' d'Eude» EVigBud ctilc ItilH. ~ ' Carlulaire de l'abbaytde ta SainU-Triiii ihi JfuRf-dn-Jtuurri. publié par .M. neville dans la CùUeeliim dfâ Itocta ÎRiUtU pour l'Kùloirc de t'rancf. |). i3B-37. — ' cartutain- de ftMa]fi 4 la Sainle-Trittité du ilonl-dc-Rourn. piibliif parM. Ueville, datia ■• CoJ l*flion det dncumnU iDnltlt jmir l'Miloire de France, p. lin. Ibiil, — Md,, p. M».
— i3lî -
l'appelle Riguutl, valait t>l) livres en \i^0 et comptait IDO paroissiens. U faut que ce pays suit resté bien statioiiiiairc, puisque dans le siècle dernier on n'y cuinptaît que 100 feux.
Les seigneurs de Motteville, en fondant la collégiale, établirent aussi des maisons pour les chanoines. Ces demeures, élégantes et confortables pour le temps, sont construites en brique autour de l'église. Le 28 septembre 1792 ces quatre maisons avec leurs jardins furent vendues 63,000 fr. i,el h présent elles sont occupées par de petits niarcbands. Le doyenné sert anJDurd'liui de presbytère.
Supprimés par la Révolution, 1e- décanat et la paroisse furent relevés par le Concordat de 1801. Motteville, deshérité du canton civil qui avait lîté transporté ft Yerville, dut Jisa grande ^lisc l'honneur de devenir cure de seconde classe. En 1837 le cardinal [irince de Croy en fit le litre d'un doyenné rural. Le doyenné de Motteville- Yerville renferme 21 églises, dont une est curiale, 15 succursales. 2 chapelles vicariales, 1 chapelle communale et les deux autres simples annexes. La population de la cure est de 589 habitants, celle du doyenné de 13,536.
Pour compléter ce qui regarde l'histoire ecclésiastique de ce villa(;e, nous ne devons pas omettre de dire que dans les archives de l'abbaye de Jumièges on trouvera une liasse de paiera concernant la seigneurie de ManteviUe-iEstieval, que les religieux do ce monastère déclarent être leur propriété. Ces pièces vont depuis 1400 jusqu'il 1593, époque où le fief fut aliéné par les moines i.
Dans le cimetière est un if qui compte déjà quelques siècles d'existence, et non loin de ïii sont couchées plusieurs tombes en marbre noir, sépultures de la famille de Germiny, dont le chef actuel est Heceveur général de la Seine-Inférieure. Nous donnons ici la liste de ces bienfaiteurs des pauvres.
' Cl-gll AntuinR-ItnouI-Giibriïl Lebfci;ue. comte du Germinr, àée*d6 â Mouevillc, le 1" févri» 181», »gé de 63 rds. » — - Ci-gli Aimsble-Julie Gucroalt de Puis-Martin (6|iciu»c lie) Gabriel Lcl>t!gue, comte de Germin}, Oécidte le2SmEri 1829, i%éiiiiel9 ans. • — « Ci-gtl Marie-Louii-Ra.ml Lebègue, comte de Germio]', né le 16 aoiïl 1774, décédé i Rouen, le II! janvier 183U. o — •• Ici repose Uetirr-CItarles Lebtgue, wmle de Germlnj, pair do France, chevalier de l'onlrc de Raini-Jean de Jérusalero, olllcier ilc la Légion -d'Honneur, inalire des requêtes nu Conseil d'Ëtal, tneieo admi-
* DnmiUnei nalinnaux de /i rem icrr origine, dûlrict ilc Cnudibtc. — * Anh. départ. — A bb nie de Jnmii^es.
— *:^fi —
ir lies hospices lie Ruucn. ancien di^puti^ île l'irruDdissenical d'Yie inl. ancien préfet du ilépariement de l'Oiae, ni h Mtilteville, le 6 jafll^ 1778, mort ï Orsay (Selne-el-OIsc). le 17 mars 1813. - — • Cl-gU A ' laïile-CharloIle-FrancoUe Aiielin de Villeiguier, veuve de U»le-Lt Raoul he\ikgae, comte île Germlny, dic&lce à Paris, le 12 mira t84B, i de W ans. ->
*uiouville-l'bsnev*l.
C'est une bien modeste église ijue Notro-Dame d'Ozouviile, suniominée l'Esneval, parce qu'elle fit partie du domaluc du célèbre chdteiiu d'Esneval de Pavilly. De trÈa-bonne heure le^^d chàtelaÎDS, ses seigneurs et maîtres, l'avaieDt doonce k la lâ> proserie qu'ils avaient fondée dans la vallée de l'Austrcbertli Ce fut peut-être une donation d'Amalbert de Pavilly, ce uobl croisé dont l'iiuagc funèbre forme un des ornements de la c{ pelledc l'bdpitalqui arempIacél'ancIennemaladerie.Cequiei très-certain, c'est qu'au temps où Higaud dressait son pou3] tant de fois cité, le prieur de la léproserie de Pavilly prés tait k la cure d'Ozouviile, qui valait 40 livres de revenu, prêtre Guillaume qui avait été nommé régulièrement par l'a chevôque et le patron, avait disparu et depuis long-temps éla absent sans nouvelles, nonobstant toutes les démarches laila pour le découvrir. Rtgaud, après avoir épuisé toutes les fora lités exigées par la législation d'alors, pourvut au desservi de l'église et y nomma de son autorité un curé intérimaire.^
Le patronage resta long-temps entre les mains du prieur 6 la léproserie, autant de temps peut-être que dura la léproserie elle-mâme. Duplessis cite des actes de présentation, en 15ii3 eteo15>i!2. Uans ces tlcrnières époques le prieur était remplacé par un administrateur qui avait succédé k tous ses droits. . eu 16i8, le patronage était devenu alternatif entre l'adminîi trateur, l'arclievôque et le seigneur de Pavilly. En tTOietfl 1738 les choses s'étaient simplifiées; le vidamc et baron d'S neval était seul resté patron présentateur. Les armes de cel noble maison brillent encore sur les murailles de la paon église.
Il faut bien le dÎJ'o , elle n'est ni titulaire ni monum laie. 512 habitants sontrau(;és autour de cette humble c pelle, desservie par un prôtre que leurs souscriptions cntr tiennent. Aussi le clocher est-il en charpente, la nef en silex 4 le chœur en brique, avec quelques restes de tuf dans la corni; rhe et les contre-forts.
Cette église, h présent sous l'iiivocatioii de la Saîiitc-Viergc. triait autrefois sous le vocable île saint Martin. Rigaud l'appelle eeclenia mncti Martini de OsovUti, puur la disliuguer de celle de mncti Martini ad Arbores, sa trës-pruclie voisine. Le chartrier du château de Pavilly possède un dernier monument du passé féodal d'Auzouvilte. C'est uq terrier dont voici le titre : « Papier-terrier de la paroisse de Notre-Dame d'Auzouville-I'Esneval , membre dépendant de la barouie et vidamie d'Ësneval, appartenant à haut et pubsant seigneur Esprit-Robert-Marie Leroux, chevalier, baron d'Ësneval, vidaine de Normandie, etc., 177-5. »
Auzouville comptait 98 paroissiens en i â50 et 6S feux en 1 738.
Dans la grande plaine qui se termine au vallon d'Ësneval et au bassin de l'Austreberthe, on voit, au bord de la tranchée du chemin de fer, un verdoyant massif que domine îi peine une humble llèche d'ardoise, c'est l'église de Notre-Dame de Tlamaiiville, peu monumentale par sa construction et déshonorée par plusieurs mauvaises statues qui sont censées la décorer. Heureusement que ces images sont habillées, et jamais t«i~ lette ne fut plus opportunément placée.
Nous voudrions pouvoir couvrir du voile du silence un Christ dont on a fait une sainte Wilgeforte, d laquelle bien des pauvres gens ont dévotion. Toute l'année il y a du monde, mais surtout le premier lundi de mai, jour où l'on célèbre la fête. L'image est entourée de chapelets, de rubans et de cierges.
Puisque nous avons dit le mal ajoutons le bien. Le maîtreautel, en chêne, est de bon goût pour le temps où il a été fait ; la contre-table, qui le surmonte, est comme lui du xviii" siècle. Le tabernacle et la niche peuvent marcher de pair. Le mieux encore, c'est un beau tableau de la Nativité de la Sainte- Vierge, que le peintre n'a pas complètement fini, mais qui est d'un dessin correct, d'une couleur briquctée ft la llubens, el dont les tigures sont heureuses.
Le siècle dernier a vu se renouveler l'église. Le chœur doit dtierde 17S2, époque de la sacristie. La nef a été faite au ^n* et au XIX* siècle. La brique, le silex et l'ardoise résument t ce munumenl.
Près de l'église, tant négligée par ses enfants, tout amateur remarquera à coup sûr une charmante muraille de maison du XVI® siècle. C'est une marqueterie délicieuse de carrés rouges, blancs et noirs, dans la composition de laquelle entrent le caillou noir, la pierre blanche et la brique cuite, de différentes nuances.
Toutefois cette chétive église de Flamanville a été une arène de querelles patronales. C'est un vrai chaos que de débrouiller dans Duplessis, dans ïligaud , dans les pouillés et dans les chartes, l'historique de ces révolutions bénéficiales, aujourd'hui sans importance. Et d'abord, en 1059, Raoul de Varenne et Emma, son épouse, châtelains, maîtres et patrons de Flamanville, cèdent à l'abbaye de Sainte-Catherine de Rouen, nouvellement fondée, quatre églises, parmi lesquelles figure celle de Flamanville ^ Chacune d'elles possédait six acres de terre contiguës au cimetière. Le contrat de donation ou de vente fut fait en présence de Guillaume, consul des Normands.
Vers 1250, lorsque Eudes Rigaud rédigeait son pouillé, Flamanville, qui avait 25 paroissiens, était déjà partagé entre Tabbé de Sainte-Catherine et les héritiers de Robert Dubosc. Plus tard le roi lui-môme exerce le droit de patronage 2. Au x\i® siècle cela devient une vraie tour de Babel. C'est Jumièges, c'est Saint- Wandrille qui se présentent d'une part, et de l'autre le baron d'Esneval et le sieur du Bois-Guilbert. Puis les seigneurs eux-mêmes se disputent entre eux. Les fie& de Saint-Ouen, du Gai et de Cany-Caniel entrent en lice 5. Cela se termina par une décision en faveur du seigneur de la terre de Flamanville, car c'est à lui que les deux derniers pouillés adjugent ce droit que la nuit du 4 août 1789 détruisit pour toujours.
La paroisse de Flamanville, du doyenné de Canville, comptait 55 feux en 1738 et 118 en 1820. Aujourd'hui c'est une chapelle vicariale de 600 habitants.
CIBETIIiliE.
C'est un lieu sauvage, isolé, désert et presque inabordable que Cideville, malgré le chemin de fer qui le traverse et le
' Carlulaire de Tabbayc de la Saintc-Triiiitc du Mont-Iès-Rouen, par M. Deville, n° 436-37. — Dans la Collection des DocumerUs inédits sur l'Uistoircde France, in i", 1811. — ^ Pouillé d*Eudes Rigaud, manuscrit des archives de Rouen. — * Duplessis, t. i»"", p. 46IJ.
VsUoD d'Esneval au bord duquel il est situé. J'ai été finftp^ fie l' aspect agreste que présente ce pays, de la pauvreté des chaurait-res et de l'air étranger qu'où y respire : on s'y croirait î» cent lieues de la civilisation . L'église est située dans un cimetière entouré de murs. Elle est simple et chétive, à l'exception du clocher dont la llèche d'ardoise est élancée avec grâce et iégëteté. Mais la base en brique, surmontée d'une carrure en charpente, revêtue d'ardoise, est un argument de plus de la pau^Teté de ce village. Cette tour de bois a été exécutée, eu fSSO, sur un plan donné par M. Barthélémy, de Rouen. Ceci prouve que l'habile architecte de notre catliédrule sait quel- '(uefois descendre jusqu'aux plus humbles chapelles.
La nef, qui suit, a été reloucliée il diverses reprises, entre iiut«-ci8 par M. Fatoppe, curé, en 1763 : priinitivement elle était romane, je n'eu veux d'autre preuve qu'une portion de raul'dlle au nord, et au sud une fendtre cintrée trës-étroite. Quant au choeur, il a dû être refait ainsi que la sacristie, en 1650, il ya juste deux cents ans. La seule remarque que nous nous permettrons sur son compte sera à l'intérieur, et s! ses lambris attirent notre attention, ce sera moins par eux-mêmes que pai" l'étonnant artiste auquel ils sont attribués. Une viedie traïUtion, conservée dans la paroisse depuis laiitAt ua siècle, attribue te dessin de ce lambris k M, de Voltaire, l'ami de M. de Cidevdle, qui venait souvent passer plusieurs jours dans !• maison de campagne de cet homme de bien. C'est peut-être 1* première fois que l'on rencontre Voltaire travaillant pour une église.
T*uîsque Voltaire aimait et fréquentait cette église, U a dd y ixlniircr une charmante image du xvi° siècle, représentant sAÎiittï Catherine, et qui est k présent reléguée au bas de la nef- Elle mériterait bien les honneurs d'un autel. C'est une statue de pierre, découpée avec talent, drapée avec grftce et posée avec un esprit infini . La jeune Vierge d'Alexanih-ie est ti&billée, non à la grecque, mais à la française, du temps de Marie Sluarl. Sa robe serrant sa taille et boutonnant coquettement sur sa poitrine, est ornée de manchettes en den- Mles, comme une damoiselle du grand monde. Sa figure est plein» (le modestie et de dignité tout h la fois, ses cheveux «•m simplement rejotés en arrière, et sa télc est couverte d'une "■«iironne de marquise ou de duchesse. De la main gauche
die tient un livre ouvert, et de la droite un glaive renversé la pointe en bas. On dirait que cette innocente victime joue avec l'instrument de son supplice. Sous ses pieds elle foule la roue symbolique et la tête de Maximin, son persécuteur. L'artiste a été si habile, qu'il a su donner de l'expression à cette tète philosophique, et le genre d'esprit qui convient à un séducteur dépisté. Maximin, en effet, a une barbe épaisse comme nos lions d'aujourd'hui, il porte au coula fraise des Valois et au-dessous un collier,' symbole des passions qui l'enchaînent. Un chapeau de ligueur, posé sur sa tête avec beaucoup de prétention, est ombragé par un panache blanc à la Henri IV. Mais la plus grande signification est dans la bouche de cet homme ambitieux, qui enrage de se voir humilié depuis des siècles sous les pieds d'une jeune fille.
Pour faire pendant à cette charmante Sainte-Catherine, on avait un joli Saint-Fiacre, qui est maintenant descendu à terre.
Tous ces saints, toutefois, ne marchent pas en première ligne à Cideville. Les célestes patrons sont saint Etienne et saint Éloi. Il y a long-temps que le premier des martyrs règne k Cideville, car Eudes Rigaud dans son antique pouillé appelle cette église Saint-Etienne de Sindoville, ecclesia sancti Stephani de Sindovilla. Elle avait alors 50 paroissiens communiants et valait 50 livres de revenu. L'abbé de Saint- Wandrille présentait à la cure et même percevait une partie des dîmes, car dans les registres des biens nationaux du district de Caudebec, nous lisons que le 3 juin 1791, on vendit à Cideville la grange dîmeresse de Saint- Wandrille.
Duplessis nous apprend dans sa Description de la Haute- Normandie, qui n'est autre qu'une esquisse abrégée des églises du diocèse de Rouen, que ce fut Hugues de Sideville qui, vers 1180, du consentement de Gautier, son fils, donna cette église au monastère de Fontenelle. Hugues , alors avancé en âge, quittait le monde pour servir Dieu dans la ferveur du cloître, sous la conduite de saint Gaultier, l'un des plus dignes successeurs des Lambert, des Wulfran et des Ansbert.
Le grand seigneur ne donna pas seulement l'église, mais encore une seigneurie temporelle, car les archives du monastère de Fontenelle, déposées à la préfecture de Rouen, renferment deux liasses de papiers concernant la seigneurie de Cideville, dépendant de la baronie de Sierville. Sierville, il faut
— i41 — tait le |)Uis beau lleuioii de la <^miriniin; féodalêfl Fontenelle.
L'orthographe de Cùieville a souvent rarié. I^ Carte du dio- *îÈae, la Description de Duplessis et le poiiilté de l'ahbé Saas écri- "«^ent constamment Sideûille, comme Sidetot qui est voisin et ^ui signifie la même chose. Le nom actuel paraît désormais tixé par les deux autorités civiles et spirituelles qui nous r'^îssenl.
Od trouvera de précieux éléments, pour une histoire détaillée de Cideville, dans un ancien et très-curieux registre de ^brique déposé aux archives du département, et intitulé ; « -fieffittre du grand trésor de l'églize paroyssiaie de SydimUlf, fi?v».^een l'honneur de Dieu et de M. saint Etienne et saint Eloy. » Ce précieux répertoire renferme 123 ans: il va de 1599îi 1724. ^4ous eussions voulu passer sous le silence un fait qui a beauc» vjp occupé la presse et l'opinion publique de notre pays dans le <3ours de l'année 1831 ; nous voulons parler de l'obsession (Ilm. presbytère de Cideville. Mais le livre que vient de publier, s\M z~ cette matière, M. le marquis de Mirville, ne nous permet pl«-a.s cette complète abstention. Nous nous dispenserons tuuleJE«ois de juger, et nous nous bornerons au rûle d'indicateur, cf>s-ilentde renseigner ceux qui voudront aller plus loin.
Ad. de Mirville, qui a beaucoup étudié les questions démofloi ogiques, vient de faire paraître une brochure de 1 37 pages, iat.itulée : Le Presbytère de Cidecilk i, dans laquelle il discute trfes^rieusement et très-longuement le fait de l'obsession de c« presbytère. A l'examen approfondi de la matière, l'auteur joint de nombreuses pièces justificatives. Ce sont surtout les enquête, contre-enquête et procès auxquels cette affaire donna lieu devant la justice de paix d'ïerville. Ce travail de W • «ie Mirville n'est que le fragment détaché d'un ouvrage inédit intitula : Des Esprits et de leurs manifestations puidiques. ~~- Mémoire adressé à MM. les membres de l'Académie des Scieit- <** "morales et politiques, stir certains faits merveilleujii forté- ^'*^n.t acceptés et discutés par l'élite de la science : nous y ren- ****yons nos lecteurs.