‹ Les églises de l'arrondissement d'YvetotChapitre 19 sur 36 · III. — LE MONASTÈRE · texte numérisé non relu

III. — LE MONASTÈRE

Le grand monastère de Saint-Wandrille subsiste encore à pea près dans toute son intégrité. Si les exilés de 1791 revenaient sur cette terre des saints, ils retrouveraient leur demeure vide comme un tombeaa, mais entière comme au jour de leur sortie de cette maison de Dieu. Hélas! il n'en serait pas de même de leurs voisins et amis, les moines du Bec, de Jamièges, de Fécamp, de Saint-Georges et de Saint-Oucn de Rouen. Ceux-ci ne reconnaîtraient plus leurs demeures, tronquées, abattues, mutilées ou anéanties. Malheureusement la maison du bienheureux Wandrille, rebâtie par saint Gérard et saint Gradulfe, illustrée par plus de quarante saints, évêques, moines ou abbés *, a été presque entièrement renouvelée soss le règne très-chrétien du roi Louis XIV. Excepté le réfectoire et le doltre, la réforme de saint Maur n'avait rien conservé de Thabitation primitive,

' Les saints les plus célèbres qui ont habité Fontenelle ou qui y sont morts, sont : Saint Wandrille, mort le 22 juillet 665, et honoré le 23 dans l'église de Rouen; saint Godon, son neveu, mort en 690 j saint Désiré, son disciple, fêté le 18 décembre; saint Agathon, autre disciple du saint fondateur; saint Genesion ou Genetz, compagnon de saint Wandrille, mort évêque de Lyon, en 678 ; saint Ercmbert, évêque de Toulouse, mort à Fontenelle, en 675, et saint Gamard, son parent ; saint Hartbain, moine de Fontenelle, mort en 677, Gis du vénérable Erembcrt ; saint Sindard, moine et diacre du saint fondateur ; saint Condé ou Condède, prêtre et anachorète, fondateur des églises de Belcinac, vers 675 ; saint Milon, anachorète à Caadebecquet, fêté le 18 août avec saint Rotmond, son père ; saint Wulfran, apôtre des Prisons et évêque de Sens, mort à Fontenelle, le 20 mars 709 ; saint Ravenger ou Raverin, moine de Fontenelle et évêque de Seez, mort le 18 octobre 682, fêté le 3 février ; saint Hermelande ou Herbland, moioe de Fontenelle et abbé sur la Loire, mort le 25 mars 710, fêté le 26 ; saint Gennard, moine de Fontenelle et abbé de Saint-Germer de Fly, (été le 6 avril, mort au vu* siècle ; saint Bagge ou Bagga, prêtre saxon et moine de Fontenelle, au vu* siècle ; saint Lambert ou Lantberg, 2* abbé et évêque de Lyon, mort le 14 avril 689 ; saint Ansbert, 3« abbé et évêque de Rouen, mort le 9 février 695 ; saint Hildebert on Héribert I«r, 4« abbé, mort le 18 lévrier 700 ; saint Bain ou Bagne, 5« abbé et évêque de Théronenne, mort le 5 juin 710; saint Bénigne, 6> abbé, mort le 20 on 22 mars 724; saint Hugues, 7* abbé de Fontenelle et de Jumièges, et évêque de Rouen, mort le 8 avril 730 ; saint Landon, 8* abbé, ancien moine de Saint-Saéns et présumé évêque de Reims, mort en janvier 734 ; saint Erinhard, prévôt du ■Mnastère, de 734 à 737; saint Wandon, 12« abbé, mort en 756 ; saint

qui, du realc, lombnil en ruine. Celle viRoureiisp recrue île l'unlrc ili- Saiitl-Bcnoll, entrée à Fonienelle rn 1636, avait i-oura seulement entrepris, •vcc la reconfiruciion de l'éRliiP, le renouvellemonl romplei des biiimentn BDiia>ii(|tie«. Elle t travailla tani rcllche pendani prèi de quaraiiic ans, de 1694 ï 1603. Elle commença le« ccmsUnclioni par le Mllmonl de> bAiei et celui des inlirmei. Celle erietion dr doro Hamclln ci>mpiait SOI pieds de long sur 34 de taràe. En 1670 le prieur des Rous^eauli i^Icva la bililiolbÈnuB [|Ue dam Hunault peupla de livres et de manoscriu i mais CB dernier renvorsa brulolenienl le vicui dortoir et l'ancienne lalle rapitulaire, cher-d'ceuvre de l'art catholique, tout peuplé de tombeaux et de aonvenin. Cet acte barlinrc, universellement blâmé par les religieui et les •mil de rantiqullé cccl£siasii(|ue. Fut vertement réprimande par le cbapilrc général de l'Ordre qui, dans bb session de 1678, révoqua le prieur et détendjl i l'avenir de détruire les lorabeaui et tes autre) monuments sans la perintislon dn général. Le 2t nvril 1672 on posa la première pierre du nouveau dortoir et du nouveau cliapiira à l'angle de la sacristie. La salle upilulaire fut achevée en 107S, mais le dortoir mit dit ans À Rnit, H ne hl (erminé que par dom Marc Rlvard.

Il raul savoir qu'apris la révocation canonique de dom llunaull, le chapitre général de l'Ordre envoya à Sainl-Wandrille dom Marc Rlvard, • comme un lupfrlcur habile dans l'archUeclure, entendu dans la conduite itea bitloienis, et capable de remédier à quanlilé de Taules dans lesquelles on était tombé pour avoir pris conliance en des Taiseurs de devis qui ne lavaient que mal dessigner '. «

Dom Rivard se montra di^ne de la confiance de l'ordre. Il tut vraimenl l« rfilauraieur de Fonienelle. Il travailla activement k achever l'édilice •lant il resiali encore la moitié h faire. Il fonda 286 pieds de blilmenl sur 44 de large, dont on fli les pavillons, le salon, le trésor, le cbarlrier, la bibliothèque, et une grande salle de 120 pieds de long, Ce promenoir ou

Ml 1 saiol Gervold r.

d'Ëvreni, mon le 14 jui SHi saint tlildebert 01 Wl Éginbard, 18- abb giie, ig< abbé, mon ai Je tO octobre SiS ; lai

saint Cerbaud, m* abbé de Fonieoellc et évêque n 800 ; saint Tr.isare, 16* abbé, mon le 19 féTiier a Béribéri II', 17* abbé, mort en 817 ; saint Einard , Télé le 18 mai, mort le 2S juillet 814 ; saint Ausémois de juillet 833 i saini Foulques, 21' abbé, mor[ ilÉtiniherl ou Ilériben, 22' abbé, morlle 11 septembre 830; saint Gérard, 30" abbé, mort le 28 noveiubre lO'il j sain, Gradolfe, 31* abbé, mari le 6 mars 1048 ; saint Gilbert ou Glrberl, 33< 'bbé, mon le 12 septembre 1089 ; saini Goniard, tnolnc de Fonienelle ei 30« abbéde Jumièges, morl le 21 novembre 109S, Tété le 26; Ie dernier de >oas M saint Gauthier, 37* abbé de Fonienelle, mort le 13 août ItSO; en. "H le 8 novembre l'abbaye célébrait In commémoration de loua les aainU i*iOines et abbés qui n'étaient connus que de Dieu. ^^ Biu. de labb. de SaiM-lVafutrHleu^

préau esl soutenu au centre par un rang de colonnes doriques qui sappor* teni des voûtes sans arceaui. C'est une double galerie éclairée par daox rangs de larges fenêtres. « Ces croisées, au nombre de dii de eftaqae côté, regardent les unes TOrient, les autres TOccident. Les Titrages qui tarent posés en 1688 sont ornés de bordures où l'on voit représentés toutes sorte» d'oiseaux, de poissons, de quadrupèdes, de vases chargés de fruits et de fleurs, de vignettes et feuillages qur font un effet si merveilleui que Ton ne sait ce que Ton doit le plus admirer de l'art ou du bon goût de PouTrier *. » Enfin, on termina cette œuvre cyclopéenne par la confeetiou de deui étages de 40 chambres chacun, préparées dans la prévision du jour beureu où Fontenelle pourrait recevoir dans son sein la diète générale de POrdre de Saint-Benoil.

Tous ces grands travaux, auxquels il faut Joindre ceux de l'église, tarent conduits par un architecte nommé Emmanuel Boynet, natif de Londuu, et qui devait habiter Rouen en 1654 lorsqu'il fut choisi pour être le réparateur de Fontenelle. Les grandes entreprises commencées par les Bénédictins rengagèrent à se fixer dans un village voisin de l'abbaye. Cet artiste était protestant et élevait sa fumille dans la religion réformée, lorsque toaché par la grâce et gagné par les vertus des bons religieux, qu'il coudoyait tous les jours, il fit abjuration ainsi que ses deux filles, devant le grand autel de Saint-Wandrille, le 5 m^ 16tf7. Le sous-prieur dom Constantin Manger reçut cette abjuration, préparée par ses soins, en présence d'une Coule immense, accourue pour voir cette touchante cérémonie.

Le père du jeune maître, nommé comme lui Emmanuel Boynet, qui habitait Rouen depuis plusieurs années, fit aussi, en 1660, avant de mourir, son abjuration entre les mains du prieur de Saint-Wandrille. Les Tertut du fils avaient gagné l'hérétique octogénaire,qui est appelé par les historiens du monastère : « Maître architecte et sculpteur de profession '. » « Il est probable, dit avec raison Hyacinthe Langlois, qu'une partie des maisons les plus remarquables de Rouen et de ses environs, datant de la dernière moitié du xvn" siècle, furent construites et décorées par ces deux architectes ^. »

Tous ces magnifiques bAtiments, l'œuvre de la vertu, du courage, de la science, de la piété et des arts d'un grand siècle et d'un grand ordre religieux ; ces cellules et ces cloîtres habités tour-à-tour par des érudits et par des saints ; ce chartrier, cette bibliothèque, ce chapitre, ce trésor, cette sacristie, illustres dépûts des titres, des manuscrits, des livres, des médailles, des estampes, des ornements et des reliques de tous les âges et de toutes les provinces, furent un jour confisqués, vendus et dispersés par la Révolution française. Pour l'instruction de nos contemporains et pour l'é<tonnement de la postérité, nous allons montrer avec quelle indifférence

* HUl. de Vahh. de Sainl'WandriUe, p. 160. — Mss. de Rouen. — Ton» cas ornements avaient beaucoup souffert en 1825, par l'installation de râtelier de filature de M. Lenoir fils. Essai, p. 117. — ' HUl. de l'Abb.^ p. 117. — ^ Essai hisl el deserip., p. 114.

— 39fl —

pbilau>|ihiquc, rik i|ui>I froid (irajalgme fui coiiMiiiioe e( rrdiKiï uu am qui nous accable de douleur el donl le muvoiitr pèse lur notre dme comme DD re morde. Voici I» proprrs lermes de cet imporlaiiinriiclo denus tcnies réfolnlionnaires :

■ L'église de l'abbaye, quatre jiratids corps de Ulitnenl, dont Irois sont i> I» logemenu aiii religieui, et le quniritmc au fond de la lus^e-cour, n falsBal race A ta porle d'eolri^e, k usage de pressoir, jcurie, remise, bou-

• Uflgerie avec cbambres el grenier», deui pivilluns cgrr£s des deut cAIe»

■ de la grande porte, le tout composant 908 piedi de bélimenl, ludèpen-

• damment de IVgliae, le tout dot de murs dont les plus bas tunt de

■ dii piedt de hauteur ; ledit enclos contienl 19 acres, pins la chapelle de

■ Salal-Salornin.

■ ?(e sont pas compris dam l'adjudication : 1° Dans l'église une conlrc-

■ table arec son autel et lou gradin, les sialtes et un grand Christ qui «si

• dans l'église, ainsi que des reliquaires, tant sur l'autel du cbicur que

• dcisous, conleuani des os de dilTérenii saiuUi

■ 2* Les cloches qui sont dans h clocher, ainsi que dans la chapelle de

■ Saial-ijatumin ;

• 3° Une grande contre- lu lile et un grand banc qui sont dans la chapelle i> de la Vierge;

■ 4° Les autels des petites cbapelles et ce qui en dépend ; <s qui forment lambris dans la sacrislle et toutes celles

it les urncmcnts, lesquels sont tgaiement réservés, eu quel t que endroit qu'ils soient ;

■ 6° Les lablcBUT qui sont ou peuvent être dans le réfectoire ou autm ■> appartements;

■ lf° La biblioth^ue garnie de ses armoires, labli-itei et livres ,

■ tt> Le charirier garni de ses armoires;

• 10' Les balustrades de Ter qui peuvent encore être dans l'cglise ainsi • que Ici portes et grilles '. "

Toal cela tendu par le district de Cnudebec, le 17 juin 1792, fut acheté ti,000 tt^ par une compagnie composée de UM. Crprien Leiioir, ntgoclani ATralOlj Jacques Leni al tre et Jacques-Thomas Pouchaln.d'Tvclot; l'ierre ngacbei, de Cruchei; Ilernard Petlier-Leblond , de Bolbcc: el Jean UoMt.de Rouen '.

Alnti linii tine grande puissance du passé j ainsi vinrent échouer sur le NBlI <tu monde moderne des institutions qui prenaient leur racine t rartgJDe du monde féodal, et qui ne demandaient qti'i être renouvelées pour fifre long-temps encore. La patrimoine des saints, donné par les rais^ agrandi par les princes et les seigneun, enrichi par le traiail de (tnéraiions monastiques, lomha entre les mains de quelques hommes

' Dimaina ualion- de prrm. iirigini. — District de Caudebec. — Arch. Hpirt. — * Il parait que plus tard M. Cjprien l^noir devint seul pruprie- 4lind« l'abbaye, car c'est ainsi que le désigne M. Langlois en 1H2S.

— wo —

oliM'urE pl^aiis num, sans pané uonime sans avenir. La propriMe qa lit achtièreni ainsi avec quelque» vulgaires ik'unuroie!, possMe el pouMrn loujiiun une renaraniée europtenno et immonelle j cui il» «ont Bt » toujours prorundément inconnus. Uitormais ces murs, illuilré* par U MlniBlÉ et de gloire liitéraire, n'ombrageront pins que des rronlt o,

t IV.

Page 1