CANTON DE V\I,MONT
VALnewT.
9 lui chemins conduiâenl de FécampkViil- Ij mont : la plaine cl la ^'allée. Si vous pre ^ nez la plaine, vous passez lout près du ? château de Fiquainville, pavillon élégant, S qui fit autrefois partie de l'immense dojP maine du prince de Monaco ; mais qui est I plus intéressant aujourd'hui par le séjour Ri qu'y lit l'illustre Cuvier. A l'âge de S4 I ans, ce grand homme y ^int comme pré- . cepteur des enfants de la maison d'Héricy. Quoique jeune, il connaissait déjh toute la nature, m'a dit un vieillard qui s'honorait d'avoir été l'un de ses disciples. Cependant on pourrait bien dire que sa pensée sommeillait alors, si l'on fait attention Jt son immense réputation actuelle. Saluons ce château qui nous rappelle un si beau souvenir, et jouissons un instant du point de vue qu'il nous offre.
Ce point de vue est admirable sous tous les rapports, mais l'idée que Cuvier en a joui autrefois nous le rend plus précieux encore. Peut-être ce grand homme y a-l-il trouvé une pensée immortelle! Peut-être une étincelle brillante y alluma-t-eile le feu de son génie! Peut-être un trait de lumière est-il venu le frapper en ce lieu ! I Mais si nous prenons le chemin de la vallée, d'autres émotions nous attendent. Alors nous suivons le cours de la rivière de Fécamp, le vieux ilec aux Cauchois, qui remonte devant nous couronnée de glaieids et de marjolaine. D'une main, elle s'appuie sur une roue, emblème des usines «[u'elle vi\Tlie et des
moulins qu'elk' anime. De l'autre, elle verse une unie iatarî^ifl subie, au l'ond (te laiiuuile sont des veines de fer et de sel : elle4 épanche languissamment ses ondes dans des rigoles tapissées de cresson et de mousse, ombragées par des seules et des peupliers. Les bords sont un peu rougis par la décomposition des matières frrrugineuses. De l'urne tombent, comme en se jouant, la curpe, l'anguille, le saumon, la truite; k ses pied^ sont des navires, des ancres, un phare, des grues, des tentes. Elle est revêtue d'une longue robe de coton d'une blancheur éclatante : une large ceinture de lin pend ii ses càtés ; autour d'elle sont des troupeaux, des parcSi des bergeries, des vases pleins d'huile et de froment broyé sous la pierre, la grotte des ermites, la croix de bois au pied de laquelle s'agenouillèrent , des solitaires vêtus de la robe orientale et portant le rosaire k ' la main i. »
Mais nous voici arrivés il Valmont où trois choses nous a|>pellent, une église, une abbaye, un château. Commeneons par l'église paroissiale, elle est la plus humble des trois, mais nous | aimons les peUts : elle est aussi la plus \ivace, car elle a iH ] naître te château et l'abbaye, et elle les verra mourir.
- U PABOIBSE.
L'église paroissiale, dédiée à saint Nicolas et k saint Martin, I après l'avoir été k la Sainte-Trinité et k tous les Saints, est ua' monument plus que modeste. Elle est même indigne de l'iinportauce du bourg, qui regrette aujourd'hui de n'avoir pas,'] comme Bocherville et Saint-Klquier, conservé son abbaye poui eu faire la ]iaruisse. Aussi cette église et les ruines de Tabbayo ■ d (ivent peser comme un 4-emoriis sur la conscience des habitants de Valmont. Comment ont-ils pu abandonner un chefd'œuvre de la Renaissance pour une misérable construction en brique et en siles T Car ici la nef est du xviii'^ siècle, et le ^ chœur porte le chiffre de 1583. On n'a sauvé du monastère 1 que l'autel du chœur. Peut-être en a-t-on tu-é aussi quelquet J tableaux, comme l'Annonciation, l'Adoration des Mages, leLa-J Kement de« piedg, la Cène, les Disciples d'Emmaus, un Saint- 1 Sébaxlien et une Hainte-Famille .
Le morceau te plus intéressant que possède cette église, est I le baptistère en pierre, du tu' ou du iiii" siècle, dont nous |
' Jtiurnal de laTmuUmmtM du Hatre du 30 déceoittre 1840.
donnons ici le dessin. Son type est celui de nos vieux buplts- 1ères normands qui disparaissent tous les jours au grand regrrt lie l'anliquaire, du lîturgiste et de l'historien '.
Cette église avait aulrefuis des verrières dont il ne reste plus qu'un fragment représentant saint Antoine; dans une chapelle m raidi du chœur. On Ht au bas : « Ceste présente vistreaesté donnée par inaislre Anthoine Burel, preblre, curé de l'église de tian». Priez IHea pour lui. »
Cette église, placée entre un ch&leau et un monastère, resta toujours i lu présentation du seigneur, qui y apposa sa litre et
Lvant la Révolution, Valmout possédait une confrérie du Saint-Sacrement, dite de Ut Procession générale, qui était célé-
II moHvmrnlat. i. ivm, année 18S3,
bre dans loul le pays de Cikux. C'éLuit une associutiuii de pH très, tous pris dutis le duyennfi de Vulmont, depuis la valU de Fécamp jusqu'il la riviëre de Uéricourt. On n'y admel lait que 15 laïques, nobles et de sainte vie. Les dignita élus par la compagnie étaient un prévost et deux échevim La société , fondée en l'honneur et gloire de la Sainte-Ti nité, de la Vierge Marie et de tous les Saints, et pour le i pos dos &mes du Purgatoire, portait le uom du Irissaori t Irhsaint Sacrement de l'Autel, corps el iang de Notre Sei, JésiM-Cfirisl. Aussi elle avait deui buts principaux, l'inliuni tioD de ses confrères et la procession du Saint-Sacrement quel faisait dans le Grand et le Petit-Caux.
Née aux jours les plus malheureux de notre histoire, la s ciété de la procession générale avait été fondée dans le doyennl de Valmont, le 18 mai 1423, par Jehan Legras, Gautier Bayad de Criquetot-le-Mauconduit ; Pierre Regnauld, de Vinnemerville ; Robert Barillet, de Troudeville, et Jehan Grisel, deSaint- Ouen-soos-Brachy, tous prêtres et curés du diocèse. Approuvée par les archevêques et confirmée par les papes, elle coin ~ tait, sur ses registres, une glorieuse série de sull'rages et d signatures. C'étaient ceux du cardinal d'Estoutteville, du 8 jai vier 1 471 ; de Robert de Croixmare, du 23 mai 1 493, cardinal Georges II d'Amboise, du 14 juillet 1529.
L'exemplaire des statuts qui a passé sous nos yeux, un charmant volume manuscrit du xvi' siècle, contenant 30 feuillets en vélin, parfaitement écrits et proprement reliés. Ce petit in-4'', déposé à la bibliothèque de Rouen, conserve dans ses dernières pages les signatures et approbations du cardinal de Joyeuse, de Frauçois de Hariay, en 1652 et en 1661, de Roussel de Médavy, en 1672 et en 1675, et enfin de Lavei^ne deTressan, en1732. ^
Cette pieuse association de prières s'est maintenue duis fin ferveur jusqu'à la fin. Son souvenir est encore vivace dans tel cœur de tous les Cauchois. Le cardinal d'Amboise s'était plH' ' jadis à lui rendre hommage. Elle avait paru si édifiante ît l'abbé Terrisse, qu'en 1761, il en établit une semblable dans son abbaye de Saint-Victor en Caux. Dans le préambule qui précède— les statuts, il ne dissimule pas la source où il a puisé cette inJ titution destinée îi rattacher au sacrement de nos autels le pr0 tre, le gentilhomme et le laboureur.
Un uiicieii registre, conservé dans les archives de l'église de llautot-le-Valuis, renl'erme une liste exacte de toutes les églises où lu procession générale a (ait ses stations et dit ses trois messes, depuis 1423 jusqu'en 1750. On est frappé de la distance énomie qu'avait parfois It parcourir cette armée de pèlerins. Les chroniques dieppoises ont gardé le souvenir de deux visites feites à cette ville, en <661 et en 4 731. Nous laissons par ItT nos bons clirouiqucuvs :
€ Le 8 juin 1660, une nombreuse procession de 7 ii 800 prestres du Pais de Caus et des quantités de laïques, vint de la campagne à Dieppe. Cette procession, érigée en l'honneur du Très-Sain t-Sacrement del'Autel qui est porté sous un dais en grande céi'émonie, a été fondée II Valmont, près Pécamp. Celle de cejour-lfi célébra sa première messe à Ouvilte-la- Riviëre, avant le lever du soleil, la seconde b Hotot, entre 7 et 8 heures, la troisième <Ians l'église Saint-Jacques de Dieppe.
> As étoient honorablement reçus par toutes les paroisses où iU passoient : les deux clergez de la ville allèrent les recetoir au fauxbourg de la Barre, ofi les associez de cette confraifie avoient élevé un spacieux autel bien orné pour y faire poser le Saint-Sac rem ont, où l'on chanta plusieurs bymnes et prières h la gloire de Dieu.
> Dans le temps que le Saint-Sacrement passa devant la maison du nommé Jouas, fossoveur des religionnaircs, une pierre en fut jettée par la compagnie ; sa femme en fut accusée et reprise par la justice qui la condamna k une amende ; puis trois ans après elle fut trouvée receler dans sa maison des voleurs qui avoient apporté plusieurs bardes prises k diverses particuliers. Le mary et la femme ayant été convaincus, l'un fui condamné aux gallères et l'autre k être fustigié trois fois en des jours de marché. Ce qu'on regarda comme une punition de Dieu pour son premier attentat >.
» L'an 1731, le mardi 6 juin, la procession générale du Stùnt-Sacrement du pals de Caux. doyenné de Valmont, vint k Dieppv, comme elle y éfoit venue en 1660. Il y avoit environ ino prestres sans ceux du lieu. La premiiïre messe fut dite h Neufville, la seconde !t la succursale des Grèves, et la troisième à SaintrJanqiies î. »
Pour l'histoire de l'église de Valmont pendant la Hévolulioip,
— Iti —
MOUS extrairons la note suivante il un piocès-verbaJ dressé le H mai 1800, et adressé h l'évéque constitution nel Leblauc de Beaulieu. On y verra un échantillon du style de cette déplorable période ecclésiastique.
« La paroisse, dont le nombre des habitants se monte h G ou 700 âmes, a une église beaucoup endommagée par les malheurs du temps. Pourvue de peu de linge et d'ornements asseï mauvais, elle est desservie par le Utoyen Jean-Pierre Sla, eireligieux Bénédictin, âgé de 46 ans, qui n'a exercé de fonctions ecclésiastiques séculièrement que depuis le mois de jaii>'Ler 1793, époque de la mort de l'ancien titulaire. 11 a obtenu des pouvoirs ad hoc du révérendissime Gratien par l'entremise du citoyen Letellier, archi-prétre, curé de Fécamp.
• Les habitants sont comme partout ailleui-s partagés en fait d'opinions religieuses. Il y a beaucoup de monde aus offi ces divins ; les dimanches et fêtes l'instruction clirélienne e&l donnée par le prêtre desservant ladite paroisse, de manière qu'on y approche encore des Sacrements aux fêtes de Pâques Le revenu du prôtre depuis trois ans no consiste que sur iiîe', la générosité des lidèles, qui n'est pas très-grande. 11 y a 2â ans que l'on a administré le Sacrement de Conlirmatiun. »
La paroisse de Valmont comptait, en 1260, 70 paroissiens soumis à la juridiction du prêtre Barthélémy, présenté par chevalier Jean d'Estouteville, et nommé par rarc.he%êque Thibaud d'Amiens. En 1738 il y avait 56 feux. La réunion des cienaes paroisses de Roumesiul, du Bec-aux-Caucbois et Saint-Ouen-au-Bosc, a augmenté la population, si bien qu' jourd'hui la cure de Valmont, qui est de seconde classe, coi i,iM habitants.
Le doyenné de Valmont, l'un des trois de l'archidiaconé Grand-CauK, remonte it l'origine de cette division ecclésiastU que. Il s'étendait alors depuis la Durdcut jusqu'aux gorges d'Étretat. Aussi d renfermait dans son territoire 75 paroisses, l'abbaye et l'exemption de Fécamp. En 1648 il comptait encore une abbaye, 78 paroisses et 1 1 chapelles. Reconnu trop grand en 1696, il fut démembré par Nicolas Colbert. qui en fit sortir le doyenné des Loges. Les poudlés de 1-704 et de 1738, ne lui donnent plus que 42 paroisses et 1 chapelles. Supprimé à la Révolution, ce doyenné fut réorganisé comme les autres, en (837, et alors il eut pour circonscription les limites mêmes <^
iThi- )
cuDton. Le nombre de ses églises est de 25, dont une est curiale, 17 succursales, 1 chapelle communale et 6 uniiexcs. La population totale du doyenné est de 18,080 hiibitants.
Saist-Ouks-au-Bosc. — La vallée de Valmont, autrefois si pieuse et si chrétienne, avait vu s'élever dans son sein deux abbayes, quinze églises paroissiales, de nombreux couvents et chapelles. A présent tout cela n'est plus qu'une longue ruine. Les abbayes sont vides ou démolies, les chapelles ont disparu, et sur quinze églises il n'en reste pas cinq consacrées k Dieu et k ses saints. Fécamp en a vu disparaître huit, et les bords de la rivière sont échelonnés de cimeliërea abandonnés.
A la source de la rivière de Valmont, autrefois connue sous le nom de Bcc-aux-Cauchois ou de Bec-de~Caux, fut placée, au milieu des bois h peine essartés, la petite église de Saint Ouenau-Bosc, appelée'par Kigaud • Saint-Ouen-des-Sessoises. * On ne remarquera peut-être pas sans étonnement trois églises dédiées k saint Ouen, dans cette petite vallée que le saint pontife visita pendant sa vie, Celle dont nous parlons, fermée h la Révolution, fut démolie de nos jours, et les paroissiens réunis h Valmont. De tout temps, cette cure fut k la nomination du seigneur de la terre. Sous saint Louis c'était le chevalier G. de Estendale, sous Louis XV c'était le seigneur d'Angervîlle. Du temps du premier roi il y avait 12 paroissiens, et du temps du second 18 feux. On n'y comptait que 40 feux en 1833, lors de la réunion.
RooxMBsmt. — En descendant la vallée, lorsque l'on a quitté les ruines de Valmont, on trouve, dans une prairie, celles de Saint-Ouen-de-Bouxmesnil, église supprimée k la Révolution et démolie depuis ce temps. Le seigneur de la terre fut toujours patron-présentateur de cette paroisse, appelée Rounicsnil par Eudes Rigaud et Roumenillum par le carlulaire de Fécamp. Au xiii* siècle on comptait ici 22 paroissiens et 10 feux en 1738. Il y avait encore 23 feux et 100 habitants en 1823, lorsqu'une ordonnance opéra sa réunion définitive au bourg de Valmont.
Lb Bec-aux-Cai!choi9. — Nous devons unir aux ruines de Rouxmesnil, celles du Bec-aux-Cauchoîs, car lorsque la conquête normande s'assit sur le sol, ils ne formaient qu'une seule terre et un unique domaine. Selon toutes les vraisanblances, leur propriétaire el maître était un guerrier scandi-
— U6 — nave, nomuié Itou ou Rollon. cymnn; li; clicfiaéme dition. Ce fut ce soldat heurt^ux qui donna son nom qui lui était échu en ptulage, lors de la division du la Normandie.
Ce Rou ou Rollon , surnommé 1» Blanc, laissa deux fils Richard, appelé Fitz~Hou, dont parle souvent le Domesday- Boob., et Toustain ou Turstein, seigneur du Bec-aun-CauchoiSi qui porta rét«ndard k la bataille de Rastings, comme le Wace etOrderic Vital. Ce cltevalier était le plus brave deTaï^^ mée, et presque tous ses descendants périrent sur les champs de bataille. C'est pour cela que la famille de Toustain, encore connue en Normandie, porte pour devise : « Tous tuings de sang, — toti sanguine tincti. *
Le chapelain Wace raconte ainsi, dans son . Roman du Bou^. la vaillance et la dignité de Touslain du Bec :
1 Donc apcla Re muli «velt oï prelnier, , TniieiD FiU-Rou Leblanc o Al Bec de Caiu avoit mai»
U gontanaa li a livré El lil l'en a seu bon gré, rrotondiment l'en a clinë
volontiers l'a ébiïn porté Entor en llennimt qnitement Lur éritagc, lor parent...
Et d1 ki tient Bon gonranon (Tustein Plix-Rou Liblanc oai non) Del Bec joate Fetcaoïp Tut nei, Chevalier proi cl renoroei '. ■
Ce qui se passait au temps de Wace se passe encore aujourd'hui. La famille de Toustain, l'une des plus illustres de la province, a pris pour support de ses armes deux anges tenant chacun une bannière ^. C'est k coup sûr un des plus beaux titres de noblesse que l'on puisse présenter en Europe.
Une des descendantes ou des héritières de Toustain du Bec, Basilie donna à l'abbaye de Fécamp une rente et des lerres quelle possédait au a Bec ad Chaucheis, » pour l'entretien des cierges de l'église « ad opus cereorum *. » Le luminaire de Fécamp devait être alors dispendieux et bien entretenu, carie même cartulaire cite une rente prise it Veules pour cet objet. Au xu* siècle, l'archevêque Rotrou de Warwich, avait donné au monastère de Saint-Waninge, l'église de Saint-tiermaln de € Thotbevitlâ, » pour un cierge qui devait brûler nuit et jour dans l'église c ad usum cerei in eâdem ecclesià die ac nocte in perpeluum ardentis ^. » En tS07, Gautier de
' Le Roman de Hov et dtt ducs de Normandie, i. n, p. 198 et Mkl Edil. nuquet. — ' Nuies de U. A. Leprevuiii, dam le Roman de RoM. - * Carlaliirc du ïtii- siècle, p. 80 et 82. — ' Csrtjlairp, p. 23.
donna ii la cathédrale l'église de Sassotot-le-Mal-Gardé, pour entretenir jour et nuil Lin cierge brûlant devant l'autel. Dans les archives des églises de Caudebec. de Doudeville et de Bertreville, nous avons trouvé des rentes constituées pour l'enlretien dea lampes et même des terres que l'on appelait le Champ dé /a Lampe.
Le Bec-aux-Cauclioîs est appelé le Bcc-de-Caux • , « Beccum ad Chaucbeis >, * et « Beccum Caletentium *, » et le BecJouste-Fécamp*. Toutes ces appellations, qui sont les mêmes, viennent du petit ruisseau cauchois qui coule devant le doable débris de l'église et du manoir. L'autre rivière qui s'unit ii celle-ci sur le territoire de Fécamp, porte le nom de Becde-Hortagne, il cause sans doute d'un étang amorti qui lui servait de source.
L'église du Bec, dédiée h saint Gervais et h saint Protais, releva d'abord des seigneurs comme toutes les autres, et Eudes Rigaud, qui l'appelle t le Becquet-aux-Caucheis, » lui donne pour scigneur-palron G. Martel, chevalier. Plus tard elle ftit donnée îi l'abbaye de Valmont, mais d'une façon si peu claire et avec tant de résenes et de formalités, qu'après plusieurs procès, on termina par l'arrangoment suivant, savoir : que le seigneur du lieu présenterait trois sujets k l'abbé de Valmont qui ferait son choix et nommerait & la cure, sauf l'agrément de rarchevôque.
La Révolution supprima cette paroisse, cependant aux derniers jours du schisme constitutionnel, un prêtre y célébrait la messe en 1800. Délaissée depuis plus de trente ans, l'église est tombée en ruines, et en 1832, quand nous l'avons visitée, il ne restait plus qu'une grande arcade cintrée, qui a disparu depuis.
Près d'elle on voyait, dans la ferme contiguë au cimetière, la place du manoir des vieux Toustain. La maison était renouvelée, la motte s'était un peu afTaissée, mais les fossés et les douves féodales étaient encore visibles.
Le Bec-aux-Cauchois comptait 30 paroissiens au xiii" siècle, et H feux en 038. Il n'y avait que 23 feux en <823, quand U tilt définitivement réuni à Valmont.
' lloman de fiou, p. 108. — ' Chflrlc Je Basitle. CarluUire Je Fécamp, p. 80. — ' Choiie lie 12:10 lbid.,p. 82 — ' Roman lU Rou p 871).
— U8 — S II. — l'abb*ve.
La famille li'Esloutleville est certainement une tics plus nobles et des plus illustres d'Angleterre et de Normandie. Elle marche l'égale des comtes d'Eu et de Meulan, des châtelain* de Gournay, de Harcourt, de Mortemer et de Tancarville. Cinq siècles durant elle recueillit une telle moisson de gloire et de grandeur, que son nom est mêlé k toutes les grandes scènes de notre histoire et au catalogue de toutes nos illustrations. Sur le point de terminer sa glorieuse carrière, celte race de preux s'allia à celle de nos rois, et la dernière goutte de ce sang chevaleresque, se perdit dans les veines militaires des Bourbons, la première faraillis de l'Europe féodale.
C'est au commencement du XII' siècle (en < 106), que cette : race anglo-normande nous apparaît fixée à Valmont ', dontj l'obscur château devient ainsi, grAce à elle, une des célébrités^ de la province. A peine installés dans cette forteresse, voisins de l'Océan, ils cherchèrent it suivre l'exemple des comtes eM des châtelains normands de cette grande époque, la plus belle: de notre histoire. Tout grand seigneur alors avait près de soi= manoir une église pour recevoir ses restes mortels et ceux da ses ancêtres, des moines pour garder les tombeaux et priei pour le repos des Ames.
Ce fut H cette pensée générale, universelle, unanime dan^s toute l'Europe chrétienne, que dut sa naissance l'abbaye de Valmont, peuplée d'abord par les Bénédictins de Uaiabter fondés, en 1U5, dans le Cotentin, par Guillaume Paganel. La pieuse colonie basse-normande donna k la nouvelle église le nom de sa mère, celui de la Vierge Marie. Les abbayes alors ressemblaient à des ruches d'abeilles ; après quelques printemps elles sentaient le besoin d'épancher leur trop plein dani; de nouvelles vallées et sur de nouveaux déserts.
Quelques auteurs, il est \Tai, ont varié sur l'époque de la fondation de notre uionaslère. M. Guilmeth dit qu'd lut élevé en 1H6, par les soins de Nicolas d' Es tout te vil le, qui aurait placé derrière le chœur les restes de Robert, son père, vieux croisé du temps de Godefroy, mort en 1106. Dans son s tiou nouvelle, il dit s'appuyer sur un titre du château de Ville- i quier, sur un tableau généalogique de la maison d'Estoulte- J ville, consené au chartrier de Valmont, sur le PaiTum Chro- [
' Urderic Vlul, llv. Il, ad ion. 1106.
niam Fonlaneliense, et enfin sur l'inscription du fondateur, qui le disait mort le 22 avril HiO. Hais comme aucun te\le contemporain n'est produit ni critiqué par l'auteur, nous réservons notre confiance.
Contrairement k cette opinion récente, trop peu motivée, tous les graves auteurs qui nous ont précédés, placent la fondation de Valmont dans la seconde moitié du xii* siècle, quelques-uns en 1159, le plus grand nombre en 1169. Nous partageons ce dernier avis, qui est celui de dom Duplessis, des PP. Labbe et Dumonstier, et des savants auteurs du Galtia Christiana.
La cause de cette incertitude vient de ce que la cliarlc de Nicolas d'Estoutteville, dont l'original existait en 1609 et en 1650, chez le président Bigot, ne porte fiucune date. Mais il y a plusieurs moyens de combler cette lacune et de suppléer h ce vice de forme. D'abord, parmi les témoins, nous voyons figurer Regnault de Ger{)onville, le compagnon de Louts-le- Jeune k la croisade de 1 1 47, l'ami du comte de Meulan et son conseiller dans la fondation duVallasse, en 1)iî7; puis la charte royale qui confirme la fondation de Valmont, les donations faites par les Estoutteville et les seigneurs du voisinage, est délivrée par le roi Henri II qui ne régna que dans la seconde moitié du iii'> siècle. Dans le même temps, c'est l'urcbevéque Rotrou, dont le pontificat commence en 116t pour finir en 1 183, qui confirmant la charte de Nicolas d'Estoutte^ ville, l'appelle son « cher fils en Jésus-Chrial, » preuve qu'il était vivant ou qu'il avait vécu sous sa juridiction. £nlin le pieux Nicolas d'Estoutteville et Robert, son fils, figurent au bas d'une charte de Vallasse, donnée par Henri Plantagenct, dans les premières années de son règne. Comme dernière preuve, nous ajouterons ce fait attesté par le pape Luce III, par l'archevêque Eudes Rigaud, et qui n'est contesté par personne, c'est que les premiers religieux de Valmont venaient delà congrégation bénédictine de Hambie, créée seulement en HiS.
Dans sa charte de fondation le pieux chevalier donne à Dieu, k N.-D. de Valmont et aux moines qui y servent Dieu, d'sbord le lieu m^me du monastère, situé alors sur la paroisse de Throuderille, tout le terrain jusqu'il la rivière , le bois i en face de l'abbaye et ta prairie placée entre le bois el
l'i^taiig Heigiieui-inl. Il ajimte la pa&ti de Uiules les béte» de son parc, ufîti d'en liiirc du pairhemîii pour écrire ou du cuir pour relier les livres : « Coriii bestiarum parci mei ad librovj parandos. » Puis il donne trente acres de terre à ThroudeviUeyf un bois il Hiville, deux hôtes avec leur tënenaent k Tierge-^ ville, un hôte et son tj^neinent fi Thlètreville, un bote et ! maison, cinquante acres de terre et une portion do bois aux. ^ Lo(;es, il Gonfreville le moulin Flascart, h Vatniont le moulin d'Aulnay, la moitié du moulin du Guù, deux maisons de bour- j geois et la masure des Trois-Tétes ; les églises des Loges, Ao J Tiergeville et de Carville-snr-ll encourt ; en Angleterre l'églis d'Esirelled et l'ermitage de Saint-Léonard, enfin plusieurs 1 autres terres, maisons, droits de passage et de pâturage dans ] ses prés comme dHus ses furets.
A l'exemple du fondateur, d'autres membres de la famille I d'Estout te ville et une foule de seigneurs du voisinage firent h I la nouvelle abbaye des dons qu'il serait trop long d'énumërer- ^ Cependant nous ne pouvons nous dispenser d'inscrire i(^ i les noms de quelques-uns des bienfaiteurs. D'abord, c'est ] Julienne, l'épouse d'un Ëstoutteville, qui donne 100 livres de rente îi Norwich, en Angleterre: puis les quatre fils du Coudateur, Kobert, Nicolas, Guillaume et Richard, qui dunnent des rentes sur leurs moulins et leurs teires, tant en Normandie qu'en Grande-Bretagne, et les églises de Gommerville, de Mannevtlle. de Saint-Vigur, d'Imovilte et l'autel d» J Saint- Etienne. Pierre de Hautot et Julienne, son épouse, doo-V nent un moulin îi Hany, Richard d'Autfay un moulin ii Gan: ville, Renaud de Gerponvllle un muid de blé h son moulinl du Hamel, Mathieu de Graville une demi-pesée de sel k soB- 1 grenier de Leure, Guillaume de Canouville un demi-boiss de blé kson moulin de la rivière de Vitteflenr, Gautier d'Aoffaf " et Palricie, son épouse, l'église de Duudeville; eu un mol una 5 foule d'hâtes, de masures, de bois, de terres, de rentes ( argent et en nature, comme on avait coutume de constituer k ' tous les monastiïres de ce temps.
Toutes ces donations premières furent confirmées par l'autorité spirituelle de Rotruu de Wamick, archevêque de Houen» et par une bulle du papeLuce III, au premier abbé du monastère, le Il des ides d'octobre H8I. Le souverain pontife accorde aux moines la dlme des novales qu'ils déiricberoDt dft
— 1S1 — leura propres uiaiiis ou ii Ipurs fruis : « qua?. pi-opriis niunîbus uuL siimplibus culitis. • Cette clause n'empêcha pas qu'au commencemeiit du iiii" siècle, lors des défrichements qui tirent sortir de la forél de Lilleboiine, appelée la haie de Lintot, les paroisses de Saint-Gilles et de Saint-Jeaii-de-la-Neuville, des difficultés s'élevèrent entre les bénédictins de Valmont et les chanoines de Baulieu. L'affaire portée au tribunal de l'archevêque fut terminée par une sentence de Gautier de Coutances, en 1200, et par un aveu du bailli de Valmont, délivré en tSM.
La construction de l'église dura plusieurs années, et la cliro- Dique de Fécamp, citée par le père Labbe ', place en 1173 la dédicace de l'église abbatiale ^. Cette chronique intitulée : ■ Chronicon Fiscannense, » a été composée à Valmont, en 1220, par un moine de ce jeune monastère. Le tuf entra dans la construction de l'éditice reli^tieux, car on eu remarque encore des restes dans les débris de la nef qui ne fut jamais renouvelée- Quelques pierres errantes, voilk tout ce qui reste de ce moulier du xii" siècle.
Près d'un siècle après, en 1262, le choeur était à peine terminé que déjii il commençait s tomber en ruines, car nous voyons Eudes Rigaud ordonner d'y travailler. Du reste ce saint pontife est Ici comme partout ailleurs la grande lumière ecclésiastique du ïiii" siècle. Aussi nous ne pouvons résister au plaisir de le suivre dans ses inspections il Valmont et de puiser dans les notes tombées de sa main une idée exacte de la >ie monastique au temps de saint Louis.
Dans l'espace de vingt anuées, Kigaud visita seize fois l'abbave de Valmont. Toutes ces visites sont loin d'être également inléressanles. les premières sont courtes et peu détaillées, ce tai prouverait assez qu'au commencement il y avait peu à ^prendre. En effet, en 1262, il se plaît k rendre homma;^ îi ^ piété et it la sagesse du gouvernement de l'abbé Pierre, et ''ctes c'est Ik un grand éloge quand on connaît la sévérité l'ïbituelle du pontife. Les dernières visites sont plus chargées, le digne prélat avait appris h connaître dans le détail les affaires '*c l'abbaye, et puis la conduite de l'abbé Viuceut n'était pas toujours édilianle,
' Kma bibiiolhfta iHaniuerifila, \. f, p, 326, — ' ■ 1173 dedkalîo etcUsltde Vallcitiom, .. ibid.
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Dm itifTért^nlM iiutes qu'il nous a laissées, il résulte que monastère comptait tiabituellement de ii k 26 inoinf>3, d« le plus grand nombre étaient priMres. Ils avaient 1,000 livres de revenu, possédaient plusieui's prieurés, tant en Angleterre qu'en Normandie. Malheureusement, ils n'y envoyaient qu'un seul moine, comme à Saint-Jacques-du-Val-Huliu et au prieuré anglais deStraireild-Say, Berkshire ■, qui devait en posséder trois. Les inconvénients de ce relâchement de discipline se firent sentir avec le temps. Le moine ainsi abandonné sans surveillance, au-delà des mers, s'oubliait parfois, témoin Guillaume Pothon, qui avait engagé un manoir de l'abbaye et qui avait rapporté de la Grande-Bretagne une corne d'ivoi et une coupe d'argent. Pour cette faute Kigaud le fit enfermi dans les prisons de t'oflioialité de Rouen.
L'ubbaye fournissait aussi des chapelains k la famille d' touttcville, tant en France qu'en Angleterre. On voit par que les relations spirituelles et même féodales, entre la Graat Bretagne et la Normandie, étaient loin d'être rompues au uu*" siècle. Les moines anglais venaient encore résider en Normandie et les monastères normands ne cessaient d'occuper leurs prieurés anglais. Les grands seigneurs mêmes allaient et venaient dans leurs propriétés, tant en-deçk qu'au-deik «le la Manche. Il n'y avait pas jusqu'à l'arclievêque de Rouen qui ne rendit plaids et hommage au roi d'Angleterre pouT] ses possessions d'outre-mer. J
Rigaud prêcha trois fois dans le chapitre et dans Tégliail abbatiale de Vaimont. Il y célébra deux fois la grand'mess«^ le jour de l'Ascension 1265 et le jour de l'Epiphanie de f266. Chaque fois qu'il y venait il s'occupait vivement des intérâtâ matériels et moraux de la maison. Toujours il vérifiait le bilan monastique, balançant l'actif avec le passifet ordonnaot de régler les comptes h tous les trimestres. Rien u'échappaît à sa sagacité administrative, k sa sollicitude pastorale. Il passait en revue l'église, le chœur, le cloître, le chapitre, le ré-J fectoire, le noviciat, l'infirmerie, la cuisine et la domesticilâJ
n ne dédaignait pas de donner des règlements pour le portier, de fixer les heures d'ouverture et de fermeture du monastère. Il faisait chasser les domestiques et les garçons de ferme de mauvaise conduite. La cuisine ne lui échappait pu
' OugdiilFs, Hoiuulicoii AHgtieanum.
non pluii, Comme quelques moines se fuisaieul siiigiier démesurément, Rigaud ordonna d'avoir des jours pour celte opération alors générale dans l'ctat monastique. Il voulut que ce jour-lk on servit plus conforlabloment ceux qui avaient été diminués (niiuuti), qu'un leur dounAI du vin et qu'un ne les fît pus lever pour les matines du lendemain.
L'aumône s'administrait régulièrement trois fois la semaine à tout venant. Les autres jours (étalent pour les lépreux, cependant dans l'été les mendiants étaient reçus tous les jours.
11 montra une sollicitude particulière pour les malades et pour l'inlirmi'rie. Il voulut que le pauvre abbé Pierre, vieux et aveugle , l'ût visité et gardé avec respect; il ordonna de surveiller avec soin trois moines qui étaient devenus fous. 11 défendit d'admettre li^s laïques dans le cloître, prescrivit de tenir le chapitre et d'y lire les statuts du pape Grégoire IX. Il rappela l'obligation du je&ne et de l'abstinence, de la confession et de la communion mensuelles, défendit la propriété particulière et les coffres fermant îi clé.
Comme le chœur de l'église se trouvait en mauvais état en 1262, Rigaud ordonna expressément de travailler ii sa réparation < ad reparationem cancelli. » Il voulut que, |K)ur cet effet, l'abbé réservât une somme de 400 livres, sur 600 qui lui étaient dus. Du reste c'était l'intention des religieux « quod intendebant facere. »
Rigaud n'était pas le seul inspect«ur de l'abbaye de ValmoDt. L'abbé de Hambie, en vertu d'une bulle d'Alexandre III, exerçait, sur les monastères sortis de sa maison, les droits et la juridiction d'un chef d'ordre. Mais comme les instructions de l'abbé ne concordaient pas toujours avec celles du métropolitain, ce dernier défendit aux religieux de Valmont d'obéir il ce chef secondaire dans tout ce qui ne serait pas conforme \ ses prescriptions, il menaça même l'abbé de Hambie de lui iiit«dire l'entrée de Valmont. Rigaud voulait être maître chez lui, et il faut convenir qu'il le méritait. La meilleure preuve que l'on puisse citer en faveur de la vie sainte de ce pontife, c'est le Journal de ses Vitileg pastorale», auquel nous avons constamment recours '.
Le monastère de Valmont dura 6i0 ans, pendant lesquels
' Régal, viik.. p. 30, 34, KO, ISS, I3B, 316, 2U, 366, 203, 3S3. [Mti Ul, «38, in, Slfl, S«4, flOO ri 630.
îl a (^ùmplé uu grand nuinbre d'abhps doDl Ifs noms n« mdI [>as parvenus jusqu'à nous, le Gallia ChritUana en ciu> 34. «u\qurJs il faut ajouter M. Des Forges qui fut le dernier. Malheurtiustiinent aucun ne s'est illustré par de grands souvenirs. Espérons que leur vie aura été mieux remplie derant Dieu que devant les liommf^. Des premiers, les meilleurs sans doute, nous ne connnissoos guère que leur bënèdiclion abbatiale et leur sépulture autour de l'aulel où ils serraient le Seigneur. Le nécrologe et les pierres tombales, voiià les docomcnls qui ont servi aus historiens pour rétablir ces existences oubliées. Cependant nous devons une mention honorable à Girard de la Roche, x' abbé, qui vers 1400 fonda la chapelle d« Nolre-Dame-de-Pitié ; k Jean Ribaud, dernier abbé régulier et ancien abbé du Bec-Hellouin . Chassé de ce dernier monastère, on ne sait pourquoi, il seréfiigia itKoucn, sonpATS natal, puis vint k Valmout, chargé d'or, d'argent et de vases sacrés, riches dépouilles enlevées au Bec, qu'il employa en 1517 H la reslaurntioii de l'abbave de Valmout. Ce fut lui qui lit reconstruire \o chœur, les chapelles qui rayonnent autour, surtout la chapelle do Six-IIcures, et qui les couvrit de rilraux et de sculjrturcfi. C'est sans doute ce qui a fait dire Jl quelques historiens, que cet abbé avait reconstruit le chœur de Valmont sur le modèle de celui du Bec. ce qui n'est pas iniposs^ ble. Du reste, l'usage qu'il fit de ses richesses, justifie un peu l'iniquité de leur origine.
Daua le cours des six siccles de Sun existence, l'abbaye de V'almont fut souvent visitée par le malheur. Pillée par les Anglais, daus l'invasion de ti(5, elle fut sauvée de sa mine par l'empressement que mil l'abbé Robert de Solleville it prêter serment de fidélité ii Henri V. Saccagée par les protestants, en 1562, et par les ligueurs, en 1589, elle fut réduite en ceo^ dre, le 3 octobre 1671. ^Juelques années après, le tonnerre tomba sur la flèche de l'église et y consuma toute la charpente du chœur. Le clocher ne se releva pas de celte chute, car à la Révolution il n'y avait qu'un dAme vitré pour couronner la tour carrée. Ce dAme, eséiuité «n 1771, par Lecoq, vitrier de la Délivrande, avait coi\té 2,i00 livres, ainsi que le reslcf du vitrage de l'église " . La nef luinba d'elle-même, vers 1780, et le cloître la -suivll de pri-s, >"i l'un ni l'autre ne furent ja-
■ Mih. eapil. p 22 ri îi
mais relevés. Telle était la situation où se trouvait la pauvre abbaye, lorsque Toussaint Diiple.ssis rédigeait sa Description de la HauCe-Nortnandir et quo les Uéiiédictins écrivaient leur GatUa Chrisliana-
Elle éittit dans nit état un peu moins délabré vers I7:i6, lorsque dora Beaunier la visita piiur la réduction de son Retueil hUlorique dex Et!chf.i et Àbbai/e-s di? France, a Le cliœur de cette égliso, dit le bon moine voyageur, est beau et bien orné. La nef n'a non que de commun. La croisse du milieu de l'égltso et la chapelle de la Vierge derrière le chœur, sont assez propres. » CVtait pour le temps et dans la bouche de dom fieftanJer un grand éloge raonumenlal.
L'état du monastJ>re et de l'église s'améliorèrent trente ans plus lard. Projetée dfcs 1676 par l'abbé de la Fayette, la réforme de Sainl-Maur fut enfin introduite dans cette maison d€\abrét, en (75i, par les soins de l'abbé Delort de Cérlgnau Valras, alors évéque de Hiïcon. Six de ces religieux s'y installèrent sous la conduite du R. P. Baudry, prieur.
Les choses alors furent mises sur un pied régulier, et l'on ne peut qu'être éilifîé en lisant les délibérations eapitulaires de ces bons religieux, dignes de la primitive obsenancc. Le dernier prieur de Valmont ftit dom Montbois, qui un Concordftt devint curi^ de Sanvic, où d est mort en 1830. C'est chez ce vénérable ecclésiastique, qui m'a fait chrétien, que j'ai trouvé le registre des délibérations eapitulaires, des papiers et des livres du monastère. H est évident qu'en se dispersant dans le monde, les derniers moines emportèrent avec eux les archives et la bibliothèque. Ceci expliquEï pourquoi dans Im dépAts de notre département on ne trouve ni chartes, ni registres, ni manuscrits, provenant de l'abbaye, de Valmont. L'incendie de 1671 et les différents malheurs du monastère, tkident aussi h expliquer cette pénurie extraordinaire. Il paraît, du reste, que depuis long-temps le chartrier de Valmont avait été pillé par des mains étrangères, puisque le F. Dumunstier raconte que de son temps le célèbre M. Bigot conservait dans sa bibliothèque des archives de Valmont, et entre autres la charte de fondation. Ilélas ! M. Bigot lui-même nous manque aujourd'hui, et dans sa bibliothèque et dans sa collection paléographique.
Mais si les détails de la naissance font défaut, ceux de la
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mort rie manquent point '. L'église, le raonaslère, lo paro. l'abbatiale, tous Us bdtimetils et timx clauitraiix de la ei-devant abbirye furent vendus au district de Cany, le 11 juillet 1791, et achetés 50,300 livres, par MM. Bataille et Frébourg. Par- I tage fait entre les actjuéreurs, M. Frébourg garda l'abbatiale, et M. Bataille eut l'église et le monastère, restés la propriété de sa t'amille.
S 111. — LES BU1NE9 DB L'iIBBAÏB. LA CBAPELLI DB Sll-BEUKBS.
— LES VITHAUX.
Comme nous l'avons déjk dit, la nef de Valmont n'existe plus. Nous pensons qu'elle était déjà supprimée tors de l'iotroduclion de la réforme de Saint-Maur. On entrait dans l'église par la tour du clocher, placée jadis sur les transepts, et qui s'élevait sur de grandes arcades du xvi' siècle. Ces grandes ogives avaient été reprises en sous-œuvre, dans une maçonnerie du xiii". Là, sans doute, s'était arrêté le siècle de \m~ Réforme après avoir fait les deux transepts et repris cette toui découronnée, qui ne se relova jamais. En 1771 on s'était contenté de vitrer, comme un dAme, cette antique lanterne, ca] qui donnait à cet édilice l'aspect d'un atelier.
Dans le transept du midi on remarque de belles fendtreaj garnies de leurs meneaui flamboyants ; là étaient des verrlè-t res, dont les débris sont venus enrichir le Musée de Rouen.
Le seul reste sérieux de l'abbaye, c'est le chœur, l'allée qui en fait le tour, les chapelles qui rayonnent des deux côtés, et surtout la charmante chapelle de Six-IIeures, dernier asyle des tombeaux.
Le chœur se compose encore de chaque côté de quatr arcades circulaires, supportées par des colonnes doriques, i nées d'oves et de feuillages. Le rond point du sanctuaire e formé de cinq arcades plus petites, mais semblables. Dans laq travées inférieures on remarque encore les murs de clôtui contre lesquels étaient adossées les stalles.
' QuelqoH iieraODnei, enlre aolrci H. Guilmclh, penienl i|iib la vie o n8Bii[|ue a\Bil été supprimée ■ Vnlmonl, par ilccrcl <te l'archevêque ite 1 RouRD, «luelqueii anntea avanl -la RÉvulutian. Nous n'avoiK iroave • tuue iireuve tcrile de ceue atacrlioD. Les dËlibirations capilulsires qui noua posstdoiis Riiissenl en 1T8S, wub le prieur dum Callibaui ; nt tùr qne le dernier prieur (ul ilcjtn Moiilliois, et roui porle 1 en |e> rrliiiieut retlfer«iii ici jii«ijn'en 17M,
Au second rang règne une gracieuse galerie de coloiinetlcH ioniques, du plus délicieux effet. Quatre cintres reposent alternalivement, soit sur une cnloniie seule, soit sur deux acoouplées. Les chapiteaux supportaient jadis une (corniche de la Renaissance, à présent tombée par terre. De distance en dislance sont percées des niches charmantes où trânuienl les douze apâtres. Cette galerie ou claire-voie n'existe plus que du côté nord. Au sud les délicieuses colonnes ont été descendues par M. Bataille, pour y établir un hangar.
C'était dans ce chœur, aujourd'hui découvert et livré ît toute l'intempérie des saisons, que se voyaient jadis les tombeaux desEstoutleville, et que sont encore leurs caveaux souterrains.
Une allée, ou plutôt un déambulatoire, faisait le tour du chœur. Cette nef, dont il ne reste plus d'entier que quelques voûtes, aconservé bon nombre de ses arceaux verdis par l'humidité, tapissés de broussailles, de pariétaires, d'orties, de scolopendres et de ravenelles sauvages. L'hirondelle suspend son cid A ces arceaux de la Renaissance, comme l'oiseau l'attache aux rameaux des arbres. Le cri doux et triste de cette reine du désert est le seul qui retentisse maintenant sous ses voûtes silencieuses, depuis que les moines les ont abandonnées.
Autour de ce chœur profané et désert rayonnent huit chapelles, que l'antique piété avait jugées nécessaires et que la libéralité avait élevées. Les voûtes qui restent sont soutenues par des arceaux prismatiques. Du côté de l'Épîlre est la sacristie des moines, bien conservée, avec son cliapier en bois de chêne et quelques vitraux de la lin du xvi" siècle. Là, sont déposés, comme dans une resserre, les rouages de l'ancienne horloge, des sculptures de la Renaissance, les boiseries qui formaient les stalles et les balustres du chœur.
Après elle venait la sacristie des enfants de chœur, dont le dernier de tous a assez vécu pour nous bidiquer le nom el la desUnation de ces chapelles, où il avait passé son enfance.
Après ces deux vestiaires, venait la chapelle de Saint-Benoll, puis celle de Sainte-Apolline. La quatrième n'avait pas de nom ni de destination, en 1789.
En remontant du côté de l'Évangile, on trouvait une chapelle également inoccupée, puis celle qu'on nommait du Confessûmal. La troisième était appellée des t'ondateum. et elle était suivie d'une reserre el de la porte du cloître.
Cette Chapelle des Tomàeafix ou des Fondateurs, montre encore sur ses murs les cintres des deux cénotaphes. Malgré le temps, cette chapelle garde quelque chose de sa majesté première. Elle est devenue une espèce de musée local, véritable dépôt où se conservent une foule de débris intéressants pour l'histoire deTabbayç et de la localité. Parmi les curieux morceaux qui se trouvent dans cette collection est un précieux chapiteau roman, représentant le Massacre des Innocents qui peut rivaliser avec ce que Saint-Georges-de-Boscherville possède de plus rare. Une femme nous a paru avoir des cheveux semblables à ceux des figures égyptiennes.
On y trouve des fûts de colonnes et des chapiteaux de tous les âges, des dais, des pendentifs, des arceaux fleuris et une jolie piscine de la Renaissance ; des dalles et des pavés, mais surtout, hélas ! des pierres tombales coupées en morceaux par les moines, afin d'en faire des pavés en pierre blanche, nonseulement pour leur église, mais encore pour leur maison. Ici nous en avons compté 47 en 1844, et en 1850 nous en avons vu un plus grand nombre, extraites par M. Bornot, de sa salle k manger. Cela prouve, helas ! que les actes du vandalisme ne datent pas d'hier, et que dans l'ordre de Saint-Benoît tout le monde n'était pas de l'école de Mabillon ou de Montfaucon. Nous chargeons, avec raison, de cet acte bien regrettable, la mémoire des Bénédictins de la congrégation de Saint-Maur, entrés à la fin du siècle dernier dans cette maison désolée par un long abandon. Pauvres et sans ressources, ils crurent devoir faire flèche de tout bois, et aux pierres vivantes de l'édifice spirituel , ils pensèrent qu'il fallait sacrifier les pierres mortes de l'édifice matériel. Dieu leur pardonnera peut-être cet acte d'ignorance et de bonne foi.
Pour nous qui avons interrogé ces débris des âges, nous avons reconnu un grand nombre de dessins et d'incrustations funéraires du xiii® et du xiv* siècle. C'étaient des ogives, des frontons, des figures, des costumes et des inscriptions. Un morceau présentait un moine lisant dans un livre, l'autre un abbé du xiii® siècle avec une bague à son doigt. Un troisième enfin montrait des armoiries et de jolis damiers, avec ces
mots : « cardinal archevêque de Rouen, lequel trespana
l'an mil iiii® lxxvii (1 477) . »
Mais au milieu des ruines de Val mont, rien ne m'a parlé
plus au cœur que la jolie chapelle de Sis-lleuroj;. Dans ce sanctuaire de la prière monastique, on pénètre pur un cintre que soutiennent deux colonnes ioniques, ornées avec des motifs empruntés au château de Chambord.Lavoilte, qui forme le del, est une.forét d'arceaux courant dans tous les sens, qui se croisent sur un fond aplati. Le milieu forme une espèce de d6me ou de couronne; les portions plates sont ornées dp feuilles et de lleurs, comme les élégants plafonds de Cbamhord. Cinq fenêtres éclairaient ce mystérieux sanctuaire. Ce sont des cintres de la fienaissance païenne avec le rcmplissaf^e flamboyant de l 'architecture chrétienne. Les deux premières, qui sont les deux plus ^andes, comptent quatre compartiments coDiplëtement garnis de verrières.
La première fenêtre, k droite, montre dans son vaste encadrement un seul et unique sujet, le trépassement de la Sainte- Vierge, rude et informe copie du beau groupe que Robert Chardon avait fait exécuter pour l'abbaye aux trois mttres.
Ici, comme îi Fécamp, les apAtres sont assemblés. Saint Pierre y figure tête nue et chape sur le dos, et rien n'a été oublié, ni le si^au '» l'eau bénite, ni l'encensoir, ni le goupillon, ni le pupitre, ni le livre des Évangiles. La Vierge Marie meurt dans un palais, semblable aux chAteaux de Gaillon ou de Fontainebleau. Des anges, appuyés sur des colonnes, tiennent des palmes el des trompettes. Si le dessin est passable, lap^nnture est mauvaise, et je serais tenté de croire ce f itrail du ivii' siècle, si je ne lisais au bas le millésiioe de tKSS.
La deuxième fenêtre, celle de gauche, renferme la naissance de Marie. Comme on le voit, on trouvait ici tout le drame de la vie de la Sainte-Vierge, car je suppose que les fenêtres vides renfermaient les tableaux ou scènes intermédiaires.
Ici Sainle-Anue est couchée sur un lit garni de rideaux verts à firaoges d'or. Sur le ciel, qui forme dùme, des anges voltigent ou se reposent. Près de Sainte- Anne sont des femmes qui vont et viennent, qui offrent des fruits, qui apportent de l'eau ou du vin, qui lavent le linge ou qui habillent l'enfant.
Sur un autre compartiment est l'éducation de Marie, élevée par sainte Anne.
Sur la deuxième fen<Mrn, ii gauche, deux panneaux repréil la Visitation , Un vieillard et deux anges sont témoins