SAINT-GERMAIN-DES-PRÉS
a subsisté jiisciu'à la fin du dernier siècle , sous le litre de Saint-Germain-/e-7"'^îg«.r. Il semble cependant que la basilique de Saint-Germain-des-Prés ne fut pas complètement détruite, puiscju'au moyen de quelques réparations intérieures, les moines purent y célébrer l'ortice divin jusqu'au temps de l'abbé Morard qui, à la fin du x*" siècle, la fil reconslruire presqu'en totalité, à l'aide des libéialilés du roi Roberl-le-Pieux. Il ne resta de l'ancien édifice de Cbildebert que le portail et la grosse tour carrée qu'on voit encore, saut" le campanile dont on la postérieurement surmontée. Le pape Alexandre III la consacra et la dédia de nouveau en l'an 1103. Le monastère, rebâti, en même temps que l'église, ressemblait à une citadelle, flanquée de tourelles et de tours avec créneaux , ses murailles étaient environnées de larges fossés qu'on ne pouvait franchir que par un ponl-ievis , attendu que ces fossés formaient un canal qui s'étendait en longueur depuis la rive de la Seine jusqu'au bas delà rue Saint-Benoît. Cet emplacement s'appela le Petit Pré , et la partie des terrains au-delà le Grand Pré aux Clercs, où les écoliers, appelés clercs autrefois , allaient se promener les jours de fêtes et de vacances , et où ils s'y livraient souvent à de déplorables excès, à raison de certains privilèges accordés sur ce lieu à l'Université. 11 en résulta enlre elle et l'abbaye des conflits de juridictions et d'intérêts, dans lesquels le parlement de Paris et même le roi furent obligés d'intervenir pour y mettre un terme.
La plupart des rois et reines de France l'honorèrent de leur visite; et Henri 1V, dont l'armée était campée dans le Grand Pré aux Clercs, lorsqu'il assiégeait Paris, en 1589, montait quelquefois sur les tours de l'abbaye pour y observer les mouvemens des ligueurs.
L'église, réédifiée par l'abbé Morard, eut besoin de l'être de nouveau, du moins en grande partie, vers le temps où la célèbre congrégation de Saint-Maur venait d'être définitivement constituée en lOS'i. On y travailla activement peu après que cette congrégation, quiy introduisit la réforme, en eut pris possession, c'est-a-dire enl044, etellc fut achevée dans l'espace de deux ans telle ((u'elle existe actuellement. H est à remarquer que dans les deux reconstructions, les fondemens jetés par Cbildebert n'ont point clé changés, excepté du côté où se trouvait primilivomenl
la chapelle de Sainl-Syniphorien, aujourd'hui appelée chapelle (lu Calhéchisme , à la droite du vestibule d'eiUrée. Nous passons SOUS silence la fable par laquelle on a prétendu que ce fut sur les ruines d'un soi-disant temple d'isis que l'on édifia l'antique basilique de Sainte-Croix-Saint-Vincent. La dimension du vaisseau est de 2G5 pieds de longueur sur 05 environ de largeur et 59 de hauteur. La voûte, quoique légère, est sans piliersboutans;ceux de l'intérieur sufiisent pourson soutien. Le chœur, placé dans le rond-point autour duquel régne une galerie, parait être une œuvre du xiv^ siècle. Le style général du monument appartientau goùtlombard, car les arcades sont à pleins-cintros, et les chapiteaux ornés de petites figures en bas-reliefs, de feuillages, d'oiseaux, même de chimères à tètes humaines, toutes choses en usage dans ce système architectural.
Les huit statues de pierre représentant à gauche Sainl-Remi, Sainte-Ciotilde, Clovis, Clodomir; adroite, Cliildebert, Ulirogothe, Clotaire, Thierry, furent enle\ées, en 1793, lorsque l'on transforma l'église de Saint-Germain-des-Prés, de même que celle de Saint-Germain-l'Auxerrois , en ateliers pour la fabrication du salpêtre. La première, convertie ensuite en dépOl,, souffrit sans doute plus que l'autre, par l'action prolongée de ce produit alcalin, sur les murs de soutènement, qui, s'étant lézardés de toutes parts, en 18'iO, firent craindre (]u'elle ne s'écroulât. M de Chabrol , alors préfet de la Seine ^ se liàla d'y |)ort'îr remède et de conjurer le péril imminent où se trouvait ce bel édifice. M. Godde, architecte, ayant été chargé de cette mission honorable, la remplit avec le succès (jn'on était en droit <raltendrede ses talens bien connus. Grâce à la promplitiide des mesures de l'autorité et à la \igueur habile des moyens employés pourétayer le monument, sans nuire à son économie architecloniquc, il a été conserve au culte catholique, aux souvenirs glorieux qui s'y rattachent et aux arts.
Mais, hélas! nous ne pouvons en dire autant du trésor relil'ieux (|u'il possédait : Croix d'or, relifiuaires, châsses en grand nombre, plus ou moins couverts de pierreries ou décorés de riches métaux, un ouragan a tout détruit, tout emporté! Les ossemens vénérables même (|ui y étaient renfermés oui péri; pas un n'a été sauvé, et en voici la raison : Aussitôt «pie le curé assenueiilé apprit (p:c le gouvernenienl révoluiionnaire
SA1^T-CEU.MAI^•DES-I•UES. Ht
allait s'emparer des trésors des églises, il enleva ces saintes dépouilles des reliquaires et des châsses, et les ayant transportées chez lai de la manière la plus respectueuse qu'il lui fut |hissihle, il les cacha soigneusement; mais bientôt, apprenant que le comité qui s'intitulait dérisoirement de salut public, venait ilc lancer un arrêté [lorlant peine de mort contre ceux qui seraient convaincusd'avoirsoustrait un objet quelconciue de ces trésors ; saisi par la peur, il se décida, bien qu'à regret, à les brûler. Cet ecclésiastique, s'élant réconcilié avec le Saint-Siège, est mort, depuis peu d'années, dans l'exercice du saint ministère, à Dourdan. Nous tenons ces renseignemens du respectable M. Mario, titulaire actuel de la cure de Sainl-Gerniain-des-Prés.
Les chapelles (jui occupent le chevet et les bas-côtés, sont dédiées comme suit : à la sainte Vierge ; — à saint Joseph; — à sainte Anne et saint Joachim ; — à saint Michel et aux saints anges; — à saint Pierre et saint Paul; — à sainte Geneviève, — à saint Casimir et sainl François-Xavier, — à sainte Marguerite et saint Placide ; — à saint Vincenl-doPnul.
Les tombeaux, sauvés du naufrage révolutionnaire, qu'on a |)U restituer aux chapelles aux(|uelles ils appartenaient, sont : 1° celui de Michel Wiesnowski, de ranti(]ue famille des Jagellons, roi de Pologne, sous le nom de Casimir, lequel, après avoir abdiqué, se retira en France, où F^ouis XIV lui conféra la commende de l'abbaye, où il mourut dans le palais abbatial, en 1G72; 2» ceux de Guillaume et Jac(|ues Douglas, princes Ecossais , qui avaient (|uillé l'Angleterre pour se soustraire aux persécutions de leurs compatriotes, parce qu'ils avaient abjuré l'hérésie et embrassé la foi catholique ; 3" celui de Charles de Caslellan, abbé commendataire de Sainl-Evre de Toul, et de quelques membres de sa famille. L'église a recouvré, en outre, les cendres de Montfaucon et de Mabillon, et à la suppression du cimetière de Saint-Eliennc-du-Mont, en 1807, celles de Di scartes et de Boileau lui furent confiées, ainsi que l'attestent les épitaphes placées au lieu où ces cendres reposent.
Après l'église royale de Saint-Denis, aucune église de France, et peut-être du monde chrétien, n'a reçu autant de sépultures illustres : rois , princes, princesses, officier? généraux d'armée, cardinaux, abbés régidiers, abbés commendalaires, lliéologiens, docteurs, archéologues, savans écrivains : l;i mort élait repré-
senlée là par ions les genres Je célcbrilés; l;'i, le ncanl des grandeurs humaines éclalait dans toute sa réalité; là, semblait s'échapper incessamment de tous ces mausolées de marbre, de porphire et d'albâtre, des voix mystérieuses et funèbres qui faisaient retentir, sous les voûtes du temple saint, ces paroles sublimes de Massillon ; Dieu seul est grand !
P. TRÉMOLIËRE.
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