‹ Les églises de ParisChapitre 13 sur 39 · S.-GER VAIS. - S.-PROTAIS · texte numérisé non relu

S.-GER VAIS. - S.-PROTAIS

Celle église esl considérée comme la pins ancienne que l'on connaisse dans la parlie seplenlrionale de Paris; mais nul documenl historique ne mel sur la voie de fixer l'époque précise de safondalion. L'opinion de ceux qui la reportent à la fin du iv* ou au commencement du v siècle, sans l'appuyer d'aucune espèce de raisonnement plausible ou non, ne peut avoir dès-lors que la valeur d'une simple hypothèse. D'un autre côté, l'assertion de Dom Duplessis, consistant à dire que l'église de Sainl- Gervais-Saint-Prolais était sur pied avant l'an 576 *, se réduit à énoncer un fait notoire et inconteslé, puisque nous savons avec cerlitude que saint Germain allait souvent y prier^ et que de son temps déjà elle était honorée du litre de basilique**, désignation alors attribuée aux temples plus ou moins vastes^ ou plus ou moins connus par la renommée des saints, sous l'invocation desquels on les dédiait; or, saint Germain fut appelé à l'épiscopat, en 554, et il mourut le '28 mai de l'an 576 précité. Quant à nous, s'il fallait ipie nous émissions un avis sur ce point difficullueux , nous inclinerions^ avec quelque restriction toutefois, vers le sentiment de Baillel , qui affirme que l'église, ob-

■ ft'OHi". ann. de Paris, p. Ofi.

■■ Forlunat, Vie de saint Germain, chap. i vil. lAVi.

114 LES ÉGLISES DE PAlilS.

jet de nolro étude , fût bàlio en 560 *. Et, quoique lui aussi no produise ni témoignages propres à faire autorité, ni preuves décisives de ce qu'il avance, il nous paraît néanmoins que sa conjecture ne s'éloigne pas autant de la vraisemblance que celle des auteurs, dont les uns en font remonter la fondation au régne de Clovis, et les autres la descendent à celui de Chilpéric. Mais, attendu que si cette fondation avait eu lieu sous l'épiscopat de l'illustre prélat parisien, Fortunat.évèque de Poitiers, (pii a écrit sa vie^ ne dit rien qui puisse le faire présumer, quoique, dans son ouvrage^ des faits bien moins importansy soient notés; nous croyons pouvoir conclure do ce silence que I église de Saint- Gervais existait lorsque saint Germain devint évèque de Paris. Maintenant ne serait-il pas permis d'imluire de là que ce doit être entre 5^0 et 550 qu'elle a été fondée et construite? ^ious n'insisterons pas d'avantage sur cette (picstion, pour nous occuper des temps surlestpiels les données liistoriciues échappent à toute controverse.

Qu'il nous soit donc permis d'abord, pour procéder avec quelque méthode, d'indiquer rapidement les circonstances qui expliquent le double vocable de léglise, quelle qu'ail pu être, d'ailleurs, l'année positive de sa fondation.

On sait fort peu de chose de la vie des deux saints martyrs , Gervais et Protais; car la lettre aux évoques d'Italie, (pii porte le nom de saint Ambroise, et (jui renferme une grande abondance de détails , se trouvant en contradiction formelle avec celle que ce Père illustre écrivit à sa sœur Marceline, est rejetée par tous les criticiues comme apocryphe, ainsi que le démontrent les Bénénlictins de la congrégation de Saint-Maur, dans le 11^ tome de l'édition qu'ils ont publiée de ses œuvres, en 1080-90. C'est à peine si l'on a pu savoir qu'ils étaient fds de saint Vital, présumé officier des armées impériales, sous Néron, et qui avait lui-même versé son sang pour la foi, à Milan, environ vers l'an G'2. Cela est si vrai, qu'à^Iilan même on n'avait plus, vers la fin du iv*' siècle, qu'un souvenir vague et confus des deux saints. Saint Ambroise, aidé de ce (pi'il put recueillir de ces débris épars de la tradition (|ui les concernait, et surtout éclairé par une lumière instinctive, autant que mystérieuse, se mit sur les

■ fies ilei Siiiiit, l. IV de l'élîl. in-8, p. 4iS.

SAIiNT-GEIlVAiS. S AliNT-TROTAlS. 1 1 ">

traces (lu lieu de leur sépulture, et il acquit ainsi la coiiviclion (|u'elle ne pouvait exister qu'auprès des barreaux qui environnaient le tombeau de saint Naborct saint Félix. Il y fil alors pratiquer des fouilles qui eurent des résultats conformes à ses prévisions. On trouva les corps, et l'idenlitéen fui reconnue par la vérification que diverses circonstances , bien connues d'ailleurs, permirent d'opérer. L'illustre préial se disposait, en ce moment, à consacrer l'église, appelée depuis basilique (iinbroisienne , de son nom. Les fidèles auraient voulu (p;e la cérémonie eût la même solennité que celle de la consécration récente de l'église (les apcilres. C'était aller au devant des vœux de sainl Ambroise. il fit d'abord transporter ces saintes dépouilles dans la basilique de Fauste, puis appelée de Sainl-Vilal el Sainl- Agricole, laquelle élail voisine de celle de Sainl-Nabor. Les reli(pies des ujarlyrs y furent exposées pendant deux jours. Le troisième, qui était le 18 juin de l'an 387 , on les transféra dans la basilique Ambroisienne avec une grande pompe^ el celle cérémonie fui suivie de réjouissances publi(jues, auxquelles toute la population catlioli(pie de la Cité prit part, el elle était en immense majorité, malgré les menées des Ariens qui s'y agitaient auprès de l'impératrice Justine, femnie de Valenlinien le jeune, pour y propager leur hérésie. De ces circonstances dale la célébrité de sainl Gervais el de sainl Prolais. Aussi , est-ce moins par l'apprécialion des actes de leur vie, que par la cerlilude el l'éclal des faits miraculeux qui présidèrent lanl à la découverte de leur tombeau , (pi'à la translation solennelle de leurs corps dans la basilique de Milan, que les deux sainls acquirent celle juste et si légitime célébrité.

Saint Augustin el sainl Paulin assislèrcnl aux cérémonies pompeuses de la translation, qui durèrent trois jours; ils furent témoins oculaires de ces miracles/ ainsi que la foule qui s'y jjressail , el ils en propagèreni bienl()l la connaissance, l'un en Afri(pie*, l'autre dans l'Italie méridionale et dans les Gaules, sa patrie , où il avait conservé de nombreuses relations **. Onand des hommes, donl les hautes lumières el les vertus n'étaient ignorées nulle pari dahs le monde chrétien, allestaienl de

■ C'ilt (le Dieu, liï. .v.vil, cliap. viii. — Coiiftisiuiit, liv. IX, cliap. vu. " Rpil. XWII, à sainl Sévirc-Sulpice.

tels faits, certes, on comprend fort bien qu'il était impossible de les taxer de visionnaires, et qu'on dut avec raison croire à la réalité de leurs récits. Bientôt aussi les reliques authentiques de ces saints martyrs se répandirent, avec leur culte, en Orient et en Occident, mais surtout en France, où plusieurs des cathédrales et des nombreuses paroisses qui s'y érigèrent dans le cours des deux siècles suivans, les adoptèrent pour patrons titulaires. Il suit de là que leur vocable, applicjué à une église de Paris, n'a rien en soi que de très simple et de très naturel; en même temps, l'on se rend mieux compte de la dévotion particulière que saint Germain professait pour saint Gervais et saint Protais. Nous avons vu plus haut que Fortunat qualifiait celte église du titre de basilique, (|u'il ne lui eût certainement point donné , s'il ne s'était agi que d'une chapelle ou oratoire , ainsi que Dulaure le prétend. Ce titre, elle le portait encore au milieu du IX' siècle, et pourtant elle était restée dans toute l'intégrité de son état primitif. C'est ce qui résulte des termes exprès du testament d'Hermentrude*, première femme de Charles-le-Chauve, morte en 869. Son importance est en outre établie par le privilège dont on la trouve dès-lors investie, d'avoir une chapelle baptismale dans l'enceinte de la ville, sous l'invocation de saint Jean-Baptiste, vulgairement saint Jean de Grève.

Tous les historiens conviennent qu'au xi*' siècle l'église de Saint-Gcrvais-Saint-Protais et ses dépendances appartenaient aux seigneurs de Meulan , qui en avaient lait don au prieuré conventuel de Saint-INicaise , situé dans le ressort de leur suzeraineté, leijuel ressortait à l'abbaye du Bec, en Normandie; car le comte Galeran confirma la donation de ses ancêtres par une charte de l'an 1 1 41, où sont spécialement mentionnées les églises de Saint-Gervais et de Saint-Jean, sises in vico dicitur Greva **. Mais il parait que le chapitre de Notre-Dame possédait une portion de ces propriétés, c'est-à-dire du fief dit Moncellnm, d'où provient sans doute le nom de INIonceau-Sainl-Gervais. Ce fief était administré par un Prévôt, ipii percevait les redevances aux(|uelles la cure était tenue envers les chanoines. « On voit, par exemple, dit saint Victor, qu'en 1230, ces rcde-

• Sainl Viclor, Tabl. piu. de Paris, 1. \l de l'édil. in-8, p. 0.-..

■■ Dubreul, Th. des Aiiiii/.de Paris, p. eut; — Saiol-Victor, p. 85S.

SAINT-GERVAIS. — SAINT- l'IiOTAIS. 117

vances consislaienl en un certain nombre de moutons , et qu'eu MHi, les enfans de cliœur recevaient le produit de l'offrande du jour de la fête patronale des saints titulaires^ ainsi que des cerises *. »

Quoiqu'il en soit, le droit de collation ou présentation aux cures de Saint-Gervais et de Sainl-Jean-de-Grève, a appartenu, jusqu'à la révolution de 89, à l'abbé du monastère du Bec.

Il y a tout lieu de croire que l'ancien édifice, auquel on avait affecté la dénomination de basili(|ue, a subsisté jusqu'aux premières années du xiir siècle, ce que pourtant nous n'oserions affirmer. Mais il est très- vrai aussi que l'histoire laisse ignorer si elle avait été agrandie ou rebâtie avant l'an 1212, époque de la première reconstruction qu'elle constate. La dédicace n'eut lieu qu'en 1^20, et pour perpétuer le souvenir de cette cérémonie, une inscription gravée en lettres gothiques sur une table de marbre, fut scellée dans le mur, où elle est toujours restée, à gauche, en entrant par le grand portail , à côté du second pilier de la chapelle Saint-Laurent , sous la tour. En voici la copie textuelle:

« Bonnes gens^ plaise à vous sçavoir que cesle présente église de Messeigneurs sainct Gervais, sainct Proclais, fust dédiée le dimanche devant la fesle de sainct Simon-sainct Jude, l'an 1420, par la main de révérend Père en Dieu maislre Gond)ault, éves(|ue d'Auxerre, et sera à toujours la fesle de lAnnualilé de dédicace^ le dimanche devant la dicte feste S. Simon-S. Jude. S'il vous plaist y venir recommander vos maulx et prier pour les bienfaicleurs de ceste église, et aussi pour les trespassés. Pater nosfer, ave Maria. >•

A répo(iue où commença la reconstruction de l'église, c'està-dire, en 1212, Saint-Gervais se trouva compris dans l'enceinte dont iMiilippe-Augusle venait de faire environner Paris j la population de son territoire, très étendu^ s'était considérablement augmentée, cl cette circonstance motiva le partage {ju'on en fit en deux parties, pour en attribuer une à la chapelle de Saint- Jean-de-Grève, qui, de même que sa mère, devint alors paroisse. Cette séparation avait été préalablement convenue entre l'évèquc Pierre de Nemours, le prieur de Saint-iNicaise de Mculan et

■ Sainl Viclor, p. ii."i:i.

I abbé du Bec, ainsi que le prouve la charte, reproduite en entrer par Malingre*, qui stipule les conditions auxquelles les |)arties contractantes constituent les (Jeux paroisses. On remar- (|ue surtout celle qui impose au curé de Sainl-Jean-de-Grève l'obligation d'accompagner avec croix, bannière, cierges allumés et encensoirs, la procession de Notre-Dame, lorsqu'elle se rendait, par la IMortellerie, à Saint-Paul-des-Cliam])s et à Montmartre pendant les jours îles Rogations. Cette charte se trouve aussi reproduite à la suite d'un très beau missel manuscrit , format petit in-folio, que possède l'église Saint-Gervais.

Les écrivains de nos jours, qui reculent jusqu'au règne de Charles Yl la réédiOcation de Saint-Gervais, n'ont lu, et, en général, ne lisent que Dulaure. Il peut être quelquefois utile de consulter cet archéologue, mais ce doit être avec précaution, car alors même que ses opinions ne le portent pas à altérer ou à déiigiirer les faits, il tombe encore dans d'assez graves erreurs, et cela par la raison que la masse énorme de matières qu'il traite ne lui permet pas de les a[)prorondir : il ne peut que les eineurcr. Voilà pourquoi il est le seul (|ui n'ait placé aucun intervalli" entre la reconstruction de Saint-Gervais et sa dédicace, en i-42(). Personne n'ignore, par exemple, que la basilique de Saint-Germain des-Prés, rebâtie par l'abbé Morard, vers la fin du x"' siècle, ne fut pourtant dédiée pw le pape Alexandre III qu'en 1163. Au reste, Saint-Gervais n'eut pas alors les dimensions qu'on lui irouve aiijourd'ui ; il reçut des augmentations très notables vers 1580, sous le règne d'Henri 111 **. 11 est vrai qu'on eut le bon esprit d'assortir ces ailditions au style ogival ou golhi(|ue de l'édifice, (|ui paraîtrait bâti sans interruption et à une niènie époque, si Jacques Debrosse, architecte, ([ui a construit l'aciueduc d'.4reueil et le Luxembourg, par ordre de la reine Marie de Médicis, n'était venu rompre sa belle unité à l'extérieur. Le portail et la façade, dont il a cru l'orner, l'ont enlaidi et gâté, en ce sens (|u'on pourrait, k son aspect, faire prendre le temple du Seigneur pour un monument profane, si la croix, qui doit être bientôt replacée à son sommet, ne lui restituait une plus digne sigiiifiea-

■ Aiitiq. de la ville Je Pans, p. uT-».

■■ Jaillol, Rtch. hisl. sur Varis, 1. XI (Quart, de la Gti-ïi- , p. 'i". ; —Saint Victor, loc. cil. p. i:»>.

Page 1