‹ Les églises de ParisChapitre 14 sur 39 · SAINT-GERVAIS. SAINT-PROTAIS · texte numérisé non relu

SAINT-GERVAIS. SAINT-PROTAIS

lion. On est toujours tenté, en apercevant les églises copiées sur des modèles payens, de s'écrier avec Berchoux :

ic Qui nous délivrera des Grecs et des Romains ! »

Lejoiirdela délivrance est arrivé pour leur mythologie; elkne se montre plus dans notre littérature... Qtiand donc leur système arcliiteciural sera-t-il exclu des demeures consacrées au culte du Dieu des Chrétiens ?

Le 24 juillet lOlG, LouisXIII posa la première pierre de la façade devant la(|uelle on s'est tantextasié. 11 pourra paraître curieux de mettre en regard des admirations outrées, qui semblaient se iransmellre de main en main, sur celte œuvre, depuis plus do deux siècles, l'opinion qu'on s'en forme aujourd'hui, au point tie vue des convenances architectoniques, appliquées aux monumens de l'art chrétien. «Onaheaucouplropvanlé, selon nous, to portail de l'église Saint-Gorvais, et pas assez remarqué l'église elle-même, qtiiest un modèle de rarchileclure sarrazine... Quels rapports trouver, en iffel, entre les trois ordres (|ui le composenl, dorique, ionique, corinthien, et les voùles aiguës, les arceaux à nervures, les fenêtres à rosaces et les clefs pendantes de l'église intérieure? Autant vaudrait une statue gothique que surmonterait nn casque grec ou romain. Malheur aux monumens (|tii subissent tous les caprices de la mode; faits pour le siècle (pii les a vus naître, ils en forment un trait distinctif^ et doivent rester cequ'ilssont :de pareils Iravestissemenslesdéshonorent...; mais la partie de Sainl-Gervais, la plus intéressante pour l'histoire de l'art, est la chapelle de la Vierge; c'est là qu'on remarque des arcs (pii, portant en l'air sans toucher aux voûtes, dit Sauvai, soutiennent une couronne qui a trois pieds et demi de saillie el six pieds de diamètre. L'habileté des Jaccpiet , sculfiteurs du temps, a décoré cette couronne dornemens déliés, rairinés, co- <|uels, dont on ne peut se défendre d'admirer 1 audace et la légèreté. Or, celte curieuse chapelle était restée, comme la plupart de nos églises qu'on a cru restaurer en les grallant, blanche^ nue, fjlaciale. Dans ce moment on la restaure avec le plus grand soin; M. Delorme représentera dans les compartimens, non sur toile, mais sur les murs mêmcT;, des sujets euqMiuilés à l'histoiic; de la Vierge; les voùles sont peintes en bleude-cicl , et les

120 LES ÉfiMSES DE PAKIS.

nervures, rehaussées d'or, se découpent à merveille sur un l'ond clair *. »

Les prétendus embellissemens de Debrosse ne s'arrêtèrent pas à la porte; ils se glissèrent dans l'intérieur et s'emparèrent de plusieurs pièces d'ornementation , entre autres, d'un autel de la chapelle des fonts baptismaux , où Ton eut la singulière idée de reproduireavec exactitude, mais sur une petite échelle, la figure du portail grec. Une somme de 24,000 fr. , pour couvrir la dépense d'un bel autel en marbre, a été votée par le conseil municipal, ainsi que les fonds nécessaires pour l'exécution d'une statue de la sainte Vierge, destinée à cette chapelle.

Il existe aussi, dans un des bas-côtés de l'église, une chapelle secrète attenant à celle de Sainte-Anne, qu'on nomme chapelle dorée , à cause des divers ornemens sur bois qui la parent et qu'on a fait dernièretnent redorer avec beaucoup de soins. Ce morceau vraiment remarquable a la forme d'un caveau sépulcral , éclairé par le faite d'une galerie vitrée. Les parois de cette chapelle sont entièrement recouvertes de petits panneaux en bois, ornés de peintures d un travail très curieux, qu'on présume être du xvii"^ siècle. Tous les actes les plus merveilleux de la vie du Christ y sont représentés dans un style d'une suave originalité. Dans ces peintures , qui décèlent toutefois la naissance de l'art, on distingue surtout Jésus-Christ prêchant dans le temple en face de la porte. Le Christ au tombeau, formant le devant d'autel, ainsi que la résurrection du Sauveur, dans le fond à gauche. On n'a aucune donnée sur le fondateur de cette chapelle, et le nom de l'artiste qui l'a décorée est resté complètement inconnu.

L'église de Saint-Gervais-Saint-Protais a eu le bonheur de conserver intactes toutes ses reliques, savoir : celles des deux premiers titulaires, de saint Anibroise, desniut lloch et de saint Sébastien; et, en objets d'arts, ses magnili(|ues vitraux peints par Pinaigrier, artiste renommèen ce genre, ainsi que plusieurs anciens tableaux, parmi lesquels un do Pèrugin et un autre d'Albert Durer. Dans les tableaux des grands maîtres(|u'ellea perdus, on doit regretter surtout ceux de Lcsiicur: Un portement de croix; Je'Mi.s-C/irisl nu tond/eau; saint den'ais et saint Prntais refu-

* J. (If s IhhillS Un 21 HoAt IK4S.

Page 1