SAINT-MCOLAS DES-CHAMPS
Au xvi" siècle, d'autres travaux furenl entrepris pour élargir l'église; les chapelles furent ciiangées en nefs collatérales, d'autres chapelles les remplacèrent, et, au milieu du même siècle, l'église de Saint-Nicolas avait une largeur à peu prés égale à sa longueur; les cinq nefs en faisaient un édifice régulier, moins la disproportion (jue nous venons de signaler.
Les additions successives faites à cet édifice semblaient enfin devoir suffire aux nombreux fidèles qui en peuplaient les abords ; l'art chrétien du moyen-âge avait présidé à l'ensemble et aux détails; le style ogival en était le caractère; toute cette partie subsiste encore, et le grand portail qui s'élève sur la rue Saint- Martin mérite l'attention de tous les vrais amis de l'esthétique religieuse. Son aspect général présente un pignon irès-élevé (juaccompagnent, à droite et à gauche, deux autres pignons d'une hauteur moins considérable. Le pignon central est percé d'une porte dont le seuil, élevé sur plusieurs marches, a dix pieds, ou trois mètres trente-trois centimètres, entre les deux montans; le contour de sa voussure très-ogivale est orné de niches délicatement fouillées, dont les figures, qui en faisaient l'ornement, ont disparu. En dehors de la voussure s'élèvent, de chaque côté, de plus grandes niches veuves de leurs statues; elles sont surmontées de baldaquins pyramidaux d'une très-élégante sculpture; un rinceau de feuilles de vigne couronne ce portail en alfectant la forme d'un arc allongé dont les flancs sont renlrans; le sommet trèsaigu de cet arc présente un lion accroupi, et chacune des bases de l'arc a pour support un crocodile et un griffon; au-dessus de celle baie est un grand vitrail à meneaux, tandis que les pignons collatéraux sont percés d'une petite rosace; le clocher s'élève à la droite du spectateur; il est carré à deux étages, et chaque face est percée de deux grandes baies ogivales; il se termine en terrasse bordée d'un parapet trèfle à jour; sa hauteur est d'environ trente-deux mètres. Nous aurons à revenir sur la partie descriptive, en faisant l'histoire de l'agrandissement.
En l'an 1560, le territoire de cette paroisse, qui s'étendait dans une partie du Marais, se couvrit de nouvelles habitations; les marguilliers, prévoyant que celle progression incessante rendrait encore leur église insuirisanto, résolurent de l'agrandir de telle sorte qu'on n'eût plus à craindre l'inconvénient d'un
i'M LES ÉI.LISES DE PARIS.
cdilice trop resserré; celle délermi nation ne fait-ello pas l'éloge (le ces populalions du xvi' siècle, qui plaçaient à la têle de leurs devoirs l'exaclilude à venir, au moins les dimanches et les lètes, rendre à leur créateur, dans ses temples, lliommage de li.'urs adorations et de leur reconnaissance? Qu'est-ce qu'une philosophie qui tend à isoler la créature intelligente de Timel- LiGENCE suprême, et à la rabaisser vers la matière? Non, ce n'est point la sagesse, même sous l'aspect rationnel, et les siècles antérieurs au xviii'' et au xixe furent ceux de la philosophie, digne d'en porter le nom, parce qu'ils furent religieux. Il fallait, avons-nous dit, une vaste église aux paroissiens de Saint-Nicolas^ vers la fin du xvi" siècle; mais il fallait aussi un terrain pour les nouvelles constructions qui devaient plus (|ue doubler l'enceinte sacrée. Le prieuré de Saint- Martin-des-Champs fut obligé de céder l'espace nécessaire; un arrêt du parlement, en date du 24 juillet 1574, condamna les moines du prieuré royal à faire cession d'un terrain de vingt toises, en longueur et en largeur, moyennant la somme de sept mille francs d'indemnité que dut solder la fabricpie. On se mit sur-le-champ à l'œuvre.
L'architecte qui dirigea cet importanttravail nous est inconnu, mais son nom, qui à cette époque était environné probablement d'une auréole de gloire, ne mériterait pas aujourd hui des éloges bien flatteurs. En un temps où l'on exaltait ce qu'on nommait la Renaissance, le style ogival de la vieille église était injurié sous le nom de gothique. Le plein-cintre était seul en possession du sulTrage universel ; l'architecte pouvait-il résister à l'entraînemenl enthousiaste de son époque? Aussi il n'hésita pas à souder à la partie ancienne une ordonnance qui devait si malheureusement contrasier avec elle; le style doritpie fut accolé au gothi(pie des xiv*' et xv^ siècles; la hauteur dos nouvelles arcades à |)lein-cintre surpassa de plusieurs pieds l'élévation des ogivales; aucune transition ne fui ménagée, et elle pouvait facilement, du moins en parlie, dissimuler la dis|)arale; il ne fallait, pour obtenir ce résultat, que construire encore deux travées ogivales, former un transsept, et, à partir de cette croisée, élever le nouveau chœur et les collatéraux correspondans, selon le système dori(]ue. INéanmoins, nous devons être justes envers l'auteur de cet agrandissement architectural; malgré le carac-
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1ère gréco-romain qu'il voulut imprimer à son œuvre, il éleva ses nouveaux piliers-colonnes sans chapiteaux, et, pareils à ceux (le la partie ancienne, ces piliers montaient sans interruption jusqu'à la naissance de la voûte; il n'avait donc pas complètement abjuré le sentiment des convenances monumentales; mais le dix-liuilième siècle^ parvenu à l'apogée de l'engoûment pour le style de la prétendue Renaissance, voulut y meltre son cachet. On dit que c'est vers le milieu du règne de Louis XV, époque trop fameuse par une dépravation systématique du bon goût dans les arts^ que le malencontreux restaurateur coiffa d'un énorme chapiteau tous les piliers de la partie construite en 1576, et aplatit, en forme de pilastre cannelé, le fût de la colonne engagée qui montait jusqu'à la naissance de ia voûte. La plupart des piliers anciens virent hacher les colonnettes groupées dont ils étaient flanqués. Enfin, en 4794, les clefs pendantes qui ornaient les points de jonction des nervures de la grande voûte, dans toute sa longueur, furent sciées; une scule^ placée au-dessus du maitre-aulol, écha|tpa à ce vandalisme; chacune de ces clefs était un groupe de trois anges portés sur un cul-de-lampe.
L'adjonction architecturale de 1576 constitue aujourd'hui la majeure partie de l'édifice, et l'accessoire en est le principal; une porte latérale du côté du midi, dans la portion moderne de l'église, y donne entrée ; ce portail secondaire s'harmonise avec le style du xvi"' siècle, et, par consé(|uent, est dans la plus parfaite dissonance avec le portail dont nous avons fait la description; mais, considéré en lui-même, c'est un des plus riches morceaux de sculpture qui existent à Paris ; les monlans en sont décorés de quatre pilastres cannelés que couronnent des chapiteaux corinthiens supportant une magnifique corniche surmontée d'un fronton; la porte de menuiserie en chêne n'est pas d'une moindre beauté. Nous copions Sauvai : « Elle est toute chargée de feuillùmes, d'oiseaux, de sirènes, taillés avec une délicatesse incroyable et merveilleuse, sans embarras ni confusion, et d'une manière fort facile; c'est le chef-d'œuvre de Colo et la porle la plus belle et la mieux ordonnancée de Paris. » L'atlique du portail est chargé d'une inscription en lettres d'or sur marbre noir; elle fait connaître la date de l'agrandissement de l'église au seizième siècle. Nous croyons devoir la donner dune manière tixluelle :
l'^fi LES ÉGLISES DE PARIS.
Anteriore templi liuj us parte a Roberto Gall. reg. 37. D. O. M. D. D. Joann. évangel. Nicol. in suburb. ad reg. œdes constr. in parroch. erecta: posterior hœc pnp. iirb. tandem, infl. et sub. mod. aucto S. D. ext. recep. anno restit. .<!al I57<> lept. id. jul. Henr'ici III Gall. et Pol. reg. 2.
Voici aiainlenant l'inscription dans son inlégrilé grammalicalc :
Anteriore templi hujus parte a Boberto Galliœ rege 37", Deo optimo, maximo, di\>is Joatmi ei>an(jelistœ., Nicolao in siihurbio adregias œdes constructâ in parrochiam erectd : posterior hœc populo urbicano tandem influente et iuburbio modo aucto, sacris dicundis extrui recepta, anno restitutœ salutis 1576, septimo IdusJulii, Henrici III, Galliœ et Poloniœ régis, secundo.
« La partie anlérieiire de ce temple (le grand portai! et les arcades ogivales) ayant été bâtie par Robert, trente-septième roi de France, auprès de sa demeure royale, dans le faubourg, en l'honneur de Dieu très-bon et très-grand, sous l'invocation des saints Jean l'évangéliste et Nicolas, et ayant été érigée en paroisse. Comme le peuple de la ville affluait dans ce ipiartier, et <|ue le faubourg en peu de temps s'était accru, on se mit de nouveau à l'œuvre pour construire cette autre partie, afin d'y célébrer les saints mystères, l'an de grâce 1576, le septième jour des ides de juillet (c'est à-dire le 9 de ce mois) la deuxième année du règne de Henri III, roi de France et de Pologne. »
Les deux niches pratiiiuées entre les deux pilastres latéraux étaient ornées des statues des deux saints patrons de l'église. Les vandales de 98 les brisèrent, cl c'élaientdeux chefs-d'œuvre. On travaillait encore à cette porte au commencement du siècle dernier. C'est encore ici un objet d'art qui n'olFre rien de frappant, au premier coup-d'œil, mais qui mérite singulièrement l'attention de l'amateur éclairé. Cette vaste église, ipii a une longueur de 280 pieds métriques horsd'œuvre sur 1 \'l de largeur, ne présente rien d imposant à l'extérieur, malgré ses vingl-cin(| grands vitraux et ses nombreux arcs-boulans. Klle est comme ensevelie dans une masse de hautes maisons qui l'étreignent de toutes parts, et ne laissent un peu de jour qu'à ses deux portes principales. Le presbytère dérobe aux regards un riche entablement gotlii(|ue et plusieurs balda(|uins on dentelle de pierre, ipii dé-