‹ Les églises de ParisChapitre 19 sur 39 · SAINT-NICOLAS-DES CHAMPS · texte numérisé non relu

SAINT-NICOLAS-DES CHAMPS

corent les parois de l'anlique collatéral du raidi. C'esl bien, sans contredit, sous ce rapport, l'église la plus maltraitée de la capitale, et le xix°' siècle se montre plus respectueux envers les tabernacles du Dieu vivant, auxquels on n'adosse plus des bâtimens profanes. Et pourtant que gagnent dans cet isolement les temples pagano-chrétiens de Saint-Denis, au Marais, de Notre- Dame-de-Lorelte, et même le Partliénon de la Madeleine? ne serait-on point tenté de leur souhaiter, pour l'honneur de l'art chrétien , un voile solide et impénétrable de pierre?...

Après avoir franchi les marches du portail gotlTuiuede l'ouest, se présente un porticpie d'une rare magnificence de menuiserie sculptée. Il est vrai que ce tambour est une moitié de la belle tribune de l'orgue. De ce point se déroule l'aspect de la grande nef, avec sa voûte élevée de vingt mètres, et qui , du moins, n'ollre point de divergence archilecturale^ quoique une de ses moitiés soit de construction moderne. Il n'en est pas malheureusement ainsi des piliers et des arcades dont les douze premières sont du style ogival , et les (jualorze autres du style (lori(|ue. C'est ici que la disparate frappe d'une manière fort désagréable les yeux les moins exercés; aucun verre de couleur n étincelle dans ses vingt-cinq hautes et larges fenêtres ii meneaux, qui très-cerlainement en furent primitivement garnies; il faut en excepter quelques bordures de verre colorié de très mauvaise facture. A la distance de six mètres du rond-point ou héniicycle de l'abside s'élève un grand rétable formé, pour le premier ordre, de ([uatre hautes colonnes de marbre; elles supportent un second ordre composé de pilastres corinthiens surmontés d'un fronton couronné d'une croix dorée. Deux tableaux de Simon Vouel décorent le centre de ces deux ordres. Laissons parler Piganiol de la Force dans sa Description de Paris :

« Le grand autel est d'une ordonnance belle et ingénieuse, et consiste en deux ordres d'architecture : dans le milieu du premier est un tableau où l'on voit les apôtres, dont les uns regardent et fouillent dans le tombeau de la Vierge, pendant que d'autres, avec des regards empressés, cherchent son corps autour du tombeau, et (jue d'autres enfin lèvent les yeux au ciel pour voir s'ils ne l'apercevront point dans les airs. Les uns sont pénétres de douleur de l'avoir perdue, et d'autres sont ravis de joie de la voir monter au ciel. Dans le second ordre est un autre

tableau où l'on voil la Vierge qui monte au ciel et qui est environnée d'une gloire d'anges. Deux anges de stuc, placés aux deux extrémités de la première corniche , semblent , par leurs altitudes , avertir les apùtres de l'assomption de la Vierge. Sur le fronton du second ordre d'architecture sont deux autres anges qui tiennent en muiii une couronne, et qui paraissent dans une impatience infinie de la lui mettre sur la tète. Ce tableau est de Simon Vouet, et un des plus beaux qu'il ait jamais faits. Quant aux anges, ils sont de Sarrazin et dignes de la réputation qu'il s'est faite par ses ouvrages.»

Comme on voit, toute celte ordonnance tend à consacrer l'alliance de la peinture avec la statuaire et la sculpture. La seconde face de ce grand rétable isolé imita la première, si ce n'est qu'au lieu de colonnes supportant l'attique, ce sont ici des pilastres crénelés. Au centre était un tableau de Saint-Charles communiant (es pestiférés de Milan. Il fut peint, sous Louis XV, par Godefroy, spécialement [lour l'autel de la Communion, qui est adossé à cette face du rétable. On l'a remplacé fort mal à propos par un tableau médiocre représentant la Cène , et le tableau de Saint Charles n été relégué dans une chapelle où il perd beaucoup de son mérite. Le centre du second ordre est décoré d'un tableau représentant le Père Eternel, par le même Godefroy. On peut connaître à peu près la date de l'érection de ce retable, en rappelant que Simon f^ouet mourut en 1649 et Sarrazin en 1660. La seconde face, dont nous venons de parler, fut restaurée à neuf en 1775, sur les dessins de Boulland cl A' Antoine.

Ce monument, intrinsèquement précieux, est-ilà sa place? Ne mas(iu('-t-il pas l'abside (pii, par les soins de l'architecte de la Renaissance, s'arrondit à I extrémité orientale de la longue nef.^ Un autel sans rétable, placé au centre de cette abside, ne seraitil pas d'un clfet [)lus noble, et surtout ne laisserait-il pas à lœil la perspective de riiémicycle? il ne faut, pour répondre aflirnialivemont, que posséder le sentiment d'harmonie monumentale (pii est inné à tout observateur.

l'armi les autres objets (jui peuvent mériter mention dans la grande nef, nous pouvons classer : 1" l'orgue qui est de la facture du célèbre Cliquât, auteur des orgues de Notre-Dame cl de Saint-Sulpice. Ce magnifique instrument, organum , est des plus complets; la boiserie de son biilfel est une des plus belles

s VINT-NiCOLVS DES-CHAMPS. I^^'.^

fie Piiris; 2» les deux vanleaux de fer t|ui forment la principale entrée du chœur, exécutés en 1775, sur les dessins de Bauland; 3» la chaire qui, à la vérité, ne remplace pas l'ancienne, que l'on regardait comme une des plus remarquables de la capitale. Cette dernière fut vendue pour quelques assignats à un menuisier, qui la détruisit 5 4° le banc-d'œuvre, s'élevant entre huit colonnes doriques, et figurant un-arc-de triomphe. Un second banc-dœuvre pour lesniarguilliersde la confrérie du Saint-Sacrement avait pour dossier un des plus magnifiques ouvrages de serrurerie, exécuté par Lucotte. Il disparut dans le gouflre de 93, pour faire place à un nouveau qui est très-ordinaire.

Celte grande nef est ceinte de deux autres séparées par des colonnes. Le nombre total de celles-ci, pour toute l'église, en y comprenant celles qui sont engagées à l'entrée des chapelles, est de quatre-vingt-dix-huit, dont chacune porte un numéro d'ordre, en chiffres romains. Parmi celles-ci^ quelques-unes , dans l'ancien collatéral droit, ont conservé leur style et leurs chapiteaux gothi(iues. L'église, que nousdécrivons, présente donc cinq nefs développées dans tout le pourtour, comme à Notre-Dame, à Saint-Eustache, et , en partie à Saint-Séverin^ Saint-Germainl'Auxerrois et Saint-Merry. Les chapelles de cette église, en y comprenant l'édicule de la porte latérale^ correspondent aux arcades, et sont, par conséquent, en même nombre.

Le grand charnier, que nous venons de mentionner, peut être considéré comme une petite église en dehors du plan général; celle-ci a ses trois nefs. Six piliers isolés et quatorze engagés soutiennent ses voûtes à nervures, dans le goût gothique. Il remonte au xv™« siècle. On y entre par la chapelle de l'exlrémilé occidentale du collatéral méridional. Un éclaircissement sur les charniers ne sera point ici déplacé. Le nom qu'on leur donne en indique la destination primordiale. Il siiffil de se rappeler qu'anciennement tous les cimetières étaient autour des églises. Les restes des fidèles étaient sous la protection de la Foi. Le terme de cimetière est d'ailleurs un mot tout-à-fait catholique; il signifie dortoir , parce qu'en effet les corps y dorment en attendant la résurrection générale. On aurait regardé comme une profanation de laisser errer sur le sol les osscmens extraits des ibsses; on ménageait donc auprès des églises un local destiné à les recevoir, et ce local était le Charnier. Durand, évoque de

Mende , au xiii""' siècle, nous apprend, dans son RationaJe , (Hi'on enterrait aussi quelquefois dans les charniers : In voltls ecclesiœ exterlùs adhereniibus, » dans des voûtes extérieurement adhérentes à l'église. » Il y avait donc trois degrés de sépulture chrétienne : 1° l'intérieur de l'église; 2° le charnier; 3° le cimetière. On donne aujourd'hui le nom de charniers à des salles attenantes aux églises, et dans lesquelles se font les catéchismes et d'autres exercices pieux.

Ces chapelles sont décorées de tableaux, dont quelques-uns sont dignes de fixer l'altenlion.

La chapelle de la sainte Vierge est au sommet de l'édifice et a une profondeur plus considérable (jue les autres édicules. Une statue en marbre blanc y représente Marie et son divin fils. Elle fait honneur au ciseau de Delaistre , qui la fit en 4817. Le roi Louis XVIK en gratifia cette paroisse.

En redescendant vers le grand portail , la troisième chapelle est enrichie d'une Descente de croix, par Sébastien Bourdon.

Enfin la grande chapelle, à gauche du grand portail, oflre au centre de son rétable , qui fut celui du maitre-aulel de Saint- Benoit, rue Saint-Jacques, un charmant tableau de Noël Halle, qui le fit en 1775. Il représente le divin Sauveur accueillant et bénissant les petits enfans.

Un grand nombre d'autres tableaux, dont quelques-uns ont été donnés par la ville de Paris , se font remarquer dans ces nombreuses chapelles. Ceux-ci ont figuré dans les expositions, depuis 1824 jusqu'à 1828. Ce sont : le Christ au Jardin des Olives, par Rouget; Jésus portant sa croix^ par Coûtant ; !a Résurrection de Lazare, par Souchon ; l'Education de la Vierge, par Dassy ; un Repos en Egypte, par Cuminade ; mm saint Etienne, diacre, par Léon Cogniet.

Aucun monument funèbre n'existe dans celte église. Quelquesuns s'y faisaient remaripier avant la révolution. Sur le pilier central, qui est en face de la chapelle de la Vierge et sur lequel viennent se reposer toutes les ramifications des nefs collalérales, était un petit monumcnl en marbre, composé d'un génie tenant en main un médaillon de la femme de Laurent Magnicr. sculpteur célèbre, auteur du tombeau du chancelier d'Aligre, dans l'église de Saint-Gcrmain-l'Auxerrois. Dans la seconde chapelle,

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