SAINT-NICOLAS-DES-CIIAMPS
à droite, en enlrant pnr le grand portail, on admirait un squelette en marbre blanc, sur le tombeau de la famille de Montmor. La troisième chapelle, à la suite de ctîlle-ci, était enricliie d'une pyr.miide funéraire en marbre noir élevée sur les sépultures de la maison de la Briffe. Dans la chapelle^ cpii est la seconde après celle de la Vierge, en redescendant vers le grand portail, on voyait une niche de marbre noir qui offrait le buste, en marbre blanc, du célèbre Gassendi.
Plusieurs chapelles sont dallées de lombes chargées d'épilaphes. Nous ne pouvons ici les transcrire , mais nous devons nommer les personnages illustres dont les cendres reposent dans les caveaux de cette église :
1° Guillaume Budé, né à Paris en 1467, fut un des plus iiabiles de son temps dans les langues grecque et latine. On a de lui plusieurs ouvrages. Il fut prévôt des marchands, et mourut le 23 août 1540; son corps repose dans l'ancienne chapelle de Sainte-Geneviève, aujourd'hui de Saint-Nicolas ;
1° Pierre Gassendi , né à Chantersier, diocèse de Digne , en 1592, mourut à Paris le 24 octobre 16 4G. Il était chanoine et prévôt de la cathédrale de Digne, et professeur de mathématiques au Collége-Iloyal, aujourd'hui Collège de France. Il a laissé six volumes in-folio sur l'astronomie, et plusieurs ouvrages de philosophie ;
3° Louis-Victor de Rochechouart, duc de Mortemar et de Vivonne, prince de Tonnay-Charenle, maréchal de France, est enterré dans la chapelle de Saint-Jean-Bapliste, à gauche du maîtreautel ; il mourut le 15 septembre 1688. A côté de lui est le corps de son épouse , Antoinette-Louise de Mesmes , décédée le 10 mars 1701 ;
4° Henri de Valois, historiographe de P'rance , et son frère Adrien de Valois, sont inhumés dans celte église. Le premier mourut en 1676, le seconden 1692. Ces deux personnages sont très connus par leurs œuvres d'érudition ;
5° Madeleine de Scuderi , née au Havre, en 1607 , sœur de Georges de Scuderi, dont Boileau a dit :
Bienlieureux Scuderi dont la fertile plume
l'eut, tous les mois, sans peine enfanter un volume.
Elle mourut à Paris te 2 juin 1701. Ses ouvrages nombreux sont des romans, tels (|uo i\rtamène, Clélie, etc.;
G" Francisque Mile ou Milet, professeur de l'Académie rojnîo de peinture, mort à Paris en 1680. Il est auteur de plusieurs tableaux d'un grand mérite. Il fut d'abord enterré dans le cimetière, puis dans un caveau de l'église.
Nous ne mentionnons pas Tliéopliile de Viaud, fameux poëte de son temps et aujourd'hui oublié. Il était né en Agenois, vers l'an 1590. Il mourut ciiez le duc de Montmorency , un des nobles paroissiens de Saint-Nicolas-des-Cliamps ; il fut inhumé non dans l'église, mais dans le cimetière de la paroisse.
Plusieurs laiseursou compilateurs de livres poriatifs, sous les noms de conducteur dans Paris^ etc., font enterrer dans Saint- Nicolas, Ammien Marcellin, païen, mort en 390, auteur d'une histoire de Julien l'Apostat. L'anachronisme est trop absurde pour être sérieusement réfuté. Nous en faisons connaître 1 origine dans notre grande Notice sur l'église et la paroisse de Saint- Nicolas-des-Champs.
Parmi les faits hislorii|ues, nous devons retracer un de ceux qui honorent le plus la piété des habitans de celte paroisse. La fête solennelle du Saint-Sacrement, connue sous le nom de Fête- Dieu, était à peine établie dans l'Église universelle,, qu'une confrérie se forma, en son honneur, dans la paroisse deSaint-Nicolas-des-Champs. En effet, la bulle du pape Jean XXII^ qui, eonflrmanl celles de ses prédécesseurs, institue définitivement cette grande solennité, est de l'année IJMG, et la confrérie dont nous parlons est mentionnée dans un manuscrit sur parchemin (|ui remonte en Tan 1300. On y lit ces paroles : « Nous, les maislres elgoverneursdela confrariedu Sainct-Sacremenl de l'autel, fondé en l'église de Saincl-Nicholas-des-Champs, à Paris, de tel et si long lem()s que il n'est mémoire comment ne du contraire...ctc » Ce manuscrit existe dans lesrtrc/?/i't',y n'a rf>r««»îe. el il nous a été permis de le compulser ainsi (|u'un Missel manuscrit, de la même époque^ etcpii appartenait à celte paroisse. Il faut donc convenir (juc celte confrérie est sinon la plus ancienne, du moins une de celles (|ui peuvent se glorifier de la plus haute antiquité, comparalivement à la date de l'institution de la fêle elle-même.
Sous le régne de François It existait une coutume dont l'origine est plus ancienne. Le G décembre, fête de saint Nicolas, les enfans dcclueur deNotre-namcse rendaient à Saint-Nieolas-des-
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Champs, pour y chanler l'office. On sait que ce ponlife illustre est regardé comme le patron des jeunes garçons. Chemin faisant, dit la chronique, ces enfans jouaient, le longde la rue Saint-Martin, de petits drames que l'on nommait facélies. Il paraît qu'en 1525 il s'y commit de graves excès (pie l'on doit imputer aux malveillans qui se mêlèrent parmi les enfans de chœur. La cour dut porter plainte, mais le chapitre de la cathédrale y mit bon ordre, et par la suile, cela se borna à un salut que les chapelains et les chantres de Notre-Dame allaient chanter avec lesdits enfans à Saint-Nicolas-des-Champs. Sous Charles V, les petits écoliers habillaient un d'entre eux en évêque, le jour de Sainl- ÎSicolas , et le promenaient par les rues, avec autorisation du Parlement. Mais pourquoi les enfans se placent-ils sous le patronage du saint évêque de Myre? Une ancienne légende raconte le trait suivant : Saint Nicolas voyageait dans son diocèse do l'Asie; il entre un jour dans une hôtellerie, et il lui est miraculeusement révélé que l'hôtesse avait tué trois enfans dont elle avait mis les corps à saler dans un baquet. Saint iNicolas se fait représenter l'horrible vase, et, faisant sur ces trois jeunes victimes le signe de la croix, il les rend à la vie. C'est pourquoi dans les tableaux et images, on voit constamment figurer saint Xicolas opérant ce prodige.
L'église orientale, qui professe la plus haute vénération pour saint Mcolas de Myre, rappelle un trait qui a quelques rapporis avec la légende européenne. Voici la traduction de la slropl'.c d'une hymme (|uo les Grecs chantent le jour de sa fête :
'• Embouchons la trompette, faisons retentir nos cantiques joyeux pour célébrer ce grand jour... Rois et princes, accourez pour vous joindre à nos concerts. Que tous exaltent le divin Père qui, dans un songe terrible, avertit les rois pour délivrer Irois innocens condamnés à la mort ». Les matelots en danger invoquent encore saint Nicolas, et l'église que nous décrivons possède un tableau (]ui retrace des marins au fort d'une tempête, et saint Nicolas leur apparaissant et les délivrant du danger. Aussi, dans la même strophe, les Grecs lui adressent cette prière : « Célébrons C(! grand pasteur, célébrons-le, car il est notre médecin dans nos maux, notre intercesseur dans nos iniquités, noire trésor flans l'indigence, notre consolateur dans nos misères, notre compagnon dans nos voyages, notre pilote sur les Ilots de la mer,
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disonsà sa louange : 0 très-saint Nicolas, délivre-nous de la nécessité présente, et, par tes prières, sois le sauveur de ton troupeau. ))
Parmi les curés de Saint-Nicolas-des-Cliainps, nous citerons Jean Dupont, installé en 1005 , sous le règne de Henri IV. C'est par son zèle que s'éleva le couvent des Madoloneltes, qui offrait un refuge de repentir aux Ceniuies de mauvaise vie, et Claude Joly y qui, en 1065, devint évèque d'Agen. On a de lui huit volumes de prônes et de sermons très estimés.
Un dernier l'ait mérite d "être rapporté au moment où toutes les églises de la capitale étaient livrées à la profanation, sous le régime révolutionnaire, celle de Saint-Nicolas-des-Champs, tjui était devenue le temple du ridicule et sacrilège cullede lu Théuphilantropie, s'ouvrit au culte catliolique, le A octobre 1795... La date est digne de remarque. A la fin de 1799, l'église deSainl- Sulpice était encore le temple de la Déesse de la Victoire.
Saint-!Nicolas-des-Cliamps tsl la cure du sixième arrondissement municipal de la ville de Paris, et la population de sa paroisse, dans ce quartier si animé, s'élève au-dessus de cin(|uaiUe mille âmes.
Ce précis historique et descriptif n'est qu'un abrégé de la Notice que nous avons publiée en 1841, et qui est l'histoire et la description complètes de l'église et de tout l'arrondissement paroissial, y compris ses anciens établissemens, tels que Sainl- Martin, le Temple, Sainte-Elisabeth, les Madeionettes, etc., etc.
L'abbé PASCAL,
Membre corrospondanl du Comilé historique des Ans ei Mouunieiis près le iiiinislére de l'instruiiioii pulique, etc.