S.-EUSTACHE
Au milieu d'une foule de monumens pour lesquels aujourd'hui l'admiralion est unanime, l'église de Saint Eustaciie , le seul chef-d'œuvre peul-êlrequi soit le produit d'une époque de transition, a vu bien souvent contester son mérite, et a bien souvent été en bulte aux attaques à la fois les plus violentes et les plus déraisonnables^ avant de jouir de celte gloire qu'enfin aujourd'hui personne ne songe à contester. Nous ne voulons pas donner d'autre prouve de ces attaques que le jugement prononcé par lin homme recommandable pourtant, mais entraîné par l'engouement de son époque, pour l'art grec, à nier le mérite de notre architecture gothique. Ne pouvant pardonner à SaintEustache de ne devoir qu'aux souvenirs de celte dernière école ce caractère de grandeur, cette élégance sévère qui seuls conviennent au Christianisme , à l'élévation de ses dogmes et à la magnificence de ses cérémonies. Germain Brice, car c'est lui que nous citons, s'exprime ainsi :
« Les voûtes de Saint-Euslache sont élevées, et l'on peut dire que l'on n'a rien négligé pour la perfection de cet ouvrage, que la chose principale, à savoir, le dessin et la régularité, <|ui y sont très mal traités. L'architecle y a fait paraître une horrible confusion du gothique et de ranti(|ue, et a tellement corrompu et massacré l'un et l'autre, pour ainsi dire, qu'on ne peut rien dé-
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couvrir de régulier el de supportable; ce qui fait que l'on doit plaindre avec raison la grande dépense que l'on a faite dans celle fabrique, sous la conduile du misérable maçon qui en a donné les dessins. »
Il faut avouer que la passion la plus ardente el la plus exclusive pour une école ne saurait excuser de tels blasphèmes, et si le génie ne succombe pas sous de tels coups, s'il ne renonce pas à créer des chefs-d'œuvre pour une époque si pou intelligente, il faut que la gloire^ celte magique déesse , exerce sur ses adorateurs une puissance bien souveraine. Mais laissons ici la question d'art, sur laquelle nous aurons à revenir plusieurs fois, pour nous occuper de l'histoire de Saint-Eustache.
L'église de Saint-Eustache, comme paroisse, date des premières années du xiii'^ siècle. On n'a pu jusqu'à ce jour rien trouver de positif soit sur l'époque précise de sa fondation, soit sur les motifs de sa consécration, sous le vocable de saint Eustache. Voici ce que nous avons découvert de pins certain au milieu de toutes les opinions diverses qui ont été émises à ce sujet.
Dans les vingt dernières années du xii' siècle, la population de Paris s'était portée avec une telle alïluence vers Montmartre, qu'un bourg considérable s'y était fondé, et s'appelait le Nouvoaubourg-Saint-Germain-l'Auxerrois. L'église de ce nom, ne pouvant plus contenir ses nouveaux paroissiens, autorisa la fondation de deux chapelles ; 1 une d'elles fut dédiée à sainte Agnès, et, si l'on en croit une légende admise par quelques historiens, et repoussée par d'autres, son fondateur, nommé Jean Alais, l'un desiraitans de cette époque, avait accompli cette œuvre « en satislaclion d'avoir été l'auteur de rinq)ùld'un denier sur chaque panier de poissons (jui arrivait aux halles. » Quoiqu'il en soit , on trouve celte chapelle désignée dans une charte du nlois de février 1213 , sous le nom de Nova capelta sanctœ Agnetis, et dans une charte de décembre 1210, on trouve cette nouvelle désignation : Çapella sanctœ Agnetis quœ tuiic recens erecta postea fuit parocchia sancti Eustacliii. Dès l'année 1210, l'église Saint-Eustache existait donc déj;i, et il n'est guère permis d'en douter, (|uand on retrouve dans l'enceinlede Philippe- Auguste, achevée en 1211 , la porto la plus voisine, désignée sous le nom île Porte Saint-Eustache. U'ua autre coté, on ne peut croire (|ue la chapelle de sainte Agnès, (pii était noiu-e/Zei^n
SAlNT-liliSTACIIE.
121;] , ait été (lotrnile avant l'année 1210, et remplacée |mi l'église Saint-Eustaclie, ce qui ne serait possible qu'à la condition d'un accident dont il serait dès-lors resté quelque trace. Il faut donc expliquer l'élévation de Saint-Euslache à la place de la chapelle Sainte-Agnès , par un simple accroissement de celle-ci , devenue ainsi une partie du nouvel édilice. C'est un fait cpie l'on retrouve assez souvent dans notre histoire monumentale, pour qu'on l'admette ici, où toute autre version est impossible. Reste la difficulté la plus sérieuse: comment cette chapelle, dite da Sainte-Agnès, a-t-elle été, lors de son accroissement, dédiée à saint Eustache, et comment de ces deux patrons le dernier l'a-t-il emporté sur l'autre. Suivant quelques auteurs, à lorient de la chapelle de sainte Agnès existait une autre chapelle vouée à saint Euslase, moine de l'abbaye de Luxell; cette chapelle en ruine aurait nécessité la réédification, ou plutôt l'accroissement de la chapelle de sainte Agnès, qui, dès-lors et par corruption, aurait été consacrée à saint Eustache. Cette version ne serait admissible, que si l'on retrouvait quel(|ue trace de l'existence d'une chapelle de saint Eustase , et on n'a jusqu'à ce jour formé, à cet égard, que de simples conjectures. Dans tous les cas, il est bien difficile d'admettre cette prétendue corruption d'Euslaseen Eustache, corruption dont le clergé eut été l'auteur; ce <|ui est invraisemblable , car il n'avait pas d'intérêt à cette substitution d'un saint à un autre, et on ne peut guère l'accuser d'avoir agi par ignorance en ces sortes de matières. Nous nous en tiendrons à l'abbé Lebeuf, plus digne de confiance, à tous égards; il avance qu'une partie des reli(|ues de saint Eustache, martyr, (|ue Rome avait envoyée, cent ans avant, à l'église de Saint-Denis, fut transportée à Paris dans la nouvelle église, et donna lieu à la dédicace.
De 1210 à 1254, on trouve à chaque instant la paroisse Saint- Eustache en contestation avec le doyen et le chapitre de Saint- Germain-l'Auxcrrois, dont elle relevait, tantôt au sujet de la nomination à ses bénéfices, tantôt pour les produits mêmes de l'église que revendiquait Saint - Germain - l'Auxerrois. En 1254 seulement, Renaud, évèque de Paris, choisi pour arbitre entre les parties, fixa leurs droits respectifs. Mais il ne put si bien faire que la discorde ne vînt bientôt diviser encore les deux églises, et, en 1407, une nouvelle sentence arbitrale iiilervini sur des
conlestalions analogues à celles qu'avait terminées la sentence de 1254. Ce fut seulement en 1539, que Jean Lecoq, alors curé de Saint-Eustache, traita avec Saint-Germain-l'Auxerrois de l'affranchissement de sa cure et la libéra, moyennant unesoinme d'argent.
Cependant, dès le xiv^ siècle, Saint-Eustache avait eu à subir des désordres bien plus graves que ces querelles de suprématie ; pendant que saint Louis luttait courageusement en Palestine contre la peste, la famine et les Sarrasins, la reine Blanche, sa mère, régente du royaume, cédant au désir d'envoyer des secours à son fils, avait autorisé la formation d'une nouvelle armée, qui devait, sous la conduite d'un Hongrois, nommé Jacob, s'embarquer pour la Palestine. Cette troupe, commandée par un misérable, ne tarda pas à oublier sa mission, et ne songea plus qu'à piller les villes où elle pouvait pénétrer. Rouen fut traitée en ville conquise, et ils arrivèrent de là à Paris, dans le but d'y continuer les mêmes pillages. Ils trouvèrent plus d'obstacles; toutefois , on ne put les empêcher de s'emparer de l'église Saint-Euslache, et d'en faire le théâtre de leurs prédications furibondes : le Hongrois Jacob montait en chaire à chaque heure du jour, prêchant une nouvelle religion , et il n'en descendait que pour rebaptiser de bon gré ou de force tous ceux qui tombaient entre ses mains. Plusieurs prêtres furent massacrés par ses fougueux prosélytes, et il fallut les laisser maîtres de l'église jusqu'au jour où, à l'aide d'un déploiement de forces assez respectable, on vint à bout de leur persuader de quitter Paris et de se diriger vers le midi de la France où ils devaient s'embar(|uer pour la Terre-Sainte. Ils n'allèrent pas jusque là. Dans un de leurs pillages leur chef fut tué; alors ils se divisèrent et disparurent peu à peu. Le curé de SainlEiislache, qui assistait à ces sanglantes scènes, se nommait Guillaume.
Postérieurement nous avons trouvé comme curé de celte paroisse, en 1305, Jean de Lavaux; en 1333, Richard de Besoncelle; en 1352 , Pierre de Marolles ; en 1384, Jacques Petit, emprisonné en 1403 et 1 'i04, par arrêt du Parlement pour de prétendus crimes dont il se justifia plus tard ; Jean ChaufTart, en 1448, et, en 1402, Pierre de Brabant; Jean Louet après lui, et, en 1490, Martin Rusé. En 1497, la cure de Saint-Eustache fut dévolue à Cosme Buymier, célèbre jurisconsulte, (|ui In conserva jusqu'en
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1510, époque de sa mort. Jean de La Balue lui succéda, il était parent du cardinal de ce nom , et un auteur assez léger l'a accusé, bien à tort, de n'avoir dû cette place qu'à la toute-puissance de ce dernier, puisque, après s'être échappé à grand peine de la prison où Louis XI l'avait renfermé, La Balue était mort en 14!) 1. Le nouveau curé de Sainl-Eustache obtint, en 1525, le titre de protoné taire. Jean Lecoq , dont nous avons déjii prononcé le nom, vint après lui, et eut lui-même pour successeur un des hommes les plus célèbres qui aient occupés la cure de Saint- Eustache, et l'un des personnages les plus importans de son époque. René Benoist, nous l'avons nommé, était né |irès d'Angers, en 4541. Protégé par le cardinal de Lorraine, il fut attaché, comme confesseur à la reine Marie, et, après la mort de son royal époux, la suivit en Ecosse. Rcivenu à Paris, deux ans après, il obtint, en 1566, la cure deSainl-Pierre-des-Arcis, et, en 1569, celledeSaint-Eustache, qu'il devait garder pendant quarante ans, et avec tant d'autorité, que les ligueurs l'appelèrent \cPape des Halles. « C'étoit un esprit prodigieusement fécond : traités, polémiques, interprétations de l'Écriture, oraisons, homélies, méditations ascétiques, tout se succédait de sa pari sans goût et un peu au hazard *. » Launoy lui attribue cent cinquante-quatre ouvrages; Niceron, renchérissant encore, en énumère cent cinquante-neuf.
Mais nous avons anticipé sur les événemens, et les prêtres de Saint-Euslache nous ont fait oublier l'église elle-même. Revenons sur nos pas. L'église, qui était le théâtre des prédications de René Benoist, n'était déjà plus celle de l'21G : Dès les premières années du xvie siècle, on avait décidé sa reconstruction. Après de longs travaux et de nombreux projets pour la nouvelle église, les plans de l'architecte David furent admis par la fabrique, et, le 19 août 1532, Jean de la Barre, comte d'Étampes, alors prévôt de Paris, posa la première pierre de l'édifice que nous admirons aujourd'hui. Mais les travaux ne devaient pas si tôt finir. Les fonds amassés pour la reconstruction étaient insufïisans, les libéralités ne purent elles-mêmes combler le déficit, et plusieurs fois, fiuile d'argent, les travaux furent interrompus pendant de longs intervalles. En 1541, quatre autels
' l.abiur, t<s Pixilîcalcnn dv la l.iijne.
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îivaienl été bénis par Gui, évèqiie de Mégare c'étaient ceux do la Trinité, de saint Fiacre, di> saint Veniee et de saint Nicolas. Le mênieévèque bénit, en 15i9, cinq nouveaux autels. Le chœur ne (ut commencé qu'en 1624, et, c'est seulement le 2G avril 163", que Paul de Gondy, archevêque de Paris, consacra l'église entière et la mit sous l'invocation de sainte Agnès, saint Eustache et saint Louis. On voit encore aujourd'hui l'inscription qui relate cette consécration, elle a été retrouvée dans les premières années de ce siècle, et replacée dans l'un desbas-cùtés (le l'église. Ce n'est qu'en 1642 que l'édifice fut complètement terminé.
Cette lenteur dans la construction de Saint Eustache explique jusqu'à un certain point, sinon les attaques dont ce monument a été l'objet, au moins le peu de sensations qu'il produisit à celte époque. Les travaux, si souvent interrompus, avaient durèrent dix ans. La génération de l'année 1642 s'était depuis longtemps habituée aux magnifiques proportions d'un édifice déj;'i presque achevé, lorsqu'elle était arrivée en ce monde. Aussi, la consécration de l'archeNèque de Gondy, et dix ans plus tard, l'entier achèvement des travaux, passèrent-ils inaperçus. Déji le nom de l'architecte était oublié, et on ne devait le retrouver que pour lui adresser les injures que nous citions en commençant. Quoi- (ju'il en soit, et quel (jue soit le nom dont on appelle l'admiration exclusive des derniers siècles pour l'art grec, et la réaction contre l'archiieclure gothicpie qui en fut la conséquence, il faut plaindre une épo(|ue où, après avoir franchi la porte de Saint- Euslache, une population toute entière, en face de cette admi rable voûte si élégamment découpée par ces nombreuses arêtes toutes réunies dans deux pendentifs du goût à la fois le plus élégant et le plus pur, en face de ces piliers élancés sans maigreur, ornés de riches moulures, sans en être surchargés, qui se prêtent si heureusement au fardeau qu'ils supportent, ne sentit pas sa pensée s'élever vers le ciel et son cœur battre d'enthousiasme. On doit plaindre surtout ces pauvres aveugles qui, au lieu d'admirer ces bas-cùlés mystérieusement conduits autour de l'église , ces teintes de lumière un peu sombre, si habilement projetés par la galerie de vitraux (jui règne autour de la nef, et par les niagnili(|ucs rosaces des deux portails latéraux; ces deux portails eux-mêmes, qui constituent deux chefs-d'œuvre, et qui
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méritent, sans contredit, d'être placés entre les plus belles productions de la renaissance, ont trouvé en eux le courage de prononcer des paroles comme celles-ci : Cet édifice est mal entendu pour la commodité des paroissiens, et du plus mauvais goût pour l'architecture. Mais ici, la lâche de l'écrivain devient plus rigoureuse encore, et, après avoir plaint l'inintelligence de celte époque, il doit l'accuser de vandalisme^ el signaler, comme un des actes les plus barbares qui aient été commis, la destruclion du portail principal, dont on avait pu dire qu'il était un des plus beaux de Paris, pour sa largcui' et l'excellence de ses ouvrages, taillés fort n)ignonnement et fort délicatement dans la pierre; le dessin de ce portail nous est resté, heureusement pour l'honneur de l'artiste, qui le justifie contre les ridicules attaques dont il était l'objet; mais malheureusement pour nous, (jui avons pu mesurer loule l'étendue de la perle que nous avons faite, el qui avons trouvé si peu de compensation dans la manière dont on l'a remplacé.
Donc, dès l'année 1088, ce portail, que nous ne déclarons pas sans défaut, mais que nous défendons surtout en raison de son harmonie avec l'édifice, et en raison du défaut d'harmonie de ce même édifice avec le porlail qui l'a remplacé, ce portail, terminé depuis un demi-siècle à peine, vit sa dcstruclion arrêtée, el la fabrique de Sainl-Euslache recevoir du ministre Colberl une somme de vingt mille livres, destinés à êlre capilalisés jusqu'à concurrence de la somme nécessaire à la construction d'un nouveau portail. Lorsque cette somme eut produit un capital de m, 000 livres environ, les travaux furent décidés, et, le 22 mai 1754, le duc de Chartres ( père du roi actuel) vint, au nom de son père le duc d Orléans, poser la première pierre du nouveau porlail. Les dessins étaient de M. Mansard de Jouy et de M. Moreau. Commencé en 1754, interrompu à diverses épo- (|ues, il ne put jamais être entièrement fini, el, aujourd'hui encore, une des lours, celle du midi, est resiée inachevée.
Plusieurs écrivains onl répété, l'un après l'autre^ que l'élévation de l'église n'était pas en rapport avec sa longueur, et qu'elle élait trop considérable, et pas un n'a songé à énoncer ce l'ail, (lu'il existait, avant la destruction de l'ancien portail, une travée de plus; que celte Iravéc avait été absorbée par les nouvelles constructions; ils ne paraissent pas avoir su
lr)2 LES ÉGLISES DE PAUIS.
que celle Iravée conlenail, à droite, la chapelle des (unis baplismaux^ el à gauche, celle des mariages; que ces deux chapelles, détruites aussi légèrement, étaient précisément des pins remarquables de l'église enlière; que la première, celle des fonts baptismaux, était peinte à fresque par Mignard, et représentait, à la voûte, le ciel enlr'ouvert et Dieu au milieu de ses anges; à droite, la circoncision, et à gauche, le baptême dn Christ ; (|ue la seconde, celle des mariages, aussi peinte à fresque, était l'œuvre de Lafosse, élève de Lebrun, et représentait, à la voûte, Dieu au milieu des quatre évangélistes, bénissant d'un côté, le mariage d'Adam et d'Eve, et de l'autre, celui de Marie el de Joseph. Leurs atla(iues eussent sans doute été moins violentes, et peut-être seraient-ils convenus avec nous que c'est encore là une perte, que le nouveau portail ne saurait compenser.
Ici vient se placer naturellement la description des principaux monumensqui, vers la fin du xviir siècle, se trouvaient dans l'église Sainl-Eustache, el dont on ne renconlreaujourd'liiii (|u'unc bien faible partie. Après les peintures à fresque que nous venons de citer el qui furent détruites dès 1754, on admirait surtout, à cette époque, un tableau dont on a perdu la trace, que Lebrun avait fait pour Jean-Baptiste Colbert, el que celui-ci avait donné à l'église. Il entrait dans la destinée de Sainl- Eustache de devoir à des financiers repentans ou charitables une partie de ses richesses. Jean Alais se repentait d'avoir établi un impôt sur le poisson; Colbert avait aussi su tirer un assez grand parti des impôts, dans l'intérêt de son maître, il est vrai ; mais peut-être avec assez de rigueur pour que, sur la fin de sa carrière, qucl(|ucs inquiétudes de conscience l'aient poussé sur les traces de Jean Alais, et qu'il soit devenu l'un des bienfaiteurs de Sainl-Kustache. Ce qui est plus positif, c'est la haine universelle dont il était l'objet lorscpi'il mourut, haine fondée uni(|uemenl sur les nombreux impôts qu'il avait créés, mais si énergicjue el si redoutable, que, sans parler des milliers d'éprigranunes qu'on improvisa sur sa tombe, on fut obligé, dans la crainte de la populace, de l'enterrer le soir, sans bruit, sans apparat, et avec une escorte d'archers du guet. Comment deviner cette cérémonieobscurc el misérable, à la vue du magnificpie mausolée qui lui fut élevé dans la chapelle de la Vierge, et où sont venus le rejoindre
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succossivemenl plusieurs de ses descendans. Ce monumenl esi, sans contredit, l'un des plus remarquables que nous possédions ; on ne sait quoi admirer le plus de la statue de Colbert agenouillé sur un sarcophage en marbre noir, ou des deux statues qui, sur le devant, semblent pleurer la mort du ministre du grand roi. L'une d'elles, l'Abondance, est, avec la figure de Colbert, l'œuvre de Coyzevox ; la seconde statue, la Religion, ainsi qu'un ange agenouillé, (|ui lient ouvert devant Colbert un livre dans le(|uel il prie, élaientde Baptiste Tuby; le dessinesl attribué à Lebrun. Au resle^ l'orgueil n'a pas disparu en présence de la mort, cl avec l'énumération des services qu'il a rendus et que nous sommes les premiers à reconnaître, l'épitaphe cachée, du reste, derrière le sarcophage, contient cette prétention, que Colbert n'osait avouer vivant, qu'il descendait d'une illustre famille écossaise, émigrée en France au xiii* siècle *. Tout le monde sait (|ue Colbert était simplement d'une bonne famille de bourgeoisie rhémoise.
En face de ce monument se trouvait un médaillon en marbre blanc sur un fond noir, tenu par l'Immortalité, el représentant Marin Cureau de la Chambre, médecin ordinaire du roi, et l'un des quarante de l'Académie Française. Ce précieux bas-relief était l'œuvre du chevalier Bernin : il n'existe plus à Sainl- Eustaclie.
Nous ne ferons que citer les autres, aussi curieux pour l'histoire, mais beaucoup moins importans comme œuvres d'arts.
René Benoist, le prédicateur politique, avait été inhumé dans son église, el un monumenl lui avait été élevé par les soins de LslienneTonnellier, son successeur. On ne trouve nulle part l'indication du lieu où il se trouvait. Il en est de même pour le tombeau de Bernard de Girard, seigneur du Haillan, historiographe de France et généalogiste de l'ordre du Sainl-Fsprit , mort à Paris le 23 novembre 1610, el, sans contredit, l'un des critiques les plus judicieux qui aient écrit sur l'histoire de France; et, pour celui de la fille adoplive de Montaigne, Marie Jars de Gour-
■ Voici celle épilaphc : D. U. M. Prœctara ac periiobili slirpe eqiiUiim Colberloriim qui aimo Domiiii 128!î ex Scolia in Gallium Iransmigravemiit Otiiis esi vir magniis Joaiiiies Baplista Colbertiis ,marchio de Seignelai, elc, régi administer ; Frarii raliones in certum et facilem slatum redegil 'tin n aiakm iuiiauravu promoiit commerciiim , Bonarum artium média fuit summa regiii negolia pari sapieiiiia et agiiiiaii gessil fidns, integer providus, Ludovico magiio faaiil, obiit Paruiis, nnno Domiiii, IC83, (elalis 6i.
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nay, morle en 1645, à qui l'on doit une édition des Essais. On n'en sait pas d'avantage sur ceux de Voiture, de Vaugelas^ de Lainollie Le Vayer et Defuretière , morts tous dans la seconde partie du xyii*^ siècle. Dans une chapelle de l'un des bas-côlés se trouvaient inhumés, sous de simples monumens sans épitaphes, Aubusson de Lafeuillade , pair et maréchal de Franco, mort subitement en 1G91, et l'illustre amiral^ comte de Tourville, aussi maréchal de France, mort eu 1701. Plus bas, près de l'entrée méridionale de l'église, était un monument très simple, élevé àChevert, et dont l'inscription a souvent été citée comme un modèle en ce genre. File est de Dalembert. La voici :
" François Chevert, gouverneur de Givet et de Charlemont, lieutenant-général des armées du roi, sans aïeux, sans fortune, sans appui, orphelin dès l'enfance, il entra au service à l'âge de onze ans; il s'éleva malgré l'envie et à force de mérite, et cha(|ue grade fut le prix d'une action d'éclat. Le seul titre de maréchal de France a manqué, non pas à sa gloire, mais à l'exemple de ceux qui le prendront pour modèle. Il était né à Verduu-sur- Meuse, le 2 février 1093, il mourut à Paris le 24 janvier 1769. »
On voyait encore, de l'autre côté de l'église, les sépultuns de BenseraJe, de Guillaume Humbert, de Charles Lafosse, le peintre de la chapelle des mariages, du garde-des-sceaux d'Armenonville et de son fils Charles de Morville, aussi secrétaire d'état, morts, le premier en 1728, et le second en 1732; de M. de Calliére, l'un des négociateurs du traité de Risvvick, enfin , de plusieurs membres de la famille d'O.
Le maître-autel était décoré de quatre colonnes corinthiennes et de six statues de marbre du fameux sculpteur Charles Sarrasin. Si l'on s'en rapporte au témoignage des écrivains (|ui les ont vues, leur perte est une de celle que l'on doit le plus regretter. Deux dVnlrc elles, les plus élevées, représentaient saint Euslache et sainte Agnès, et étaient accompagnées de deux anges en prières, et les trois autres, les portraits de Louis \I1I, de la reine Anne d'Autriche et de Louis XIV, se nommaient Saint- Louis, la Sainte-T'ierge et V Enfant- J é sus .
La grande grille de fer qui sépare la nef du chœur, fut encore un des dons de Colbert à l'église Sainl-Eustache; au milieu de cette grille se trouvait un crucilix en bronze, d'un travail très rcmar(|uable et d'un poids de 1100 livres; on le fil tomber
SAI^T-I■;usTAr.n^. . 155
en 1720, en raccommodant quelques cliaines qui l'allacliaiont. En neltoyant la figure du Christ, on aperçut sous la piaule de se^i pieds ( je cite lextueilement celte singulière phrase que trois ou quatre écrivains, Dulaure le dernier, ont inséré tour-àtour dansleur description, sans remarquer cequ'elleavaitde ridicule) cesdeux inscriptions : Estiennela Porte mafaitet Rufinus preshj'ter sollicilus est mei. J'ai signalé ce fait, parce qu'il intéresse l'art, en nommant un sculpteur inconnu, et surtout parce qu'on y retrouve le nom du curé de Saint-Eustache.
La chaire à prêcher et le bancd'œuvre avaient été exécutés par Lepeintre; la chaire, sur les dessins de Lebrun, et le banc d'œuvre^ sur ceux de Cartaud. L'un et l'autre nous ont paru d'une grande médiocrité, plus encore sous le rapport du dessin, (pie sous celui de l'exécution.
Enfin, et pour terminer celte description, l'église de Saintfîlustache possédait et possède encore un assez grand nombre de reliques, sans parler de celles do sainte Agnès, qui lui appartiennent depuis sa fondation, non plus que de celles de saint Eustache, qui furent, suivant l'abbé Lebeuf, transportées de l'église Saint-Denis à Paris, vers l'an 121G. La paroisse reçut, en 1622 ou 1623, sous le pontifical de Grégoire XV, de nouvelles reli(iues de saint Euslache , que le Chapitre romain , de l'église de ce nom, lui envoyait par l'entremise du cardinal d'Est.
Nous ne croirions pas avoir fiil l'histoire de l'église Sainl- Euslache, si nous ne disions pas (|uelques mois des fondations (jui y furent faites successivement, et des chapelles et autres bénéfices qui en dépendaient.
La première fondation remonte à l'année 1223. Le fondateur, riche bourgeois de Paris^ se nommait Guillaume Poinlasnc; il créa deux chapellenies à l'autel de Saint-André, et les dota do 300 livres Les chapelains rendaient hommage à révê(iue de Paris, et le droit de nomination lui appartenait alternativement avec le curé de Saint-Eustache. La chapelle de Saint-André, devenue déjà plus importante par cette fondation, s'accrut encore de l'établissement d'une confrérie qui prit son nom.
Cette confrérie, dit l'auteur du Journal de Paris, sous Charles VI, estoitaii mouslier Saint-IIuclasse, en 1418, au mois de juin; les prêtres et autres avaient un chapeau de roses sur la tête.
Du reste, les privilèges de cette confrérie n'étaient pas sans importance.
En l'année 1351, le roi Philippe de Valois fonda une nouvelle chapelle à l'église Saint-Eiistache, et s'en réserva la nomination ; les auteurs ne la désignent sous aucun nom.
Les autres chapelleniesles plus remarquables étaient : 1° celles deSaint-JacquesetdeSainle-Anne, fondées en 1342, par les exécuteurs testamentaires de Marie Lapointe, pâtissière, avec une rente do 12 livres sur la boîte royale de la marée; 2° celle de Saint-Jean-Baptiste, fondée, en 1382, par Jean Fontenay, bourgeois, et dotée de 20 livres de rentes sur plusieurs maisons de la censive èpiscopale; 3° celle de Saint-Léonard, fondée vers 1336 ; i° une chapelle, bâtie en 1403, avec fondation de messes, par Louis d'Orléans, frère du roi Charles VI; 5" celle de Sainte- Radegonde et celle de Sainte-Lucrèce, sur lesquelles on n'a pas d'autres renseignemens.
Outre la confrérie de Saint-An^ré, dont nous avons parlé plus haut, la paroisse Saint-Euslache était le siège des confréries de Saint-Louis et de la Madelaine. La dernière remonte aux premières années du xv siècle. En 1495, les bourgeois de celte paroisse en fondèrent une en l'honneur de sainte Geneviève; et la même année, une seconde fut établie en l'honneur de saint Roch. La confrérie de Nolre-Dame-du-Iîon-Secours, pour le soulagement des pauvres honteux, fut autorisée par lettres-patentes de 16G2.
La communauté des prêtres fut fondée, en 1674, par Pierre Martin, curé de Saint-Eustachc, au moyen d'un don de 20,000 livres, fait par M. Seron-du-Four-Aligret, conseiller au parlement. En 1735, cette communauté dut, à la gisnérosilè du célèbre Crozat, une dotation bien plus importante : elle consistait en G030 livres de rente, destinées à la nourriture d'une partie des prêtres.
L'histoire des cimetières est plus difficile à établir. Dans une ehartediixve siècle, nous avons trouvé la mention d'un cimetière (|ue Tégiise de Saint-Eustache aurait possédé, attenant à Notre- Dame-de-Lorette. A la même épo(|ue, on retrouve dans les règlcmens du cimetière des Saints-Innocens le nom de Saint- Eustache, comme venant y enterrer ses paroissiens. En 1017, des charniers avaient élè établis, contigus à la chapelle soûler-
SAINT-KUSTACHK. » <J '
raine do Sainte-Agnès; dans un censier de l'évêché, de 1372, on trouve énoncée une maison , apparlenanl au bourgeois do Sainl-Huclasse, qui est aujourd'hui ciineliore. Celle maison, bien désignée d'ailleurs, se trouvait entre la rue des Deiix-Ecus, la rue du Four, el l'emplacement occupé par les halles; ce no peut donc pas être là le cimetière dont parle l'abbé Lebeuf, comme situé entre la rue du Bouloiel celle des Petits-Champs, pour lequel une permission d'aliénation fut donnée en 1560, el qui ne fut aliéné, cependant, qu'en 1625. Ce cimetière fut depuis transporté à la chapelle de Saint-Joseph, dont nous allons parler.
Saint-Eustache avait en outre la suprématie^ 1" sur un hùpilal de ce nom, fondé, vers 1320, par Philippe de Magni, au coin do la rue Tiquelonne, et qui fui rebâti en l'an 1500. En 1535, le parlement le désigna comme exclusivement réservé aux malades atteints du mal Saint-Main et du mal Sainl-Fiacre ;
2" Sur l'hôpital des Veuves, fondé en 1497, dans la rue de Grenelle, par Catherine du Homme ^ femme de Guillaume Barlhélemy, maître dos requêtes. Il était destiné à recevoir el à entretenir huit pauvres femmes, veuves el filles de quarante ans ;
3° Sur la chapelle de Sainl-Jacques-de-l'Hùpilal, bâtie vers l'année 1322, et occupée par les pèlerins de Saint-Jac(|ues en Galice ;
4» Sur la chapelle de la Jussienne, qui existait dans la rue iVlonlraartro, en face la rue de ce nom. Celle chapelle nous révèle un fait curieux de la corruption du langage. Dédiée à sainte Marie l'Égyptienne, elle s'était appelée successivemenl l'Égyptienne, la Gipecienne el enfin la Jussienne. L'histoire de sa fondation est enveloppée de profondes ténèbres (|ue notre cadre ne nous permet pas de dissiper. On s'accorde à peu près à placer son origine entre l'année 1340 el l'année 1370. En 1450, elle avait deux chapellenies dépendantes, l'une du chapitre de Tours, el la deuxième de celui do Paris. Celle chapelle devint, du reste, la chapelle patronale des drapiers ;
5" Enfin, sur la chapelle de Saint Joseph, située rue Monlmarirc, fondée, en 1040, par le chancelier Séguier, el par lui donnée à Sainl-Euslache pour le cimetière de la rue du Bouloi , dont nous avons parlé , et qui était derrière son hôtel. Lafonloino avait élé inhumé dans celle chapelle, eu 1695 ; Molière l'v avait précédé de quehpics années (1573 .
158 i.iis ii(;LisES de i>aius.
Nous avons laisse à René Benoisl la nomenchUiirc que nous avions pu resliluer des prêtres de Saint-Eustnche. Après lui avait été nommé, en l'année 1608, EstienneTonnollier, qui reçut de la cour de Rome les reliques de saint Eustache , martyr. 11 avait eu pour successeur Pierre Martin, qui ne conserva la cure (|ue peu de temps ; il mourut en 1G69, et fut remplacé pnr Léonard de Lamet. Dès le commencement du siècle suivant, la cure était occupée par M. Secousse, qui fournit une carrière très longue, et contribua beaucoup à la construction du nouveau portail. Enfin, vers 1770, la cure de Saint- Eustacbe était entre les mains de M. Pouparl^ qui la conserva jusqu'en 1790. Sans doute, les fureurs révolutionnaires le forcèrent alors à fuir, ou, plus malheureux encore, il alla porter sur l'écliafaud une tète innocente comme tant d'autres. ÎSous n'avons, à cet égard, rien de positif; seulement il parait certain que, pendant la période la plus mallieurense des excès révolutionnaires, l'église de Sainl- Eustache était devenue le lieu de réunion des femmes de la halle (|ui y tenaient leur club. Aucun détail sur ces assemblées n'est parvenu jusqu'à nous, et ce club n'eut pas, comme d'autres, l'honneur d'un historien qui fil passer à la postérité ses décisions, nous pouvons dire, ses blasplièmes. Félicitons-nous de l'obscurité dans laquelle sont ensevelis de pareils excès, et gardons-nous de cherchera soulever le voile qui les couvre, c'est autant d'épargné à l'honneur de l'humanité en général et des femmes en particulier.
Dès (|ue les fureurs révolutionnaires permirent de rouvrir les églises, Saint-Eustache fut rendu au culte, et l'abbé Bossu fut appeléà remplacer M. Poupart. Depuis, et jus(|u'à nos jours, l'église d(r Saint-Eusiachc n'a dans son histoire (pi'un fait qui trouve ici sa place. C'est la consécration, faite le "28 décembre 180-4 , de la chapelle de la Vierge, par le pape Pie VII, alors à Paris |)our le sacre de l'empereur.
Aujourd'hui, la paroisse Saint-Eustache qui , sous Phili|>pele-Bel, renfermait un vaslc parallélogramme, borné au nord j>ar les rues Mauconseil, Tiipielonne, Co(|-Iléron et de la Jussienne ; au midi par la rue Saint-IIonoré ; à l'est par la rue Saint-Denis, et à l'ouest par la rue des Bons-Enlans; ()ui , dès Henri IV et jus(|u'au règne de Louis XVI, était l'une des plus importantes de Paris, est la cure-titulaire du troisième arrondissement. Elle
SAIM-ELSTACIIE. 1 51*
n'a plus que deux succursales, Nolre-Dame-de-Boune-NouvelIc et Nolre-Dame-des-Vicloires (les Pelits-Pères) , encore n'est-ce ([u'une suprématie purement nominale.
En même temps elle ne possède plus qu'une bien faible partie des monumens que nous avons cités plus haut, et ceux qui les ont remplacés sont loin, à notre sens^ de leurs prédécesseurs. La cliapelle souterraine de sainte Agnès, qui se trouvait à la partie orientale, a été fermée depuis longtemps, et on ne paraît pas s'occuper de la rendre au culte.
Le tombeau de Colbert avait été, pendant la révolution, transporté au musée des Pelits-Auguslins; il a été rétabli postérieurement dans la chapelle de la Vierge, mais il n'est revenu qu'incomplet. On retrouve encore le médaillon de François Cheverl, et celui de M. Secousse, curé de Saint-Eustache.
Psous mentionnerons aussi les tableaux suivans :
Au-dessus du portail du bas-côté gauche, la Condamnation de saint Eustache , par M"'' Vaulchier, fille de l'ancien directeur des postes; le Baptême de Jésus-Christ, donné par la \ille de Paris en 1825 ou 1826. Au-dessus du portail de droite , la Fleuve de Naïm , et Jésus-Christ préchant dans le désert. Tout prés de là, sur le mur à droite, saint Louis mourant recevant le saint viatique, peint par Doyen. Ce tableau ornait autrefois le maître-autel de 1 École-Militaire. Dans la chapelle de l'Ange-Gardien, Tobie conduit par un Ange\ ce tableau,qai ne manque pas d'uncerlain mérite, aélé altribuéà Raphaël, maisil n'estcertaincment pas de lui. Au-dessus du portail latéral du midi, la Cène , que l'on croit être de Probus ; le Martyr de saint Jean ]\épomutene, par Marigny, donné par la Ville en 18'27 ; Jésus chassant les vendeurs du Temple, aussi donné par la Ville. Dans la chapelle du Sacré-Cœur, la Conversion du Sacré-Cœur; la Conversion de saint Âuf^uslin, peinte par Dominique, donnée parla Ville en d819. Dans la chapelle voisine , le tableau des Disciples d'Emmaûs, par Lagrenée; dans la chapelle de la Vierge^ consacrée par Pie VII, le 28 décembre 1804, le Martyre de sainte Agnès-, le Baptême de Jésus Christ , par Stella; Moïse dans le désert , par Lagrenée, et la Guérison des Lépreux, de Vanloo. La statue en marbre de cette chapelle est de Pigalle. Le portail nord est orné de la Nativité ei de l\1doration des Bergers, par Vanloo. Enfin, à l'entrée de ce por-
100 LES ÉGLISES DE l'AUlS.
lail on remarque U77 bénitier , deBion, qui représente le pape Alexandre VI distribuant l'eau bénite, deux anges soutiennent le Pape qui foule au pied le démon.
Nous nous sommes elTorcé de reproduire dans ces pages tous les détails, tous les événemens qu'une étude consciencieuse des documens originaux nous a révélés; notre tâche est finie; qu'on nous permette un mol encore: vers 1772 , un projet avait été formé qui avait obtenu un commencement d'exécution : une somme assez considérable avait été affectée, par ordonnance royale, au dégagement de Saint-Eustaclie de tous les bàtimens (|ui encombrent son portail , sa nef et ses bas-côtés; une place devait être formée devant ce portail principal, et les trois façades en étaient déjà dessinées. Quelques retards furent apportés à l'exécution, le besoin d'argent détourna de son emploi primitif la somme qui avait été consacrée à ces travaux; la révolution arriva et le projet, ajourné d'abord, fut ensuite complètement abandonné Aujourd'hui que le conseil municipal de Paris est entré dans une si belle voie d'amélioration et d'embellissement des mon n mens confiés à sa surveillance , la reprise de ce projet nous semble une des œuvres à la fois les plus utiles et les plus belles (|ue l'administration puisse accomplir. Ce serait, en donnant au quartier l'air el l'espace dont il a si grand besoin, faire de l'église Saint-Eustache un monument plus admirable encore, en découvrant aux regards surpris toute la hardiesse et toute l'élégance extérieure de sa construction.
Auguste PARIS.
.*., Ji..^ .*liU!-:.«iiJà.-Vf.
S.-PAUL.-S.-LOLIS.
Ce double vocable est un des plus magnifiquesqui, en France, puisse être donné à un temple chrétien ; il résume, d'une part , tout ce qu'il y a eu d'héroïque, de glorieux, dans les immenses travaux de ceux qui, pour obéir au commandement de leur divin maître, portèrent la bonne nouvelle, f évangile de paix à tous les peuples de la terre, et firent retentir leur parole jusqu'aux extrémités du monde*. Saint Pierre est sans doute le prince des Apôtres, la pierre angulaire sur laquelle a été bâtie l'église de Jésus-Christ^ mais saint Paul est le docteur des nations dansla foi et la vérité ** ^ comme il le dit lui-même, et ce beau litre, mérité par sa science, il le justifia par ses succès. Il rappelle de l'autre, l'une des pins grandes et des plus pures gloires de notre monarchie; car saint Louis fut à la fois roi juste et pieux, capitaine courageux, politique habile, sage législateur.
L'église dont nous nous occupons , considérée comme édifice, est une construction moderne; considérée comme paroisse, son origine remonte à celle d'une chapelle bâtie par saint Eloy, sur le terrain d'un cimetière destinéàla sépulture des religieuses du monastère de Saint-Martial et de Sainte-Valère, fondé par le même
' Èpit. aux Romains, chap. X, v. IK-IK. " Prem Epit. n Timolhte, chap. Il, v. 7.
10"2 LES ÉGLISES DK l'AllIS.
saint dans la Cité. L'emplacement de ce monastère, qui depuis 1631 appartenait à la congrégation des clercs réguliers de Sainl- Paul, connus sous le nom de Barnnbites, comprenait tout l'espace dans lequel se trouvent renfermées les rues de la Calandre, du Fouare ou des Fèves, de la Barillièrc, de la Vieille-Draperitr et de Sainte-Croix: d'où la désignation \u\Qa\re lie cej'nture de Scunt- Eloy, que portait autrefois cet emplacement presque circulaire. Ainsi, l'origine de l'ancienne chapelle elle-même est par là bien connue; mais quant à la date précise de sa fondalion, elle est tout aussi incertaine (|ue celle de Saint-Gervais — Sainl-Protais, son aînée et sa voisine ; car, les historiens sont loin de s'accorder sur ce point. Les uns assignent à cette fondation les années G33* et 634**; les autres GiO *** et 650 ****. Les maîtres foulons et icndeursdedrapsse sont prononcés en faveur de celte dernière date, dans leurs statuts, imprimés en 1742; ils prétendent (pie, suivant une tradition immémoriale, leur corporation fonda l'église Saint-Paul^ sous Clovis il, environ vers l'an 650. Il y a des traditions qui, sans l'appui de titres spéciaux, coïncident si exactement avec les faits généraux de l'histoire, s'y adaptent avec tant de justesse, qu'elles ac(|uièrent par-là une auloriié égale à colle-ci, et dans ce cas, elles la méritent , il faut bien en convenir. Mais la tradition dont se prévalent les maîtres foulons ne se trouve pas dans celle heureuse condition : L'ancienne peinture qui existait encore vers le milieu du xviii" siècle sur un vitrage placé sous le clocher, et où étaient représentés des ouvriers se livrant à l'exercice de leur profession, n'a aucune espèce d'importance. Quant à l'usage que prali(|uait la corporation de solonniser en particulier la fêle de saint Paul, dans l'église, le lendemain du jour qu'elle avait été célébrée parla paroisse, il ne prouve autre chose <jue l'ancienneté de l'usage même. Nous allons voir que la date qui rapporte la fondatien de Saint-Paul aux années 633 et 634, est la seule qui ait pour elle un caractère très probable de véracité.
■BaiHel, Via det Saim» , i. X de redit, in-i", p. i-W. — Jaillol , Kech. Ii.si. 3Hr tu lilU île Paris, l. XI! (Quart. Saini Paul), p. 31.
■• Dom Oupli-ssis, .\o«f. Ami. de taris, |>. «I ; — l'ruJIiomim-, Hir. Je P.inv . I. I de l'élit, de 1«<M, p. 23».
'" M. DcliaiiS], Kol. hisl.sur Saiiil Paul — Saiiil-Louis, p. *■
•■•• Sauvai. Illsl. ihsnniiq. de la uillc de Priris, I. I, p. 140.
SAIM-I'AUL. — SAIM-LOUIS. 1 O.S
Tous les aiilenis sont à peu près unanimes a référer l'élablissemenl du monastère de Sainl-Marlial , dont sainte Aure fut la première abbesse, à l'époque que nous venons de signaler. On sait, d'un autre côté, que saint Éloy, ayant été nommé évô(pie de Noyon et de Tournay, en l'an 639, après avoir reçu les ordres de la prêtrise à Màcon , cette même année , se rendit à Rouen, en mai 640, à l'effet d'y être sacré*, et il partit de là pour aller prendre possession des deux vastes diocèses confiés à sa direction, où il succéda à saint Acliaire. Comment supposer qu'à celle époque, où il n'était point encore permis d'avoir des cimetières dans l'intérieur des villes **, saint Éloy eût laissé pendant dix ans-, sans lieu de sépulture particulier, une communauté composée de trois cents religieuses? Comment supposer que si, contre toute espèce de vraisemblance et de raison, il en avait été ainsi, l'autorité ecclésiastique ou civile eût, elle aussi, différé dix autres années d'y pourvoir? Les deux opinions qui reculent jusqu'à 640 et 650 la fondation de la chapelle cémétériale, dédiée sous le no.n de saint Paul, sont donc également inadmissibles, car elles tendent à détruire le fait de cette fondation par saint Éloy, antérieurement à son épiscopat, fait d'ailleurs formellement attesté par un saint prélat, comme lui, son contemporain et son ami , c'est-à-dire par saint Ouen, arclievè- (|ue do Rouen.
L'époque de la fondation de la chapelle Sainl-Paul , une fois établie, il reste à recherciier pourquoi saint Éloy la plaça à une si grande distance de la Cité, où était situé le monastère des religieuses, à la sépulture desquelles le cimetière était destiné. A cet effet, il nous paraît utile de jeter un coup-d'œil rétrospectif sur la topographie de Paris aux vi" et vir siècles. Osons dire tout d'abord une vérité un peu crue, mais (|ui n'en est pas moins incontestable, c'est que, sur ce point spécial, certains auieurs trouvent plus commode de reproduire au hasard des opinions toutes faites, que de prendre la peine d'en vérifier préalablement la valeur fondamentale, en explorant, autant (|u'il est possible, les sources originales, on colligeant , en conférant les différentes autorités entre elles. Ces sortes d'études parais-
■ Saini Oucn, lit île saiiil Eloy, liv. II, cliap. 2.
•• Dom Dubreuil, Tlu'aire det aniiq. <k Parti, p. 808 ; — Baillil, Vies dis Sainis, i. XH de Icdil. ins", p. Il»; Dora Félibicii, lliU. itc Foi", 1. I, p. .M.
senl arides, elles le sont peul-èlre; mais elles ont du moins cet avantage d'amoindrir la somme des erreurs dans lesquelles nous sommes tous exposés à tomber. Nous ne citerons qu'un seul, entre beaucoup d'autres, de ces modernes propagateurs de faits inexacts, et d'assertions non motivées. 11 est pris dans un historien topographe : « Paris, dit-il , n'était pas plus étendu vers la fin de la seconde race que du temps de César. Il était toujours enfermé entre les deux bras de la rivière : la cathédrale au levant, le grand et le petit Châtelet au nord et au midi, et le palais du roi ou des comtes au couchant, formaient les quatre extrémités de son enceinte* ». Or, la seconde race a fini dans la personne da Louis V, dit le Fainéant^ en 987. Il suit de là que Paris serait resté, pendant dix siècles, circonscrit dans la Cité, avec ses rares habitations éparses autour d'elle, au-delà des deux bras de la Seine, ce qui est faux et destitué de tout caractère de probabilité ; car il résulte des témoignages combinés de plusieurs savans archéologues, (|ue dès la fin du vi'' siècle, ou distinguait déjà la Cité, proprement dite, de la ville ** ; que les bourgs, villages et hameaux, dont l'ensemble constituait celle-ci, étaient entourés d'une forte muraille comme l'autre, laquelle les avait préservés des ravages des Normands ***. Au nord, ce mur commençait au Châtelet, ou un peu plus avant vers le quai de la Mégisserie^ au lieu où l'on construisit, en 1C52, une prison appelée For-lÉi'éque , dénomination qui provenait de ce qu'auparavant le siège de l'administration juridictionnelle de l'évôché occupait cet emplacement. De là, il s'étendait jusqu'au cimetière des Innocens, traversait la rue Saint-Denis^ où existait une porte qui se liait à celle de Saint-Merry, et se prolongeant par les Blancs-Manteaux jusqu'au|)rès de la rue Vielle-du- Tcmple, allait aboutir au Port-au-Blé ou (juai des Ormes, entre les rues des Barres et Geoiïroy-Lasnier, ou bien entre Sainl-Jeande-Grève et Saint-Gervais. La partie gauche de la rue Saint- Denis, jusqu'à Saint-Nicolas-desCiiaiiiiis et même au-delà, se composait de terres labourables, de prairies et de marais (|ui la firent désigner par le nom de Champeaux. Cette enceinte, dont
• Prudliomme, tlir. de Paris, t. I, p. lu.
■■ Grégoire de loms, De Gloria cou fcss., cap. ai); — Adrien de Valois, .Vo(. Gallinrum, piafiil, p. âo.
■■■ nom Duplessis, Xonv. Ami. (k Pvrii, p. ia4.
SAI.NT-l'AUL. — SAIM-LOLIS. 1(35
il existait encore de nombreux vestiges sous Philippe-Auguste, lorsque ce roi en fit bâtir une nouvelle, avait environ deux milles (le circuit, soit un myriamètre. Au midi, l'enceinte prenait son point de départ à la rue de la Bùcherie, et, comprenant la place MauUerl en partie, elle passait non loin et au-dessus de Saint- Séverin et de Saint-André-des-Ars (et non des Arts), puis venait se terminer en droite ligne au pont Neuf*.
Cette situation de Paris, au vi" siècle et au commencement du vil", prouve que la ville, considérée dans les deux sections qui la formaient, avait déjà plus d'étendue et de consistance que la Cité, dont elle était distincte. Ainsi son accroissement, outre qu'il est dans la nature des choses, est établi par les faits qui viennent d'être rappelés, et par une foule d'autres qui les corroborent, mais qui, pour être produits ici^ exigeraient des développemens que le cadre de notre étude ne comporte pas.
On peut donc maintenant s'expliquer le motif qui fil placer la chapelle cémétériale de Saint-Paul à une si grande distance du monastère de Saint-Martial Sainte- Valère, puisque, d'une part, il était alors interdit d'avoir des cimetières dans l'intérieur des villes, comme nous l'avons remarqué plus haut, et de l'autre, (|ue cette enceinte de Paris touchait de ce côté, au lieu où, depuis, la rue Saint-Antoine a été percée.
On ne sait presque rien de l'histoire de celte chapelle jusqu'au IX* siècle. Il est à croire pourtant qu'elle avait acquis une certaine importance, car elle était la première station processionnelle de la cathédrale, qui allait bénir les champs, pendant les trois jours appelés les Rogations ; et au xi^, le chapitre canonial s'y rendait le 29 juin, pour y célébrer solennellement la Cèle de saint Paul, à charge par l'abbaye de Saint-Martial, dit alors Saint-Eloy, dune redevance, envers les chanoines, de huit moutons, deux muids de vin , six deniers tournois et une obole**. Il est probable que c'est vers ce temps, c'est-à-dire dans les premières années du xii" siècle, qu'elle fût, sinon érigée positivement en paroisse, du moins considérée comme telle. Une bulle
■ Bonamy, ilém. de l'Acad. des Iiiscripi., i. XV, p. 68G ; — i. Wll, p. 291 ; — Sauvai' Uiil. des antiq. de la ville de Paris, i. I, p. S!i ; Dorn Dupicssis, Xom. Aun. de Paris, p. tu' 71, 79; — Lamarr, Traite de la Police, l. I, p. 72 ; — Piganjol de la Force , Kotiv. Deicripi. de Paris, l. II, p. 74, etc.
■■ Sainl Victor. Tahl. pill. de i'oris, l. li de l'cdît. iii-B", p. Oï7.
KJO LliS ÉCJLISliS DU l'AlUS.
(lu pape Inuoceiu Il, de l'an 113G, où elle osl mcnlioniiée à la suite (Je quelques autres églises de Paris, l'a i\u\i\\Ùé(i d' Eccksia sartcti Pauli extra cwitatem, tandis que l'ecclésiastique (\m la desservait y est désigné par le titre (iePresbyter, <piinese donnait alors qu'aux curés titulaires. Jaillot conjecture que son élection en paroisse a pu avoir lieu en ll!25, lorS(|ue le inonaslére de Saint-Eloy, ainsi que les autres cliapelles, qui en dépendaient, furent placés sous le régime des religieux de Saint- Maur-des-Fossés*. M. Dehansy recule cette érecJon à l'an 1177**. Aussi ne tarda-t-elle pas d'être insutrisanle pour les iiabilans qui se mullipliaienl sur son territoire, surtout depuis (|ue Philippe-Auguste eût environné Paris d'une nouvelle enceinte. On la reconstruisit alors entièrement, et elle le fut do nouveau, lorsque Charles V eût bâti l'hôtel solennel des grands Esbalteniens, dit de Saint-Paul , mais sur un plan beaucoup plus vaste. C'est alors qu'elle devint paroisse royale, et que le (|uartieren prit le nom. La célèbre Catherine de Pisan, dans le livre Des Fais et bonnes Melrs du sage roy Charles , parle de cette reconstruction , en énuméranl tous les élablisseniens religieux qui eurent part aux bienfaits de ce roi, ou dont il fut le fondateur.
« Il fonda l'esglise de Saint Anlhoino dedans Paris, et rentes assist aux frères demourans en ce lieu.
« Item à tous les convens de i»aris, des mendians, donna ar- {Tent, pour réparation de leurs lieux; à Mostre-Dame, à l'Ostel- Dieu et ailleurs.
« Item, au bois de Vincennes, fonda chanoines, leur asséna leurs vies par belles renies amorties.
« Item les Bons hommes d'emprés beauté, et nuiintes austres esglises et chapelles fonda , amenda et crut les édifices et renies.
« Item, l'esglise de Saint-Paul, einprès de son hostel, tisl amender et accroislre moult ***.»
Charles VI lit continuer les travaux de la nouvelle église, el ils ne furent terminés (|uc sous Charles VU. Jacques Duchaslellier, évêciue de Paris la dédia en li31. Flic recul toutefois (|uel-
* Jaillot, t. XII, p. 32.
" Sol. liiH. sur Sahil-Punl—Siiiiii-Louis. p. a.
•■■ Micliaud, ftoiir. collecl. îles Mim. sur VUist. de t'rauce, I. Il, 77.
SAIM-PAUL. — SMNT-LOriS. 107
qiies augmentations en 1542, sous François It, cl en 1547, première année du règne d'Henri II.Enfin^en 1661, sous Louis XIV, on y pratiqua des réparations et on la décora dans l'intérieur. Cet édifice, qui, à ce qu'il paraît, n'avait rien de remarquable au point de vue de l'art, fut abattu en 1797. Il en existe encore aujourd'hui des traces qui font reconnaître l'emplacement qu'il occupait dans la rue Saint-Paul, et qui est devenu un dépôt de charbons, qu'on voit aux numéros 30 à 34, presqu'en face du passage Saint-Louis.
Par suite d'un événement dont la cause est demeurée inconnue, les fonts baptismaux de la paroisse Saint-Paul furent transportés, en l'an 1400, dans l'église du village de Médan, près Poissy, département de Seine-et-Oise, par un sieur Perdrier, seigneur de ce village, ainsi que l'atteste l'inscription en lettres gothiques qui se lit au-dessus de la cuve. Nous croyons devoir en reproduire ce qui concerne le fait de la translation des fonts à Médan :
A ces Tons furent une fois Baptisez plus< is ducs et rois.
Princes, coules, barons, prélalz Et autres gens <le Ions estais; Et, afin que ce on congnoisse, Ils servoient eu la paroisse Royal (le Saint-Pol de Paris, Où les rois se tenoient jadis.
Entre autre y fust nolablement Baplizé honorablement Le roi Charles-le-Quint Et son fils qui aprez lui vint, Charles le laige bien-aimé, Sixième de ce nom clamé.
Or, furent les dessusditz fons Fait apporter, je vous respons, En ce lieu ici de Médan, Par le seigneur du lieu, en l'an Qu'on disait Jubiler en glose * ; Son anie en paradis lepose Henry Perdrier fust son nom Dieu luy sache gré de ce don, etc.!
Il est à regretter (ju'aucun détail sur le baptême de Charles V,
•Anlieniin ilu .lubilc, qui cul lie u, on l'an HOO, sous le ponliliriH du |i:i|ic Honif,iro IX, cl cil cffcl , il rdic du vers, celle date cstnolcc en raraclircs romains.
à l'église Saint-Paul , ne nous soit parvenu ; nous aurions aimé à connaître les circonstances qui présidèrent à cette auguste cérémonie. Tout ce qui se rattache à l'histoire d'un prince aussi rocommandable ne peut que vivement intéresser. Mais le récit de celle qui eut lieu à la même église, à la naissance du Dauphin , son flis , depuis Charles VI , le 6 décembre 1368 , nous a été conservé dans les grandes chroniques de saint Denis , dont la suite, écrite par le chancelier Pierre d'Orgemont, a été publiée par M. Paulin Paris.
«Dès le jour de devant (le 5 décembre) , y est-il dit , furent faictes lices de mairrien (barrières en bois) en la rue, devant ladicte église et aussi dedans environ les fons, pour mieux garder qu'il n'y eust trop presse de gens... et par ainsi issèrent de l'hoslel du roy de Sainct-Pol , par la porte qui est au plus prez de la dicte église... devant ledict enfant et deux cents varlets qui portoient deux cents torches ; et par ensuite en suivoit la noblesse et le clergié^ la royne Jehanne d'Évrenx qui portoit le dict enfant sur ses bras. »
Parmi les personnages illustres à des titres divers , qui ont eu leur sépulture dans l'intérieur de l'église Saint-Paul , nous remarquons le maréchal de Biron , le duc de Noailles, Robert Cenalis, évèque d'Avranches, François et Hardouin Mansarde tous deux architectes célèbres; Desmaretz de Saint-Sorlin , l'abbé Adrien Baillet , Jean Nicot , l'importateur du tabac en France, d'abord nommé, pour cette raison, poudre nicotiane, puis herbe lie la reine, parce que Marie de Médicis , seconde femme d'Henri IV , en adopta l'usage. Le fameux Rabelais fut enterre dans le cimetière; il mourut comme il avait vécu, en raillant. Il laissa , dit-on, un large paquet soigneusement cacheté , et quand on procéda à l'ouverture de ce mystérieux document, que l'on croyait renfermer des dispositions testamentaires sérieuses , on ne trouva (|ue les paroles suivantes, écrites en très gros caractères :
Il Je (lois beaucoup ,
Je n'ay i ieu vaillant,
Je (lomio le reste aux povres. »
Voil'i une myslilicalion bien digne de l'auteur do PunUigruel ri de ('.(/rvtiiiliKi