‹ Les églises de ParisChapitre 23 sur 39 · NOTRE-DAME-DE-LORETTE · texte numérisé non relu

NOTRE-DAME-DE-LORETTE

Lo nom de Notrc-Dame-de-Loretle éveille Irop de souvenirs pieux pour que nous ne lui consacrions pas (|uel(|ues lignes au début de celte notice. Il doit son origine à une de ces traditions chrétiennes qui ne sont point des articles de foi pour les fidèles, mais (ju'il leur est doux de croire.

La translation en Italie delà maison liabitée à Nazareth de Galilée par saint Joseph et la sainte Vierge, de cette humble demeure où Jésus enfant grandit sous leurs yeux, de ce séjour de paix et de grâce, dans lequel les amcs ferventes aiment à se recueillir par la pensée, est un miracle affirmé par des saints, attesté par l'Église.

En l'an 1201, sous le pontificat d'Innocent lil, tandis que Philippe-Auguste était sur le trône de France, la Casa-Santa fût transportée par les anges à Tersate, en Dalmatic; de là, en 1294, elle fût une seconde fois enlevée au haut des airs, et déposée sur l'autre rive de l'Adriatique, dans la marche d'Ancône, aux environs de Recanati, qu'habitait alors saint Nicolas de Tolenlino, l'une des gloires de l'ordre de Saint-Augustin; enfin, quelque temps après, on la vit s'arrêter sur une hauteur qu'elle occupe encore de nos jours, dans le domaine d'une nommée Laurette, en italien Loreta. Autour de la Maison-Sainte , la piété des catholicjucs éleva le temple magnifique qui la rcn-

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ferme mainlenanl, el sur le fronlon duquel le grand Sixle V a fail écrire avec la hardiesse d'une foi profonde :

. Dei parce domus inqtid Verlium caro factuvi est. »

■ Maison de la Mère de Dieu, dans laquelle le Verbe se fil cbair. »

Telle est l'histoire avérée d'un lieu à jamais célèbre, où accourent sans cesse des pèlerins de toutes les parties de l'Italie el du monde, — d'un lieu qui a donné son nom à des églises, à des monumens pieux, à des hameaux et à des villes, jusqu'aux con- (ins du globe. Ainsi, en Californie, la bourgade et l'île de Loreto doivent leurs noms à la sainte colline italienne; — ainsi, dans le Bas-Canada, une tribu d'lro(|uois convertis a élevé une belle église à Notre-Damede-Lorette, et lui a consacré ses huttes sauvages.

A une époque assez reculée, les habitans des Porcherons et du coteau Montmartre dédièrent de même une chapelle à Notre-Dame-de-LorettCj dont la dévotion se répandait de plus en plus dans la chrétienté. Il paraîtrait que l'édifice fut bâti à Irais communs par les fidèles, mais on ignore inalhenreusemeni la date el les détails de sa fondation ; on ne le trouve même authenliquement mcnlionné qu'assez lard, en 1646, dans une autorisation donnée aux habitans des environs, ainsi qu'aux paroissiens de Saint-Euslache, d'y établir une confrérie, dont la fête était célébrée le jour de la JNalivité de la Vierge. Il leur fut, en outre, permis d'y faire chanter des messes solennelles tous les jours de fête, consacrés à Notre-Dame. Vers la fin du xvii" siècle, les membres de la congrégation obtinrent, pour leur chapelle, de plus grands privilèges, et le service divin y devint régulier comme dans une église succursale.

En jetant les yeux sur les vieux plans de Paris, on voit (|ue la chapelle des Porcherons se trouvait non loin d'une des dépendances de l'évôché : In Grange-Ratelière, sorte de ferme située dans des marais à mi-distance de la Ville-l'Evèque et du clos Saint-Lazare. Celle grange, dont une rue fré(|uenlée porte aujourd'hui le nom, ligure déjà sur les cartes de la banlieue an xiii» siècle. Plus tard, sous Charles V, Charles VI et les rois suivans, jus(|u"à Henri III, le faubourg Montmartre prend du développement dans sa direction; une population de laboureurs el de cornmerçans s'agglomère autour d'elle, bâtit les Porcherons,

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(lessèclio les marocages, et se met en constante communication avec la ville. Le sentier (|ui conduisait à ce village était nomme la RuelIette-au-Mara\s-des-Porcherons ., c'est la rue Chantrelle on Chante-Reine, devenue populaire, el appelée rue de la Fictoire, parce que Bonaparte y logea à son retour d'Egypte.

La Grange-Batelière appartint longtemps à l'évéque de Paris; il est donc permis de supposer que l'autorité ecclésiastique favorisa l'accroissement du bourg des Porclierons, présida à la création de la confrérie Notre-Dame-de-Lorelle^ et concourut à l'érection de sa chapelle.

Cet édifice, dont l'architecture n'avait rien de remar(|uable, et dont !a façade élaii assez mesquine^ lut détruit au commencement de la révolution. On ne laissa debout (pie les murs latéraux, et, entre ces murs, on établit des barraques dont se souviennent parfaitement les anciens liabilans du (juarlier. Les ruines, très rapprochées du lieu où s'élève l'église actuelle, étaient à l'embranchement des rues Co(|uenard, des Martyrs et du Faubourg- Montmartre^ à peu près à l'endroit où s'élcnd aujourd'hui l'un des carrefours les plus fréquentés de Paris.

« Après le concordai de 180*2, dit l'auteur de Paris ancien et moderne, le culte de Nolre-Dame-de-Lorette fui transporté à une chapelle (jui avait été construite, depuis (piinze ou vingt ans seulement, à l'extrémité supérieure de la rue du faubourg Montmartre, k côté de l'ancien cimetière de Saint-Eustache ; elle était desservie par deux prêtres, et sous le nom de Saint-Jean-Porte- Latine; elle fut d'abord une espèce de succursale de Saint-Enstaclie; bientôt après, elle devint paroisse sous le nom de Noire- Dame-de-Loretle.

» Peu d'années se sont écoulées depuis <|ue l'église nouvelle de Notre-Dame-deLorette a été ouverte au public, comme succursale de l'église paroissiale de Saint-Roch ; et, certes, si ce n'élaienl quehpies signes (jui rappellent ou peignent les objets du culte, on ne pourrait pas dire, en voyant le monument, si c'est un temple du Seigneur ou un édifice profane. »

Voilà une opinion sévère contre un monument sacré, dont nous allons prendre à cœur de faire comprendre le style, avant mèmed'entrer dans les détails relatifsà sa construction. L'auteur est loin, ce|)endanl, d'être des pins hostiles à la magnificence des décors de Noire-!)aine-de-Lorelle, car il se réfute lui-même en

deux phrases, que ne sauraient allénuer toutes les précautions oratoires et toutes ses restrictions, quand il dit plus bas :

— « Assurément, nous n'entendons nullement blâmer l'intention de ceux qui ornent la maison du Seigneur de tout ce qu'il y a de plus précieux sur la terre; il est bien juste de consacrer au Créateur de tout, les choses que les hommes regardent comme les plus précieuses de tous les objets créés. »

Singulier aveu, étrange argumentation, après avoir dogmatiquement <\éc\9vé, mi'au fond, Notre-Dame-de-Lorette ne ressemble guère à une église , et cela, parce que : c'est partout une richesse de décorations, un luxe d ornemens qui manquent de ce caractère de grandeur et de gravité qui doit se trouver dans un temple chrétien !

Des écrivains partiaux, ou peu éclairés, ont prononcé des jugemens encore plus erronés sur une église italienne qu'on a voulu, bon gré, mal gré, assimiler à des monumens de même nature, il est vrai, mais conçus et exécutés dans un ordre d'idées tout différent. On a dit lour-à-tour que c'était un charmant boudoir, une admirable salle de trois cents couverts, une salle magnifique de spectacle, etc., etc., et non le temple d'un Dieu qui a prescrit la charité, la pauvreté, l'humilité.

Si de telles comparaisons sont blas|)hémaloires, elles sontencore plus ridicules. Merveilleux raisonnemens, en effet, que ceux d'hommes étrangers au génie du catholicisme, et la plupart du temps sans croyance aucune, lorsqu'ils prononcent sur de telles matières! Sans le savoir, ils renouvellent ainsi le fameux trait de Judas Iscariole au souper de Lazare.

Voyant M.irie oindre les pieds de Jésus avec de l'huile de senteur de Nard pur. et les essuyer avec ses clieveux, eu sorte que la maison lïit remplie <le l'o leur du parfum, celui qui devait Iraliir le divin maitre, prit la parole et dit :

« — Pourquoi n'a-t-on pas vendu ce parfum trois cents deniers pour les donner aux pauvres? ■

Il disait cela, non qu'il se souci.1t des pauvres, mais parce qu'il élail larron et qu'il avait la bourse, et (ju'il portail ce qu'on y mettait.

Mais Jésus lui dit : — u Laissez la faire, ellea gardé ce parfum pour le jour de masépuUure; car vous aurez toujours des pauvres paruii vous; mais vous ne m'aurez pas toujours. »

Cotte simple citation de l'Évangile selon saint Jean, serait une réfutation siif(isanio des reproches adressés à l'église Notre-Dame-

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