‹ Les églises de ParisChapitre 24 sur 39 · NOTRE-DAME-DE-LORKTTK · texte numérisé non relu

NOTRE-DAME-DE-LORKTTK

(lo-Lorette^ si bien des personnes de bonne foi n'avaient aveiiglémenl accueilli les opinions de ses détracteurs. Quoi! l'on blànie les ornemens (jui font précisément le caractère pieux du temple 1 Quelle admirable logi(|uel Nous ne pouvons supposer quon en veuille à ses colonnes, à ses plafonds, à ses pilastres; (|uelles sont donc les décorations dont on lui fait un crime? — Ses peintures et ses sculjitures, sans doute? — Mais toutes elles remémorent un mystère, une allégorie sacrée ou un fait des Annales callioliques! — Oui certainement , supprimez ces quelques signes; enlevez, en outre, les autels, les tabernacles, la chaire, les bénitiers, les images de la croix; mettez à nu ces murs ornés avec une pompe religieuse; mutilez l'œuvre; détruisez l'harmonie, et l'église ne sera plus qu'un bâtiment ordinaire; il est clair que des dorures et des parquets, des chaises et des lampes à trois becs, ne caractérisent pas un temple! Et encore, il ne faut pas l'oublier. Notre-Dame-de-Lorolle affecte, par son architecture, la forme d'une église, et l'une de ses extrémités est arrondie, suivant les règles suivies dans la structure des basiliques chrétiennes. Enfin, elle a été bâtie sur le modèle de Sainle-Marie- Majeure, à Rome. Or, on raconte qu'au nv siècle de lere chrétienne, sous le pontificat de saint Libère, deux époux nobles, riches et pieux, n'ayant pas encore d'enfans, firent un vœu à la Sainte-Vierge pour en obtenir par son intercession. Ils lui demandèrent en même temps avec ferveur, de leur faire connaître par quelque signe, comment ils devraient lui témoigner leur reconnaissance, si elle daignait exaucer leur prière.

Dans la nuit du 4 août de l'an 352, ils reçurent avis par un songe, que fit aussi le pape Libère, de fonder une église en l'honneur de la mèredeDieu,à l'endroiloù le lendemain malinla terre serait couverte de neige. Au jour naissant ils virent, en effet, que le mont Esquillin en était revêtu, malgré la chaleur do la saison. Le bruit du miracle se répand aussitôt; le pape, suivi du clergé et d'une multitude de fidèles, se rend à la colline, où eut lieu un nouveau prodige. La blanche surface se sépara d'elle-même en grandes lignes, qui dessinaient le plan du saint édifice. L'église fut promptement bâtie, grâce aux largesses des deux époux; elle devint la plus belle et la plus grande qu'on eût encore dédiée à la Sainte-Vierge dans la capitale du monde chrétien. C'est pour- (|uoi, d'un commun accord, on la nomma Sainte-Marie-Majeure:

elle fut encore appelée Sainle-Marie-(les-Neiges, en mémoire ilii tlouble miracle de sa fondation, basilique Libérienne, en souvenir du sainl ponlife qui la consacra; et enfin, Sainte-Marie-du- Rerceau, parce qu'on y déposa, par la suite, les restes vénérés de la crèche de Bethléem.

L'auteur de Rome et Lorette, auquel nous venons d'emprunter la substance du récit précédent, poursuit en ces termes :

« Plusieurs souverains-pontifes ont eu pour la basilique de Sainte-Marie-Majeure la plus pieuse et la plus amoureuse prédilection; aussi est-elle devenue, par leurs soins, d'une richesse et d'une élégance rares, tout en conservant le caractère grave et vénérable qui sied aux lieux sacrés. »

Il ajoute plus bas : « Argent, or, diamans, jaspe, porphyre, y brillent de toutes parts, et tonte chose y a son histoire aussi bien que son éclat. »

A en croire les critii|ues de Nolre-Dame-de-Lorclte, Sainte- Marie-Majeure ne serait pas non plus un temph du Dieu qui jyrescrit la charité , la pam'reté , l'humilité El l'Italie entière, qui orne ses églises avec un luxe dont on se fait difficilen)ent une idée, et l'Espagne Calholique, et le Portugal Très-Fidèle qui l'ont imitée et surpassée par fois, et le Brésil, on la chapelle impériale est surchargée d'or et de pierreries, toute la Chrétienté, à bien dire, serait donc dans l'erreur"? - Mais I Évangile s'est chargé de réfuter ceux qui demandent : — « Pourquoi n'a-t-on pas vendu ce parlnin pour en donner le prix aux pauvres? »

Dépouillez-vous, afin d'orner la maison de Dieu et vous aurez fait acte de charité; car, si vous donnez au nom des pauvres , Dieu le rendra aux pauvres au centuple. Dépouillez-vous et vous obéirez à celui qui a dit : « Heureux les pauvres, car le royaunje des cienx leur appartient. » Si le temple est splendide, qu'importe! (piel rapport sa richesse a-t-elle avec Thumililé qui doit résider dans votre âme?

S'il n'est qu'une manière d'adorer Dieu et de suivre ses préceptes, il en est plusieurs do lui élever un sanctuaire.

La modeste chapelle du village, aux murs blanchis, au clocher d'ardoise, avec son cimetière qui l'entoure et ses vieux ifs <|ui parfois l'emportent en hauteur sur la flèche chancelante; (Plie sim|)le paroisse de bourgade esl l'emblème de l'hunjililé et

^OTKt-D.\ME-UE-LORETTE. 1 SM

(le la paiivrelc clirolieniies; elle rappelle Jésus fait lioiniue, Jésus né dans une élable, mort sur une croix.

La vaste et sombre cathédrale du nord, aux lourds arceaux, aux légères dentelures, celte sublime création de l'architecture gothique, représente la grandeur et la toute-puissance divines. Elle reporte la pensée vers l'éternelle Trinité qui régne sur l'univers. Une lueur mystérieuse glisse à trn vers ses vitraux; ses gigantesques piliers sont semblables aux troncs séculaires des arbres sous lesquels commença le culte chrétien dans les régions germaniques.

Mais la richesse et la munificence de Dieu seront figurées par des édifices d'un autre style. Pour celui qui suspendit à la voûte céleste des myriades de constellations brillantes; pour celui qui créa le flambeau du monde, pour le Donateur de toute beauté , de tout éclat , de toute splendeur , pour le Roi des rois , pour le Très-Haut, le chrétien creusera les entrailles de la terre, en retirera les marbres et les porphyres, les métaux étincelans et les pierres précieuses, et, humble de cœur^ il bâtira une opulente enceinte, faible image de la magnificence suprême.

vSi l'on n'admet point que les monumens les plus divers, pourvu qu'ils soient également basés sur une pensée religieuse , peuvent être consacrés au culte de Dieu , il ne sera plus qu'une sorte de sanctuaire possible. La pauvre chapelle du hameau , l'immense vaisseau gothique , l'éblouissante basilique italienne devront également disparaître; il faudra rouvrir les catacombes. Et pourtant, dés les premiers âges du Christianisme, dès cpie le culte n'est plus persécuté, et surtout, lorsque les empereurs commencent à lui accorder leur protection, des monumens sacrés surgissent de terre; peu après, la puissance temporelle les décore avec pompe; Rome, Conslantinople, Carthage, Alexandrie, Jérusalem renferment de riches édifices consacrés au vrai Dieu. Le paganisme vaincu abandonne ses autels, la croix rédemptrice les purifie, et de là un autre genre d'églises (|ui remonte, comme on voit, aux premiers siècles de notre ère. Mais aujourd'hui, construit-on des temples sur ce modèle antique; les criti(|ues obstinés leur donnent, avec un acharnement désapprobateur, le nom de Payens, comme s] leur origine olleur architecture n attestaient point, avant tout, le Iriomplio de la vérité sur l'erreui', de l'esprit sur la chair, de l'Évangile sur

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