i i.Ks t(;i,isi:s Dt lAitis
le Polylliéisme. Ainsi, chaque espèce de conslruclioii se rall;iche à (|uelque pensée éminemment chrétienne.
Coinnie Sainte-Marie-Majeiire à Rome, comme toutes ces opulentes églises catholiques, dont nous avons parlé plus haut , comme Nolre-Dame-de-Lorelte en Italie , dont la généreuse piété d'un peuple d'artistes a fait une véritable merveille, Nolre- Dame-de-Lorelte à Paris, doit rappeler aux fidèles la richesse et la splendeur de la Divinité, l'éclat impérissable de la religion.
Il n'y a point d'orgueil à parer la demeure de Dieu, quand ceux qui lui offrent des travaux magnifiques ou des matières précieuses s'écrient avec le psalmiste : « Non pas à nous. Seigneur, non pas à nous, mais à votre nom donnez-en la gloire. »
Il nous a semblé nécessaire de combattre le préjugé existant contre Noiro-Dame-de-Lorelte, avant même de nous occuper de l'hisloire toute moderne de son érection ; mais il est temps d'y revenir.
La petite chapelle de Sainl-Jean-Porte-Laline desservait , ainsi qu'on l'a vu, une des paroisses les plus populeuses de Paris. Elle était évidemment insuffisante et le devenait davantage clia- (|ue jour, par suite de l'extension croissante du (juartier de la Chaussée-d'Anlin. Il était donc urgent de fonder une église capable de répondre aux besoins des fidèles. Sa construction fut décidée en 1820. L'on s'occupa du choix d'un emplacement convenable. La ville se procura les terrains nécessaires. En 1823, un concours fut ouvert enlre dix architectes qui durent présenter des projets conlormes à un programme rédigé sur les données particulières de M. l'archevêque de Paris.
La commission, chargée d'examiner les plans proposés, se réunit en avril 1823 et adopta le travail de M. Ilippolyle Le Bas, membre de l'inslilnt, (pii fut chargé de présider à la mise à exécution.
Le 25 août suivant, monseigneur de Quélon posa solennellement la première pierre de l'édifice. Une médaille , duc au lalent de M. Domard, graveur d'un grand mérite, fut frappée à cette occasion. Les fouilles commencèrenl peu de temps après. Le sol de celte partie de Paris est au-dessous du niveau de la Seine, quand celle-ci esl haute; un ruisseau souterrain, cpii jadis inondait sans doute les marécages des Porchrrous, déborda, dès qu'on eût découvert son lil; les eaux jaillirenl en abondance;
NOTRE-DAME-DI>LOtlUTTE. 185
il fallni renoncer an système ordinaire de (ondemens, el bàlir sur pilotis. L'iiabiloté de l'archilecle triompha des obstacles.
Les travaux de conslruclion et ceux des arts furent commandés et exécutés simuilanément. — « Aussi, dit à ce sujet l'auteur d'une Notice explicathe des Objets d'arts i\ue renferme Nolre-Dame-de-Lorelle, aussi, vil-on aussitôt après l'élévation des murs, placer trois statues aux trois angles du fronton de l'église, le fronton sculpté immédiatement et les murs intérieurs se couvrir de riches peintures; car, pendant que les maçons posaient les pierres, les peintres et les scnlpl(nirs travaillaient dans leurs ateliers, et les premiers purent, aussitôt après l'achèveraent des murs, exécuter sur place les dessins qu'ils avaient composés;'» l'avance.»
Cette église offre donc cela de particulier qu'elle fut décorée en même temps que bâtie; toutefois, deux des chapelles latérales, celle (le /a Communion et celle de la T^ierge, ne sont pas encore terminées, bien que le monument ait été consacré et livré au culte, le jeudi 15 décembre 1836, par M. le comte de Quélen , archevêque de Paris, qui célébra lui-même la messe.
L'officiant en habits pontificaux, el précédé de son clergé , parcourut en dehors le tour de l'église, au chant des antiennes, tandis qu'on encensait les reliques des saints, portées aussi en procession extérieure par deux prêtres de la paroisse.
Après la consécration, l'archevêque adressa des félicitations aux autorités qui ont concouru à l'érection du monument, et aux artistes qui ont occupé leur talent et leurs veilles à sa décoration. A cette cérémonie étaient présents : MM. les évoques de Nancy et d'Ajaccio,M. Tinternoncedu souverain pontife, en costume de prélat, et MM. les curés de Saint-Roch , de Saint-Nicolas-du-Chardonnet , de Montmartre et des Batignolles.
La plupart des écrivains qui se sont occupés de Notre-Damede-Lorelte se sont guidés sur la notice publiée sur elle par M. Le Bas ; nous suivrons leur exemple pour la description du monument.
L'église, isolée de toutes parts, est située dans l'alignement de la rue Laffilte (ci-devant rue d'Artois), de manière à être aperçue du boulevart. Sa largeur est de 32 mètres el sa longueur de 70. Elle peut contenir plus de trois mille personnes, indépendamment des espaces réservés an service divin.
ISO I.LS KCLISE* »F. l'AlUà.
Sa façade principale piésenle, au milieu, un avant-corps de même largeur que la grande nef, un porlique orné de quatre colonnes d'ordre corinthien de d3 mètres de proportion^ surmonté d'un riche enlablement, dans la frise duquel on lit l'inscription suivante : Beatce Marice f^irgtni Lauretaneœ.
Ce porlique est terminé par un fronton, aux angles duquel sont placées les statues de la Foi, par Foyalier ; de Y Espérance, par Leiiiaire; de la Charité, par Laitié. Le tympan du fronton est occupé par un bas-relief, ouvrage de Nanteuil, représentant des anges en adoration devantla Vierge et l'Enfant- Jésus. Ces trois groupes de pierre de Conflans ont 2 mètres 60 centimètres d'élévation. Sous le portique est la grande porte d'entrée principale ^ et sur les arrières-corps, adroite et à gauche, sont deux portes latérales.
Nous ne parlerons pas du clocher, annexe obligée de l'église ; c'est une petite tour quadrangulaire, dont on n'a pas cherché à faire un ornement pour l'édifice. Nous dirons seulement que l'extérieur, tel qu'il est, annonce dignement un temple chrétien et que la façade a un caractère noble et majestueux. A considérer le portique, simplement au point de vue de l'art, il termine heureusement la longue vue qui mène du boulevart à ses degrés.
L'intérieur se compose d'un porche d'entrée, au-dessus duquel est placé le bufl'et d'orgues, dont la partie instrumentale a été exécutée par MM Cavalié , père et fils; d'une {grande nef de ■11 mètres 15 centimètres de large sur 29 mètres "25 centimètres de longueur; de deux nefs latérales et de chapelles particulières formées , les unes et les autres, par quatre rangs de colonnes d'ordre ionique. La nef principale est terminée par le chœur oii sont les stalles, et par un rond-point ou hémicycle, où est placé le maître-autel, composé d'un balda(|uin supporté par (jualre colonnes corinthiennes de granit oriental, avec bases elchapitaux en bronzedoré et surmonté d'un couronnement de sculpture dû à M. EIschoëcht. On lit dans la frise: Gloria in excelsis Deo. Deux sacristies sont à la proximité du chœur et à l'extrémité des bas-cùtés; elles sont éclairées chacune par une grande croisée à arcades. Le vitrail colorié de celle de gaucho a été exécuté à la manuAiclure royale de Sèvres, d'après les compositions de M. Delorme , pour les deux anges du cintre et le su-
NOrRK-DAME-DE-LOIlinTK. I S7
jel principal, (|ni repri'senle wnc Assomption delà f^ie/ye,- t| sur les dessins de M. Le Bas , pour l'ensemble el les orneniens. De semblables vilraux sont en partie exécutés pour la croisée di'. l'autre sacristie; le sujet principal en sera seul varié.
Quatre chapelles d'une assez grande dimension occupent les angles des bas-côtés; elles sont disposées,;! commencer de celle de droite en entrant, dans Tordre indiqué par la nature et la religion pour le cours de la vie. — La première est consacrée au baptême, la deuxième à la communion, la troisième au mariage; elle est nommée chapelle de la f^ierge. — ( Nous avons déjà parlé d'elle et de la précédente comme des seules parties de l'intérieur (|ui ne soient pas achevées. ) La quatrième chapelle, dont les remarquables décorations sont dues au pinceau de M. Blondel, est celle de la Mort. Nous n'avons pénétré ni dans la seconde, dont les travaux sont confiés à M. Perrin , ni dans la troisième, dont est chargé M. Orsel , mais nous devons le tribut de nos éloges à M. Roger, pour la chapelle du baptême, dont les peintures, par leur conception , leur manière el leur caractère mystique, rappellent certaines œuvres du nioyen-âge el de la renaissance. En face des sombres et pieux tableaux de la chapelle mortuairo, on aime à rencontrer tous les symboles baptismaux réunis sur les pendentil's, la coupole et les quatre compartimens. Ces divers sujets ont été exécutés à la cire sur les murs même de l'église.
Nous devons faire remarquer ici que les ouvrages qui décorent la nef et la grande coupole, ont été également peints sur pierre (et non à fresque). La pierre polie, calcinée, rendue poreuse comme une éponge et imbibée d'huile, a reçu une préparation particulière, secret de l'inventeur, et telle (pie les couleurs sont profondément absorbées. La peinture est donc indélébile, elle ne disparaîtrait pas entièrement sous un badigeon vandale qu'il suffirait de gratter, elle ne peut souffrir (pie lemporairement sous l'induence d'émanations putrides, ainsi qu'on en a fait l'expérience; elle ne peut s'écailler, ni tomber par plâtras, elle aura autant de durée (|ue le monument.
C'est une pensée belle, grande et vraiment religieuse, que d'avoir consacré les chapelles des quatre angles de l'église aux quatre âges de l'existence chrétienne, el l'on doit de la reconnaissance à ceux (|ui l'ont mise à exécution.
188 LES ÉGLISES DE l'AKIS.
Six autres chapelles, plus petites, ont été pratiquées sous les bas-côtés; elles se présentent dans l'ordre suivant :
A droite, celles de Sainl-Hippolyte, Saint-Hyacinlhe et Sainte- Thérèse ; à gauche, celles de Sainte-Geneviève, Saint-Philibert et Saint-Etienne. Chacune d'elles est ornée du portrait du saint ou de la sainte, et de tableaux dont les sujets sont tirés de leur vie. Les artistes (|ui ont exécuté ces travaux sont MM. Hesse, Coutan, Bézard, Alfred Johannot, Langlois, Caminade, Decaisne, Dejuine, Eugène Devéria^ Schnetz, Elex, Champmarlin, Couder el Goyel. Le portrait de saint Hyacinthe, placé sur l'aulel de sa chapelle, est dû à madame Varcollier; celui de sainte Geneviève, à madame Dehérain.
Dans les deux bas-côtés, les trois chapelles, séparées les unes des autres, sont en tout pareilles, el renferment chacune deux confessionnaux , l'un à droite , el l'autre à gauche de l'aulel.
Les deux rangées de colonnes quiformeni la grande nef, sont surmontées de murs, dans lesquels sont pratiquées les six croisées qui l'éclairenl. Sur les huit trumeaux qui séparent les croisées, sont représentés des sujets tirés de l'hisloire de la Vierge. — Sa Naissance, par M. Monvoisinj la Consécration, par M. Vinchon; le Mariage de la T^ierge, par M. Langlois; ^ Annonciation, par M. Dubois; la Visitation, par M. Ç,Ç)n\.A\\;K Adoration des Mages, par M. Granger; \' Adoration des Beigers, par M. Cassel; el {'Assomption , par M. Dejuine. Les deux grands tableaux qui décorent les parois des murs, au-dessus des slalles, font suite à l'histoire de la Vierge; celui de droite a pour sujet Jésus au milieu des docteurs , par M. Drolling, et celui de gauche la Vrésentatioi au temple , par i\L lleim.
Ainsi, toutes les grandes époques do la vie de la sainte pa- Irone de l'église ont été pieusement représentées sur les murs. Elles sont mises sous les yeux des fidèles, afin de les édilier el de les porter à une vénération plus profonde pour celle ijue l'archange salua du nom sacré de Marie, et (|ue les bienheureux reconnaissent pour leur reine. Là, se déroule toute une existence de candeur, d'innocence, de pureté et d'amour divin; là, le modèle de toutes les vertus les plus aimables, Marie, la mère de Dieu, est vue depuis l'âge le plus tendre jus(|u';'i l'heure où les an-ïes l'enlevèrent aux eieu\.