‹ Les églises de ParisChapitre 26 sur 39 · NOTRE-DAME-DE-LORETTE. 1 K · texte numérisé non relu

NOTRE-DAME-DE-LORETTE. 1 K

Est-il une vie plus a(lmiral)le que celle tJe Mnrie? iisl-il un nom plus doux pour les cœurs des fidèles?

Conçue sans péciié, elle fui la plus pure des créatures de Dieu; elle vécut en faisant le bien, et souffrit les pi us a mères des douleurs. Marie est la consolalrice des affligés, le secours des chrélicns, le refuge des pécheurs; l'église l'appelle Rose iiiysticpie. Etoile (lu n)alin, Arche d'alliance; le monde l'invocpie dans sa détresse, sous les noms les plus louchaiis; c'est Notre-Dame-deGrâce, Notre-Damo-des-Douleurs , INolre-Dame-des-Rochers , Nolre- Dame-des-Naiifrages^ Notre- Dame-de-Bon-Secours.

Mais rentrons à Notre-Dame-de-Lorelte, où de nouveaux symboles vont frapper nos yeux. Des places ont été réservées aux images de quatre des annonciateurs du Messie et des quatre historiens de sa vie terrestre. Jérémie, Ezéchiel, Isaïe et Daniel, par M. Schnelz, occupent les écoinçons des grandes arcades, au-dessus des orgues et à l'entrée du chœur.

M. Delorme est l'auteur des Quatre Ei>angélis(es peints dans les pendentifs qui supportent la grande coupole , ainsi que de l'œuvre remartpiable qui la décore, et dont le sujet est la Translation de la Sainte-Maison de Lorette ( Santa-Casa )/?«/■ f/^'.y anges, en présence de la Sainte-fierge et de la cour céleste.

Notre-Dame est entourée de la Foi, de l'Espérance, de la Charité, de la Justice et d'un grand nombre de chérubins. Sur un plan plus avancé, des anges écartent les nuages pour faciliter la translation de la Cnsa-Santa, que quatre anges portent dans les airs. Deux autres anges placés, l'un à droite et l'autre à gauche, sonnent de la trom|)ette, pour annoncer ce miracle à fCnivers.

Le Couronnement de la T ierge, peinture sur fond d'or, qui occupe le cul-de-four de l'hémicycle, est de M. Picot.

La sculpture a dignement concouru à orner l'église de Notre- Dame-de-Lorelte. La cuve en bronze des fonds baptismaux, exécutée sur les dessins de M. Le Bas, est surmonlée d'une petite statue de saint Jean-Baptiste , due au ciseau de M. Durât. Nous avons déjà parlé du couronnement c'e sculpture cpii surmonte le baldaquin du maiire-aulel ; c'est un groupe en plâtre, composé de deux anges appuyés sur une boule céleste, surmontée <le la croix. Au-dessous, dans le baldaquin même, se trouvent deux ligures, chacunede sept pieds de proportion, représentant la Sainte- f iergc portant sur ses genoux le Christ mort, par

">'^ I.I.i lifiLIStS DK l'AlllS.

M. Corlol; n (Jroili; (.'t à gauclio du inailre-autel , Veux ylnfjes «r/or«te«ri-, (le grandes dimensions, par M. Lebœnf->anleuii; à droite de h cliapeWe du Mariage est une statue de cinq pieds huit pouces, par M. Auguste Dumont, représentant la Vierge, .•iciinte Marie priant pour- nous,- à gauche de la chapelle de la Communion, et faisant pendant à la précédente, est une statue de six pieds, par M. DesbœuCs: le Christ annonçant sa mission au monde. Nous ne devons pas omettre les deux séraphins (|ui supportent l'abat-voix de la chaire à prêcher, exécutée en bois, pur iM. EIschoëcht, ouvrage (pi'on peut indiquer comme un modèle de la plus élégante simplicité.

Indt'[>endama)ent de ces nombreux travaux do la peinture et de la statuaire, on reuiar(|(ie dans l'édilice (juelques autres richesses tenant également à l'art, contribuant à l'harmonie de l'ensemble : tels sont le plafond ; le poli (|u'on est parvenu à donner aux pierresdescolonnes, qui offrent ainsi l'aspect du marbre; les devantures^du maître-autel et des autels particuliers, exécutées en lave émaillée de Volvic, sous la direction de M. Hittorf, d'après les dessins de M. Le Bas; les encadremens des peintures, les ornemens des frises, où sont retracés tous les instrumens de la Passion; le buffet d'orgues et les pavés des chapelles du chœur et des bas-cùlés, encompartimens de marbres de diverses couleurs; enfin, les balustrades, les grilles et tous les ornemens d'architecture. On iloil citer aussi le riche lapis d'autel, (|ui sort de la manufaciure^d'Aubusson.

En résumé, l'cglise Notre-Damc-de-Lorette, à Paris, est, sans aucun doute, la mieux décorée de toutes celles du royaume de France. Elle fait le plus grand honneur à l'administration qui en a ordonné l'érection, à l'architecte distingué (|ui Ta l'ait élever, et aux habiles artistes qui l'ont dotée des fruits de leurs veilles.

Il serait injuste d'omettre dans celte notice le nom de i\l. Donimey, jeune architecte, ((ui, depuis le commencement de l'édifice just|u'à son achèvement , n'a cessé de remplir, avec le plus grand zèle, les fonctions d'inspecteur des travaux, et dont M. Le Bas, architecte en chef, faille plus grand éloge. Nous regretterions aussi de ne pas mentionner honorablement M.Pianlar.quiaètéchargé de toute la sculpture d'ornemens de la piirre, tant extérieurement (|u intérieurement; MM. Deschamps et llomagnesi , qui ont été chargés de la sculpture d'ornemens

>OTnE DAME-DF,-LOnETTi:. 101

on plâtre el on cnrlon-pierre de l'intorieiir, el M. Ronillello, luitciir de la nienniscrie si mérilanle de ce temple.

L'histoire de la noiivolle église ne présentait aucun de ces l'véneniens(|uise raltaclienl aux vieux monumensde Paris, nousavons dû nous renfermer dans une description minutieuse; nousavons essayé de rendre, autant que possible, à chacun, ce qui lui appartient, à César ce qui esta César, et à Dieu ce «pii eslà Dieu. Nous nous sommes attachés surtout à déajonlrer que , malgré la malveillance des gens irréligieux ou la légèreté des langues ignorantes, l'église est vraiment catholique, el que, sous tous les rapports, elle convient aux lieux où elle est élevée. C'est un temple artiste au milieu d'une cité artiste, un temple opulent dans le quartier du luxe, un temple chrétien ouvert au pauvre, (pi'i! console en lui montrant la splendeur des œuvres de Dieu ; ouvert au riche qui doit s'humilier au souvenir de l'humble maison de Nazareth , où le Fils de l'Homme passa , dans lobsciirité, les premières années de sa vie. Nous avons cru devoir nommer toutes les personnes de talent qui ont coopéré à l'achèvement de la basilique, et poser, nous aussi, une pierre historique qui ne sera peut-être point sans utilité, quand les années auront donné un nouveau lustre à l'église de Notre-Dame-de- Lorelte.

Ajoutons maintenant qu'elle est spécialement consacrée au mystère de l J mmaculce Conception. Le jour de son ouverture, l'archevêque , par son mandement , ordonnait ; « Aux (ilèles , ■■ de porter sureux la médaille frappée, depuis quelques années » en l'honneur de la Sainte-Vierf^e , et de répéter souvent celt(! » prière, gravée au-dessus de l'image : O Marie ! conçue sans » péché , priez pour nous qui avons recours à vous. »

Toutes les fêtes de la Vierge sont religieusement célébrées dans la nouvelle paroisse, comme jadis dans la vieille chapelle des Porcherons ^ el la dévotion du mois de Marie y est plus fervente peut-être que dans aucune autre des églises de Paris. Des messes fréquentes y sont dites , les jours ouvrables , les Dimanches et les jours fériés , en sorte qu'elle esl devenue un centre con)miin pour les fidèles. Le quartier s'en est heureusement ressenti. Il est digne de remarque, en effei, qu'on dépit de la froideur religieuse attribuée au temps où nous vivons, la proximité d'une église oalholiquo est recherchée par les familles, et

192 l-ES ÉGLISF.S DE PARIS.

donne une sorte de vie nouvelle aux lieux environnans- L'on déduirait aisément des réflexions consolantes pour les âmes pieuses, de celte simple observation facile à vérifier, que les loyers des maisons voisines ont considérablement renchéri depuis (pie Nolre-Dame-de-Lorelte est ouverte au culte; mais les froids calculs de la statistique peuvent-ils avoir quelque influence sur les esprits qui croient et qui espèrent? Est-il besoin de preuves matérielles pour ceux qui n'ont pas oublié que l'enfer ne prévaudra jamais contre l'église du Sauveur?

Nous lerminerons ce travail en rappelant que ce n'est qu'une compilation de ce qui a été précédemment écrit sur le même sujet, et en remerciant M. l'abbé Dancel , premier vicaire delà paroisse , d'avoir bien voulu nous donner les renseignemens nécessaires pour compléter nos recherches.

G. DE LA LANDELLË.

Page 1