S.-THOMAS-D'AQUIN
L'histoire de celle église, considérée comme paroisse, ne nous oUViriiil que bien peu defails, puis(|ir(>lle ne dale (pie du concordai proclamé à Paris le 18 avril 1802. Mais en remonlanl dans le passé, en fouillant dans les annales d'un ordre religieux à jamais célèbre, celui des Frères-Prêcheurs, il nous deviendra facile de tracer une monographie aussi instructive qu'intéressa nie.
L'église appelée aujourd'hui Saint-Thomas-d'Aquin appartenait, avant la révolution, à un institut qui avait acquis des droits à la reconnaissance du monde catholique, en se proposant le charitable et noble but d'extirper les hérésies, et de propager le christianisme par le moyen de la prédication.
Cet institut, qui a rendu de si grands services à la chrétienté, lut fondé au commencement du xiii"" siècle. Son fondateur, Dominique de Gusman , noble castillan, que l'église honore comme un grand saint, se distingua par l'exercice constant des plus liantes vertus chrétiennes et par une paroli; admirablement puissante, surtout lorsqu'il exhortait au npenlir ei à la conversion des mœurs. « Le fondateur de l'ordre des Frères-Prêcheurs, dit un de ses biographes *, est l'un des hommes, à le considérer
* Vie de. Saint nomiiiiqiie . par le Révérenil Père frère Henri-Dominique Lacordaire, ilo l'ordre des Frères-Prêcheurs.
'210 LES itr.I.ISES DE PAUIS.
même liiiniaincment, le plus hardi parle génie, le plus leridie par le cœur, qui ait existé. Il posséda dans une fusion parfaite ces deux (|ualilés qui ne sont presque jamais possédées ensemble au même degré. Il exprima l'une par une vie extérieure d'unr aetiviié prodigieuse, et l'autre par une vie intérieure dont ou peut dire que chaque souffîe était un acte d'amour envers Dieu et envers les hommes. Son siècle nous a laissé sur lui des monumens courts et nombreux. »
Ces monumens contemporains n'ont pas empêché nos philosophes modernes de calomnier la mémoire de saint Dominique. Voltaire avance, avec son eflronterie habituelle, «|ue cei apôtre jeta les fondemens de l'inquisition au xi 11°" siècle ; et il ajoute, pour corroborer son invention infernale, que saint Dominique croyait fermement (jue l'égKse catholique, apostolicjue «1 romaine, ne pouvait se soutenir que par des moines et des bourreaux *. On sait (pie cette calomnie a trouvé de nombreux échos dans le siècle dernier aussi bien que dans le nôtre. Mais la don ceur et la cbarilé dont saint Dominique donna tant do preuves dans l'accomplissement de sa carrière apostolique, sont la meilleure réponse à ces imputations odieusement controuvées. Tous les écrivains du temps s'accordent à dire (|ue ce saint missionnaire n'employa jamais contre l'hérésie d'autres armes que la prière, la persuasion et l'exemple. Voici d'ailleurs une autre raison qui ne peut man(|uer de faire ouvrir les yeux aux partisans les plus aveugles de Voltaire et de ses adeptes. Saint Dominique avait (|uitté la terre pour le ciel en 1221 ; il lui eût élé par conséquent impossible d'établir l'inquisition, dont le projet ne fut formé que huit ans plus t;irddans le concile de Toulouse, et qui ne fut conliée à l'ordre de Saint-Domini()ue qu'en 12l}15.
Quant aux déclamations dont le tribunal de la sainte inquisition s'esl vu l'objet , elles ne sont pas mieux fondées. Les ennemis de la religion ont voulu alarmer les esprits en répétant le nom de l'inquisition, et en faisant grand bruit des fameux et souvent fabuleux auto-da-fé ordonnés par l'inquisition. Nous ne prétendons pas faire l'apologie des fautes de ce tribunal, (|ui était faillible comme tout ce qui est soumisà la condition humaine. Mais ce qui est incontestable, c'est que l'inquisition a l'ail verser beau coup moins de sang dans toutes les parties du globe réunies, (|ue
* UicUonnairc philosophique, article ARAXUA.
SAI.NT-TH(J'i1AS-d'aQU1.>. 211
les guerres ele religion n'en ont liiit répandre dans le seul royannic de France, el qu'elle inel les pays où elle subsiste à l'abri du poison de l'incrédulité ijui iid'ecte le reste de l'Europe *. Au reste, tous les détracteurs passés, présens et futurs de l'incpiisition sont victorieusement réfutés dans un écrit de l'illustre de Maistre **. Ce puissant adversaire, homme de génie et de foi, a dissipé toute cette fantasmagorie de supplices et de tortures qu'on attribuait à ce tribunal, et en même temps il a prouvé justpi'à l'évidence que l'iufpiisition était en soi une institution salutaire (|ui a rendu les services les plus importans à l'Espagne, el qui a été radicalement et honteusement calomniée par le fanatisme sectaire et philosophique.
Revenons à l'institut de Saint-Dominique. L'ordre des Frères- Prècheurs a compté parmi ses enfans plusieurs hommes du plus grand mérite, entr'autres Albert-le-Grand. et plus notamment encore le grand saint Thomas-d'Aquin, l'une des plus étonnantes lumières de son siècle, qui, de son vivant, avait été proclamé lajleur et l ornement du monde chre'tien; et qui a mérité d'être surnommé \e docteur évangélique et l'Ange de ï école. « Dans mon opinion, disait Brasme, il n'existe point de théologien qui puisse entrer en comparaison avec Thomas-d'Aquin, soit pour le soin qu'il met à ses ouvrages, soit pour la rectitude d'esprit, soit enfin pour la solidité de sa doctrine. »
Les enfans de saint Dominique portèrent d'abord le nom unique de Fréres-Précheurs ; celui de Dominicains leur vint de celui de leur saint fondateur. Le premier couvent <jue les Dominicains eurent à Paris, fut bàli dans la rue Saint-Jac(|ues, sur l'emplacementd'un hôpital dit des pèlerins Saint-Jacques; c'est de là que les Frères-Précheurs ou Dominicains furent communément appelés en France Jacobins, dénon)ination qui acquit une triste célébrité pendant nos saturnales révolutionnaires.
On a pu voir, dans notre notice sur la paroisse de Saint-Roch, des détails sur le couvent des Jacobins de la rue Saint-Honorè et sur la réforme introduite dans l'ordre des Frères-Prècheurs par le père Sébastien Michaelis, réforme qui avait pour objet de rétablir dans toute sa pureté la règle de saint Dominique, et
■ Histoire (Ui Drdrei reinjitiix, par M. Hunnan, loin 1", page 385. "Uilrt '/ "M ijciiiilliummi: liiiiS^, sur liiiqiiisiiwii K>i'.i<jiivlc .
212 LES ËtiUSES DE PABIS.
de bannir des maisons de rinstiuu le relâchement et tous les abusqiii s'y étaient glissés avec le temps. Nous ne répéterons point ce que nous avons déjà dit sur ce sujet. Il était néanmoins opportun de rappeler ici cette particularité à nos lecteurs.
Le père Nicolas Rodolfi, général de l'ordre des Dominicains, dans le but d'assurer le succès de la réforme entreprise par le père Sébastien Michaelis, conçut le dessein d'établir en France un noviciat général pour les religieux qui voudraient embrasser cette réforme. Un bref du pape Urbain VlU^ donné en 1629, et des lettres-patentes du roi Louis Xill l'aulorisérent à former ce nouvel établissement. Il eut en même temps, dans le cardinal de Richelieu, un protecteur puissant, qui, par ses libéralités, mérite d'être considéré comme le fondateur du nouveau monastère.
Cette maison, située rue Saint-Dominique, n'était alors qu'un bâtiment très simple, accompagné d'un jardin et d un clos contenant sept arpens et demi. Dès 1631, on y envoya quatre religieux tirés du couvent des Jacobins de la rue Sainl-Honoré; leur premier soin fut de faire construire une petite chapelle qui fut achevée et bénite en 1632. Mais bientôt les localités ne sulTirent plus pour recevoir le nombre toujours croissant des sujets cpii se présentaient pour subir les épreuves et obtenir leur admission dans l'ordre. On songea donc à construire un bâtiment plus régidier et surtout plus convenable pour un monastère.
L'église fut le premier objet de la sollicitude des religieux ; la chapelle était trop petite ; il était indispensable de la remplacer par un édifice religieux d'une plus grande structure. La première pierre de ce monument fut posée en 1682, par Hyacinthe Serroni, archevêque d'Albi , et par Anne de Monibazon , duchesse de Luynes. Cette église fut bâtie sur les dessins de Pierre Bullet, habile et savant architecte, élève du célèbre François Blondel. Achevée en 1683 , elle fut placée sous l'auguste vocable de saint Dominique, fondateur de l'ordre des Frères-Prêcheurs. Ce fut là le premier nom de cette église, quoi(|ue les historiens n'en parlent pas; et ce n'est pas sans intention, comme on le verra plus loin, cpie nous le faisons rcmarcpier.
Les religieux avaient partagé le terrain (|ui appartenait à leur couvent : le cloître et le jardin du monastère en occupaionl une
SAINT -thomas-d'aquin. 213
partie; Taiitre était couverte de maisons qui étaient louées à des particuliers.
Le portail de l'église fut rebâti queUpies années avant la révolution, par le frère Claude, religieux de cette maison. Il se compose de deux portiques superposés : celui du rez-de-chaussée est de l'ordre dorique; l'autre, qui appartient à l'ordre ionicpie, est couronné d une fronton angulaire. Ces deux ordres sont élevés l'un sur l'autre, dans la forme pyramidale afioptée pour plusieurs autres églises de Paris construites à la même époque. Quoiqu'ils soient d'une proportion et d'une maigreur qui ne leur permettent point de supporter un examen minutieux, l'ensemble de ces deux ordres a cependant une certaine apparence. Situé sur une petite place en harmonie avec ses dimensions , ce portail est d'un assez bel effet, vu delà rue Saint-Don)inique.
Quant au bâtiment , il est d une médiocre grandeur, très convenable ce|)endaMl pour l'église d'un monastère. L'intérieur est orné d'une colonnade corinthienne; il offre toiis les caractères de l'architecture employée à cette époque dans les édifices sacrés. On n'y voit rien de remarquable sous le rapport architectural.
En revanche, la sculpture et la peinture n'avaient pas nûanqué à la décoration intérieure de celte église. Le maître-autel , construit à la romaine, était orné de huit colonnes de marbre, au milieu desquelles se montrait une gloire en bronze doré , accompagnée de chérubins. On y remarquait aussi la Résurrection de Jésiis-Chiist , sculptée par Martin, sur les dessins du célèbre Lebrun.
Le plafond du chœur fut orné d'une Transfiguration de Notre Seigneur peinte par Lemoine, (|ui avait un pinceau doux et gracieux, et .savait donner beaucoup d'agrément et d'expression à ses figures , en même temps que de la force et de l'activité à ses teintes. Dans la chapelle du Rosaire, à gauche du maître-autel, un artiste dont on ignore le nom avait repiésenté la Sainte Vierge donnant un rosaire à saint Dominique II y avait aussi, suri autel de la chapelle Saint-Hyacinthe, un tableau sans nom d auteur, offrant l'image du saint traversant un grand fleuve pour dérober les choses saintes aux Tatars (pii pillaient la ville de Kiow.
Toutes les autres peintures (jui décoraient l'église, et elles
'214 I.ES KtiLlSES DE l'AlUS.
étaient nombreuses, avaient pour auteur le frère Jean-André, lie l'ordre (les Dominicains, aussi habile peintre (jne bon religieux. A l'imitation d'un autre célèbre artiste du même ordre, frère Angéli(jue de Fiesole, dont le pinceau (lieux, naïf et poétique sut atteindre fré(piemmenl l'idéal de l'art clirétien *, le frère André consacra son talent fécond et très souvent heureux à la décoration des églises de plusieurs couvens de son ordre, et particulièrement de la maison des Jacobins réformés , à laquelle il appartenait. Les compositions de ce peintre avaient un caractère de simplicité; elles se faisaient remar«5uer par une sage ordonnance , par un dessin correct mais un peu maniéré dans le goût des artistesdeson temps. On admirait surtout son coloris, brillant et vigoureux, qui rappelle celui du célèbre Jouvenet. Frère André, à l'âge de (juatre-vingt-dix ans, peignit encore une sainte Geneviève, destinée à l'ornement de la dernière chapelle de son couvent, il mourut en 1753.
Parmi les peintures qu'il avait faites pour la maison des Jacobins réformés, on citait particulièrement neuf tableaux dont les sujets étaient tirés de la vie de Jésus-Christ , et qui se voyaient dans les panneaux du chœur, lesquels étaient d'une boiserie exécutée avec soin et très estimée. Puis c'étaient , au milieu du rond-point de l'église, une Résurrection ; dans l'atiique, à l'entrée du chœur, saint lliontas-d'Aquin en extase-^ en regard, le pape Pie f^ à getiotix devant un c/-Hf/^'.î', adressant des vœux au ciel pour le succès de la bataille de Lépante; dans la chapelle en face de celle du Kosaire, trois tableaux représentant la f'isilati<in , la Présentation au temple, la Sainte Vierge donnant à un religieux de l'ordre le portrait de Saint Dominique; dans la chapelle de Saint-IJarthélemi , le Martyre de ce saint; dans la sacristie , les Pèlerins d'Eniniaiis , la JSaissance de Notre- Seigneur-Jésus-Clirist , Saint Louis recevant les saintes reliques , etc. Il y avait encore bien d'autres toiles de ce peintre dans diverses parties de la maison. On voyait dans le réfectoire \e Repas chez Simon le Icpreuj:, et des portraits en médaillons représentant plusieurs religieux de l'ordre martyrisés à la Chine. Cinq tableaux du frère André ornaient une salle du premier étage, oïl se faisaient les ollices nocturnes, liulin une autre
■Voj. les monumeiis lie LhnimrciU tainic Elisuhetli ilc lliniyiu, iccufillu |ijr le luinic de MoiilaleinbiTl, pair de France.
saint-thomas-d'aouin. 215
salle oirrait réunis tous les dessins et esquisses des tableaux de ce pieux artisle.
Le plus habile peintre de porlrails du siècle dernier, Rigaiid, qu'on surnommait le Van-Dyck français, avait exécute huit porlrails t|ui étaient placés dans la salle des récréations. Ils représentaient dos princes et grands seif^neurs de la cour de France : \e duc de Bourgogne, \e duc de Tendome , le comte de Toulouse, le duc de BouUlon, le maréchal de fillars, le comte dEvreux, etc. Le parloir des étrangers otfrait les portraits en pied de plusieurs papes sortis de l'ordre de Saint-Domini(iue, ceux de plusieurs généraux de l'ordre , celui du cardinal de Richelieu, etc.
De nobles et opulentes familles, d'illustres prélats, des militaires distingués, de hautes et puissantes dames qui avaient brillé à la cour, avaient leurs sépultures dans l'église des Jacobins réformés, et leurs mausolées, plus ou moins fastueux , étaient pour les grands de la terre une leçon permanente d'humiliié chrétienne , leçon trop souvent oubliée au milieu des illusions du monde ! C'était là que reposaient les restes de Philipfie de Montault, duc de Noaille, maréchal de France, morten i084. et de Suzanne de Parabère, sa femme, morte en 1700; de Charles de Lorraine, duc d'Elbeuf, mort en 1692; de Maximilicn de Bellefourrière, marcpiis de Soyecourt; d'Hyacinthe Serroni , archevêque d'Albi, le même qui avait posé la première piernde cette église; de Ferdinand, comte de Relingue, lieutenantgénéral des armées du roi, etc. etc. Avaient été aussi inhumes dans l'église des Jacobins réformés plusieurs bienfaileurs de celte maison religieuse : le maître des recpiètes Barthélemi Mascarini, mort en 101)8; Louis Legay, mort en 1732, et l'abbc Arthur Poussin, docteur en théologie, décède en 1735.
La bibliothèque du couvent, composée de plus de 24,000 volumes, était ornée de deux globes de Coronelli , savant cosmographe vénitien, qui fut général de l'ordre des Minimes.
La maison des Jacobins réformés a possédé plusieurs hommes d'un mérite éminent , entre autres le père Vincent Baron, docleur conventuel de l'université de Toulouse, regardé comme l'un des premiers théologiens du xvii" siccits; le frère Jean André, dont nous avons énuméré les principaux titres comme peintre; et le frère François Romain, ingénieur et arcidtecte d'une
216 LES é<;lises de pauis.
grande renommée, qui conslriiisit, par ordre des étals de Hollande, une partie du pont do Maëstriciu, acheva le pont Royal de Paris, commencé par Gabriel , et devint inspecteur des pontsel-chaussées et architecte des bàtimens dépendans du domaine du roi. Frère Romain était aussi bon religieux que grand architecte, et ses travaux d'architecture ne l'empèchaienl jamais de se conformer aux prescriptions de la règle de son ordre.
Là se borne, tout naturellement, rhistori(|ue sommaire des détails les plus inléressans qui se groupent, pour ainsi dire , anlour de la maison des Jacobins réformés. Maintenant, nous allons entrer dans un nouvel ordre de choses.
On ne sait que trop ce que devinrent les couvens lors du cataclysme politique qui , renversant en France l'autel et le trône, ébranla si violemment les fondemens de la société. La maison des Jacobins ne fut pas plus épargnée que tant d'autres instifulioiis salutaires qui périrent dans ce grand naufiage. Depuis un demi siècle, le philosopliisme avait accumulé tant d'accusations monstrueuses et mensongères contre les monastères d hommes et de femmes; il avait débité tant de jérémiades sentimentales sur le malheur imaginaire des prétendues victimes cloîtrées, que les masses ignorantes et passionnées étaient toutes prêtes à applaudir à ceux qui feraient fermer, pour toujours , ces demeures de l oisiveté contemplat'n>e , cotnme les appelaient les ennemis de la religion. Aussi les ordres religieux furent-ils les premiers en butte à la violence et à la spoliation.
F^es Jacobins réformés, dispersés au nom d'une loi d'iniquité, furent forcés d'abandonner aux agens de la Nation leurs propriétés, leur cloître, leur église , qui furent bientôt en proie au pillage et à la dévastation. Mais luàtons-nous de franchir cette épo(iue marquée par tant d'énormités impies, celte époque néfaste où la convention nationale prenait un arrêté ayant pour but de substituer un culte raisonnable au culte catholique. Passons sur cette ridicule fête de l'Être-Suprême , célébrée avec tant de solennité par Robespierre. Une autre folie, non moins absurde. l'Ut aussi la prétention de s'ériger en religion nouvelle, sous le régime du directoire. On avait affublé ce nouveau culte du nom de Fhilantropie , et ses partisans se nommaient Philantri>|i('s.
(iCS nouveaux sectaires lirent bientôt de si nombreux prosélitcs, qu'ils n'eurent pasde peine à obleiiirdii gouvernement d'alors
SAINT-THOMAS- d'aQUIN. 217
raiilorisalion de lenir leurs assemblées dans plusieurs églises aux heures où le culte n'était point célébré.
L'ancienne église des Jacobins réformés devint alors un des temples de la pbilantropie. Le projet des nouveaux sectaires avait été de faire succéder aux majestueuses cérémonies du culte catholique des réunions assez semblables à celles des proteslans, mais plus simples encore, et dégagées de toute représentation. Leurs réunions avaient pour objet des exhortations morales ,âtis \ecl\ires philosophiques , tics chi\n{fi religieux. Les adeptes rejetaient tout ce qu'ils appelaient pratiques superstitieuses et toute image matérielle de la Divinité; el prétendaient qu'ils ne fallait aux hommes que des réunions pour s'instruire en commun de la morale et de la grandeur de la création. Ils avaient la plus grande confiance, disaient-ils, dans leur nouvelle religion, et la regardaient comme capable d'arracher aux églises catholiques beaucoup de ces âmes tendres qui ont besoin d'épancher en commun leurs senlimens religieux. Voici quel était l'étrange cérémonial usité dans leurs réunions. Sur l'autel , une corbeille de fleurs et de fruits, signe synjbolicpie de la création , était tout ce qui s'offrait à la conlen)pIalion des assislans. Un orateur, revêtu d'un costume approprié à la circonstance, prêchait tolérance et respect pour tous les cultes, et attachement inviolable à celui de la vertu. On chantait ensuite des hymnes à l'être des êtres. Ces sortes de représentations, auxquelles on s'efforçait d'imprimer un caractère religieux, ressemblaient assez ;i celles qu'ont données de notre temps les fameux disciples de Saint- Simon: elles eurent aussi le même sort.
Le bon sens public commençait à faire justice des théophilantropes et de leur doctrine , lorsque Bonaparte, alors premier consul, fit fermer à ces sectaires l'entrée de tous les édifices nationaux. De ce moment, la theophilanlropie, combattue par le pouvoir et par le ridicule, tomba pour ne plus se relever.
Cet événement eut lieu le A octobre 1810, et ce fut peu de temps après (|uo l'ancienne église des Jacobins réforniés fut érigée en église paroissiale par suite du concordat conclu entre le Souverain-Pontife Pie vu et le gouvernement français. Ce fut alors aussi qu'elle reçut le vocable de Saint-Thomas-d'Aquin. On rapporte à ce sujet une anecdote qui mérite d'être connue. Une discussion s'était élevée, dans le sein de la commission
cliargée de Tixer la circonscription de chaque paroisse, sur lo nom définitif à donner à la nouvelle église paroissiale ; quelques membres demandaient qu'on lui rendît son nom primitif, celui de Saint-Dominique; les autres^ plus nombreux, repoussaient ce dernier nom , comme susceptible de réveiller dans les esprits le souvenir de l'inquisition, et proposaient celui de Sainl-Thomasd'Aquin. — Qu'à cela ne tienne , interrompit M. Ramond de Lalande, membre de la commission , et curé de la nouvelle paroisse : au défaut du nom du fondateur, nous acceptons bien volontiers celui desainlThomas-d'Aquin; ce dernier nom n'eslil pas le plus illustre enfant de l'ordre de saint Dominique?
Depuis ce moment l'église porte le nom de Saint-Thomas-d'A- (juin, mais elle conserve à son premier patron un culte de roconnnaissance. La paroisse célèbre deux fêtes patronales, celle de saint Dominique et celle de saint Thomas-d'Aquin.
Il s'en faut de beaucoup que l'église Saint-Tliomas-il'A(|uiM ait recouvré toutes les richesses, tous les ornemcns dont la révolution l'avait dépouillée. De toutes hs peintures du frère André dont nous avons donné le détail, elle ne possède actuellement que deux portraits, celui de saint Domiiiicpie (|ui est placé sur un autel dans la sacristie, et celui de saint f liomas-d'Aciuin, qu'on voit dans l'église, à droite, au|)rès de la chapelle de saint Vincent-de-Paid. La chapelle du rosaire |tossède une fort belle statue de la Vierge; ce morceau de statuaire est en pierre; on regrette qu'un zèle de mauvais goût ait cru la rajeunir et l'embellir en la couvrant de la tête aux pieds d'une couche de couleur blanche; celte opération nous semble avoir altéré la pureté des lignes et la délicatesse des contours.
Sur l'autel de la chapelle située en face de celle du rosaire, on voit une autre statue <|ui n'est pas sans mérite ; elle représente saint Vincent-de-Paul portant un petit enfant dans son bras gauche et enrelevant un autre de la main droite. Cette statue, dont on ne connaît pas l'auteur, dut subir une singulière destinée durant la révolution : elle (igurail dans les cérémonies du culte bizarrecpies'élaient faitles républicains, aloisciu'iisavaient divinisé la raison, alors qu'ils avaient cru pouvoir co(upter saint Vincenlde-Paul parmi leurs fameux héros, et placer ce digne servit'^ur de Dieu au nombre de leurs philosophes.
L'église de Saint Tliomas-d'A(|uin a été décorée de (piehpies
SAIiNT-TIIOM.\S-d'aQCI>. 210
Moiiviaiix tableaux pendant la resiauralion. On cile surtout une descente de croix, par M. Guillemot, et un saint Thomaf-d'Âquin apaisant une tempête par ses prières, par AI. Sclieffer. Ces deux morceaux remarquables ont été donnés à la paroisse par la ville (le Paris. Dans ces derniers temps, M. Blondel, membre (le rinslitut, a exécuté une belle fresque dans la chapelle située derrière le mailre-autel ; cette fresque est divisée en deux parlies, dont I une représente l'arche d'alliance portée par des lévites, et l'autre le grand-pretre Aaron bénissant le peuple de Dieu.
Les constructions (pii composaient le cloître des Jacobins reformés sont occupées aujourd'hui parle musée d'artillerie. C'est là une de ces nombreuses et inconvenantes transformations que déplorent les hommes de goût aussi bien que les amis de la religion. Il n'y a que de grands bouleversemens politicjiies qui puissent enfanter ces monstrueuses anomalies. Ainsi ces lieux jadis consacrés à la méditation, à l'étude on à la prière sont envahis maintenant par des armes de toutes espèces, instrumens terribles que la guerre emploie pour donner la mort.
Ce musée d'artillerie, à part le local qu'on lui a choisi, offre un spectacle aussi instructif que curieux. Les diverses colleclions dont il se compose sont distribuées dans cinq grandes galeries. La plus vaste de ces pièces^ qu'on nomme h galerie des armures, contient les anciennes armes défensives^ telles que cottes de maille, armures de pied en cap, cuirasses, casques, boucliers.
Les collections d'armes offensives, les modèles de tous les systèmes d'artillerie, une grande quantité d'autres modèles d'armes de toute espèce, de machines et d'instrumens servant à l'artillerie, occupent les quatre autres galeries. Quelques trophées sont composés à la fois d'armes oflensives et délénsives.
La galerie des armures est partagée, d'après l'ordonnance de sa colonnade, en trois parties ou travées, séparées l'une de l'autre par des colonnes accolées, surmontées d'arcades. Sur les côtés de cette galerie, et à commencer par la travée du fond , les armures complètes sont rangées dans l'ordre chronologique^ établi d'après l'année de la mort du personnage dont cette armure porte le nom. La travée du milieu appartient tout entière au xvie siècle. On voit, à l'une de ses extrémités, l'armure de Louis XII, et à l'autre, le casque et les brassards de fleuri IV. Les armures les
plus anciennes sotil rangées dans la travée du fond. La Iroisième travée, |)rés de la porte liV'ulrée principale, est occupée par les armures les plus modernes , depuis Henri IV justiu'à Louis XIV, époque où l'on abandonna entièrement les armures de pied en cap.
Des râteliers, garnis d'armes portatives, anciennes et modernes, sont établis en face des croisées, dans chacune des tpiatre autres galeries. On voit là depuis la plus ancienne des armes portatives à feu, l'arquebuse à mèche, jusqu'au fusil à percussion qui a été inventé de noire temps. On trouve en face des râteliers d'armes une suite de tables destinées à recevoir : 1" des modèles de bouches à feu , des alfùts et des voilures qui ont servi dans l'artillerie, depuis les premiers temps de son introduction à la guorie jusqu'à nos jours ; 2" les projets relatifs à l'arme de l'artillerie, qui ont été proposés dans le même espace de temps et qui n'ont pas été adoptés ; 3° les modèles des machines et des instrumens employés dans le service de l'artillerie; 4" les modèles des machines, des instrumens et des outils servant aux constructions des armes de guerre et aux différentes matières qui participent à ces constructions. Sur le parquet, sous les tables cl sur les murs , entre les croisées , sont placés encore une foule d'autres objets qui n'ont pu trouver place sur les tables ipii garnissent les (jualre galeries *.
Voilà ce (ju'esl devenu l'ancien couvent des Jacobins réformés de la rue Saint Dominique. Sans doute, celte nouvelle destination est moinschoquantequecelle que l'esprit du siècle a donnée à d'autres maisons religieuses, qui sont aujourd'hui ou des magasins, ou des casernes, ou dos écuries. On ne peut nier (|ue le musée d'artillerie ne soit une des curiosités de la capitale ; c'est ce qui nous a déterminé à donner sur cet établissement quelques détails qui, bien que d'un genre qui tranche avec les sujets habituels de nos descriptions, n'en devaient pas moins trouver place dans notre cadre.
Il nous reste maintenant à parler de plusieurs autres établissemens religieux qui se trouvaient dans le voisinage du couvent des Jacobins réformés, et qui , s'ils existalenl encore, seraient aujourd'hui compris dans la paroisse de Saint-Thomas. Ouelques-
r.iiidt pUloresque ilu voijagmir eu France. — Pavis el ic.t environs , lome fixiime.
SAINT-THOMAS I)' VOUIN. 'i'i I
unes lie ces saintes maisons sont tombées sous le marteau rovoliilionn:iiie ; celles qui sont encore debout ont subi d'étranges métauiorplioses. Le vulgaire ne se doute même pas du service qu'elles rendaient à la société; il ne sait pas un mot de leur liisloire; mais les esprits religieux leur conservent un reconnaissant et douloureux souvenir.
De ce nombre était le monastère royal de l'Imniacnlée-Conceplion, situé dans la ruedu Bac. Les religieuses qui l'habitaient suivaient la règle de sainte Claire; elles portaient le nom de HécoUettes, sous lequel elles avaient été introduites en France. Leur ordre avait été fondé à Tolède, en 1484, par Béalrix de Silva, et mis en 1501 sous la direction des Frères-Mineurs par le pape Alexandre VL Ce fut en 1637 que les Récollettes vinrent prendre possession d'une maison qu'elles avaient achetée , rue du Bac *. La vie exemplaire de ces religieuses avait engagé la reine Marie-Thérèse-d'Autriche à les choisir pour mettre à exécution le deseein qu'elle avait (orme d'établir un couvent de l'ordre de la Conception de Notre Dame. « Ces religieuses y ayant donné leur consentement avec joie, dit M. de .Saint-Victor, celte princesse obtint pour elles, en 1663, une bidl ed'Alexandre VU, ()ui leur permettait de pren !re l'habit , rinstitut, la résle et la dénorninat'ir.n de r lisiieuses del I imnacidée Conception de la bienheureuse T'ierge Marie, en demeuranl toujours sous la direction des Récollels de la proi'ince Saint-Denis. Les lettrespatentes qui confirmèrent cette bulle, en 1664, déclarèrent ce monastère de fondation royale; et les libéralités de Louis XIV procurèrent les moyens d'en rebâtir l'église. En 1693, la première pierre en fut posée par M. de Ligny et mesdemoiselles de Furslemberg, ses petites-lilles. Elle fut achevée et bénite à la fin de Tannée suivante. » On y voyait, sur le maitre-autel de celte église, un beau tableau repriisenlstnl VJmmaculée Conception, par La Fosse, célèbre peintre de l'école de Lebrun, à qui l'on doit les plus belles compositions qui ornent le dôme de l'Hôlel- Koyal des Invalides. Aujourd'hui l'églisedu monastère de l'Im-
culée-Conception n'existe plus, et les bAliniens habités par
des particuliers composent la maison située dans la rue du Bac n" 75.
■ .Hli.l.OT, quartier Snint-Germoiii.
■lll LUS EGLISES DEPAHIS.
Dans la même rue, il y avail aussi le couvent des Filles Sainle- Marie, ou de la Visitation, qui a subi le même sort. Ce monastère avait eu pour fondatrice une dame Geneviève Derval-Pourlel, qui consacra à cette bonne œuvre un don que lui avait fail par testament M. d'Eufréville-Cizei son mari, pour la fondation vl dotation d'un monastère de loi ordre qu'il lui conviendrait de choisir.
Les religieuses qui devaient former la nouvelle maison de l'ordre de la Visitation, s'établirent d'abord, en 1660, rue Monlorgueil, mais ne s'y trouvant pas logées convenablement, elles achetèrent, rue du Bac, une maison dont elles vinrent prendre possession en 1673. Ou y construisit aussitôt des bâlimens réguliers et une chapelle dont la première pierre l'ut posée par une pauvre femme, sans autre cérémonie. Dans le siècle dernier, cette chapelle fut reconstruite sur les dessins et sous la direction (le l'architecte Hélu. Cette fois ce fut la reine Marie-Leczinska, femme de Louis XV, qui en posa la première pierre en 1775. On admirait sur le mailre-aulel de cette chapelle un tableau de la P^isitalion par Philippe de Champagne; il y avait dans les petites chapelles des statues de saints et de saintes, par Bridan.
On couvent des fdles de Saint-Thomas-d'A(piin existait dans la rue Saint-Dominique n" 86. Depuis 1815 il a été occupé par les dames de la Croix.
Les chanoinesses du Saint-Sépulcre, vulgairement appelées res religieuses de Belle-Chasse, parce que leur monastère était situé dans la rue de ce nom, s'étaient établies vers 1632 à Paris. Malgré la protection de plusieurs personnes considérables, leur établissement éprouva d'abord (piolques diflieullés, parce (]ue l'on ne voulait |)lus agréer à Paris de nouvelles institutions religieuses, à moins (pielles ne fussent suilisammcnl dotées. Kniin, en 1635, la mère Renée de Livenne de Verville fit rac(piisitioii d'une maison située au lieu dit lielle-Chnsse ; et l'année suivante, la duchesse de Croi gratifia ce couvent de '2,000 livres de rente. Avec ce secours , on put achever la construction du monastère, et les religieuses en prirent possession le 20 octobre" 1635. Cet établissement fut confirmé par leltres-patenlcs données en 1637. Depuis, ces religieuses avaient agrandi leurs jardins et leurs bâtimens, et fait reconstruire leur chapelle, «jui fut bénite en 1673. L'ordre des chanoinesses du Saint-Sépulerc
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availélé iiislilué en Palestine; il suivait la règle de saint Augustin. Les bàliniens de cette comnuinaulé ont été presque entièrement détruits ou changés en liabilalions particulières. Sur leur terrain s'étend une grande place sur laquelle.on doit construire une église.
Nous ne citerons absolument que pour mémoire les Petites- Cordelières connues aussi sous le nom de religieuses de Sainte- Claire de la Nativité. En 1689, elles avaient obtenu de Louis XIV l'autorisation de transférer leur communauté à l'hôtel de Beauvais, rue de Grenelle, dont elles avaient fait l'acciuisition. Elles y demeurèrent jusqu'en 17i9, que ce monastère fut supprimé.
Les bureaux du ministère de la guerre occupent présentement les bâtimens du monastère des fdles de Saint-Joseph ou de la Providence, situé dans la rue Saint-Dominique. Celle communauté y avait été établie en 1640, et Jean-François de Gondi, archevêque de Paris, donna aux filles de Saint-Joseph des statuts qu'elles observèrent avec la plus grande exactitude. Le but charitable de cette institution était d'instruire des orphelins et de leur apprendre toutes les petites industries convenables à leur sexe et à leur condition sociale.
En 1663, la reine Marie-Thérèse d'Autriche ayant voulu, en l'honneur de sa patronne et en action de grâce de la naissance du Dauphin, fonder un nouveau couvent de Carmélites, obtint du roi des lettres-patentes à ceteftet. La reine fondatrice et la reine Anne d'Autriche posèrent la première |)ierre de l'église de cettr maison, dans la rue ilu Bouloi (1664); mais le peu d'étendue it rincouimodité du lieu (pie les Carmélites habitaient leur firent désirer d'être transportées ailleurs. En 1689, suivant Piganiol de la Force, elles obtinrent la permission de passer dans la rue de Grenelle-Saint-Germain où elles avaient acheté un vaste terrain. Leur couvent est depuis longtemps une caserne de cavalerie.
Les religieuses de l'abbaye de Notre-Uarne de Pentemont reconnaissaient pour fondatrices deux pieuses personnes, Catherine Florin et Jeanne-Marie Chésar de Martel <|ui s'associèrent à Lyon, en 1625, pour former un nouvel institut , ayant pour objet l'instruction des jeunes filles. Cette communauté vint s'éla blir à Beauvais, et l'on croit que c'est de la situation de leur monastère, bâti sur le penchant delà montagne de SaintSvm-
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pliorien, c|ue le nom de Penlemonl\eur a été donné. Quoi qu'il en soit, elles oblinrenl, en 1672, l'aulorisnlion de transférer leur communauté à Paris, où elles avaient acheté à titre d'échange le couvent (|u'elles occupèrent dans la rue de Grenelle- SainlGerniafn. Ce fut le Dauphin, père de Louis XVI, (jui posa la première pierre de leur église, en 1755. Cet édifice fut bâti sur les dessins et sous la conduite de Coulant, architecte du roi. C'est une assez jolie coupole , supportée par quatre pendentifs. Le portail sur la rue est orné de deux colonnes ioniques, que surmonte un fronton circulaire qui écrase par sa lourdeur ses délicats supports Les bàtimens de l'abbaye de Pentemont ont été changés en une caserne^ et l'église est de\enue un dépôt d'effets militaires.
Terminons celte triste revue par le miivenl îles 'riuatiiis, elabli autrefois sur le quai iMalaquais. Ces religieux furent inlîoiluils en France, en 1642, par le cardinal Mazarin, (|ui leur acheta la maison (|u'ils occupaient, et leur laissa une somme de 30,000 livres pour bâtir une église à la place de leur chapelle, qui était beaucoup trop petite. Cette église, commencée en 1662, ne fut achevée et bénite qu'en 1720. Le portail fut érigé en 1747, par les libéralités du Dauphin, frère de Louis xvi. Cette construction de rarchitecle Desmaisons, toute médiocre qu'elle est, avait cependant (piel(|Me chose de distingué , si on la compare aux produits du goût bizarre de cette épo(|ue. Les Théatins avaient une bibliothèque de douze mille volumes. Les bàtimens de leur couvent sont occupés par des particuliers ; l'église a subi plus d'une profanation : changée d'abord en salle de spectacle, elle est ensuite devenue une salle de bal. On dirait que Voltaire, mort dans un hôtel de ce quai , exerça sur ce monastère sa maligne influence.
La paroisse de Saint-Thomas-d'Aipiin, depuis son établissemont, a eu l'heureux privilège de conserver long-temps ses curés. Dans l'espace de (juarante ans, elle n'en compte (|ue trois, sans comprendre le titulaire actuel, et tous trois ont été successivement élevés à l'épiscopal.