‹ Les églises de ParisChapitre 30 sur 39 · S.-SÉVERIN · texte numérisé non relu

S.-SÉVERIN

An cenlre d'un de ces anli(|ues quartiers que la Montagne- Sainle-Gencviève semble couvrir de son ombre prolecirice, non loin des rives de la Seine et de celte place célèbre que l'éloquence du fameux Maître Albert le Grand* peuplait d'innombrables auditeurs, s'élève la pieuse et charmante église de Sainl-Séverin. Ce n'est point une majestueuse et grandiose basilique comme la royale sépulture de Saint-Denis, ce n'est point une vaste et sublime cathédrale comme notre auguste métropole; c'est l'église du peuple et de la science. Rien qu'à la voir on y devine la paroisse de l'Université et des humbles bourgeois; tandis qu'au profond recueillement qui règne sous ses arceaux, à la chaste harmonie de ses voûtes, au parfum de dévotion qui s'exhale de ses murs, on reconnaît la (ille de Notre-Dame et le sanctuaire vénéré où pour la première fois fut solennisée l'Immaculée Conception de la Très Sainte Vierge. Le moyen-âge tout entier avec sa foi ardente, avec son génie créateur, avec la pureté de ses mœurs, avec la simplicité et le cbarme de ses usages, y respire tout entier. Chaque colonne ne supporte-t-elle pas la naïve image de ces honnêtes marchands, qui s'estimaient trop heureux de consacrer une partie de leur loyale fortune à l'or-

■ La place Mauberl.

nement de la maison du SeigncMir, et qui ne demandaient pour récompense en ce monde que le modeste honneur d'être sculptés enguise de chapiteau à l'entour des piliers qu'élevait leur munificence? Chacune des gracieuses chapelles qui décorent le pourtour de l'église, toutes nues et toutes dépouillées qu'elles sont aujourd'hui, ne rappclle-t-elle pas la mémoire d'un grand sainl, dont l'intercession avait puissamment secouru les fidèles paroissiens, ou dont les reliques précieuses avaient guéri hien des maux et soulagé bien des misères? Enfin les anciens du (|uarlier ont-ils oublié ces confréries si assidues, si nombreuses, dont les belles bannières se déroulaient glorieusement dans les fêtes solennelles, et qui sanctifiaient le travail du pauvre en l'offrant à Dieu et en le mettant sous la protection de ses élus?

L'Église, en effet, n'est-elle pas, par excellence, la mère du pauvre et du petit, la mère de celui qui souffre, la mère du peuple ?

Le pauvre vient au monde; comme Jésus enfant, il repose sur la paille, l'Église s'empresse, elle le relève, elle le fait chrétien, elle lui ouvre le ciel, et le nouveau- né ne s'éloigne pas des sources régénératrices sans (|u'unc main secourable n'ait pris pitié de sa faiblesse. Le jour des relevailles, quand la mère tremblante encore et à peine remise de ce pénible travail , cpii est la punilion d'Eve coupable, s'avance vers l'autel, une touchante prévoyance l'enveloppe d'un manteau fourré, qu'elle gardera comme un souvenir du saint lieu * ; il n'y a que la charité catholique qui puisse descendre à ces touchans détails.

Venait ensuite l'enseignement : il fallait former celle jeune ame à l'amour de Dieu et de ses semblables ; il fallait lui inspirer le respect de ses parens, l'hubilude du labeur; il [allait surtout lui apprendre les vertus qui font l'honnèle homme, le bon citoyen, l'ouvrier paisible; et le prêtre se chargeait de tout cela. L'école de l'Église s'ouvrait pour les enfan§ : le chœur prenait les plus intelligens et les préparait aux destinées sublimes du .sacerdoce; le catéchisme les instruisait, leur révélait la connaissance de ces mystères (|ue l'Église propose aux petits comme aux sages, et les amenait à la participation du corps et du sang de Jésus-Christ. Quelle fête (pie ce jour de première communion!

* Celle cniiijine ciislail à Saiiil-Séverin, la preuve s'en trouve dans un Irt^s aiirien com|iiv de la labricjue où figure eelle dépense. Voyez i'iibbé l.ebcuL Hi\(. île Paris.

s.\iNT-sÉvi:ui\. 'i'iT

I.cs cloches, ces mêmes cloclies qui avaieiU releiui joyeuses au baptême, lançaient à travers les airs leurs brillantes volées, et les hymnes que répétait une éclatante sonnerie s'échappaient du • lélicieux beffroi qui couronne la tourdo Saint-Séverin. Tous les liabitans du canton méridional hors Paris, et tous ceux «jui occupaient au loin la campagne, accouraient à cet appel , et pendant que le sauveur des hommes descendait au milieu des anges pour s'offrir à ces petits enfans qu'il a toujours aimé, d'une prédilection particulière, les prières des pères et les larmes des mères montaient à lui avec l'encens, avec les cantiques, avec le parfum de la cire et des Heurs.

L'enfant est devenu homme : une confrérie le reçoit, l'enrôle sous sa bannière, l'allache à ses privilèges, l'associe à son honneur et à sa piété. La plupart du temps c'était la vénérable confrérie des Maçons et des Charpentiers , établie dès le règne du bon el^grand Saint-Louis, et qui avait sa chapelle particulière de Saint-Biaise , tout près de Saint Julien le-T leux , dans la paroisse de Saint-Séçerin, disait une ancienne charte de conlîrmalion : et alors le nouveau confrère dévouait son chef-d'œuvre à sainlBlaise ou à la Très Sainte Vierge, et, silencieux apprenti, il ciselait au pignon d'une église, ou dans le recoin le plus écarté <run escalier solitaire, une de ces charmantes figures ((ue l'œil vl l'esprit ne peuvent se lasser d'admirer quand ils ont pu les ilécouvrir. Ou bien c'était la confrérie de Saint - Martin , patron des Maréchaux-Ferrans, autjuel on faisait des vœux pour la guérison des chevaux malades^ ainsi t|uc l'atteste saint Grégoire de Tours , de ce grand saint aucjuel les voyageurs a\aienl tant de conliance, et dont la chapelle était en vénération particulière à SainlSèverin. On n'aurait pas, dans tout le faubourg sur la rive gauche de la Seine et dans tout le pays universitaire, on n'aurait pas entrepris une route difficile, et toutes les routes alors étaient semées de périls, si l'on n'avait pas fait ferrer son cheval près Saint-Séverin, si le fer n'avait été marqué avec la clé de la chapelle de Saint-Martin ; et cpiand le pèlerin avait échappé aux dangers, ipiand l'écolier arrivait sain et saufdans les para- <'es de la science, le pèlerin ne rentrait pas au logis, l'écolier ne frappait pas à la porte d'un (Jes collèges de l'Universilé , sans avoir auparavant attaché aux parvis de la chapelle ou au portail de lè'diso les fers de s:i monture. Ou enfin le jeune homme se

faisait admettre dans la confrérie de Sainl-Mamert , fondée en 1413, en l'honneur d'une insigne relique de ce saint, que les habitans des provinces les plus reculées du royaume venaient vénérer à grands frais et avec une merveilleuse piété.

La vie de l'ouvrier se passait ensuite, non pas sans douleitr, (|uellevieen est exempte? mais au moins dans le calme d'une conscience guidée par la religion, dans la paix d'une conduite sans reproche. Les fêtes de l'église étaient ses fêles et ses jours de joie et de bonheur, d'autant plus quelles étaient nombreuses à Sainl-Séverin, et (|u'elles étaient célébrées avec une solennelle magnificence. D'abord, la paroisse de Saint-Séverin était église archipresbytérale , et le curé assistait monseigneur l'évèque de Paris le samedi-saint à la bénédiction des saintes-huiles, dans la cathédrale^ et Dieu sait comme les bourgeois de Saint-Séverin étaient fiers de cet honneur, et comme, pour rien au monde, ils n'auraient manqué de se rendre à cette imposante cérémonie. Ensuite, l'église de Saint-Séverin était la première de Paris où l'on eût vu et entendu des orgues. Dés le temps du roi Jean, ce prince de chevaleresque et populaire mémoire, un polit buffet y avait été placé : il fallait voir avec quel enthousiasme messieurs les marguilliers parlaient de leur instrument; il fallait voir avec <|uel empressement les fidèles venaient esbattre leurs oreilles à ces sons mélodieux, à celte harmonie céleste où on cuidoil ouïr les Angels du paradiz. Aussi, quand le jour de la Pentecôte, au milieu de la messe, le pigeon symbolique s'échappait du haut des voûtes, absolument comme à la cathédrale, et que l'instrument sacré répétait les naïves et suaves créations du génie de la musique chrétienne, lame (idèle et ardente était ravie dans une extase inexprimable et semblait savourer un avant-goùl des délices éternelles. Certes, les bourgeois de Sainl-Séverin, pas plus que les écoliers des collèges environnans, n'eussent changé leur paroisse même [)0ur l'abbatiale de Saint-Germain-des-Prés avec toutes ses dorures. La renommée du chant et de la musique de Saint-Séverin était d'ailleurs un titre de famille pour eux : ils tenaient à honneur de conserver cet art dans toute sa noblesse et dans un état digne des écoles, où cette partie importante du trivium et du quadrivium était enseignée par les maîtres les plus habiles. C'est sans doute à ce zèle si louable ipie notre église dut les bonnes orgues et bien ordcnées que lui donna Malsirc He-

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grtault de Douy, eschoUer en théologie et gouverneur des escholes de la parouesse Saint-Séverin en 1358, et celles qui lui furent offertes en 1512.

Une autre fois, une solennité d'nn nouveau genre mettait en émoi tout le pays latin, et donnait spectacle aux habitans de la paroisse. Il s'agissait d'élire un recteur à l Université des maîtres et étudions de Paris. Cette importante affaire ne se décidait pas dans Saint-Séverin, bien que ce fût sur son territoire; elle avait lieu dans la jolie église de Saint-Julien-le-Pauvre, basilique au temps de Grégoire de Tours, qui logea dans son prieuré^ et (|ui y psalmodia i'oftice de nuit; chapelle, en 1150, après sa reconstruction, et dont le prieur {pj-ior Sancti Juliani) était l'un (\es prêtres cardinaux de l'église de Paris. C'est là, sous la triple voûte de ce gracieux édifice, que les intrans élisaient et proclamaient le recteur de l'Université.

Plus lard , une circonstance remar{]uable rassemblait les habitans de la paroisse au-devant du portail. On peut apercevoir encore aux angles dece portail deux lions de pierre sculptés sur la muraille; le marteau révolutionnaire ne lésa pas épargnés. Symboles de l'asyle inviolable qu'offrait le lieu saint, ils annonçaient d'abord que , devant la miséricorde du Très- Haut , la justice humaine devait s'arrêter, et surtout que la fureur populaire devait se briser en présence des autels et laisseragir la loi de Dieu ou des hommes. De plus, ils remplacent ici deux autres lions plus anciens , qui soutenaient le siège du juge ecclésiastique. Ainsi , quand l'oflicial ou l'archiprètre avait à prononcer une sentence, il sortait de l'église, et entouré des minisires du sanctuaire, il prenait place sur le trône de pierre, <pii était fixé contre la muraille du temple; et, de là, inter duos leones, entre les deux lions, comme le portenl les anciennes chartes, en présence du peuple attentif, il promulguait le jugement.

Mais la plus grande, la plus illustre de toutes les fêtes de Saint- Séveriti, était, sans contredit, celle de la Conception de la Très Sainte Vierge. Dès l'année 1311, la divine mère de Dieu fut honorée dans sa conception immaculée, par les fidèles de l'église. On sait que ce privilège de Marie fut inlrépidemenl défendu par les théologiens de France, et que l'école de Paris se distingua entre toutes par lardeur et par le zèle avec lesquels ses docteurs

se lireiu les champions de celle pieuse croyance. Paroisse de rUniversilé, et complant dans sa circonscriplion les sept collèges renommés du Trésorier, de Bayeux, de Narbonne, de Tours, do Maislre-Gervais, de Cornouailles et de Séez , l'église de Sainl- Séverin devait naliirellement portera la Sainte Vierge, protectrice des écoles, une vénération toute particulière. D'ailleurs, n'èlaitelle pas la première église érigée sous les regards et comme sous le sourire de la métropole? Aussi la chapelle, (jui était consacrée à la reine des anges, fut bientôt le chef-lien d'une nombreuse confrérie; des honneurs extraordinaires y étaient rendus chacpie année à la Vierge conçue sans péché, et tout ce que la piété de nos pères pouvait trouver de plus snavc et de plus ravissant, était prodigué pour cette fête. Du haut du ciel, la mère du Sauveur daigna agréer ces hommages; une protection spéciale et des faveurs sans nombre couvrirent les pieux paroissiens de Saint-Séverin; et quand un iiiuslre et saint prélat, que nos regrets étornels accompagnent dans la tombe, eut placé, à une époque douloureuse, sa ville et son diocèse sous l'invocaiion de la Vierge immaculée; quand le souverain pontife, qui gouverne si heureusement l'église, eut consacré par son autorité suprême celte dévotion séculaire, il fut réservé à l'église de Saint-Séverin de donner à la grande cilé la première marque extérieure et permanente du culte (|u'elle avait professé pendant plus de cinq siècles. En présence de monseigneur de Forbin-Janson, évêque de Nancy et de Toul, et par les soins de M. l'abbé Hanicle, curé actuel de la paroisse, et devant un immense concours depeu|)le, la statue de llmmaculée-Conceplion a été placée au pignon restauré de l'église (le 22 août 1842) Puisse cette Vierge bénie , dont l'image domine la vaste capitale, étendre sur elle et sur notre pairie sa tutélaire assistance, et ramener au milieu de la France régénérée les croyances el les convictions de ces temps où, pour la première fois, elle reçut les vœux et les prières de nos pères sous ce glorieux allribul !

Tels étaient les liens de cha(|ue jour et de chaque instant <|ui rattachaient l'existence du chrétien à son Fglise ; mais ce n» st pas tout. L'Église parjage aussi la vie sociale et politique; elle se réjouit des joies nationales, elle soulTre des douleurs de la cilé; sou lii!>loirc esl Ihisluire de la ville ou du quartier (|u'ellu

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(Jomiiie el qu'elle protège. Depuis son origine jiis(]u';'i nos jours, Sainl-Scverin nous en offre la preuve.

Au vie siècle vivait un pieux et vénérable solitaire, comme le malheur des lem|)s el la providence de Dieu savaient en susciter, se dévouant dans la retraite au sacrifice, à la mortification, à la prière. Tel était Seuerhais ; son nom indique un Gallo-Romain; peut-être avait-il rempli de hautes fonctions? L'amour de Dieu l'avait conduit à la solitude, et il s'était établi sur les rives de la Seine, près de la basilique de Saint-Julien-le-Pauvre. Il fut enseveli au lieu où il s'était retiré. Sa renommée de sainteté le suivit après sa mort; des miracles furent opérés sur sa tombe, et un oratoire y fut construit. Saint Cloud, ce jeune et infortuné Clodoald (jui, échappé au poignard de ses oncles Childebert et Clotaire, se prit d'un grand dégoût du monde et s'enferma dans un cloître, avait été disciple de Séverin , et c'est sans doute à sa piété royale que fut due l'érection de l'oratoire ou chapelle du solitaire.

Jusqu'au ix« siècle, la chapelle subsista, et les reliques du saint y étaient exposées; mais à cette épo(|ue, les barbares du Nord inondèrent les provinces de la Gaule. Tout fuyait devant eux, et les populations de la campagne, emportant les ossemens de leurs patrons, cherchaient un refuge derrière les murailles des cités. C'est ainsi que le corps de saint Séverin fut transporté, de l'église qui lui était consacrée, dans la cathédrale, oii il resta juscju'aii xi" siècle.

L'église^, brûlée par les Normands, ne se releva de ses ruines que vers 1050, où Imbert, évêque de Paris, l'obtint du roi Henri I""^, comme ayant appartenu aux princes ses prédécesseurs. A la fin du xi" siècle, elle était rebâtie; la confiance s'était rétablie avec l'ordre ; les maisons s'augmentaient dans le canton • méridional, et elles formèrent bientôt le bourg de Saint-Séverin, vicus Snncti Severini. La nouvelle église fut destinée à leur servir de paroisse; sorte de succursale de la cathédrale, elle hérita de la circonscription «pii appartenait auparavant à la basilique de Saint-Julien, brûlée comme elle par les hommes du Nord, et elle devint église arcliipresbytérale.

On le voit donc, la paroisse croit avec sa population; elle a été désolée |)ar le fer et par le feu, ainsi que ses pauvres liabitans ; la voix de son beffroi s'est lue avec leur départ; la campagne

232 I.KS ÉGLISES DE l'AHIS.

est devenue déserle comme le parvis sncré, et le silence de la mort s'est étendu sur la contrée en deuil. Maintenant elle renaît; sa jeunesse a été renouvelée, ainsi que celle de l'aigle; dans ses murs r.elevés, la vie religieuse et sociale va se ranimer. La foule remplira encore ses nefs consacrées; et ses (lèclies aiguës porteront dans les airs les supplications du peuple. Plusieurs fois la maison du Seigneur se trouvera trop petite, et la multitude, refluant sur le portail, prêtera généreusemenl ses bras, son travail, son or, pour agrandir le saint lieu.

Mais voici une ère magnifuiue qui s'ouvre; voici des prodiges inouïs qui commencent. Un cri sublime est parti de la France; répété sous les auspices du siège apostolique, il a retenti dans la cbrétienté tout entière : Dieu le veut ! Dieu le veut! Et soudain l'Europe s'ébranle; rois, princes, chevaliers, grands et petits, même les femmes et les enfans , épris d'un saint enthousiasme, attachent la croix sur leurs épaules; les serfs sont déclarés libres; le haut baron vend ses terres ou engage son château; le bourgeois lui-même échange son pourpoint contre une armure, et soldat improvisé du Christ, va se ranger sous la bannière de sa paroisse; et, pendant trois siècles, le même appel renouvellera sans cesse les héroïques bataillons du Christ. Or, parmi les hommes puissans par la parole et la sainteté aux(|uels il était donné de soulever le monde , à côté de Pierre l'Ermite, à côté de saint Bernard , l'histoire a consacré le souvenir d'un humble prêtre, le curé Folques de Neuilly-sur-Marne. La renommée d'éloquence de ce simple élève de l'Université de Paris était arrivée jusqu'au pape Innocent , elle saint père, conliant dans la grâce divine, l'avait chargé de prêcher la croisade. Dieu bénit leseffoits du prêtre , et aux accens de sa parole inspirée, une armée innombrable se leva et partit pour la Palestine.

Saint Sèverin avait eu les prémices de celte haute éloquence. Folques n'était qu'un écolier, et déjà le chantre de la cathédrale de Paris, Pierre, son maître, était si émerveillé de ses talens extraordinaires, iju'il le produisit dans l'église de Saint-Séverin, et le fit prêcher en présence de gens habiles (1180). La réunion d'élite convoquée pour l'entendre goûta merveilleusement le génie simple et énergitpie du jeune étudiant, et ainsi (]ue l'atteste Jacques de Vitry ♦, « tous les savans de Paris accouraient

' Uiif. occideiil., C. 8. Toi. 9x1.

SAINT-SEVEIIIN. t*33

[lour enlendro co prédicateur qui parlait comuic un second saint Paul. ..

El nous aussi, dans celle même église, nous avons eu le bonlieur d'assister pendant plusieurs mois aux enseignemens si profonds et si simples, si élevés et si précis d'un nouvel apôtre Aprésavoir inauguré, sous les voûtes séculaires de la cathédrale, a réaction religieuse dont notre siècle voit l'aurore radieuse, cet homme à la parole vivifiante, ce prêtre * i)ui avait remué, lui aussi , les masses inertes de notre population indifférente^ il est venu sous l'abri vénéré de Saint-Séverin , à l'ombre de ces autels tout embaumés encore des souvenirs de la science, tout pleins encore des accens de Fok|uesde Neuilly, il est venu renouveler les leçons sublimes de celte école catholique qui commence à l'apôtre des nations et qui s'est glorieusement continuée en France, sur les traces des pères des premiers âges, par Lanfranc, par saint Ansidme, par Pierre Lombard, par saint Thomas, par saint Bonaventure, parBossuet et par Fénelon.

Après l'époque des croisades, la paroisse de Saint-Séverin se trouva encore trop petite^ et c est de là que date une série de nouvelles constructions. Les parties les plus anciennes de l'édifice sont la tour, la nef et le chœur juscpiau sanctuaire exclusivement : ils appartiennent au xive siècle. Le double rang de vitraux qui ornent les deux côtés du vaisseau [principal faisaient a cette épo(iue un merveilleux effet, décoiès qu'ils elaient de riches peintures. Les armoiries, devenues d un usage général pour la noblesse pendant les guerres de terre sainte, commencent à paraître sur ces fenêtres : c'était le temps des fondalions pieuses, et l'église de Saint-Séverin, la première encore, reçut, avec les dons des familles illustres, le devoir d'inscrire sur ses vilraux les insignes de ceux qui les faisaient ériger.

La renommée de Saint-Séverin s'étendait tous les jours. Déjà les trésors de la munificence apostoli(|ue s'étaient ouverts pour elle, et en 1347 le pape Clément Vl lui avait accorde de nombreuses indulgences. Ces privilèges furent vérifiés en 1458, et confirmés lors de l'agrandissement de 1 église. Jamais le zèle de la fabri(|uc de Saint-Séverin n'avait élé plus grand et plus efficace. Vers 4445, les marguilliers avaient acliclé l'hôiel de

■ M lalibi- dr U.ivipnan.

■23 4 Lts K(;i.isns i>i; pmus.

l'abbé cl lies moines des Kcliallis, ordre de Citeaux : ils votiluienl conslriîire sur cet eniplacemenl la seconde aile, el les chapelles derrière le sancluaire : » Le lundy, iv* jour de niay 1489, on commença les Miidanges pour faire les (ondemens de l'accroissemenl de l'église, el le xiT jour fui assise la première pierre (ludil fonJemenl. — Le xive de juillet 1491, fut assise la première pierre de la cliapelle SainlSèbaslien. — L'an 1401,1e pénultième mars devant Pasques, fut béni l'accroissement de celle église avec le grand autel, l'autel de derrière où esl Nolre- Dame-de-Pilié, l'autel de la chapelle M. Poignant, fondée de Sainl-Pierre el Saint-Paul, l'autel de Saint-Manies el Sainl-Sébaslien, l'aulel de Notre-Dame cl de Sainte-Brigide, par révérend père en Dieu, Jean Simon, évêque de Paris. » — Telles sont les indications que présentait le livre delà fabricjuc, véritable biographie de l'église, tenue selon la coutume avec le plus grand soin; précieux et admirable usage que la piété de nos pères, vigilante gardienne du passé, conservait religieusement, et que nous voyons avec bonheur ressuscilée déjà dans quelques diocèsesde France par la sollicitude éclairée de nosévèques.

Mais il n'y avait (|u'un côté de l'édifice terminé ; la fabrique ne devait pas s'arrèler là , el » le 12 février 1498, on commença la besongne de mettre les chapelles dehors du cùlé du cimelierre, par Micheaul-le-Gros. >^ Chaque paroissien se faisait un honneur el un devoir de contribuer à l'érection de l'église, qui, par la construction des piliers, (pii par l'achèvement d'une chapelle. C'est ainsi qu'an deuxième pilier du premier bas-côté ou aile méridionale de la nef, on lisait sur une plaque de cuivre rouge en caractères de petit gothique : • Les exécuteurs de feux Antoine Compaigne, enlumineur de pincel el de Oudère sa femme, ont fait faire ce pilier du résidu des biens desdits défunts, l'an MCCCCXCn. Priez Dieu pour l'ame d'eulx. Amen » Et aujourd'hui encore, le chrétien (|ui passe sous l'arceau gracieux (|ue soutient ce pilier, accorde avec bonheur une prière et un souvenir à ces pauvres cl pieux trépassés. Toute concession qui dépendait de l'église comportait un service à son prolit : de celle sorte, les fossoyeurs du cimetière étaient obligés « de nettoyer les voûtes et toute l'église à la Sainl-Martin. » Pour «pie le litre ne se prescrivit et ne se perdit pas, il était ,|;ravc sur le pied de la tour du cùlé de l'entrée.

SMM-Si:\tUl.\. '■î.iît

L'église élail ooinpluli; : restaient seulement à rebâtir le Iré sorel la sacristie; ils le furent en 1540, sur la rue.

Telleétail l'église de Saint-Séverin ; telle elle aurait dû rosier. Mais nous arrivons à la décadence de Tari. Saint-Sévcrin ne devait pas échapper à la manie de dégradation qui, sous prétexte <J'cn)Lellissenienl , ruinait ou déformait les chefs -d'oeuvre de .J'archilecture et de la sculpture calholicpie. La révolution lilur- ,qii|ue et arlisli(|ue qui se fit au xvif et au xvin'' siècle, n'épari;;na pas la charmante église de l'Université.

El puis la plaie hideuse du jansénisme s'y élail en quelque sorte intronisée : elle y régnait sans partage et de l;'i comme d'un fort, elle narguait l'autorité pontilicale et répandait ses austères <;aloninies. Conimenl pouvait-il en être autrement ? Peuplée de j)arlenienlaires el de bourgeois entêtés et rigoristes, celle paroisse, qui n'avait gardé de sa jeunesse universitaire que la pé- <lanteriescolastique et l'intraitable manie de l'opposition, se (il remarquer entre toutes par sa persistance à défetidre l'hérésie de Jansénius. Ce qui aidait surtout à la propagation tradilionnelle de la doctrine condamnée, celait la vie sévère et relirée <|ue menaient la plupart des magistrats el des bourgeois qui <lemeuraienl sur Saint-Séverin. Là, point de dissipation, point de contact extérieur : renfermés dans la solitude du foyer domesticpie, les enfans recevaient de leurs pères les premières^ les seules leçons 5 l'erreur, condensée sous le respect <ilialj se perpétuait malgré les anatliènies , se glissait dans l'ombre el tyrannisait les esprits à la faveur du vernis de gravité el de piété qu'elle affeclail. Soutenue par l'or de la secte ci par celle fameuse ^Mte à Perrelte qui subsiste encore, elle n"a |ias enliérement cédé aux efforts du clergé de la paroisse ; malgré les soins, le zèle, la charité des évêques et des pasteurs, elle a survécu aux orages de la Révolution , et elle vit encore, honteuse el impuissante, mais agissant toujours. Elle conserve cncoresur quelques tètes endurcies un certain empire, et la fêle d« Sacré-Cœur de Jésus ne voit jamais paraître au pied des autels bon nombre de vieux paroissiens qui d'ordinaire assistent à tous les offices. Chaque jour, il est vrai, ce nombre diminue : le lemps emporte cln(|ue jour quelqu'un de ces antiques récalci- Irans, et le jansé lisme ne sera plus bientôt ([u'unc ombre , <|u'un souvj vr, qu'un mauvais rêve.

93(5 i.i;s k(;lises i>i, i-ahis.

Au xv!i"^ siècle , il éli;il tout-piiissanl ; on iio peut guoro douter que ce ne soil sous son inspiration froide , mesquine et de mauvais goût, (ju'ail été exécutée la prétendue restauration du chœur. Le jubé, délicieuse tribune, ouvrée avec tout l'art du moyen-âge et d'où l'Evangile se lisait aux lidéles^ le jubé fut abattu. Les arêtes délicates des ogives disparurent sous les pièces massives de marbre, l'architecture fut défigurée ; un au- , tel d'un style sans grandeur , sans élégance, sans caractère, s'éleva sous un épais baldaquin; de lourdes stalles chargèrent les cntrecolonneniens; et iorsqu'après le bruit cl les dégâts du marteau les anges revinrent dans le saint lieu , ils ne reconnurent plus le pieux, l'humble , le dévôl sanctuaire où ils se plaisaient à descendre. Ce triste chef-d'œuvre avait coulé des sommes considérables : en vérité on regrette (pie l'abbé Fouriiier, ipii en 1684 consacra 6^000 livres à dégrader le chœur de son église, n'ait pas su trouver de sa fortune un meilleur et un plus intelligent emploi.

La révolution de 1793 n'épargna pas Saint-Séverin : elle ne respecta que les marbres de M. Fournier; mais en revanche, elle brisa les autels, elle enleva les vases sacrés, elle décapita les statues^ elle martela les sculptures, elle jeta au vent les relicjues des saints. Pauvre église, que sont devenues ses richesses? Oue sont devenus les tableaux de Philippe de Champagne? (| n'est devenue celte petite statue de la Sainte Vierge qui avait été dressée contre le pilier oii éiail l'ancienne chapelle, et où la mère de Dieu était représentée dans une chaire de prédicateur avec une inscription en mémorial du lieu (|u'occupail la chapelle primitive? Les cendres des morts ont aussi été dispersées et les tombes d'Etienne Pasquier , des frères de Sainle-Marlhe , de Morcri, d'Elie Dupin, de Pierre Grassin, delà famille de Brinon , de la famille Gilbert de Voisins, n'existent pins *. Corles , nous ne sommes pas aveugles sur les défauts et sur les erreurs de ces hommes dont la plupart ont profossé des doctrines donl les résultais ont été funestes: mais la paix des tombeaux doit

' Etienne Païquier, avocat-général de la Cliambre des conipu-i . atilcur des ncclurclies sur t Histoire de France, mort en IBl.'i. — Scévoieet Louis de Sainlc-Marllie, juineaui, tous dciu historiographes de France, morts en iCJOct iCiR. — Moréri, tuteur du Diciioniiaire, mort en luso. — Elle Dupin, docteur de Sorbonne H auteur de plusieurs ouvrages, mort en l"l!t. — l'ierre Grassin, conseiller Ju roi, Fondateur du rollége lUs (liassins. — Les nimille> de Rriiinii ride Voisins éiaienl piirlemenlaire;

SM>T-sÉviii\i>i. '287

(■•Ire rt'spcclco , ol les violer osl un crime qui souille une nalion.

DénKinlelêc, à demi-nne, l'église de Sainl-Séverin fut rendue au cnlle en 180'i. De|)uis celte épo(|ue, elle essaie de réparer ses plaies, de relever ses ruines. Peu à peu elle y parviendra : rualheureusemenl elle est étouffée dans sa circonscription trop droite : le zèle de ses pasteurs, la charité des fidèles, l'appui de l'Etal suppléeront à celte triste situation jus(|u'à ce que la sagesse du prélat qui occupe le siège de Saint-Denys ail remédié par une déliminalion plus équitable à la souffrance de celle vi-nérable église.

Aujourd'hui déjà , laduiinistration municipale a entrepris avec une louable ardeur les travaux de reconstruction nécessaires à la conservation extérieuredu monument. Le portail de l'ancienne église de Saint-Pierre-aux Bœufs, située dans la Cité t'I sur l'emplacement de laipiclle on a percé une rue nouvelle, a clé transporté à Saint-Séverin. Habilement appliqué sur la façade, il y dresse maintenant ses sveltes colonnes et ses rinceaux délicats, il y ouvre sa gracieuse ogive dont l'angle intérieur esl décoré d'un pieux et élégant bas-relief représentant la Sainte Merge Marie et l'enfant Jésus (|ui reçoivent les hommages et l'cDcens des anges. Les murailles consolidées, les fenêtres reconstruites, le perron restauré, tout annonce une résurrection; et bientôt la sainte et respectable église, revêtue de sa robe nouvelle, reparaîtra blanche et glorieuse comme aux premiers jours de sa naissance.

A l'intérieur, il y a beaucoup à faire: une affligeante nudité désole ses murs: il semble, à l'aspect délabré de (|uelques chapelles, que les temps mauvais ne sont pas encore passés et que la maison de Dieu est encore, ainsi qu'en 1793, une fabrique de salpêtre ou une fonderie de cloches. Cependant des essais ont éié heureusement tentés, et si les autels de Saint-Séverin, abbé d'Agaunc, le second patron de la paroisse, de Saint-Paul, de Sainte-Geneviève , et même de Sainl-Séverin solitaire, si les chapelles de Saint-Pierre, Saint-Jean et deSaint-Vincent-dc-Paul, malgwi les tableaux cpji les ornent et qui ne sont pas sans mérite, laissent encore <lans l'ame du chrétien une triste impression à cause de leur abandon, il faut tenir compte des eflbrls (jui ont été faits pour rendre à la chapelle Saint - Jean l'honneur et le caractère d'un lieu dédié à d'illustres serviteurs du Très-

238 LES KGLISES DE l'AHIS.

lijul. Uiiaulelun menuiserie de cliène, cJonl le dessin pourrait èlrepluspiir cl le travail plus liiii, est surmonté d'une peinture à Iresque représentant la dernière cène où le disciple bien-aimé reposa sur le sein de son divin maître: au-dessus, dans le triangle de l'ogive, le prophète de Pallimos écrit l'apocalypse sous la dictée d'un ange, elle regard plongé dans le ciel entr'ouverl; en face est le martyre du saint à la porte latine et au-dessus sa vocation, lorsque le Seigneur passant près du pécheur de Galilée lui dit; suivez-moi. La voùle est peinte également ou plutôt recouverte d'ornemens (|ui noui ont paru beaucoup plus byzantins <|ue gothiques, par leur forme d'abord, par leur disposition et par leur ton ensuite. L'écusson de la clé porte les armes de la ville do Paris, non pas ses vieilles et véritables armoiries de gueules à la nef d'argent, et au chef d'azur semé de (leurs de lys d'or ; les lys ont élé remplacés par des étoiles qui ne signifient rien. Quand donc satira-t-on, en travaillant pour l'histoire et avec l'histoire, ne pas l'injurier à chaque instant; (pianddonc l'artiste el même Tadminislrateur cesseront-ils de faire aux emblèmes cette guerre de mauvais aloi,et quand aura-l-on le courage de ne plus mutiler la France et ses souvenirs?

Des arabesques, d'un dessin assez gracieux mais d'une exécution froide el insignifiante, simulent un vitrail: art sublime de nos pères, magnifiques verrières des vieux âges, où èles-vous .^

Sainl-Séverin, nous l'avons dit déjà, est un des sanctuaires les plus favorisés de Marie. Toute l'abside lui est consacrée: d'abonJ la chapelle de la Sainte-Vierge , sous le litre de Noire- Dame d'Espérance , construction extérieure (jui brise l'harmonie du temple; puis l'autel de Notre Dame de Pitiéj pins, avancez (|uelquos pas, voyez, vis-à-vis de ce délicieux pilier dont les arêtes en spirales vont s'épanouir à la naissance de la voùle et former une guirlande de ravissantes ogives inclinées, sur ces dalles au-dessous des(iuelles subsiste encore le puils de saint Séverin, le puits du Solitaire; voyez : une lampe brûle sans cesse devant une image admirable de rimmaculée-Conceplion; des Heurs sont déposées près du cadre, el bien souvent des pèlerins viennent y verser des larmes et des prières. Or, savez-vous comment ce tableau ap|)arlienl à l'église, savez-vous qui renouvelle celle lampe, savez-vous quels sont ces hommes à la figure iiiàlo, au leinl hàlé, à l'acccnl élrangt;, <|ui s'agenouillenl |»iouse-

SAINT-SF.VE(îl\. 239

molli sur les Immidos pnvcs de la chapelle écarléo? Ce tableau, il viciU du la Pologne ; ces pèlerins sonl des proscrits, des Polonais. Pauvres exilés! Oiiand la cause de la religion et de la liberlo eut succombé sous les ruines de Varsovie, quand l'aigle noir de la Russie eut brisé de ses serres cruelles l'aigle sans lâche de la noble Pologne, les héros vaincus quittèrent en pleurant les rives adorées de la patrie : ils emportaient leurs drapeaux déchirés, leur sceptre brisé, leurs èpées rompues, ils emportaient aussi la croix de leur Uicu et l'image Itènie de la Vierge immaculée. La France les accueillit ; mais tandis que cette nation^ dont les chefs ont à se reprocher la plupart des désastres de la Pologne au milieu de kKpielle ils ont soufflé le venin révolutionnaire, n'a pour les pauvres bannis qu'une pitié dérisoire, l'église leur ouvre les trésors inépuisables de ses consolations et de ses miséricordes: clic les rassemble au pied de ses autels, elle leur enseigne la patience, il en faut tant dans l'exil ! El par une prophétique inspiration, elle place la vierge de Varsovie sous la garde de Notre- Dame d'Espérance!

Tout en considérant l'avenir, l'Église aussi sait reb'gieusement conserver le passé. Héritiers du zèle de leurs devanciers, les marguilliers actuels de Saint-Séverin metlent un soin audessus de tout éloge à rappeler la mémoire des illustrations de leur paroisse. Ainsi, une inscription est consacrée au souvenir de la confrérie si vénérable de rimmaculée-Conceplion *; une autre est placée sur le sixième pilier de la grande nef, à gauche, en commémoration de la situation qu'occupait la première chapelle de la Sainte Vierge; el le mémorial, ruiné dans la révolution de 1789, a été remplacé par une délicieuse statue de la Sainte Vierge, donnée par M. Micheli : cette statue, appliquée contre le pilier, appartient au meilleur temps du moyen-âge **. Enlin, une pierre tumulaire sculptée, (|ui se voyait jadis dans les

■ nie csi placée au-dessous du tableau des Polonais : la voici . •< C'esl dans celle église que fui érigée, en 1511, — la première confrérie établie en France, — eu l'honneur de la très sainte Vierge, • — sous le litre de la Conception immaculée. — Ici était la chapelle, — de cette antique confrérie, — dont 1 Institulion primitive, — eul lieu à Londres, en lï70. — »

•■ « Devant ceslc image, gisl noble homme el saige maislre Pierre de Tocuy, avocat en parlement, lequel par son lestamenl a fondé en l'église de céans, une lampe pour ardoir conlinuellemenl jour el nuil, en la chapelle Notre-Dame, qui estait en ce lieu; parce que depuis l'église .1 este cretic, ladite lampe a esté mise devant le grand autel d'icelle église, lequel dcfTunol irespassa le lundy, xwi' jour de febvrier, M(:<.(.ci.vii. Prie? Dieu pour l'Aine de lui, cl pour les siens qui cy-devanl reposent. •

240 LFS é(;lisks di; paius.

charniers, a clé replactic an-dessus d'une des politcs portes. C'esl là un bon el utile exemple que loules les églises de Paris devraient suivre.

Telle est l'église paroissiale de SainlSéveriu, succursale de Saint-Sulpice jusqu'en 1830, depuis cure titulaire de deuxième classe. Avec sa tour et son charmant beffroi, avec ses cinq uefs autour desquelles règne un rang de cbapelles, avec sa double et gracieuse architecture, avec ses hautes croisées, avec ses légers contreforts, avec ses clochetons découpés, avec ses dentelles de pierre, ses moulures élégantes, avec sa piété, sa poésie, ses souvenirs, c'est sans contredit une des églises où l'ame reçoit le plus de saintes émotions, le plus d'enseignemens élevés, de recueillement profond, d'intimes el de ravissantes consolations!

Hemu de llUiNCEY.

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