S.-ÉTIENNE-DU-MONT
Il est remarquable que tous les anciens auleurs, historiens ou archéologuess'accordent à déclarer qu'on ne sait rien de certain sur Téglise de Saint-Etienne-du-Mont , et pourtant, en y regardant de près^ en étudiant avec soin ce qu'ils en ont écrit, en rassemblant , en coordonnant les renseignemens qu'ils en fournissent pour ainsi dire à leur insu, on parvient à reconnaître que cette origine est d'autant plus glorieuse et vénérable (ju'elle se rattache, d'une part au berceau de la monarchie française, et de l'autre à l'Iiisloire de la célèbre patronne de Paris. Il nous a donc paru convenable, même nécessaire, de jeter d'abord un rapide coup-d'œil sur ces temps mémorables ; ils nous aideront peut-être à soulever l'espèce de voile qui semble couvrir l'époque positive de la fondation de Saint-Etienne-du- Mont, en tant qu'église paroissiale, sous son titre actuel.
Par la conversion de Clovis, le christianisme eut raison de l'idolâtrie des Francs, et des erreurs plus dangereuses encore, sous certains rapports, de l'arianisme, implanté dans les Gaules par les Visigoths. Ce double triomphe de la foi marque le point de départ de noire nationalité, assise dès lors sur le principe impérissable de l'unité catholique, source féconde où notre moderne civilisation a puisé ses plus purs élémens. Un auteur fameux du dernier siècle. Gibbon, tout hostile qu'il est au catho-
licisme, n'a pu s'empêcher de constater ce fait remarquable *. Aussi, malgré les fractionnemens passagers qui eurent lieu sous les rois de la première et de la seconde dynastie, malgré les usurpations de la grande féodalité , la France a-t-elle toujours vu heureusement prévaloir son unité fondamentale, favorisée (pi'elle est d'ailleurs par sa position géographique et par d'autres circonstances, qu'il n'entre pas dans noire sujet d'examiner.
On sait que c'est parliculiérement au\ efforts réunis de saint Rémi, évoque de Reims , de sainte Geneviève et de sainte Clotilde, épouse de Clovis , que l'honneur de la conversion do ce prince est due. C'est là un des plus éminens services que ces illustres personnages aient rendus au pays... Il est vrai que le pays, alors reconnaissant, à justes titres, leur a élevé des autels. INous venons de nommer sainte Geneviève : que de choses admirables, même au point de vue purement humain^ nous aurions à rappeler si notre cadre comportait le développement de tous les actes de sa vie ; car elle aussi se trouve mêlée aux événemens de son siècle; elle aussi exerce sur eux sa part de salutaire influence, à ce point que cette influence s'étend jusqu'aux délibérations du conventicula civium , ou assemblée des citoyens de Lutéce**. On voit, enelTel, Geneviève figurer sur le premier plan du tableau animé que présentait alors la cité parisienne, émue par les craintes que produit l'approche d'Attila. Seule, calme et confiante, au milieu de l'agitation générale, elle annonce hautement que celui (|ui ose se dire la terreur de l unà'ers et le fléau lie Dieu : metus orbis et flaijellum Dei, ne pénétrera point dans la future capitale du royaume très chrétien. Mais Clovis, non encore soumis à la loi du Christ, blo(pie la ville, espérant la réduire par la famine. La disette commence à se faire sentir, la population murmure, Geneviève devient l'objet de ses aveugles préventions, des cris de mort se font entendre contre elle, elle est menacée d'être jetée dans la Seine... Dans ce péril imminent, à quoi val-elle se résoudre? Elle sait «pie les Francs n'occupent point les cités champenoises , baignées par les eaux de la Seine ; elle s'y rend en toute hâte avec douze grosses barques, dont elle dirige
* Hi9i.de la décad. de l'emp. roin., chap. \x\viil.
*' Pouvoir municipal orgaaisé en I absence des magislralg romains qui avaient pris la Tuile M dont le principe politii|uc élan fonde sur le célèbre Trnilalits-armorico-calholique des eues ilu centre des Gaules, conrèdérée» dans le but de se délivrer de la domination oppressive du Kouvernemenl des empereurs d'Occident et de repousier l'invasion des nnuveaui eonquérans. celle surtout des peuples lureetés de l'hérésie arienne.
SAIJ<T-ÉTIi:iSMî-r)l)MONr. O.)
la marche avec autant de résolution quecl'IiabilelC;, et elle les ramène chargées de blé qu'elle distribue libéralement à tous ceux de ses'^concitoyens qui en ont besoin, et surtout aux classes les plus nécessiteuses. Ainsi fut réalisée la parole prophétique de saint Germain d'Auxerre, qui visita Geneviève, encore enfant, chez ses parens à Nanterre : Cette jeune fUle , dit-il après l'avoir interrogée, sera 'grande devant Dieu et devant les hommes.
Geneviève, que la tradition qualifie du modeste titre de bergère, parce qu'elle était occupée dans son enfance à faire paître les troupeaux de son père, possédait des biens assez considérables , car son plus ancien biographe , auteur contemporain, (ju'on croit être le prêtre Genesius, assure qu'elle lit bùlir une église en l'honneur de saint Denis, premier évêque de Paris, que de plus , elle pourvoyait aux besoins d'une congrégation de vierges, fondée par elle; que par ses soins, les malades indigens et les pauvres, inlirmes ou non , étaient secourus, le tout avec ses propres ressources*.
La noble conduite de Geneviève, que rehaussait la pratique des plus éminenles vertus chrétiennes, lui acquirent la profonde vénération de Clovis, devenu catholique. Ce prince lui en donna une preuve éclatante en l'an 507. Il venait de décider que Paris serait la capitale du royaume des Francs, et il se disposait à partir pour aller combattre les Visigoths en Aquitaine, lorsque Geneviève l'ayant engagé à élever un temple sur le mont Lucoti- (ius, sous l'invocation de saint Pierre et saint Paul, il s'empressa de déférer à sa demande. Sainte Clotilde, pendant l'absence de son royal époux, en (ît commencer les conslruetions, sur cette haute colline, au sud-est de la ville, tout près d'un ancien cimetière. Elles furent continuées par ses ordres, et, quoiqu'elles ne fussent point encore terminées à la mort de Clovis, survenue le 26 novembre de l'an 511, c'est-à-dire peu après son retour du concile d'Orléans, on l'inhuma dans l'ancien caveau placé un peu au-dessous du chœur delà nouvelle église. La tradition considérait ce souterrain comme un lieu où les premiers chrétiens s'assemblaient secrètement pendant les persécutions, pour vaquer en sûreté aux saints exercices du culte**. Il parait même qu'il y avait là une chapelle dédiée aux deux
■ Apud Bollnnilii5, 1. I, sous lo 3 Janvier; — Voy. iiussi l'd'dilion pnlilice eu KïUTjp.ir le I*. Charpentier.
•■ r.abcl , chroiiiii. el anliq. rie Pans p. 1 1 ; — Doni n«lircul, liisl. îles aniiii. île l'ans, p, luii.
grands apôtres, avant qu'il fui question de leur ériger une basilique. Geneviève, elle-même, étant décédée le 3 janvier suivant de l'an 512, âgée de quatre-vingt-neuf ans, on mil son cercueil au pied de celui de Clovis. L'auteur précité de sa vie, l'ayant visité en 530, dit qu'il était en pierre, et qu'une grille de bois l'entourait. Les Parisiens , objets de sa sollicitude tant spirituelle que temporelle, durant le cours de sa longue carrière, accouraient en foule au tombeau de leur protectrice, Gi plusieurs guénsons miraculeuses prouvèrent qu'elle veillait toujours à leur bonheur*. D'autres saints ou illustres personnages eurent également leur sépulture en ce même lieu : sainte Clolilde, la femme d'Amalaric , roi visigoth d'Espagne, sa fille ; sainte Aude, vierge, compagne de sainte Geneviève; Tliibaud^ fils de Theodebert, roi d'Austrasie; Contran j, fils de Clodomir, roi d'Orléans et de Bourgogne en partie ; saint Prudent et saint Céran , évêquesde Paris. La basilique, terminéeen 520, fut solennellement dédiée par saint Rémi,et, dèsles premières années du neuvième siècle, on la voitconnueet désignée sous le nom de Sainte- Geneviève**, quoique saint Pierre etsaint Paul en soient toujours restés les titulaires ***. A cette époque commencent les incursions des Normands; ils avaient paru aux embouchures de la Seine, en l'an 820, mais ce n'est qu'en 841 cju'ils entrèrent à Paris. Aux premiers bruits de leur approche, le tombeau de la vierge de Nanterre fut ouvert, et ses précieuses reliques déposées dans un coffre de bois, recouvert de quelques feuilles d'argent **** , que l'on transporta à Alhis , et de là à Draveil. On rapporta ce coffre à féglise de la sainte en 84G. Brûlée par ces barbares, en 857*****, ainsi que presque toutes les églises des faubourgs, la châsse de bois n'y fut réintégrée quen891, après avoir demeuré cachée pendant environ quarante cinq ans. Le sentiment de terreur qu'ils avaient inspiré , prit un caractère pour ainsi dire traditionnel ; car, s'il faut en croire un auteur
• Viallon (chan. régul. de Sle-Gcneviève;, liisl. de Clovis, p. 485.
Sauvai, hist. des aniiq. de Paris, t. I, p. 2G2 ; — Uom Toussaint Uuplessia, nouv. ann. de Paris, p. ir>2.
Viallon, p. iSi.
Ce u'esl qu'au .\lll' siècle que fui consiruile la grande cl magnifique jchâsse de vermeil, d'un Iravail golhique el couverle de pierreries ducs a la libcralilé de nos rois. Plusieurs liisloriens l'ailribucnt rausseinenl i Si. Klui. Ce sainl avail seulement orné le tombeau de Sle Geneviève d'ouvrages d'orfèvrerie, c'est- à-dire de rinceaux d'or et d'argenl qui forniaieiil au dessus de ce moiiunicnl une espèce de petit tdificequ'o» a pris pour unecli^lsse. St. Victor, labl. pittoresque de Pans, t. III de l'éd. in-4", p. Ô04.
Duplcssls, p. UO; — Doin Kéhbicn, liisl. de Ij ville de Paris, I. I. p. m.
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du seizième siècle, les religieux de saincte Geneviefve , de son lemps élaienl encore dans l'usage d intercaler entre leurs prières ecclésiastiques ceste-cy : A fur or e IVormanorum libéra nos Domine *. Les Parisiens alors délivrés pour toujours de la crainle ou du moins des insultes de ces brigands trop formidables , jouirent enfin de la paix*"^. Alors aussi le clos sainte Geneviève commençant à se peupler , le service paroissial pour les laïques, qui vinrent }j demeurer, se fil à l'autel de Notre- Dame, dans la crypte ou chapelle souterraine***.
Robert-le-Pieux répara et fit couvrir la l)asili(|ue délabrée en l'an 1000****, mais il ne toucha point aux murs ; en sorte que vers la fin du douzième siècle, elle menaçait ruine. « Etienne de Tournay, abbé de cette maison, en H70, entreprit de la reconstruire et de la voûter. Comme elle était au plein pied de la basse église, enterrée et par conséquent malsaine, il en éleva le terrain et la nef en la voûtant, et fit une église basse du chevet de l'ancienne. C'est alors qu'on transporta le tombeau de Clovis dans la haute église , pour le placer au milieu du chœur, de même que la châsse de sainte Geneviève; on laissa le premier cercueil de celle-ci dans l'église basse*****.» Ainsi, l'antique caveau qui avait reçu les dépouilles mortelles delà grande sainte et qui prit ultérieurement le non» de chapelle de ÎNotre-Dame, ayant été agrandi par la voussure de l'ancien édifice auquel il était contigu, s'appela désormais église basse. Or, il est évident que Sl-Étienne-du-Mont doit son origine à cette même basse église. Maisaucun historien ne fait connaître les époques pas plus que les motifs qui déterminèrent l'adoption des divers vocables, sous iesquelson l'a successivement désignée. 11 est probable que lorsqu'on exécuta les réparations ordonnées par le roi Robert, outre l'autel élevé àla sainte Vierge, dans lachapellebassequi y exislaitdéjà, on en consacra un autre à saint Jean l'évangélistc, c'est-à-dire au rf/>ciple bien-dimé, à celui des apùlres à (jui Jésus-Christ, du haut de la croix, recommanda sa mère, en lui disant qu'elle serait aussi la sienne, et qu'il devait, lui , en cire le fils******. L'as-
• Corrozel, anliq. cl singul.de Paris, p. 40. ■• Duplessis, p. I8G.
■■■ Sauvai, ouv. ciU', l. I, p. S87 ; — Piganiol do la Forer, descrip. Iiistoriq. de l'aris, I. VI, p. ion ; — Si. Viclor, ouv. cilé, l. III, p. 309., elc, etc. ■■■■ Viallon, p. iRi.
1,0 m^mp, p. 4ïï<î.
Si. .Ican , évang. chap. .\i.\, v. 20-27.
38 LES UGLISES DE PvniS.
socialion Je leur culle en un même lieu aura donc paru toute naturelleet pjirrailoraenl logique. Celte eirconslance e.\pli(|uerait très bien le vocable de saint Jean du Mont (|u'on voit donner à l'église basse , concurremment avec celui de Notre-Dame , jusqu'au temps d'Etienne de Tournay, dont il vient d'être parlé, temps auquel il faut rapporter son érection en église paroissiale. La preuve s'en déduit d'un fait inaperçu de tous ceux qui, après dom Félibien, se sont occupés de cette question : c'est que sous l'épiscopatde Maurice de Sully, environ l'an 1180, le curé de la nouvelle paroisse, qualifié de chapelain de sainte Geneviève, capellanus s. Genovefœ, se nommait Barthélémy ; ce titulaire de la cure est le plus ancien <|ue l'on connaisse*». Cette paroisse acquit en peu de temps une très grande importance par le mouvement de la population qui se portait sur son territoire, surtout depuis qu'en l'an 1190, la nouvelle enceinte ordonnée par le roi Philippe Auguste en eut renfermé une partie dans la ville : c'est alors que l'évèciue^ Eudes de Sully, voulut la soumettre à la juridiction de l'ordinaire diocésain. L'abbé de sainte Geneviève lui contestait ce droit, en alléguant la possession immémoriale de celui de sa maison sur l'église, (|ui d'ailleurs n'était qu'une dépendance de l'église canoniale. L'intervention du pape Innocent III fit cesser le conllit, qui se termina par une transaction du mois de juin VlOI. Il fut convenu entre les parties, (|u'à l'avenir les droits épiscopaux seraient exercés par révè(|ue, qu'il nommerait à la cure les sujets (|ue l'abbé lui présenterait, les- (|uels, fussent-ils chanoines réguliers, auraient charge d'âmes ; mais qu'il ne pourrait bàlir aucune église ou chapelle dans le bourg sans le consentement des chanoines, et ceux-ci, de leur côté, sans celui de l'évèque.
L'évêque annexa par donation, à la nouvelle paroisse, le terrain d'une vigne (]u'il possédait dans le Clos-Bruneau, où Ton commençait à bâtir. De son côté, l'abbé, pour cimenter cet accord et prévenir tout litige ultérieur, céda au prélat la cure de l'église Sainle-Ceneviève-la-Petite, dite aussi des Ardens, représentée plus tard par celle de Saint-Cermain-le-Vieux, dans la Cité, ainsi (|uo la [)rébende ou vicairie, dont jouissait sa maison à la Cathédrale. A la même époque, les chanoines donnèrent à Mathieu de Montmorency le fief du Clos-Mauvoisin, dont ils ' rdibicit, i. 1, p. 'i.'ii.
SAINT-ÉT!ENNF.-llU-MOr<T. 39
élaioiit proprîélaires, à condition (|ue ceux (|ui vicndraienl l'Iiabiter feraient partie de la paroisse. C'est sur le premier de ces clos que furent ouvertes les rues Saint-Jean-de-Lalran,Saini- Jean-de-Beauvais, Saint-IIilaire, Cliartière; et sur l'autre, les rues Saint-Julien-le-Pauvre, du Fouare , des Rats, des Trois- Porles, de la Bùclierie, Galande, etc.
L'érection en paroisse de l'église basse, lors de la reconstruction de la vieille basilique de Saint-Pierre et Saint-Paul , appelée ensuite Sainte-Geneviève, nous semble donc assez bien constatée par ce qui précède. Il reste à établir que le vocable de Saint-Iilienne-du-Mont date de la même époque.
Personne n'ignore qu'Etienne, dont le nom hébreu Cheliel a sa synonymie dans le moi S tephanos , qui signifie triomphe et couronne, est en effet le premier qui ait triomphé des ennemis de la foi, en recevant la couronne immortelle de la sainteté, par le martyre, neuf mois après la Passion du Sauveur. Elu premier diacre, quoique le plus jeune parmi les sept , qui, à la seconde assemblée (ou deuxième concile) des apôtres, tenue à Jérusalem, en l'an XXXIII de l'ère chrétienne, furent préposés à la surveillance des distributions aux pauvres, à peine eùl-il reçu l'imposition des mains, qu'il s'appliqua avec un zèle aussi ardent que sincère, à publier le grand fait de la rédemption spirituelle et sociale du genre humain, par l'incarnation, la mort et la résurrection du fils de Dieu. Les scribes de h synagogue, irrités de ce qu'en discutant avec Etienne ils ne pointaient résister à la sagesse et à l'esprit qui parlaient en lui, subornèrent des témoins pour l'accuser d'avoir blasphème' contre Dieu et Moïse, contre la loi et le saint lieu. Traduit devant le Sanhédrin, tribunal suprême des Israélites, le grand-préln? , après lecture de son réquisitoire, lui permit de présenter ses moyens de défense. ÉtieHne commença par exposer la doctrine de son divin maître; il chercha ensuite à dissiper les préventions de ses adversaires. Mais les murmures sourds qui avaient accueilli la première partie de son discours, éclatèrent avec une violence (pii lui fit comprendre que c'était un parti pris d'opprimer la manifestation des vérités qu'il voulait faire entendre. Il n'insista plus, il se tut un instant pour se recueillir, les yeux tournés vers le ciel; puis, sortant tout à-coup de l'extase à la- ([uellc il avait été livré, il lance sur ses juges ces paroles coura-
geuses autant qu'incisives : Tctes dures, oreilles et cœurs mcirconc'ts, vous repoussez obstinément l'esprit sahit! ainsi ont /ait vos pères.. Est-il un prophète qu ils n'aient persécuté? n ontils pas mis à mort tous ceux gui prédisaient l'avènement du Juste , et jusqu'à son précurseur?... Quant à vous, vous avez dépassé vos pères; oui, vous les avez dépassés en iniquité, vous avez été les meurtriers du Christ lui-même , vous avez trempé vos mains homicides dans son sang innocent * ! L'effet de cette vigoureuse péroraison ne pouvait être douteux. Etienne fut condamné à être lapidé. On l'inhuma pieusement par les soins du docteur Gamaliel , celui-là même qui avait instruit saint Paul, dans un champ qu'il possédait au territoire de lu petite ville de Caphargam;da, non loin de Jérusalem. Le tombeau du saint martyr fut découvert en 415, et ses reliques transférées dans une église du mont de Sion. Transportées ensuite dans un temple que l'impératrice Eudoxie, femme de Tliéodose le jeune, fil bâtir sous son invocation, en 445, sur le ciiemin du Cédar, où il avait été lafiidé, et qui fut dédiée en 460; ces reliques se répandirent bientôt, ainsi que son culte^ dans toute la chrétienté. A la fin de ce même siècle, neuf basiliques ou églises étaient déjà érigées sous son vocable, à Constantinople. L'une de ces basiliques, celle que fit construire sainte Pulquerie, sœur de Théodose et femme de l'empereur Arcadius, devint célèbre par le privilège qu'elle obtint de servir au couronnement des empereurs et des impératrices d'Orient. Le culte de saint Etienne était établi en France dés le milieu du sixième siècle , et c'est par saint Grégoire de Tours que nous l'apprenons, car il y avait dans sa ville épiscopale une chapelle (jui en portait le nom et (|ui passait pour ancienne; enfin, avant 80, douze cathédrales, un nombre considérable de collégiales, succursales, monastiques ou autres, étaient dédiées de même. Il y en avait deux à Paris, dès le septième siècle : celle de Sainl-Étienne-/*?- J^ieux , et celle de Saint-Étienne-des-Grecs, vulgô des grés.
Si l'on considère maintenant qu'Etienne de Tournay avait l'illustre martyr pour patron particulier, on comprendra l'iuiporlance (lu'il dût attacher à l'introduction de son culte, dans une église dont il pouvait se regarder en (juelque sorte comme le second fondateur. Il existe au surplus un témoignage historique
' An. iei apôtres, rliap. vi, v. 10, il. i^, si, ft, ti^.