N.-DA ME-DES- VICTOIRES
Voici untilro peul-êtrc unique dans toute la clirélionté, parmi les innombrables églises consacrées sous l'invocation de la Mère de Dieu^ de la Vierge immaculée dont il a été propliétiquemenl dit (\\\elle écraserait la tête du serpent, cause do la chute du premier homme. Cette particularité nous paraît assez remarquable ponr mériter qu'on s'y arrête un moment avant de passer outre aux circonstances sous l'influence desquelles fut fondée l'église de Notre-Dame-dcs-Victoires, vulgairement nommée aussi des Petits-Pères.
F^orsque Mahomet II prit Constantinople , en 1453, il y avait , dans la basilicpie de Notre-Dame-des-Guides , une image célèbre appelée, d'un mot grec, procurant les victoires, que l'on plaçait sous forme de bannière sur un char de triomphe (|ui accompagnait les armées impériales. En Occident, nous ne connaissons que trois églises <iui aient clé décorées du vocable de Nolre-Dame-de-la-Victoirc : la cathédrale de Tolède, celle de Tournay, et l'église abbatiale du monastère des Augustins, que Philippe-Auguste fit bltir dans le diocèse de Senlis, après la fameuse bataille de Douvines, en reconnaissance de la victoire éclatante «pi'il remporta sur l'empereur Olhon. Il y a sans doute beaucoup d'analogie entre la dénomination de Nolre-I)ame-dela-Victoire et celle de Notre-Danic-des-Vicloires ; mais il nous
2"i t-ES Ér.LlSES DE l'AftlS.
suflU (pi'il n'y ait point identité absolue entre ces deux vocables, pour autoriser et même justifier notre assertion que le titre de Notre-Dame-des-Victoires est peut-être unique dans toute la chrétienté.
La réforme de la congrégation des Auguslins portugais, par le père Thomas de Jésus, de l'illustre maison d'Andrada , fut portée en Espagne par le père Louis de Léon, en 1588, et en Italie, par le père André Diez, peu d'années après; un bref du pape Paul V, en date du 26 juin 1607, autorisa le père François Amet ;i la faire recevoir en France. A cette époque, la reine Marguerite de Valois, première femme d'Henri IV, voulait accomplir le vœu qu'elle avait fait de bâtir et de doter un monastère, en reconnaissance de ce qu'étant assiégée dans son château d'Usson, en Auvergne, elle avait échappé d'une manière presque miraculeuse à un péril imminent. La vie sainte et les sermons éloquens du père Amet lui lirent concevoir la plus haute estime des religieux de son ordre, connu dès lors sous le nom d'Augustins-Déchaussés. Aussi, après avoir choisi ce père pour son confesseur et son prédicateur ordinaire, le chargea-t-elle d'établir un couvent de la réforme dans une maison contignëà son palais, rue de Seine, qu'elle donna par acte notarié, avec affectation de six mille livres de rentes perpétuelles, en attendant qu'on pût en bâtir une plus grande sur l'emplacement que nous voyons environné du quai iMalaipiais, des rues des Petits-Augustins, de Jacob et des Saints-Pères, (|ui lui appartenait et où se trouve aujourd'hui le palais des Beaux-Arts. Le contrat de cession et de donation fut revêtu de toutes les formes légales du temps, le 1*^' février 1610. Les Augustins-Déchaussés jouissaient en paix des bienfaits de la reine Marguerite, lorsque V inconstance naturelle au sexe, dit un historien, vint brusquement changer leur destinée. Celte princesse, ajoule-l-il, piquée de la rigueur évani^élique a^'ec laquelle le père ^4 met la reprenait rie ses fautes (Ui tribunal de la pénitence , révoqua la donation irrévocable (pi'elle avait l'aile au profit de ces moines; elle les expulsa de leur maison, en Kilti, |)0ur y substituer les Auguslins-Chaussés de la réfornjc du père Kabache, aulreuienl dite de Bourges. Ces pauvres Auguslins, tout étourdis du coup imprévu et soudain ipii les frappait, furent conlraintsde retourner les uns à Villars- Benoît, les autres à Avignon, d'où ils étaient venus. Mais ils
NOTRE-DAME-DES-VlCTOlIlliS 275
revinrenl à Paris en 1619; une lellrc de rarchevèque Henri de Gondy, du 19 juin iC20, leur permit de s'établir dans une petite maison avec jardin qu'ils louèrent dans le faubourg Montm artre, située à côté de l'ancienne chapelle de Saint-Josepli, sur le terrain de laquelle se trouve aujourd'hui le marché de ce nom; car alors la porte Saint-Eustache, qui fixait les limites delà ville de ce côté, avait été antérieurement reculée jus(|u'au lieu où la rue des Fossés-Montmartre a été percée. Là ils formèrent une petite communauté qui, ayant pris une certaine consistance en fort peu de temps, les mit en état de pouvoir louer une autre maison voisine de la première. Ils étaient cependant encore loin de la position aisée que la reine Marguerite leur avait faite. On croit même que c'est à raison de l'exiguité de leurs ressources actuelles qu'ils furent appelés les Petits-Pères. Une autre opinion veut qu'Henri IV, ayant aperçu le père Amet et le père Mathieu de Sainte-Françoise dans son antichambre, les(|uels étaient tous les deux d'une taille au-dessous de la moyenne, demanda ce que voulaient ces petits pères-là. La communauté des Augustins ayant acquis un assez grand développement, elle acheta, en i628, deux portions de terrain d'environ six arpens (deux hectares cinq ares treize centiares). Tune située sur le fief de la Grange- Hateliére, et l'autre sur le lieu appelé les Burettes, près du carré où l'on jouait au mail, et dans lequel a été ouverte depuis la rue du même nom. La somme de 12,918 livres 2 sols 6 deniers que coûtèrent ces terrains, y compris les droits de lots cl vente, peut faire apprécier la différence qui existe entre la valeur de ce genre de propriété à Paris au commencement du xvii'" siècle, et celle d'aujourd'hui.
Aussitôt après que les Augustins-Déchaussés eurent été mis en possession de leurs terrains, ils résolurent de faire bâtir une maisoi: convenablement appropriée aux besoins de la communauté, et ils firent prier le roi Louis XIU de vouloir bien en devenir le foiidateur en titre. Le prince, accédant à leur vœu, posa la première pierre de l'église, bénie par François de Gondy, premier archevêque de Paris, le 8 décembre de l'an 1629, en présence de toute sa cour, du prévôt des marchands et des échevins de la ville. On adapta, aux (|uatre coins de cette pierre, qui était de marbre noir, des pUMpies d'argent, où l'on avait gravé : 1» l'image delà sainte Vierge assise tenant d'une main l'enfant
276 LES ÉGLISES DE l'AllIS.
Jésus debout sur ses genoux, et de l'autre, posant sur un L couronné de France, soutenu par un petit ange, une couronne de laurier; 2" saint Augustin vêtu en moine-déchaussé , portant une église dans la maindroite, et dansl'autreun cœur entlammé; 3o Louis XIII revêtu des insignes de la royauté; 4" les armes de France et de Navarre surmontées de la couronne, entourées des ordres du Saint-Esprit et de Saint-Michel. On avait en outre gravé sur le parement de la table ou pierre de marbre l'inscription suivante, exprimant les motifs qui déterminèrent le pieux monarque à dédier l'église des Petits-Pères sous le vocable de Notre-Dame -des-Vicloires.
« Louis Xlll, par la grâce de Dieu, roi irèschrétien deFrance et de Navarre^ vainqueur de l'hérésie * et des ennemis de l'Etat, a voulu élever ce monument à la piété des Augustins-Déchaussés de Paris, et leur ériger un temple sous la protection de la bienheureuse vierge Marie, et sous l'invocation de Notre-Dame-des- Victoires, lequel il dédia l'an du Seigneur 1629, le 9 mai, de son règne le xxg. »
Cette imposante cérémonie terminée, la messe fut célébrée par l'archevêque, dans une vaste chapelle en bois qu'on avait disposée à cet effet sur les lieux. Après la messe, le roi reçut les hommages des religieux avec bonté, et leur promit sa protection spéciale. Les lettres-patentes qu'il leur lit expédier dans le courant du même mois de mai, leur prouvèrent que ce prince n'avait point oublié ses promesses; car, non seulement il s'y déclarait le fondateur du monastère dont on commença les Iravaux en même temps que ceux de l'église, mais il accorda à leur congrégation les mêmes privilèges , droits et franchises (pi'aux autres églises et maisons de fondation royale. Ce même roi, par un brevet du 6 janvier 1638, accorda pour armoiries, au couvent des Augustins-Déchaussés, une Nolre-Dame-des-Vicloires d'argent en champ d'azur, accompagnée de trois fleurs de lys d'or: deux et une, avec écusson soutenu par deux anges, cl surmonté d'une couronne royale entourée de deux palmes.
Le premier vaisseau de l'église (|ui fut construit alors n'avait guère plus d'étendue que l'espace actuellomcnl occupé par la .sacristie et ses (léi)cn(lancos. Lallluoncc des lidèles (pii venaient
' Allusion !t la suuiiiiss'on roccule ilu la nocliell<), le 28 octobre iG2U,
NOTIlE-DAMU-DtS-MCTOlHIiS. 277
y assister aux ollices ne larda pas à faire reconnaître son insurfisance, et, en 1656, le projet d'en bâtir une plus grande reçut son exécution, sur le dessin de Pierre Leniuel, le même qui aclieva le Val-de-Gràce. Après lui, Libéral Bruant et Gabriel Leduc, qui ajouta les tribunes au plan primitif, eurent successivement la direction des travaux. Repris, en 1737, parCartaud, architecte du roi, ils furent achevés par le portail au commencement de 1740, et le dimanche 43 novembre de la même année^ Hyacinthe Leblanc, évêque de Joppé, en fit la consécration dédicatoire et solennelle.
Ce portail, dont l'élévation, y compris le fronton triangulaire, est de vingt mètres soixante-dix centimètres, à partir du perron où il est assis, sur une largeur de vingt-quatre mètres cinquante centimètres, est formé de deux étages ornés de pilastres superposés : ceux du premier, décoré d'un pyramidon à ses deux extrémités, sont d'ordre ionique; et ceux du second, d'ordre corinthien. Une croisée à arcade coupe celui-ci, et la grande porte, l'autre. A la clef de l'imposte se trouve une Gloire composée de Chérubinsrayonnans, dans le centre de laquelle on lit le lélragrammaton hébraïque du grand nom de JéHoVaH. Celte combinaison, quoique critiquée par les puristes en matière d'ornemens architectoniques , qui prétendent qu'elle est réprouvée par les principes de l'art, n'en est pas moins ici d'un assez bon effet.
A l'intérieur, l'église commencée en 1656, et terminée, ainsi qu'il a été dit, en 4740, se compose d'une seule nef qui a quarante-(|uatre mètres cinquante centimètres de longueur dans œuvre, y compris le sanctuaire^ éclairé par une riche coupole ; en largeur environ onze mètres, et quinze mèlres en hauteur sous clef. La profondeur des chapelles, qui tiennent lieu de bas côtés, est d'à peu près cinq mètres. L'ordonnance de celle belle nef est ionique; la voûte qui la couvre, el qui se prolonge sur toute la capacité du vaisseau, est à plein cintre. On y a pratiqué des croisées à lunettes, qui sont séparées les unes des autres par des archivoltes tombant à l'aplomb de chaque pilastre, le tout accompagné de tables chantournées d'une exécution parfaitement soignée , etc.
(Ju'on veuille bien nous passer les indications peut-être un peu trop sèchement techniques que l'on vient do lire sur les
dimensions arctiiieclurales de noire église. Mais nous avons cru devoir saisir celle occasion d'à propos pour prouver qu'au point de vue de l'arl le nionunienl ne mérite pas le dédain superbe avec lequel certains critiques outre-cuidans en parlent *.
Passons à des détails plus intéressans.
Les chapelles, au nombre de six, sont dédiées ainsi qu'il suit : à droite de l'entrée, à Notre-Dame-de-Pitié, à saint Joseph , au saint cœur de Marie, anciennement à INotre-Dame-de-Savono ; à gauche, après les fonts baptismaux, à sainte Geneviève**, à saint Charles Borromée, à saint Augustin.
Plusieurs de ces chapelles avaient reçu les dépouilles mortelles de uolables personnages qui avaient là leurs mausolées. Deux seulement ont échappé au vandalisme révolutionnaire. Déposés au musée des Petits-Augustins en janvier i"9G, ils ont pu être réintégrés à leur place primitive : le cénotaphe en marbre noir de Jean Vassal, secrétaire du roi, dans la chapelle de saint Joseph; le tombeau de Lully aussi en marbre noir, surmonté de son busteen bronze, dans celle de sainteGeneviève. On lit sur ce monument l'inscription ci-après.
« Ici repose Jean-Baptiste Lully, écuyer, conseiller, secrétaire du roi, maison et couronne de France et de ses linances , surintendant de la musique de la chambre de Sa Majesté, célè. bre par le haut degré de perfection où il a porté les beaux chants et la symphonie, qui lui ont fait mériter la bienveillance de Louis-le-Grand, et les applaudisscmcns de toute l'Europe.
» Dieu, qui l'avait doué de ces talens par-dessus tous les hommes de son siècle, lui donna pour récompense de ses cantiques inimitables, composés à sa louange, une patience vraiment chrétienne dans les douleurs aiguës de la maladie dont il est mort le l'-l mars 1087, dans la 54° année de son âge, après avoir reçu tous les Sacremens avec une résignation et une piété éili-
* Entre aulrcs, Sainl-VicUir, auteur calimablc sous d'aulrcs rapporls, mais aussi arriéré que Uulaure ea matière d'an cl de goill, et aussi peu aplc 1 en porter un jugement sain.
** Le bénitier flxô contre le pilier qui sépare cette chapelle do i:ellc des fonts n'a de remarquable qUK l'inscription sur une table de tnarbrc noir placée au dessus, cl uij sont gravées ces paroles :
Niipov avofirjfxarx fi^i fxcvxj o^iv,
Abliie peccaia non sotam faciem.
« Lave les péchea, et non la seule figure. >■
NOTRK-DAMl-.-DKS-VICTOlRF.S. 279
fianle. i Co loinljeiui renferme également les cendres de Micliel Lambert, beau-père de Lnlly, mon en 1696.
Les orgues à trente-deux jeux et à quatre claviers, ouvrage de Seiop, facteur renomme de son temps, sont renfermées dans un buiTet exécuté par Régnier^ et ornées de sculptures foit remar- (|uables, ainsi que la chaire à prêcher du même artiste. Ces deux pièces n'ayant point été déplacées n'ont éprouve aucun dommage essentiel. Mais les autres objets d'art en marbre, en mélaux précieux et en assez grand nombre, tant de l'église que du couvent , tout cela a été enlevé et perdu. Parmi ces objets se trouvaient : 1° un groupe d'argent doré, du poids d'environ cent marcs, qui représentait sainte Thérèse tenant entre ses bras le dauphin et le présentant à la sainte Vierge. C'était un don fait à l'église par la reine Anne d'Autriche et la reine Marie- Thérèse, sa belle-fdle et sa nièce, lors de la naissance {l" novembre 1601) du premier fds de Louis XIV. Le piédestal d'ébène était orné des armoiries de ces deux reines et de»plaques d'argent où l'on avait gravé leur chiffre. Il renfermait en outre un petit reliquaire composé d'un os de sainte Thérèse dont le roi d'Espagne avait fait présent à sa fille Marie-Thérèse. Co groupe fut apporté à Notre-Dame-des-Victoires par l'abbé de la IJarde, l'un des aumùniers de la Cour, le 45 octobre 1664.2° Un riche parement d'autel , de brocard d'or et d'argent, accompagné de deux crcdonces , donné par Marie-Anne-Christinc-Victoire de Bavière, femme du même dauphin. 3" Une chasuble de taffetas violet, qui avait servi au célèbre et saint prêtre Bernard , connu sous le nom de pauvre prêtre, que le frère Fiacre, son ami , tenait de madame de Lamoignon qui l'avait achetée.
Mais ce cpii est surtout à regretter, c'est la magnifique fresque peinte au milieu du plafond de la bibliothèque du couvent, par le napolitain Paul Maltei. Elle représentait allégoriquement la Religion, accompagnée de la Vérité, portant un soleil sur la poitrine, dont les rayons éclalans éclairaient l'Erreur blottie dans un coin du tableau. Un ange, placé à côté de la Vérité, tenait un livre ouvert où se lisaient en gros caractères ces mots tirés de Job et adressés à l'Erreur : Quare detraxislis sermoinbii.s f^eriiatis. Ce travail d'une admirable exécution fut terminé en dix-huit heures de temps Les pères Âugustins en furent tellement satisfaits que, par reconnaissance , ils alfilièrent
280 i.RS lir.i.ists i)Ë i>Anig.
Mallei, sa femme et ses. enfans, à leur congrégalioo. Ils ajoiilérent à celle faveur celle de les rendre parlicipans les uns et les autres, leur vie durant ainsi qu'après leur mort, du mérite des offices, prières^ méditations, prédications, abstinences, jeûnes, pénitences, veilles, pèlerinages et généralement de toutes les bonnes œuvres qui se pratiquaient dans leur ordre. Les lettres d'affiliation furent expédiées par le P. Chérubin de Sainte-Elisabeth, vicaire-général de la congrégation de France, le 13 septembre 1703.
H estjuste néanmoins de reconnaître ici que, malgré ces pertes, notre église n'a pas été sous ce rapport aussi maltraitée (|ue beaucoup d'autres, car elle est rentrée en possession d'une belle série de tableaux, la plus importanle de cellesde l'ancienne école française qui existent dans les églises de la capitale et que recommande le nom de Carie Vanloo , lorsqu'on rendit Notre- Dame-des-Victoires au culte catholique en janvier 1809. Les sujets de ces tableaux, qu'on voit dans le chœur comme autrefois , sont tirés de la vie de saint Augustin, moins un, et sont placés dans l'ordre suivant : à gauche — saint Augustin, âgé de trente-trois ans et son fils Adéodat, revêtus de la tunique blanche tïescompétens, reqo'isenl le baptême des mains de saint Ambroise. Alipe, son ami, est à genoux derrière lui, disposée obtenir la grâce de ce sacrement. Sainte Monique, mère du grand docteur, son frère , plusieurs de ses disciples et de ses parens sont présens à l'auguste cérémonie; — Conférence à Carthage des catholiques avec les donatistes , en l'an 411 ; deux cent quatrevingt-six évêques orthodoxes et deux cent soixante-dix hérétiques y assistèrent, sous la présidence du comte Marcellin, tribun. Saint Augustin y pulvérisa tous lesargumens de ses adversaires. A partir de ce moment la secte des donatistes perdit tout crédit et ne larda ])as à s'éteindre entièrement. — Translation de ses reli(|ues de la Sardaigne à Pavie. Elles avaient été portées d'Hippone dans celte île, en l'an 506, par les évêques d'Africiue que Trasimond, roi des Vandales, exila dans ce pays. Luitprand, roi des Lombards, les ayant obtenues à prix d'argent des Sarrasins en 712, les fit renfermer dans un tombeau de marbre, à l'église de saint Pierre de sa capitale. — A droite. Prédication de saint Augustin alors simple prêtre, devant Valère, évêque d'Hippone, à la tête de son clergé; — Valère, accablé de vieil-
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Icsse, sacre évèque sainl Augustin, en l'an 305, après avoir obtenu d'Aurclien, archevêque de Cartilage, de le nommer son coadjuteur, afin de pouvoir lui assurer son siège.
Ces circonstances principales de la vie de sainl Augustin nous rappellent le grand acte qui vient de s'accomplir eu Afri(|ue sa patrie. La France, après y avoir ramené la foi catholique, a vu sceller son œuvre pieuse par la restitution à la ville d'Hippoiie des dépouilles mortelles de son illustre prébl. Mgr. Dupuch, évèque d'Alger , accompagné de MM. Slatem et Magnose, membres du chapitre de sa cathédrale, et de INI. Berger, son secrétaire, a reçu à Pavie, le 12 octobre de la présente année -1842, une partie considérable des restes du saint docteur, conlormément à l'autorisation (jue le Souverain Pontife Grégoire XVI, glorieusement régnant, en avait donnée par un bref en date du 20 juillet.
Les plus grands honneurs ont été rendus à ces reliques vénélables, tant à Pavie que sur la route, et à Toulon, où elles sont arrivées le 22 du même mois. Une procession solennelle les a reçues à la porte d'Italie par laquelle elles devaient entrer dans la ville. Celle procession, accompagnée de deux cor|js de niusi- (|ue et de quatre cents hommes du 32'" régiuienl de ligne, était ooniposée des diverses corporations des métiers , précédées de leurs drapeaux, des confréries de pénitens^ ayant à leur tète une croix portée par l'un deux, pieds nus, des frères des écoles chrétiennes et de leurs élèves, du clergé des quatre paroisses de Toulon et de leurs fabriciens, des congrégations de Sainte-Marie et de Saint-Maur, et d'un immense concours de fidèles de toutes les classes. Le dépôt sacré dont Mgr. Dupuch était muni fut conduit sous un riche dais et olfert à la vénération publique sur l'autel disposé à cet effet au milieu de la vaste place dite du €hamp-dc-Mars, et de là à Sainte-Marie, ancienne cathédrale, où sept autres prélats étaient présens, savoir: Messeigneurs l'archevêque de Cordeaux, les évêques de Fréjus, de Chàlons-sur- Marne, de Marseille, de Digne, de Grenoble, et l'évêque nommé de Nevers. Après la bénédiction du Saint-Sacrement, on annonça l'ordre des cérémonies du lendemain 23. Ce jour-là, une messe chantée en musique fut célébrée par l'évêque de Fréjus, et le panégyrique du saint prononcé par l'évêque d'Alger. La procession générale, composée comme celle delà veille, se mil
■282 Li:s É(;msi:s di: pauis.
(Je nouveau en inarclic et parcourut la ville avec les saintes reli(|ues, suivant la relation exacte que nous en avons sous les yeux. <' Elle présentait un coup-d'œil ravissant pour un chrétien, heureux de voir rendre hommage à la mémoire d'un pontife que quatorze siècles n'ont pu faire oublier, tandis que tant de gloires humaines ont disparu et fait naufrage dans l'abîme des temps, ou n'ont laissé que de faibles traces parmi nous. »
Enlin, le 28 octobre, Mgr. Dupucli, entouré des prélats désignés plus haut, a rendu saint Augnslin à sa ville natale d'Hipponc cl rétabli son culte dans une église dédiée sous son invocation. Ainsi celle terre d'Afrique où les Vandalesavaient intronisé l'hérésie, el (|ui devint ensuite la proie des inhdéles et de la barbarie; cette terre où Augustin, qui en fut l'une des plus éclatantes lumières, n'avait pu conserver un tombeau, vient de le voir revenir triomphant cl accueillir avec transport par les chrétiens qui l'ont reconquise pour la croix et la civilisation *.
Le récit sommaire qu'on vient do lire, outre l'actualité de l'événenient au(]ucl il se rapporte, nous a paru d'autant plus digne de trouver place dans l'histoire de INotre-Dame-des-Victoires, cpie celte église appartenait à nn ordre qui se faisait gloire de porterie nom et de suivre la régL' du saint évèque africain.
Uevcnons aux tableaux de Carie Vanloo.
Ec père Rivière, ancien auguslin-iléchaussé, et le premier appelé à exercer les fonctions curiales à Notre- Dame-des-Victoircs, érigée en église paroissiale après le concordat de 1801 , s'étanl aperçu qu'il manciuail un septième tableau du môme peintre, el tenant à compléter cette précieuse collection , se livra aux plus actives recherches pour le découvrir. H désespérait d'y parvenir, lorsqu'il apprit enfin (ju'il existait dans la cathédrale de Versailles. H le réclama à révè(iue de ce temps, Mgr. Charrier de Lalioche, (|ui le renvoya au conseil de fabri(iue. Le conseil refusa de le lui rendre, même pour une forte somme (pi'il olVrit en dédommagement. Désolé de ce résultat, M. Rivière demande une audience à Napoléon qui la lui accorde immédiatement aux Tuileries, et lui ayant rendu compte de tout ce (|ui s'étail passé: — Tranquillisez-i'ous, M. le curé, lui répond Napoléon, vous aurez i'otre tahleaii, sans être ohligé de le payer. Le même jour, un peu avant
NOTliK-DAMK-UES VICTOIKES. 2So
iniiiuil, un tapissier, accompagné de plusieurs garçons avec lanternes, pinces, échelles et un grand objet en\olcp|:é do loile, se présente à la porte de la calliédrale de Versailles; on frappe vivement; le gardien réveillé en sursaut demande ce qu'on veut à une heure aussi indue. — Au nom de l'Empereur, ouvreznous la grande porte... On entre, on décroche le tableau, on en replace un autre de la même dimension, dont le sujet est Jésus ressuscitant le fils de la veuve de Na/in; il provenait du musée de Paris et il est aussi l'œuvre d'un grand maître. Le lendemain M. Rivière trouva celle magnifi(|ue loile dans sa sacristie, il la lit mettre au fond du chœur, un peu au-dessus du maitro autel, au milieu des six autres. Louis XIII y est reprcsenlé prosterné ilevanl la sainte Vierge, assise sur un nuage, environnée d'anges et de chérubins, tenant d'une main l'enfant Jésus, et de l'autre présentant une palme au roi, qui lui-même offre à la Mère de Dieu le pian de l'église (|u'il dédie sous son invocation : à sa gauche, le cardinal de Richelieu; et à sa droite, un grand personnage porte au prince les clefs de La Rochelle sur un plat d'argent; par derrière, des officiers etquel(|ues religieux augustins ; dans le lointain, la ville qui vient d'être soumise.
Parmi les tableaux modernes qui ont remplacé les anciens non recouvrés, on dislijigue la Conversion de saint .Augustin^ par M. Gaillot ; Sainte Moniijue^ (jui voit en songe la conversion de son fils, par le même arlisle. Ils sont aussi dans le chœur, à la suite des précédent, le premier à gauche et l'autre à droite.
Mais des faits non moins dignes d'intérêt appellent noire attention : hâtons-nous de la leur accorder , car ils se rallachent d'une manière intime au culte de la Vierge , culte auquel notre église, dans son origine, avait consacré deux chapelles, lune sous le titre do Notre Dame-de-Savone, et l'autre sous c<^lui do i\otro-Dame-des-Sept-DouIeurs. La dévotion à Notre-Dame de Savone y fut introduite par le frère Fiacre, et voici à quelle occasion. Ce religieux, né à Marly en 1609, d'un pauvre paysan, s'appelait Denis Anlheaume, mais n'était connu en religion et dans le monde que sous le nom de frère Fiacre II fut admis en 1631 dans la congrégation des Augusiins-Décliaussés ou Petits- Pères, après avoir exercé pendant quchpies années la profession de potier d'élain. Le frère Fiacre devint bicnlùt l'un des orncmens de la maison conventuelle par son intelligence , par la
LES tGLISES DE PAUÎS.
tendre douceur de son caractère et de sa piété. Plusieurs auteurs du temps rapportent qu'il avait prédit la grossesse de la reine Anne d'Autriche et la naissance d'un prince. L'événement prouva la réalité du vœu prophétique du frère Fiacre. Ce fait, dont l'aullienlicilé ne saurait être garantie, a néanmoins un fondement incontestable : c'est qu'après la naissance de ce prince, qui régna depuis si glorieusement sur la France, sous le nom de Louis XIV, la reine-mère honora ce bon moine de son estime particulière, ainsi ([ue le roi son fds, comme on le verra bientôt. A l'occasion de cette naissance qui comblait tous leurs vœux, Louis XIII et Anne d'Autriche firent présenter à la célèbre église de Notre-Dame-de-Lorette, nomméepar les Italiens la Sainte Maison, Santa Casa, deux couronnes d'or enrichies de diamans, lunepour la Vierge, l'autre pour l'enfant Jésus , plus un ange d'argent, soutenant la figure d'un dauphin d'or massif, couché sur un bassin autour duquel étaient gravésces mots : Acceplum a f^irgine Delphinum Gallia T irgini reddït. Ce beau travail, estimé alors rcnt mille écus, avait été exécuté par l'habile sculpteur Jacques Sarrazin. Vingt ans après, c'est-à-dire en 1G59, la même reine et Louis xiv, voulant rendre des actions di' grâces à la même Vierge de Lorette de l'heureuse conclusion du traité des Pyrénées , où fut stipulé le mariage du grand roi avec l'iufantc Marie-Thérèse, se firent représenteren 1600^ dans l'accomplissemenlde ce devoir pieux, par le frère Fiacre. Le bâtiment sur lequel il s'embarqua à Marseille fut obligé de faire relâche dans le port de Savone, île de l'Etat de Gênes, peuplée de dix mille aines, devenue sous l'empire chef-lieu du département de Montonotte. Frappé de la dévotion des habitans de la ville et même de toute la haute Italie, pour Notre-Dame de la Misériricorde {la Madoiui di Mlsericoniia, c'est ainsi ([u'on la nomme dans le pays), il résolut de l'introduire à Paris. Le frèro Fiacre, à son retour de Lorelle, cul l'honneur d'entrelonir la reine Anne d'Autriche et la jeune reine Marie-Thérèse de tout ce que produisait de merveilleux la dévotion de la Madone de Savone, et leur exprima le désir delà voirélabliedans la capitale. Leurs Majestés s'empressèrent de déférer à son vœu, en l'aidant de leurs libéralités^ pour faire sculpter, en marbre de Carrare, la statue de cette Vierge, de mème(|ue celle du campagnard Antoine Botta, promoteur de ce culte local, [.es deux statues arrivèrent en France l'an