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NOTRE-DAME-DES- VICTOIRES

1G04. Le frère Fiacre Iravaillait en ce monienl à faire établir une maison de son ordre à Monlmartre , dont Notre-Dame- de-Savone aurait été la patronne titulaire. Si ce projet avait réussi, les statues auraient été placées dans l'église du couvent. Mais comme, malgré tout son crédit, il ne put parvenir à vaincre les diflicidtés (pi'il rencontra, il fallut y renoncer*, (le fut alors que Louis xiv ordonna à Colbert, en sa qualité de surintendant des bàtimens de la Couronne, de faire décorer à Nolrc-Damedes-Vicloires une chapelle digne du culte qui devait y être exercé lorsqu'elle aurait reçu les deux statues^ ce qui eut lieu en

La seconde chapelle à gauche de l'entrée, actuellement sous l'invocation de saint Charles Borromée, était autrefois consacréeà Notre-Dame-des-Sept-Douleurs, la plus ancienne, assure-l-on , des dévotions à la Reine des Anges. C'est à cette chapelle^ et sous cet ancien titre, qu'Anne d'Autriche fonda une confrérie. Elle fut approuvée par un bref du pape Alexandre vu, eu date du 26 mai 10.56, visé par Alexandre Hodeng, grand-vicaire du cardinal Paul de Gondy , archevêque de Paris, le 24 octobre de la même année. Il y eut aussi des lettres-patentes le 20 décembre suivant, dans lesquelles cette reine était reconnue protectrice spéciale de l'institution, et elle fut reçue à ce titre à l'église , le 21 mars 1657, jour de la fête patronale de la confrérie. La reine Marie-Thérèse, les princesses , les dames, et une foule d'autres personnages qui accompagnaient leurs Majestés, voulurent en faire partie; à cet effet, on inscrivit leurs noms et ([ualilés sur un registre à ce destiné. Celte confrérie n'existe plus: elle a été remplacée, en 4838, par celle du Très saint et immaculé Cœur de Marie à la chapelle de Notre- Dame-de-Savone. Sa Sainteté Grégroire xvi, par un bref du 24 avril de la même année, l'a élevée à la dignité d'archiconfrérie. Notre qualité de pasteur de Notre-Dame-des-\icloires ne nous permet pas de motiver longuement les éloges que mérite celte institution. Nous nousbornon.s à constater (pi'elle compte des membres afiiliésdans toutesles parties du monde chrétien , et que le chiffre total de ces membres s'élève à environ trois millions.

" Le frère Fiacre rtloiirul en ifiSl el fut inhumé dans Irglise des Pelils-Pères. Vénéré de lôiiles les classes de la sociolé, à sa mort le peuple surloul aiiachait un grand prix i son porlrail. On croii même que c'est delà que s'inlroduisil l'usage d'en placer la gravure dans l'intérieur des voilures de louage, comme un prcsertalif de malheur : d'nii le nom de fiacre •illribué à «'es voilures.

Dès que Louis xiii eut pris sous sa proleclion lu congrégation des Augustins-Déchaussés, ils vécurent sans trouble désormais et se rendirent dignes de celle de Louis xiv, ainsi que nous venons de le voir. C'est alors que plusieurs de ces Pères consacraient à l'étude tous les niomens que ne réclamaient pas leurs exercices religieux, et (jue plusieurs d'entre eux se firent remarquer par leurs travaux scientifiques ou littéraires : nous ne mentionnerons (|ue les plus connus.

Le P. Anselme de la Vierge Marie (Pierre Guibourg, de Paris) publia : 1" Le Palais de l'honneur, 1 volume in-S» ; — 2" le Palais de la gloire, 1 volume in-8"; — 3» Histoire généalogi<|ue et chronologi(|ue de la maison royale de France et des grands officiers de la couronne, 2 volumes in-i". A peine ce dernier ouvrage avait-il paru que déjà il s'appliquait à le corriger et à l'augmenter, mais la mort l'ayant surpris en 1674, il légua ses manuscrits à son savant ami Honoré Caille, sieur Du Fourni , auditeur à la clianibredes Comptes, pour (ju'il le continuât. Celui-ci porta l'œuvre à deux volumes in-folio, qui parurent en 1712.

Le P. Ange de Sainte-Rosalie (Pierre IloU'ard , né à Blois en 4655) est auteur d'un livre assez rare aujourd'hui, intitulé : État de la France, Svolumes in-12. 11 préparait une 3" édition de l'ouvrage du P.Anselme, continué par Du Fourni, maisétant mort subitement en 1726, le P. Simplicien, son collaborateur, termina ce grand et curieux monument (|u'il publia en 9 volumes in-folio.

Le P. Placide de Mainte-Hélène (Kraneois Desmarest , né à Paris en 1649) entra en religion à l'âge de dix-sept ans. Fils d'un marchand passementier aisé , il avait l'ait de bonnes éludes, et son beau-frère , Pierre Duval, géographe très estimé de son temps, lui ayant donné des leçons de géographie , mit en lui le germe d'un talent qui se développa un peu plus tard. En effet, après s'être consacré à l'état monastiiiue, il partagea ses momens entre la prédication et la culture de cette partie descounaissances humaines dans laquelle il éclipsa tous les géogra|)hes de son siècle. Il composa un grand nond)rc île cartes (|u'il eut l'honneur de présenter à Louis XiV. Ce prince, juste appréciateur do tous les genres de mérites, le nomma son géograjdie ordinaire , par brevet du 20 janvier 1705. Le publie partagea

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celle haule opinion du souverain, car les caries du P. Placide devinrent classiques et acquirent une valeur supérieure à toutes les autres.

Aux jours mauvais de la révolution , l'église Notre-Damedes-Victoires servit aux assemblées municipales, aux élections, etc. Puis, un arrêlé du directoire exécutif, en dale du iH nivôse an IV (8 janvier 1~9G) la transforma en Bourse, ou lieu de réunion des banquiers, agcns de change, courtiers, négocians et spéculateurs de toutes les sortes. La paix ayant été rendue à l'Église par le concordat de 1801, l'exercice du culte ne fut repris qu'en 1803 aux Pelils-Pèrcs, attendu que l'église des Filles- Saint-Tliomas l'avait provisoirement remplacée, et àcelteépoque on rendit seulement l'ancien réfectoire du couvent. Là devait être le berceau de la paroisse de Notre-Dame-des-Victoires. F^orsqu'ensuile on eut divisé l'administration municipale de Paris en douze arrondissemens, la mairie du troisième prit possession des bàlimens de la maison conventuelle. Les offices paroissiaux se célébrèrent alors dans le local (|ui sert aujourd'hui de sacristie. Mais un décret impérial du 3 janvier 1809, ayant transféré la Bourse au Palais-Boyal, rendit en même temps la |>artie principale de l'édifice à la religion catholique. La remise en fut faite au clergé le 9 novembre de la même année.

Mgr. de Bohan-Chabot, ancien évêque de Saint-Claude et de Mende^en lit la consécration solennelle. Jusque-là les deux églises furent concurremment des succursales de Saint-Eustache. Celle (les Filles-Saint-Tliomas devant être démolie pour servir d'emplacement au palais delà Bourse actuelle dont on posa la première pierre en mars 1808, sa titulariléa été jointe à Notre-Dame-des- Vicloires, qui, ainsi qu'on l'a dit, a eu pour premier curé paroissial le père Bivière, au zèle duquel nous devons la restitution des tableaux qui ornent le cbœur. Décédé au commencement de 1811, M. Decroix le remplaça le 12 mars de la même année. Celui-ci eut pour successeur M. Fernbach , ancien religieux de l'ordre des Frères-Prêcheurs, en février 1814. A la mort de ce respectable ecclésiastique, survenue en juin 1832, feu Mgr. De Ouélen daigna nous confier les fonctions que nous avons l'honneur d'exercer en ce moment, et dans lesquelles nous fûmes installé le 23 août suivant.

288 LES ÉOLISES DE l'AlUS.

Considérée dans son origine, noire église ne compte (|ue deux siècles d'existence; considérée comme édifice, elle est encore moins ancienne. Mais on a pu juger, d'après res(|uisse rapide qui vient d'être donnée de son histoire , qu'elle ne le cède à nulle autre, de son âge, en illustration el en souvenirs glorieux, puisqu'elle a vu dans son enceinte tous les genres de grandeurs humaines venir là baisser leur front devant la suprême majesté du Roi des rois.

DUFRICHE-DESGEINETTES ,

Curé de Xolre-Dami-'-des-Vicloires.

S.-J A COI JES-L A-BOUCHERIE

Dans le court espace qui nous esl tracé, nous nous proposons moins l'hisloire descriptive qu'une sorte d'oraison funèbre de cette église qui brilla parmi tant de rivales et dont il ne reste plus aujourd'hui que la tour, ce grand souvenir de pierre qui seul est resté dans la destruction comme le grand mât d'un vaisseau naufragé , debout au milieu de la grande ville ei la dominant de toute sa hauteur, comme pour prolester contre la profanation qui a brutalement arraché, de ses flancs sécidaires, sa vieille basilique, aux ogives enchantées, aux vitraux élincelans; réunion féerique de tous les ordres d'architecture, tiavaux immenses, où bien des paroissiens célèbres, dont nous dirons les noms, avaient pour ainsi dire profondément sculpté dans la pierre leur persévérance et leur piété, comme pour la transmettre aux siècles à venir.

Inconstance des hommes et desévénemens ! Il n'a fallu que quelques jours pour enlever, au sol de cette patrie délaissée, le temple sacré qui en était l'ame , ce religieux et pénible enfantement de presque tous les siècles chrétiens, et sous les voûtes duipiel reposaient en paix, depuis si longtems, ces hommes saints et ces pieux paroissiens qui en furent dans tous les temps la gloire el l'ornement!

A ceux qui nous demanderont la cause de la destruction de

'i'jO LES ÉGLISES DE l'AlUS.

celle église , nous répondrons que la lourinenle révolutionnaire a passé par là , qu'elle a soufflé sur les pierres sacrées pour les disperser; el avec eux alors nous maudirons ce jour à jamais impie, où la sialue de sainl Jacques, arrachée à la pelite lonr siluée à l'angle nord-ouest, et précipitée de son sommet, roula sur le parvis ses membres brisés au milieu des ricanemens d'une populace ameutée et stupidement joyeuse.

Mais laissons de côté ces tristes souvenirs et contentons-nous de nous asseoir tristement sur des ruines pour redire l'histoire abrégée de ce temple détruit, qui^ comme la maison paternelle, eut autrefois des enfans pour aimer jusques à ses pierres et à ses murailles. Pîacuerunt servis suis lapides ejits.

L'origine de cette église semble d'abord vouloir échapper à toute investigation et se perdre dans l'obscurité des temps, mais, en consultant avec attention tous les historiens qui se sont occupés de l'époque de sa fondation , nous nous sommes rangés à l'opinion de Sauvai, qui pense que Saint-Jacques ne fut anciennement qu'une chapelle bâtie sous le règne de Lothaire Ur, vers l'an 954, el dédiée à sainte Anne.

Elle fut, selon le même auteur^ élevée pour l'usage des bouchers et des tanneurs relégués dans ce faubourg , en vertu d'une loi de police romaine qui excluait des villes les artisans dont la profession était sale et infecte; on ne voulait pas qu'ils fussent pend;int la nuit privés des secours spirituels. Il est bon de dire (|u'à cette époque la Cité se trouvait entourée de hautes et fortes murailles dont les portes se fermaient à l'heure du couvre-feu.

Ce ne fut guère que vers 1 119 que celte église, sous l'invocation de S;iinl-Jacques-le-Majeur, dut jouir du litre de paroisse, ainsi que l'alleste une bulle du pape Calixte ii , du 14 des calendes de décembre i 119, qui s'exprime ainsi : in suburhio parisiacœ urbis ecclesiam Sti-Jacobi cum parochid. C'est aussi vers cette époque (|u'elle reçut le surnom de Slus-Jacobus in Carnificerid; sans doute à cause de son voisinage de la Grande- Boucherie et aussi poul-ètre parce (|uo cette antique corpor.ition des bouchers ne contribua pas |)eu par ses richesses et sa piété à sa haute splendeur.

Kn effet, nous voyons les bouchers de Saint-Jacques ilevenir |K>r la suite fort riches et fort puissans. Maîtres héréditaires des L'taux de la Grande-Boucherie, et de la boucherie Sainle-Geiie-

SAl.1T-.I\C0UE5-LA-BOL'CHERIE. 291

viève^ ils faisaient passer ces étaux d'hoir en hoir, comme des Qefs, el toujours aux aînés; les mêmes familles les ont possédés pendant plusieurs siècles : ainsi les Saint-Yon et les Thi- Iterl, déjà importans sous Charles v en 13TG, subsistaient encore en 1700; du reste, gens fort rangés, d'une grande piété et fort affectionnés à leur paroisse. On voit, dans les Actes de saint Jac(iues, le boucher Allain y acheter une lucarne pour assister , de chez lui, au saint sacrifice de la messe, el le boucher Haussecul , une clef de l'église pour y faire ses dévolions à toute heure.

En l'an 1108, Ponce Archamberl, abbé de Cluny , fit don de celle église aux religieux de Saint-Marlin, el les prieurs de ce monastère en devinrent naturellement les présentateurs; c'est un droit qu'ils ont conservé jusqu'à la fin.

Vainement les curés de cette paroisse voulurent se soustraire à cette domination; tous échouèrent dans leurs projets d'affranchissement.

Dès l'an 1 123, l'évoque Etienne avait, à l'exemple do ses prédécesseurs, donné au prieur de Saint-Martin la moitié du casuel de celle cure. Gui, qui au commencement du xin« siècle était archiprêtre de Paris et curé de Saint-Jacques, se révolta contre ce partage, el demanda justice au pape Innocent m qui, en 1207 , nomma des juges qui donnèrent gain de cause au prieur de Saint-Martin. Gui, ne se regardant pas comme vaincu^ recourut encore au pape et en obtint, pour nouveaux juges , le prieur de Saint- Victor, l'archiprèire de Saint-Séverin et Pierre Pulvereau , chanoine de Notre-Dame, lesquels confirmèrent la décision des premiers juges, et le pape y ajouta la sienne par une bulle du 20 décembre 1209.

Toutes ces décisions n'en imposèrent pas à sept des successeurs du curé Gui, mais ils ne furent pas plus heureux. Enfin cette contestation est portée au concile de Bàle, qui la résout en faveur des religieux de Si-Martin. Le parlement de Paris juge de même en 1626, laissant ce[)endant au curé le choix de donner tous les ans cin(| cents livres, avec la moitié des cires, ou la n)oitié du casuel.

De quelcùlc fut le bon droit .'' Nous abandonnerons toute discussion à cet égard, pour revenirà l'origine de notre église, (|ui d'abord circonscrite et irrégulière, et devenue trop petite pour

le grand nombre de ses paroissiens , va s'agrandir successivemenl pendant le rours des quatorzième et quinzième siècles.

En 1399 s'élève, par les soins et au.\ frais de Nicolas Flamcl, le fameux porche de St-Jacques, qui, selon Sausal, était un lieu de plaidoirie où Ton tenait le plaids de la justice foncière du Hef Popin ou Tliibaut-Todé ; il y avait en outre une espèce de tribunal soit pour l'onficial, soit pour le curé, qui, en saciualiléd'arcliiprêtrc, avait le droit d'y prononcer quelques jugemens.

Les différentes chapelles latérales s'élèvent aussi successivement aux frais dune foule de pieux paroissiens : c'est encore le célèbre Tlamel dont nous parlerons plus haut, Nicolas Arrode, bourgeois de Paris, Jacqueline la bourgeoise, Jehan Damiens elJeanncTîiillefer sa femme, Nicolas Boulard, écuycr de cuisine du roi, avec Jeanne Dupuis sa femme, qui firent bâtir la chapelle de St-Nicolas, en s'cngageant à la faire édifier et fonder de leur propre, à leurs coûts et dépens, tant de piliers, de murs, et voirières, comme d'autres choses quelconques ; viennent ensuite Simon de Dampmartin, valet de chambre du roi notre sire, Changeur et Marguerite sa femme qui, suivant l'exemple de Boulard, firent construire aussi à leurs frais la chapelle dite du Chevet, où ils furent inhumés.

Si nous suivons pas à pas la construction de celle église , nous voyons qu'elle subit une longue interruption pendant les troubles qui désolèrent la ville de Paris sur la fin du règne de Charles vi et sous une partie de celui de Charles vu.

En 1468, Jean Poiseau bâtit la première croisée après le chœur; cette croisée portait à la clef de voûte l'image de saint Jacques; il paraît que c'était un magnifique travail.

En 1 479, Vanhelol, maçon, construisit le grand portail, (|ui était aussi fort remarquable; c'est à partir de celle épo(|ue(|ne l'église marcha d'agrandissemens en agrandissemens ; c'est alors que les fidèles se réuniront pour donner à leur église l'éclat et la splendeur des plus beaux monumens religieux de Paris.

El ce qui ne contribua pas peu à stimuler leur zèle , ce furent deux bulles d'un pape dont nous ignorons le nom, données en faveur de la fabrique de l'église des bieifaiteurs du salut de Notre-Dame, et autres personnes , el qui de nouveau mises en évidence en 1 i26, el traduites du latin en français,

SAIM-JACQLto- L A-BOUCIIIUIIE. 293

gi-ossoyées en grosses lettres de /burme {sly\c du leiupsj, furoiil ornées de verges d'azur et de vermillon, el atlachées à lenJruit du tronc de l'œuvre pour que chacun pût les lire.

C'est à celle époque qu'une dame Agnès de Dampmartin, bourgeoise de Paris, fil cession à l'Eglise d'une maison à elle, dite maison d'aumùne el qui depuis fort longtemps servait, grâce aux soins et aux cliarilés de celle biendiilrice, à rassembler de pauvres femmes. Les titres d'où je lire ces faits, dit Villain, les appellent les pauvres femmes veuves.les bonnes pauvres femmes de la rue des Jrcis; et il est à remarquer, ajoute cet auteur, que cette même maison^ qui avait autrefois servi à loger J.-C. dans ses membres pauvres, fut consacrée en une chapelle, où l'on conserve le corps même de J.-C. dans l'Eucharistie.

Nous voudrions avoir plus d'espace pour redire ici les noms des paroissiens qui contribuèrent par leurs donations pieuses à l'érection de ce monument détruit.

De constructions en constructions , nous arrivons en l'an 1508 : c'est à celle époque quf l'oii jeta les l'ondemens de la tour que nous voyons aujourd'hui et qui seule a survécu.

Elle fut bâtie sur remplacement de deux maisons appartenant à Jacques TJioynes, nalif de Sl-Leu-Taverni, maître es arts, curé de Sanois, chanoine de Montmorency, et depuis maître des écoles de la paroisse.

Par son testament du 27 août 1505, Thoynes avait donné la plus grande de ses deux maisons à l'église /jowr l'honneur de Dieu, dit-il, et de M. saint Jacques; il léguait la seconde à la confrérie de Si-Fiacre des bonnetiers.

La fabrique^ ayant besoin de l'emplacement des deux maisons pour le grand projet qu'elle avait formé, s'adressa aux bonnetiers, pour la cession de celte maison ; ceux-ci refusèrent, mais les marguilliers eurent recours à la protection des juges du Châlelel, alléguant <7He leur étant besoin d'édifier une tour, ils ne pouvaientla faire édifier en un lieu plus convenable: c'est alors <|u'une sentence du Châtelet, rendue le 26 février 1508, obligea les confrères bonnetiers à la cession de leur propriété.

On put alors commencer les travaux (|ui durèrent quatorze ans, el en 1522 l'ouvrage élait complélement terminé. La pierre que l'on enqiloya coùlaii 20 sols le chariot, el le moellon 20 deniers; on aclieia 00 pieds de pierre de liais pour les gargouilles,

294 l-KS lîCil.lSES DE TARiS.

au prix de 3 sols A deniers le pied. Ce fut Rault, tailleur d'images, qui fit la statue de saint Jacques , que l'on voyait avant la révolution de 89 sur la calotte de l'escalier, ainsi que les animaux qui sont aux trois angles et qui représentent les symboles évangélisles. Ces quatre pièces ne coûtèrent que 20 livres lonriiois.

Cette tour est d'une élégance remarquable, elle s'élève gracieuse sur la cité, comme une reine superbe que l'art gothique et l'art de la renaissance semblent se disputer pour l'embellir. L'un se déploie capricieux et léger sur tous les flancs de l'édifice, on s'élançant jusqu'à son sommet ; l'autre s'est contenté d'attacher à son front celte belle couronne symbolique, que nous voyons encore pure et intacte, comme au jour où elle sortit do la main du sculpteur.

De tout ce qui embellissait ce splendide édifice, il nous reste à regretter la statue de saint Jacques , qui pendant la révolution fut précipitée de son sommet, et l'harmonie de douze magnifiques cloches qui palpitaient autrefois sous cette belle enveloppe de pierre, et si fort au goût de Sauvai, qu'il en trouvait la sonnerie fort harmonieuse et le carillon fort musical. Elles ont été en 93 transportées à la Monnaie.

Depuis le rez-de-chaussée jusqu'au sommet de la statue de saint Jacques on comptait cent soixante-treize pieds. Du haut de la tour on voit, dit Sauvai , la distribution et le cours de toutes les rues comme les i'eines dans le corps humain.

Nous allons maintenant rapporter ici quelques-uns des faits les plus remarquables dont St-Jacques fut le théâtre.

Le 24 mars l'414, Gérard de Montaigu, évoque de Paris, vint faire la consécration du grand autel élevé dans le chœur nouvellement construit ; il fut invité à l'accomplissement de cette sainte cérémonie par Nicolas Baye, alors curé et greffier au parlement.

Ce jour-là, les paroissiens eurent l'honneur de traiter leur prélat, et il fut ordonné qu'à monseigneur l'ci'eque on donnerait un plat de poisson qui coûta en un gros quarreau 40 sols, en une aloze 18 sols, et pour une quarte d' Ifippocras il sols, total 70 sols parisis.

Le 1" août de cette même année, il fut chanté solennellement une Messe à diacre et sous-diacre, et aux orgues pour le bien ,

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