‹ Les églises de ParisChapitre 36 sur 39 · LA MADELEINE · texte numérisé non relu

LA MADELEINE

L'église de la Madeleine esl inconlestablenienl le moiiumciil religieux de Paris qui a le plus long-temps occupé la critique. Nous regrettons que les limites qui nous sont imposées ne nous permettent pas de rappeler ici, pour les mettre en regard, quelques-unes des opinions qui sont venues tour- à-lour combler le temple saint de leur admiration sans bornes, ou de leurs incroyables outrages. Il n'est pas une pierre , fouillée par le ciseau de l'artiste, que le regard du critique n'ait à son tour fouillée avec amour ou prévention. Heureusement , il esl arrivé, — comme il arrive prescpie toujours, — qu'après ces luttes interminables, le temps et la fatigue ont étouffé ces cris pour ne plus laisser entendre que la voix de la sagesse et de la raison. Ce moment a été pour les esprits le prélude d'une révolution remarquable. Etourdie et fatiguée de tant de bruit, la foule avait passé jusqu'alors, étonnée mais froide, au pied du monument; elle ne s'était encore rien senti dans l'ame devant ce colosse de pierre. Aussi, quand elle osa, pour la première fois, tourner les yeux sur lui, elle ne comprit rien aux sentimens qui venaient l'agiter. Un jour, cependant, elle hasarda sur le colosse un regard craintif, un regard (feulant qui a peur, mais qui veut connaître : ce jour-là, le ciel avait des splendeurs ijui formaient avec les splendeurs du monument une si merveilleuse harmonie, que

ce fut pour la foule une sorte de révélalion. lille se scnlil petite, émue, remuée en présence de cette grandeur et de cette magnificence. Sa pensée se porta , avec crainte d'abord , sur tous les points du temple ; bientôt , moins timide, elle gravit résolument ces gigantesques colonnes corinthiennes, dont les lignes sévères ne lui offraient pas, pour s'y reposer, les mille et une broderies de l'art gothique; elle sattacha long-temps sur les inappréciables richesses des chapitaux. Enfin, elle arriva sur le front large et haut du colosse , et là, pleine d'admiration et d'enthousiasme, elle allait applaudir — quand elle rencontra ces mots gravés en lettres d'or :

D. 0. M. SuB. Invocatione Sanctï Magdalen.k.

^u Dieu très bon , très grand, sous l'irn'ocation de sainte Madeleine.

L'élonnement qui s'empara d'elle l'arrêta tout-à-coup.

La Madeleine est de style atlique, et on en a fait un temple chrétien. Tel est l'éternel reproche encouru par le monument. Engagée de nouveau sur ce terrain, la discussion n'avait plus de limites. Ce n'étaient plus seulement les artistes qui allaient y prendre part; d autres intérêts, remisen jeu par cette destination inattendue, allaient s'émouvoir; la question religieuse apparaissait encore, elle occupait tous les esprits ; et , chose digne de remarque, le même drapeau réunissait les opinions les plus opposées. 11 ne s'agissait plus de savoir si la Madeleine était un monument de style grec, 'romain ou français; ces questions avaient été — nous l'avons déjà dit — longuement et chaudement discutées : chaque opinion s'était , de guerre lasse , soumise à une légère transaction, et il avait été décidé que le monument était à la fois de style français, romain cl grec ; il ne s'agissait plus de savoir si, en Eraiice, au cœur de notre ville de Paris , au milieu de notre civilisation , mcscjuine par la forme et pourtant sans rivale dans le passé, ce temple n'était pas une absurdité inqualifiable, une monstruosité : il avait encore été convenu que les splendides horizons de la Grèce et les riche campagnes de l'Italie devaient former naguère à ces riches colonnades un cadre qu'elles n'ont pas ici, mais, qu'en définitive, l'œuvre n'en était pas moins belle et la monstruosité moins sublime. La transformation du Temple de la (Hoire en église I veillait dos susceptibilités toutes nouvelles; et si , d'un côté ,

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