LA MADELEINE
que l'empereur avait voulu ; celle raison lui avait lail prclcrcr le plan de Vignon à ceux de tous ses concurrens *. Après toutes ces ruines, toutes ces déplorables transformations, rarcliitecle s'était minutieusement conformé au désir du maître. 11 nous avait fait un temple octostyle et périplère; un monument dans le goût des monumens d'Athènes. Ce monument, avec ses deux portiques, ses deux frontons, ses hautes et sévères colonnes , ses bas-côtés nus et froids, était bien, sans doute, une œuvre remarquablement grandiose 5 mais, nous le répétons, c'était un temple, et la volonté humaine était impuissante à en faire une église, une église pour tous, une église devant laquelle l'artiste s'arrête pour admirer, devant laquelle le chrétien s'arrête pour penser à Dieu.
La plus humble église de campagne, — comme la plus orgueilleuse cathédrale gothique , — remue l'ame et la conduit à de saintes contemplations; la forme du monument, une croix «jui se détache sur le ciel, une cloche qui tinte, révèlent la présence de Dieu; on se sent ému, le cœur gros d'espérances devant une simplicité qui fait penser à tant de grandeur. En présence de la Madeleine, l'esprit s'agite aussi, et la pensée devient active, mais le cœur reste muet et froid ; de fécondes et splendides images se déroulent devant vos yeux, mais ces images ne quitlentjamais la terre; de nombreux souvenirs se présentent à vous, mais ces souvenirs sont profanes et sans chasteté , comme les tem|>s (|u'ils rappellent.
* « Quant au projel qui a obtenu le pris, il ii'alteinl pas mon but ; c'e&l te premur que
j'ai écarté. II est vrai que j'ai donné pour base de conserver la partie des monumens de la Sladcleine qui existe aujourd'hui, mais cette expression est une ellipse; il était sous-eiilendu que l'on conserverait de ce bâtiment le plus possible ; autrement, il n'y aurait pas eu besoin de programme, il n'y avait qu'à se borner à suivre le plan primitif. Mou iuteiilion élait de u'nvoir fias nue église, mais un temple, et je ne voulais ni qu'on rasât, ni qu'on conservât tout. Si les deux propositions élaienl incompatibles, savoir ; celle d'avoir un temple el celle de conserver les constructions actuelles de la Madeleine, il était simple de s'attacher à la définition d'un temple. Vit teinple, j'ai entendu un monument tel qu'il y en avait â Athènes et qu'il n'y en a pas à Paris. Il y a beaucoup d'églises à Paris, il y en a dans tous les villages, .le n'aurais assurément pas trouvé mauvais que les archilecles l'eussent observé , qu'il y avait coniradiclion entre l'idée d'avoir un temple el l'intention de conserver les consiruclions faites pour une église ; la première élail ridée principale; la seconde éiail l'idée accessoire. M. Vignon a donc deviné ce que je voulais. Quant â la dépense Rxée â trois millions, je n'en fais pas une condition absolue ; j'ai entendu qu'il ne fallait pas un autre Panthéon -. celui de Sainle-Gcncviève a déjà coûté plus de quinze millions. Mais, en disant trois millions, je n'ai pas entendu qu'un ou deux millions de plus ou de moins cuirassent en concurrence avec la convenance d'avoir un monument plus ou moins beau. Je pourrai, s'il le faut, autoriser une dépense de cinq ou six millions, si elle est nécessaire;, el c'est ce que le devis définilif me prouvera, » (Lettre de Napoléon à M. dj Champagny, ininisire de l'intérieur.;
La haule taille de ce monument allait bien à toutes nos gloires de l'empire. Ce temple païen convenait admirablement à celte époque de doute et de misérables singeries. Les plus vieilles traditions de la Grèce et de Rome venaient d'être ressuscitées et mises en lumière pour l'édification et la grande jubilation des ignorans; les hommes distingués eux-mêmes se laissaient entraîner, par faiblesse d'abord, par flatterie ensuite; chacun jouait son rôle dans celte triste el pourtant sublime comédie, dont chaque entr'acle était un drame sanglant. A la cour, dans les lliéàtres, aux musées, se montraient le manteau impérial et la toge romaine. La littérature, — cette pauvre liltéralure de l'empire, — s'évertuait à nous transformer en Brutus; la peinture, — cette pauvre peinture de l'empire, — ne nous fit plus bientôt que des Léonidas ; l'architecture seule sommeillait encore ; les bulletins de la grande armée vinrent la réveiller, el elle nous fit le temple de la T~ictoire,\^ Madeleine d'aujourd'hui.
Telle est l'histoire du monument dont nous nous occupons. Vignon mourut en 1828. Depuis cette époque jusqu'à Tentier achèvement de l'édifice, c'est M. Huvéqni a dirigé tous les travaux.
Après ce que nous venons de rapporter, il est facile de comprendre l'origine des violentes critiques soulevées par l'église de la Madeleine. Sans les partager toutes, nous pensons, nous aussi, après avoir reconnu toutes les beautés du monument, que des prêtres et la foule seront bien mal à l'aise dans celte église sans clocher, pour chanter les grandes fêtes, sans chapelles ni sanctuaire pour recevoir Dieu.
L'extérieur de la Madeleine a toute la sévérité et toute la noblesse des temples antiques. Le monument est entièrement entouré de colonnes d'ordre corinthien, placées sur une seule ligne et séparées par des intervalles égaux. Il s'étend du nord au sud, el est orné, à chacune de ses extrémités, de portiques surmontés de frontons. La longueur de l'édifice est de soixanledix-neuf mètres trente centimètres; sa largeur de vingt-un mètres quarante centimètres, et sa hauteur, prise sous les coupoles , est de trente mètres trente centimètres.
Les bas-côtés des porli(iues el des galeries, en face des entrecolonnemens, sont percés de niches d'une grande hauteur renfermant les statues de sainls, dont nous allons donner les noms, l'resque toutes ces statues sont d iitjc éxecution assez médiocre.
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Le portique septentrional est décore de quaîre statues : A droite : saint Mathieu, par M . Desprez, et saint Marc, par M. Le Maire. A gauche : saint Jean et saint Luc, par M. Ramey.
Le portique méridional n'en a que deux, ce sont : A droite : saint Philippe, par M. Nanteuil. A gauche : saint Louis, par le même.
La galerie de droite, en partant du frontispice, en renferme quatorze :
Saint Gabriel, par M. Duret; saint Bernard, par M. Husson ; sainte Thérèse, par M. Feuchéres ; saint Llilaire, par M. Huguenin; sainte Cécile, par M, Dumont; saint Ire'née, par M. Gourdel ; sainte Adélaïde, par M. Bosio neveu; saint François de Sales, par M. Molcheneht; sainte Hélène, par M. Mercier; saint Martin de Tours, par M. Grenevich; sainte Agathe, par M. Danlan jeune; saint Grégoire, par M. Térasse ; sainte j4gnès, par M. Duseigneur; saint Raphaël, par M. Danlan jeune.
Les quatorze statues de la galerie de gauche, sont : Saint Michel, ^s.v ^\. Raggi; saint Denis, par M. Dcbay fiis; sainte Anne, par M. Desbœuf; saint Charles-Borromée, par M. Jouffroy; sainte Elisabeth, par M. Caillouetle; saint Ferdinand, par M. Jallay; sainte Christine, par M. Walcher; saint Jérôme, par M. Lanno ; sainte Jeanne de T'alois , par ]M. Guillot; saint Grégoire-le-Grand, par M. Maindron; sainte Geneviève, par M. Debay père; saint Chrysoslôme, par M. Geclhev; sainte Marguerite d'Ecosse, par M. Cannois; t Ange Gardien, par M. Bra.
Nous le répétons, ces trente-quatre statues, qui forment une partie importante de la décoration extérieure de la Madeleine, sont, pour la plupart, d'une exécution fort médiocre et d'une pauvre conception. Nous avons remarqué cependant, sous le portique septentrional, le saint Jean de M. Ramey, et sous le portique méridional, \e saint Louis de M. Nanteuil. Dans les deux galeries, les statues les plus remarquables sont celles de Messieurs Duret, Duseigneur, Guillot, Gectiier, Raggi, Debay fils et Caillouelte. Le saint Baphaàl de M. Dantan, et le saint Michel de M. Raggi, sont les deux statues (|ui attirent le plus particulièrement l'attention.
Li:s EGLISES DE PARIS.
On arrive aux deux portes du temple par un magnifique escalier à double repos, formé de trente-deux marches. Les piédestaux des colonnes sont surmontés de cliapitaux remarquableinenl riches^ mais entremêlés d'altribulsreligieux,qui, là comme dans la frise qui règne autour du monument^ forment avec le style altique une choquante disparate.
Les côtés Lst et Ouest du temple présentent, chacun, une suite de dix-huit colonnes qui viennent se joindre aux huit colonnes formant la façade des deux portiques. L'ornementation de l'entablement est d'une richesse remarquable, quoique mélangée, comme la frise et les chapitaux, d'attributs religieux. Le portique du nord est surmonté d'un fronton laissé sans sculpture?, et dans l'intérieur duquel doit être placée la sonnerie. C'est sur le tympan dufronton nséridional que se trouve l'inscription, et sur lequel se déroule une des plus grandes pages que la statuaire ait jamais produite. Cette composition n'a pas moins de 38 mètres 350 millimètres de longueur, sur 7 mètres 150 millimètres de hauteur à l'angle. Les trois principales ligures du bas-relief, celles qui occupentle milieu du tympan, ont (|uinze et div-huit pieds de hauteur.
Celle composition est de M. Le Maire.
Le Christ debout, ayant à ses pieds la Madeleine agenouillée, occupe le milieu du fronton. A la droite du Dieu qui pardonne, l'Ange des miséricordes, et l'Innocence, soutenue parla Foi et l'Espérance, se montrent suivis de la Charité entourée de deux pauvres enl'ans qu'elle soulage. Dans le coin de l'angle, occupé par un ange qui fait sortir une ame juste du tombeau et lui dévoile les félicités éternelles, on lit ces paroles : l\cce dies salutis\ Tous les vices personnifiés, chassés par l'ange des vengeances, occupent la gauche du Christ; ce côté du bas-relief est terminé par une figure que l'ange des ténèbres précipite dans les flammes, et sous laquelle on lit : T^œ impio !
Comme on le voit, le sujet de celte large composilion ne laissait pas que d'offrir à l'artiste toutes les ressources nécessaires à la statuaire lapins noble, la plus sévère et la plus attachante à la fois. Li marge élait assez grande pour qwe rien de pauvre on d.mesquin pût être tenté dans la conception des groupes et l'exé cution des figures. A ces vingt-un pieds de hauteur, sons l'angle du milieu , il fallait une figure d'un style larg»; d'elTet ,