SAI.M-ÉTIENNE-UIJ-MONT
qui lève tous lesdoules à cet égard; c est celui d'un aiileiir contemporain d'Élionne de Toiirnny; nous allons le reproduire. Guillaume Lebrelon , chapelain de Philippe-Auguste, qui écrivait en i'2'20, la continuation de l'histoire de ce prince, commencée par son médecin, nommé Ricord , dit en termes exprès : la maison de l'aumônerie est située devant l'église de Saint- Étiennedu-Mont : Domus eleemosynœ ante ecclesiam sancti Stephani de Monte*. Or, cette dénomination n'a pu être notoirement connue et consacrée dans l'usage que par un certain laps de temps ipii, évidi'mmenl, non-; reporte à celui plus h;ui( assigné, c'esi-a-dire entre I 170 et 1 180. Mais, pounail-ou ubjecter, pour (|u'Éliennp deTonrnay pût cinoni(|uement imposer à son église le vocable de son patron, il fallait y déposer une porlion quelcon(|ue des reliques du saint; nous en convenons. Aussi, l'abbé Le ^crmï [Histoire du diocèse de Paris**), dont nous avons adopté l'opinion dans noire notice sur cette paroisse et sur les monumens anciens et modernes que renferme son territoire, pcnse-t-il, avec raison , que l'évècpie de Paris dut donner quelques fragmens des reliques du premier martyr, quand on démolit (vers lépoque dont il s agit) l' ancienne basilique de St- Etien.e-l<-f^ieuT, dans l'île de la Cité, alors e'glise métropolitaine, ou qu'on y transféra ceux que possédait l'abbave de Sainte Geneviève ***.
Nous avons dit que la nouvelle enceinte de Paris, ordonnée par Philippe-Auguste, fit affluer la population au bourg du Mont, qui prit alors le nom de Sainte-Geneviève; ce fut au poini que bientôt l'église basse ne suffisant plus pour contenir les lidéles de la paroisse de Saint-Étienne, il y eut nécessité d'en faire bâtir une autre. On la construisit en 1222 ou 1223, mais tellement adhérente à l'église de l'abbaye et dans une telle dépendance, qu'on ne pouvait y communiquer que par une porte percée dans le mur méridional de la maison. Cette communication intérieure existait \'\ où se trouve la chapelle de Jésus-Christ au tombeau.
Les proportions de l'édifice furent établies, moins sur les be-
■ Do;ii Biuiqiet, rec. ilej liist .le Fr . i. »vii, p. 77i!; — Dulaure, liist. lie Paris , i. il, éd. de 1857, p. 106.
■• T. Il, p sa.;
Prein. pari. p. i'i.
42 I-ES Kf.MSES DK l'AUlS.
soins (l'un avenir procluiii)^ i|ui en auraient exigé de plus grandes^ (jue sur les ressources acluelles du chapitre (|ui en (il les frais. Aussi, arrival-il qu'il fallut s'occuper de son agrandissement en 1491, époque à laquelle le curé et les marguilliers de la paroisse demandèrent à l'abbé Philippe Cousin et aux chanoines de leur céder le vieux bâtiment situé derrière le chevet de l'église, et qui avait autrefois servi d'infirmerie; cette demande avant été accueillie, l'acte de cession fut signé le 9 février de la même année. Mais comme les travaux ne commencèrent qu'en 1517, le même abbé concéda spontanément une seconde portion de terrain, sous Vinnoceute condition que la paroisse lui présenterait tous les ans, le 26 décembre, jour de la fête de saint Ctienne , une ln<re de bougie rouge *. L'aile de la nef, parallèle à l'ancienne église de Sainte-Geneviève, démolie en 1807, et dont l'emplacement est occupé par la rue Clovis, fut terminée en 1538, et la chapelle de la Communion ou des Charniers en 1606 seulement. On jela les fondemens du grand portail en 1610; le 2 août, la reine Marguerite de Valois^ première femme de Henri IV, en posa la première pierre sur laquelle on avait gravé ses armes, avec l'inscription suivante : Deo favente S. Slepliano deprecante ; et auspiciis Margaretœ Valesiœ regi/KP. Anno Doniiiii 1610, 2 aiigusti. En 1624, les fonts baptismaux qui et lient restés jus(]ues-là dans la grande église, y furent transférés, et enfin , le 15 février 1626, François de Gondy, archevêque de Paris, consacra avec solennité l'église paroissiale de Saint-Etienne-du-Mont , considérablement agrandie, et telle qu'elle est aujourd'hui.
L'église de Sainl-Étienne-du-Mont , considérée dans son ensemble, tant à l'exlérienr qu'à l'intérieur, accuse une époque de transition , un mouvement de rénovation , une ère nouvelle , car son style foncièrement formé de l'élémenl gothique, le rejette dans les détails, pour revêtir l'ornementation architecturale de la renaissance. Cette combinaison peut être crili(|uée au point de vue de l'art, mais ici, les deux genres, loin d'y être en lutte, comme on l'a écrit quelque part, s'y harmonisent avec un rare bonheur et impriment à l'édifice un caractère d'agréable originalité qui le rend digne d'attention , autant par ses heureux défrtuts (|ue par ses incontestables beautés. « L'intérieur snr-
• l>oiii Fplikien, l. 1. p. âS4.
s\i.M-i:rii:!NNE-i)U-,>i()M . i.)
loin csl reinarquabk' par la liardiesse des voùles ogivales de la nef el des basculés. L'arcliilecle a remplacé les piliers massiis <pii supporlenl ces voùles par des colonnes (|ui |)arailraienl irop grêles si elles n'élaienl enveloppées vers le milieu par la belle galerie qui légne autour d'elles. Du sommet des colonnes naissent en faisceaux les arêtes de la voiile. Au milieu du transept, ces arêtes forment une clef pendante ou fleuron de deux toises de saillie qu'on cile comme un des travaux les plus difficiles de ce genre , par la liaidiesse de la pose et par Texécntion de ses sculptures. On s'accorde à regarder les orgues de Saint-Élienne comme les plus belles et les meilleures de Paris. L'autel, d'une grande richesse, formé entièrement de marbres choisis, à coûté ■J5,000 francs, que le zèle de la fabrique el la piété des (idêles eurent bientôt réunis. Il fut consacré le 27 mars 180G. Au-dessus de l'autel et de la gloire, qui le surmonte, est une grande châsse peu ancienne, (|ui renferme diverses reli<|ues*. >j
Le jubé, ipii dale de 1600, el (|ue supporte une voûte très surbaissée, est une œuvre non moins hardie; ses deux escaliers à jour s'élèvent, en contournanl par encorbellement, le lût d'une colonne, avec tant de légèreté , (ju'ils semblent portés en l'air et sans point d'appui jusqu'à la galerie donl il vient d'être parlé.
La belle chaire (pi'on voilà droite de la grande nef et au-dcssousdu jubé, a été exécutée par Claude Lcslocard , vers le milieu du XVIL siècle, sur les dessins de Lahire. C'est un travail irréprochable , par le soin avec lequel il est traité dans toutes ses parties : il est à panneaux séparés par des eiicadremens de très bon goût, et dans lesquels sont figurées les Vertus chrétiennes; celui du centre représente Samson, symbole de la force morale de l'éloquence évangélique; l'abat-voix ou dais qui couronne la chaire est surmonté d'un ange , embouchant deux trompettes, comme pour appeler les fidèles à venir écouter ta puissante parole des enseignemens divins.
Cette église possède l'admirable groupe du célèbre sculpteur Germain Pilon, représenlanl Jésus-Christ au tond)eau , les trois Marie, iNicodème et Joseph d'Arimalhie. Elle conserve une parliedes beaux vitraux (jui, avant la révolution, décoraient toutes ses fenêtres, et donl la plupart avaient été |)einls par Jean C.ou-
' .\'i)l. liisl. sur Si-Kliciinu-du-MoiU, p. ."'J.
44 LES ECM.lStS DE l'AlUS.
sin et Nicolas Pinaigrier: « Les débris do ces vitraux ont été placés en 1834 dans Ips chapelles des bas-côtés; les fragniens les pins considérables se trouvent dans celle de Sainte-Geneviève. Le premier, vers l'antel, re|)resente d'un côlé la Cène de Jésus- Clirist et la Pà(|i)e des juifs; de l'autre côlé, le saciilége qui amena la londation du couvent nommé depuis les Carmes des Billelles * , et au-dessus l'ange exterminant les premiers-nés en Egypte. Le second vitrail représente : 1° l'apparition des anges à Abraham; 2° le sacrifice d'Elie sur lequel vient de descendre le feu du ciel; et à côté, celui des prêtres de Baal qui priaient vainement leur Dieu de consuniei' la victime; 3° le saint Sacrement entouré des symboles de l'ancien et du nouveau sacrillce ; 4" le temple des juifs et une église chrétienne; 5" Jésus - Christ lavant les pieds à ses apôtres et les prêtres de l'ancienne loi faisant des ablutions dans le bassin d'airain , suivant 1 usage constant de mettre en rapport les enseignemens de l'ancien et du nouveau testament. Enfin, dans le troisième, qui est un peu confus par suite des restaurations qu'on y a faites, on voit l'arche d'alliance, la pluie de la manne, et au bas Jésus Christ apparaissant au souverain pontife. Dans la partie du vitrail caché par le lombiau de sainte Geneviève (dont ii va être parlé), on reconnaît un fragment représentant le Sauveur adoré sur la croix, sous la forme du serpent d'airain, grar.d sujet d'un goû' exquis de dessin et d'un meiveil/eux détail , dessiné par le célèbre Jean Cousin, ou par un de ses meilleurs élèves sur ses cartons **. » L'espace dans lequel nous sommes obligés de nous circonscrire , ne nous permet pas de donner ici la description des autres vitraux, tous fort curieux et fort beaux. Elle possède «le plus deux tableaux votifs, que les échevins de Paris offrirent à l'ancienne église de Sainte-Geneviève : l'un pour la cessation du grand froid de 170!), |iar Detroy père; et l'autre à l'occasion de la disette (|ui aUligea la capitale, eu 1725, par Di'lroy fds , selon nous et selon Dulaure , par Laigiliére.
■ En 1291, le juif Jonalha» ayant exercé d'Iior'ibles profanations sur une lioslie consacrée qu'il s'élail fait reinellrc par une femme, en échange graluil de divers objets qu'il tenait en §age, fui brîtié par ordre de Pliilippc-Ie-Bel. On confisqua ses biens et une partie de sa maison, située dans la rue desBilictles, devint une chapelle eipiatoire. Peu de temps après, celle chapelle fut converlie en monastère des /i(i»;)i(a/it)S de lacharite <le notre-Danw, rein|>lacés au .wiil' siècle par les Carmes réformés de l'observance de Hennés ; la femme, nommée liécaline, se convertit ; on la baptisa , ainsi que ses deuj enfans ; sa (llle entra dans le couvent des Filles-nieu.
■■ Not, hisl. sur Saint-Ilicnne-du-Moiu . p. .•;7, :.« et .■^l».
SAI>T-ÉT1EN.\E-Dl]-M(>NT. 45
Parmi les tableaux modernes, qui ont été donnés par la ville, on (lislingiie l ne pré iicationde saint Etienne, par M. Ahel de Piijol; Sainte Geneviève en prières pour détourner un orage, la Cliariié, par M. Lailié ; la Moi t de la sainte Vierge, par M. Caniinadc
Mais le monument le plus précieux dont l'église de Sainl- Etienne-du-Mont se glorilie ajuste titre d'être dépositaire, est l'anticpie tombeau en pierre où la grande patronne de Paris fut inhumée en l'an 512. Il est placé dans une chapelle consacrée;! srin culte, à droite du chœur. C'est par les soins du respectable De Voisins, qui en était curé, en 1802 , que l'on y transféra le vénérable monument. Voici l'acte (|ui en constate l'authenticité. « Nous, Claude UOUSSELET, ancien abbe de Sainte-Geneviève, supérierr-général de la Congrégation de France, et Nous, anciens ciianoines réguliers desditi-s abbaye et congrégation ;
» En considération du dessein à Nous manifesté par François- Amable de voisins,, curé de la paroisse de Saint-Élienne-du- Monl , à Paris, de rétablir dans l'église paroissiale de Saint- Étienne le culte solennel qu'on rendait dans notre abbatiale à sainte Geneviève, patronne de la ville de Pans; du désir (pi'il aurait pour ranimer la dévotion des lidéles envers cette sainte, de transférer dans ladite église paroissiale et exposer de nouveau à la vénération p'ib!i(|ue le tombeau de sainte Geneviève; et sur la demande (|u'il Nous a faite de donner par notre témoignage le degré d'authenticité nécessaire à ce monument, afin d'en perpétuer la uiémoiie; voulant seconder autant (pi'il est en Nous ses pieux desseins, certifions, attestons et déclarons à (|ui il ap- I)arlient :
') Que le tombeau (ju'on voyait autrefois dans la chapelle souterraine de l'église abbatiale ^ était, depuis un temps immémorial, l'objet de la vénération des fidèles; que ce monument n'était pas une simple désignation de l'endroit où sainte Geneviève avait été inhumée, puis(|u'il est constant (|u'elle le fut dans un autre lieu, qiroifjue peu éloigné; mais que la pièce principale dont il était composé était une pierre (]ui fermait la partie inférieure de la tombe dans lai|uelle ses ossemens avaient été renfermés, avant (|ue d'être dépo.sés dans la châsse, qui se voyait encore à la révolution; que cette pierre, exposée à découvert pi'ndant des siècles, courant ris(|uc d'être entièrement détruite
iO I.KS ÉGLISES DE PAIiîS.
par la dévolion des (idèles (|iii en délachaienl des morceaux avec des oulils pour les conserver comme de précieuses reli(|ucs, on (it une conslruclion plus élevée qu'on revêtit de marbres, et elle se trouva ainsi à couvert; enfin, que cette pierre et autres objets réunis dans le même massif, méritant la même vénération, doivent être tenus pour aussi précieux que par le passé, puis- (|u'il résulte du procès-verbal de la reconnaissance et de la démolition de ce monument , en date du 8 novembre 1803, (|ue les marbres seuls en ont été enlevés.
" En foi de quoi Nous avons signé le présent certificat. -A Paris, 15 décembre 1803.
«Signé : Claude Roiisselet, ancien abbé de Sainte-Geneviève, Montmarthin, Champion, Bizet, Hémin et Vialloii, anciens chanoines réguliers.
» Collationné, certifié conforme à l'original déposé aux archives de l'arclievêclié de Paris, et délivré par moi , soussigné secrétaire dudit archevêché, sous le sceau de son ÉminenceMouseigneur l'archevêque de Paris.
)' Paris, le 20 décembre 1803 (28 frimaire an xii de la Uépubli(iue).
» Signé BUÉE, secrétaire. >>
Le résumé de cet acte est gravé sur une table de marbre nuir, fixée contre l'un des piliers de la chapelle de Sainte-Geneviève. Une seconde inscription ailcste que saint Eloi avait orné le tombeau de la sainte, avant que ses reliques en eussent été retirées, pour être mises dans une châsse (au iXe siècle), et que ce fut parles soins du cardinal de Larochefoucauld, abbé de la congrégation, sons Louis Xlll, que ce monument avait été restauré.
Parmi les personnages illustres ipii onl été inhumés dansl'éiilise, on remar(|ue Eustache Lesueur, à bon droit surnommé le Rapliciel français; le célèbre botaniste Tournefoit ; Claude Perrault, auteur do la façade du Louvre; Antoine I>emaistreet Isaoc Lcmaislre deSacy, dont les restes mortels y furent transportés, ainsi (luo ceux de Racine, lors de la suppression du monastère de Port-Royal, en 1710; et Pascal. Quehpies autres paroissiens beaucoup moins notables y ont également leur sépulture. Ou trouve au nombre de ces derniers un chirurgien (|ui parait avoir e'i une certaine réputation de son temps, nommé Nicolas Thognct , mort en I<»'i2, dont le mérite n'est niiiourd'liiii coiiiiu ,
S\IM-ET1ENNE-DU-M0NT. A t
dit Piganiol de La Force, que par l'inscriplioii emplialique qui avnit clé gravée sur son tombeau, derrière la chaire. Voici colle pièce aussi curieuse par son olijel que par sa forme :
" Passant, qui que lu sois, arrèie el considère ,
Qui gisl sous ce tombeau :
Tu sauras que ÏHOGNET par un secret mystère , Ce monde abandonna pour eu prendre un plus beau. Son art et son savoir garantissaient les hommes
Bien souvent de mourir.
Mortels, pensez à vous, dans le siècle ou nous sommes ; Puisque Thooet n'est plus, qui pourra vous guérir? •
Décidément, notre époque n'a pas inventé, comme on le voit, la légende mortuaire, confectionnée à grand renfort de rimes 1)0 11 rsou filées; mais il faut lui rendre juslice, elle imite avec habileté, et c'est (juclque chose.
L'église de Saint-Etienne du-Mont. outre son vocable spécial, est aujourd'hui honorée de celui de Sainte-Geneviève. La raison, tout le monde la connaît , elle est des plus déplorables
h patrie, oubliant les immenses services que la Jeanne-d'Arc lulécienne^, riinmorlelle vierge de Nanlerre, lui a reiulus^ a consacré son temple aux grands hommes , par la reconnaissance, alors qti'ellecommeltail ainsi un acted'épouvantableingratitude. Ce temple magnifique a reçu l'appellation mythologique de Panthéon... Quelle étrange anomalie ! chez des peuples polythéistes, cette dédicace nominalement colleclive se conçoit : A Rome, le Panthéon d'Agrippa avait une destination réelle, un but positif, mal dirigé, il est vrai, mais il en avait un. On y sacrifiait à Jupiter, au plus grand des dieux , dont , après tout^ le nom même rappelait par dérivation le sublinie quadrilataire JeHoVaH *. On y sacrifiait aussi aux divinités subalternes, on y praticpiait des cérémonies plus ou moins pompeuses... El que se passe-t-il à celui de Paris? Quel culte y exerce-l-on .^ Oii sont les ministres de ce culte imaginaire de la reconnaissance qui n'existe qiiedans une phrase superbement clouée au-dessous d'unbas-relief dont nous ne dirons rien, et pour cause?... Solitude pavée de marbre, ornée de portiques, de colonnades, de pilastres corinthiens, où règne le morne silence de la tombe; où rien ne dit qu'au delà il y a quel(|ue chose à espérer... la véritable et éter-
• Si. Jérôme, épil. Xlii, à Marcelle ; —Tlieoiioret, quesl. IV sur l'EioJc; — Le P. Souciel, dissrrl. sur les pas. diffic. de l'Ecrilurc, passi.ii ; — Le P. !-imy. app. de la Cible, liv. m, I li;i|i. I ; — l.abbé Mii!iiol. iném de l'Ariiili'inie des liisrripl., 1. WWI el C.
-i8 LES ÉGLISES DE l'AllIS.
iielle vie! voilà ce qu'on en a l'ail. « INapuléon avait une pensée aulrenienl élevée, quand il décrétait, en 180G, cjue le nionuaient lecevrait toujours les cendres des grands lionimes^ qu'il serait dédié ciimnie église, et qu'un chapitre y célébrerait perpétuellement l'oiïice, ainsi que le pratiquait le chapitre (ju'il avait crée à Saint-Denis pour prier auprès des tombeaux des rois *. )) il semble qu'on ail voulu réaliser les tristes pressenlimens d'un poète qui, à l'époque où rarcliitecleSoufflot travaillait à la cons truclion de rédilice, fil circuler les vers suivans dans Paris :
Templum auguslum, ingens, regind assurgit in tirhe,
Urbe et patrond virgine digna domus.
Tarda nimis pielas, ranos moliris honores!
Nonsunt hœc cœptis lempora digna luis; Ante Deo in SHinmd qitàm teinpium ere.reris urbe,
Impietas tempUs, tollet et urbe Deum.
(. La reine des cités, qui se glorifie d'avoir Geneviève pour patronne, lui élève un temple auguste, unebasilique digne enfin de cette vierge célèbre... Piété tardive, vains honneurs d'un siècle indigne de les décerner... Hélas! peut-être avanl que l'œuvre soit terminée, l'impiété aura exclu Dieu lui-même du temple et de la cité. »
• Nol. hisl. p. 7».
l'abbé FAUDET,
Curé dp la paroisse de Sainl-Elieiine-ilii-Monl.
T. TST-ULiviKuTti
C'est à saint Louis qu'est due la fondation de la Sainte-Cliapelle, et parmi les nombreux monuraens que ce pieux roi fit élever, il n'en est pas de plus beau et de plus magnifique que celui dont nous nous occupons. De nos jours encore, Paris n'a point de chefs-d'œuvre qui puissent être comparés à ce chefd'œuvre presque improvisé au milieu du treizième siècle et destiné à la conservation des plus précieuses reliques.
<( A cetle épo(iue de foi, vive et religieuse , dit le marquis de Villeneuve-Trans, rien ne paraissait ajouter plus d'éclat à la dignité suprême que la possession d'un grand nombre de ces objets révérés j consacrés par de pieuses traditions. Aussi les souverains orientaux, comme ceux de l'Europe et les républiques d'Italie, surtout Venise, ne négligeaient aucun moyen de s'en procurer. » En 1239, Baudouin, investi à la fois par Vatace et par les Bulgares, sans ressource et sans argent pour repousser cetle invasion, vint solliciter des secours de Louis IX. Afin d'exciter sa piété, il lui représente que les seigneurs enfermés dans Constanlinople étaient réduits à une telle extrémité qu'ils allaient engager aux Vénitiens les pins précieux des trésors de Conslantinople, la sainte couronne d'épines longtemps au pouvoir des Musulmans, enfin recouvrée et «onservée dans la chapelle impéiiale depuis que sainte Hélène l'avait découverte en
50 I ts Éor.iSKS DE PAitr*.
allant visiter le Calvaire, à l'âge de 84 ans. Baudouin supplia donc le roi de ne pas permetlre que la couronne restai entre les mains des Barbares, •> pourquoi, dit-il, je désire ardemment de vous faire passer cette précieuse reliciue à vous, mon cousin, mon seigneur et mon bienfaiteur, et au royaume de France, ma pairie. »
Louis écouta avec joie une proposition si flatteuse pour sa piété , et les ordres (urenl aussitôt donnés pour acquérir cesaiiil vestige de la passion. Le frère Jacques elle père André, de l'ordre des Prêcheurs, précédés par un message de Baudouin^ partirent avec un comte de la suite de l'empereur, pour aller chercher la couronne d'épines. Le dernier de ces religieux avait déjà parcouru la terre sainte en l'228, et, supérieur du couvent de son ordre , à Constantinople , il connaissait assez la sainte relique pour qu'on ne put lui en imposer.
Arrivés à Constantinople, les envoyés trouvèrent effectivement la couronne d'épines engagée, mais ils n'abandonnèrent pas pour cela leur mission. Us accompagnèrent les reliques jusqu'à Venise, et après avoiv reçu de nouvelles instructions du roi, ainsi que l'argent nécessaire pour s'approprier ce précieux bulin , ils rentrèrent en France. Dès (jue Louis fut informé de leur arrivée à Troyes, il partit de Vincennes avec la reine; les comtes d'Artois , de Poitiers et d'Anjou , ses frères Gautier Cornut, archevêque de Sens; Bernard de Montaigu, évêque du Puy ; et les principaux seigneurs de sa cour.
Les deux cortèges se rencontrèrent près de Villeneuve-l'Archevèque, à cinq lieues de Sens, le 10 août. Le père André présenta aussitôt au roi la relique enfermée dans une triple cassette. Vérification faite des sceaux des seigneurs français et du doge de Venise, on fit l'ouverture du coffre. Le premier était en bois, et le second en argent renfermait un vase d'or contenant la sainte couronne. A la vue de ce diadème dérisoire, devenu l'objet d'un si grand culte , les assistans fondirent en larmes, puis, après quelques prières à Dieu, le roi posa son scel sur la cassette.
Le lendemain, la relicpie fut portée à Sens avec un grand appareil. A l'entrée de la ville , le roi et le comte d'Artois , revêtus d'un habit de bure et pieds nus, la prirent sur leurs épaules, suivis des prélats et de toute la cour. Tout concourut à (tlle
LA SAi.\Ti;-r,ii vi'Ki.i.i:.
f(Mo, les principaux de la ville, le clergé, les pèlerins et les villageois; les rues élaienl lendiies de tapisseries, et les cloches do toutes les églises ne cessèrent de sonner que lorsque cet honorable fardeau eût été déposé dans l'église métropolitaine de Sainl-Élienne. Après ces solennités, le roi se mit en route pour Paris, alin de faire ses préparatifs pour la réception de l'inestimable trésor qui allait désormais appartenir à la France.
Dès que saint Louis s'était vu possesseur de la Sainte-Couronne, il avait conçu le projet d'élever auprès de son palais une chapelle digne de renfermer le trésor qu'il venait d'acquérir, et un événement nouveau, (|ui le rendit maître de presque toutes les reli(|ues de la chapelle impériale de Constantinople, le conlirma dans celle pensée. L'empereur Baudouin, de retour à Constantinople, pour remplir le vide occasionné dans son trésor par une longue suite de guerres, fui réduit à la irisle nécessité d'engager les restes sacrés. Louis, instruit de celle résolution, lui députa des personnes de conliance pour obtenir ces précieux objets, et les reliques ayant été cédées, elles furent apportées en France et rerues avec la même solennité que la couronne d'épines, auprès de laquelle on les plaça, le 14 septembre de l'an 1241 .
Il y avait alors au palais, outre la chapelle de Saint-lNicolas, fondée depuis deux siècles environ, par Louis-le-Gros, sur les ruines de celle de Saint-Barlhélemy, un oratoire sons le titre de la Vierge, institué par Louis-le-Jeune, en 1154, mais ces deux chapelles s'effacent à dater de la construction de celle que fonda saint Louis, sans (|ue l'on puisse savoir ou furent déposées les reliipies, depuis le jour où l'on jeta les fondemens de la Sainte- Chapelle à la place de Saint-Nicolas.
Un célèbre architecte, nommé Pierre de Monlrenil *, artiste plein de foi et de génie, comprit dignement la pensée du religieux nionar(|ue. Libre de suivre son iuspirnlion, il déploya, dans la conslriiclion de la Sainte-Chapelle, toute l'élégance du style, toute la légèreté de formes, tout le luxe d'ornemens <jue l'architecture, appelée gothique, avait empruntée des Arabes.
Pierre de Monlreuil conslniisil aussi la belle chapelle de Nolrc-Daiiie-Ju-Clollrc de-Saini- (ji'rniaindes Pri-s el le rcfecloire du prieure de Sainl-JIarlin-des-Champs. (^ chapelle a disparu. L"" rf'fiTloiri' exi«(.'. Mi:ii< ■l.ins un Irisle éul de delabninciu.
52 LES ÉGLISES Di: PARIS.
La SainlP-Cliapelle a Irente-six mètres ou cent dix pieds de longueur, et neuf mètres ou vingt-sept pieds de largeur; sa hauteur, depuis le sol jusqu'au sommet de l'angle du fronton, esl égale à sa longueur. Elle est double et fermée d'une seule nef; la chapelle haute, à laquelle on monte par un escalier de quarantequatre degrés, et qui était destinée au roi et à ses officiers, esl précédée d'un \estibule en forme d'ogives que couronne une plaie-forme. Le portail de la chapelle supérieure, dont l'arcade est aussi en forme d'ogives^ est dépouillé de tous les ornemens de sculpture dont il se trouvait décoré. Ces sculptures représentaient le jugement dernier : sur le pilier qui sépare les deux battans de la porte, était une statue de Notre-Seigneur, bénissani de la main droite, et tenant un globe de la gauche. Dans le support on voyait les prophètes, des deux côtés des hiéroglyphes et quelques traits de l'Ecriture-Sainte, et au-dessous, un écusson montrait la fleur de lys mêlée aux armes de Castilles, en souvenir de la reine Blanche, mère du fondateur.
L'intérieur de l'église n'est pas moins curieux : elle esl éclairée de vitraux, qui sont un monument précieux de ce qu'était la peinture sur verre au xiii^ siècle. Séparés par des trumeaux de trois à quatre pieds, ils sont remarquables par la hauteur , la variété et la vivacité de leurs teintes. Le dessin en est incorrect et grossier, mais ces vitres sont si fortes qu'elles ont résisté aux injures de plusieurs siècles; cet éclat, cette vivacité des couleurs que le temps n'a pu altérer, font encore l'étonnement et l'admiration des connaisseurs. Rien jusqu'à ce jour n'a pu surpasser ni même égaler cette fraîcheur de coloris, (|ui a donné naissance à un proverbe assez commun, il n'y pas encore un siècle*. Ces délicieux vitraux représentant, dans des espèces de cartouches en châssis de dilTérentes formes, divers traits d'histoire de V Ancien et du Nouveau-Testament , sont tous du temps delà construction de l'église, à l'exception de rimmcnse rose qui remplit toute la largeur du vaisseau audessus de la porli! d'entrée et sur la(|uelle sont représentées les visions de lApocalypsc On la croit de la fin du quatorzième siècle.
* Pour désigner tint- belle couleur clo vin. on disail : c'est d» un de la couleur des vilre» de la HuinleCliapelic.
LA SAIME-CH\rEf.LK. ô;î
L;i nefesl enlotirée d'un banc de pierre faisant partie de l'é- (lilicc même , car jadis nos pères ne njeltaienl pas de sièges dans tes églises. On voyait encore , avant la révolution, les (igures des apôtres, sur les trumeaux autour de la ciiapelle, mais «'lies furent en partie détruites pour placer la galerie où étaient classées les archives, et nous craignons bien que tous les eftbrts pour parvenir à les rétablir ne soient inutiles.
La basse Sainte-Chapelle était destinée aux habitans de la conr du Palais, aux domestiques des chanoines, des chapelains , et à louies les personnes attachées à la Sainte-Chapelle. On y entrait par une porte latérale, longtemps obstruée par des échoppes que l'on vient de faire ilisparaître. Sur le portail était une image de la Yiergo qui a été renversée et détruite, ainsi (|ue toutes les ligures placées dans les niches extérieures. Autour des murs intérieurs règne un rang de colonnes extrêmement déliées, qui sont les seuls supports de l'édifice supérieur.
Celte église basse servait autrefois de sépulture aux chanoines et autres dignitaires, et le corps du célèbre Boileau fut déposé dans ses caveaux sous la place même, dit-on, du lutrin qu'il avait chanté. Jacques Boileau , docteur de Sorbonne, chanoine de la Sainte-Chapelle, annonçant la mort deson frère à Brossetle, s'exprime ainsi : « Il est passé en l'autre vie à dix heures du soir, le W de ce mois (mars 171 1), âgé de 74 ans , quatre mois , étant né le \'' novembre 1636. Il avait été baptisé dans la Sainte-Chapelle du Palais, où il est enterré.» Sous la république, les restes de Boileau furent exhumés et transportés au Muséum des Monumens français, où M. Lenoir, voulant les réunir aux dépouilles de Molière et de Lafonlaine, lit ériger un monument simple , mais digne de la célébrité de ce poète. A la restauration, ils furent encore déplacés, et ils sont aiijourd hui déposés dans une chapelle de l'église de Saint-Étionne-du-Monl.
La Sainte-Chapelle n'était pas encore bâtie que Louis W avait déjà obtenu quatre bulles du pape Innocent IV en faveur de celle église, et (|u'en 1245, il avait fait expédier les premières lettres de fondation, par lesquelles il instituait dix-sept ecclésiastiijues chargés du service divin et de la garde des précieuses reliques.
En 1247, l'empereur Baudouin étant à Sainl-Germain-en-Laye, conlirma à saint Louis , [lar lettres de cession authenticpies , datcesdumoisde juin, le don qu'il lui avait fait des rpli(|ues.
ainsi que le radial fait de sa volonlé et de son consentement. Ces lettres, signées de l'empereur et scellées de son sceau , ont toujours été conservées dans les archives de la Sainte-Chapelle. Enlin, le '25 avril 1248, saint Louis lit faire la cérémonie de la consécration de la Sainte-Chapelle avec une grande pompe et un grand appareil. Celle d'en haut fut dédiée en riionneur de la Sainte-Couronne et de la Sainte-Croix de iNotre-Seigneur, j>ar Eudes ou Odon, cvè(|uedc Tusculum et légatdu Saint-Siège, et Philippe Berruyer, arche\è(pie de Bourges, dédia la chapelle basse sous le titre de la Sainte-Vierge.
La même année, saint Louis, étant à Aigues-Mortes, Ut expédier de nouvelles lettres de fondation par lescjuelles, en conlirmant les premières de l'an 1245, il augmenta le personnel de (piatre ecclésiastiques et assigna à chacun la part de revenu qu'il devait avoir.
11 serait trop long d"énumérer ici les divers changemens qui eurent lieu dans le personnel et l'administration du collège canonial de la Sainte-Chapelle. Tous les rois, successeurs de saint Louis, conformément aux pieuses intentions du fondateur, s'occupèrent de régler ses olTices et de maintenir ses privilèges. El à l'époque de la suppression de la Sainte-Chapelle, le collège était composé de treize chanoines, dont un trésorier, seul dignitaire, d'un chantre en titre d'ofllce, de six chapelains-perpétuels, de vingt chapelains ou clercs, dont trois marguillicrs et un sonneur, huit enfans de chœur, deux maîtres et t|uatre huissiers *.
Dire tous les droits et les privilèges de la Sainte-Chapelle, ce serait raconter toute son histoire avec des détails que notre cadre ne peut comporter. Bulles de pape, lettres, ordonnanees et chartes des rois, rien n'y maïupie. Tout fut souvent atla(|ué , toujours confirmé et (piel<|uefuis augmenté. Ainsi , elle était exempte de la juridiction derèvèiiue de Paris, del'archevèciue de Sens et soumise immédiatement au Saint-Siège; messieurs de la Sainte-Chapelle étaient exempts des décimes et de la prestation des décimes à l'exception de celles qui seraient dans le cas d'être payées par les légats a hitere ; le 43 août ir)87, Henri III leur accorda l'exemption de ban et arrièrc-ban ; ils jouissaient en
• ComliliUions ift i Insurier. ehaiioiiies tt collège ilc In Saiiile-Chaivlle loijale du Palais. — r.iri», 177».
r.A SAINTE-CHAPELLE. ,>.)
outre du droit de franc salé, de celui àe commillimus , en qualité de commensaux de la maison du roi, et jusqu'en 1733, ils purent tenir cl |)0sséder plusieurs bénéfices sans être forcés d v résider.
Le trésorier de la Sainte- Chapelle^ ainsi nommé depuis 1319 *, époque à laquelle Phiiippe-lc-Long institua également les chanoines, obtint de Clément VII le privilège de porter la mitre et l'anneau pastoral; il avait la surintendance du collège d'IIuhaut , et le droit de visite dans le chapitre de Vincennes. Mais une des plus belles et des plus remarquables prérogatives attachées à la dignité de trésorier, était le pouvoir de conférer toutes les chapelles royales dans l'étendue de la ville, prévôté et vicomte de Paris, aux chapelains , clercs **, enfans de chœur et maîtres desdils enfans.
Il faudrait des volumes pour faire connaître tous les privilèges accordés ou conlirmésaux officiers de la Sainte-Chapelle, aux huissiers et même aux enfans de chœur. Cependant ce n'était pas aux hommes que nos rois accordaient de semblables faveurs, elles étaient la récompense de la garde des plus précieuses reliques, du plus beau trésor.
Sous les orgues , on voyait le modèle en terre cuite de la Notre-Dame-dc-Pilié-de-Germain-Pilon , aujourd'hui déposé au n)usée des Petits-Augustins. Du côté de l'épître cl dans une petite chapelle appelée oratoire de saint Louis , où ce monarque se retirait pour entendre l'office, on remar(|uait un grand tableau représentant l'intérieur de la grande châsse , avec les reii(|ues telles qu'elles y sont rangées, et saint Louis à genoux devant ces reliques. Sur deux petits autels, séparés par la porte du chœur, il y avait deux tableaux émaillés ou étaient rejiréseiilésavec divers sujets de la passion de Motre-Seigneur, à droite, Henri II et Catherine de Médicis ; à gauche, François I" et la reine I^léonore. « Si le dessin de ces pièces, dit Germain Brice , n'est pas d'une correction parfaite, et comme on le demande à présent , au moins peut-on assurer que le coloris a tout ce que l'on peut désirer de plus beau et de plus vif en ce genre do tra-
• Le chefdu chapiirc éiait appelé m;illre chapelain ; le premier qui porla ce iilre fui M. M.ii- Ihieu, cliapelain de l'ancienne chapelle de Saini-Nico!as
■* Conrormcment aux Icllres de Tondalion de la Sainla-Ch.ipe le, les clercs des trésoriers cl chanoines devaienl élrc diacres ou sous-diacres.
5G Li:S ÉGLISES DE PARIS.
vail , L'I ces pièces sonl il'aulanl plus à cslinier (pi'il n'y a plus ;i présenl d'ouvriers qui en puissent faire de pareilles pour la grandeur el pour la composition générale ijui s'y trouve. » Ces deux tableaux furent exécutés en 1553, par Léonard de Limoges, émailleur et peintre de la chapelle du roi. Enfin , au-dessus du mailre-autel , on apercevait lédifice de la Sainte-Chapelle en \ermeil et dans la proportion de trois à quatre pieds. Plusieurs auteurs ont cru que ce travail, exécuté avec une délicatesse et un goût admirables , était aussi ancien que l'édifice auquel il avait servi de modèle ; d'autres l'ont attribué à Raoul, orl'èsre annobli par Pliilippe-le-Hardi. Aujourd'hui, d'après les registres de la Sainle-Chapclle , on est cerlain que ce petit chef-d œuvre fut un don de Louis Xlll , el qu'il fut exécuté en 1630, par Pijard , orièvre, garde des reliques de la Sainte-Chapelle. En 1791, ce monument fut enlevé de sa place, el nous pensons qu'il a été fondu.
Mais parmi les antiquités que les savans admirent, et qui nous viennent de la Sainte-Chapelle, nous ne pouvons passer sous silence les deux objets appartenant actuellement au cabinet dos médailles et antiques de la bibliolhèciue du roi : l'un est un buste de Valenlinien 111 , el l'autre représente l'apothéose d'Auguste.
Le buste est en agate-onyx, el il servait d'ornement au bâton cantoral dans les grandes solennités. l'a trois pouces neuf lignes de liant sur cinq pouces de circonférence. On y avait adapté une draperie en vermeil et deux bras en argent, qui portaient de la main droite une couronne d'épines, de la gauche une croix grecque, sans doute pour rappeler saint Louis, pn'mier fondateur de cet oratoire de nos rois. Longtemps on a cru que ce buste représentait l'empereur Titus, au(iuel saint Louis ressembla beaucoup dans l'admiiiistration de son règne; mais on a reconnu depuis (ju'il offrait l'image de Valenlinien H).
Quant à l'apothéose d'Auguste, c'est une agate-onyx^ unique dans le monde par sa beauté et par son \olunie; les lapidaires disent (|ue jamais la nature n'a produit de pierre d'une si prodigieuse grandeur, el les anli(iuaires assurent que Rome n'a rien fait d'aussi beau en ce genre; c'est un miracle de la nature ol de l'art.
On ne sait comment ce camée fut apporté en France; les uns pensent t|u'il fut donné à saint Louis, par Baudouin II, les
autres, au contraire, sont portés à croire qu'il nous est venu de quelque prince chrétien de la Grèce. Quoiqu'il en soit, il fut placé dans la Sainte-Chapelle par Charles V, l'un des rois qui enrichirent le plus celte église; il était monté sur un socle, revêtu de plusieurs reliquaires, sur lequel on lisait : Ce camaïeu bailla à la Sainte-Chapelle du palais, Charles P'" de ce nom, roi de France, qui fut fils du roi Jean, Van 1379.
C'est à l'ignorance de ce temps que nous devons la conservation de ce morceau d'antiquité qui, s'il eut été reconnu, eût été probablement pillé, avec le trésor des rois, sous Charles VI. En effet, à celte époque tout le monde croyait voir dans cette pierre le triomphe de Joseph, porté glorieusement dans un char par tout le royaume d'Egypte, et ce qui entretenait cette erreur, c'est (|ue l'on avait peint en émail les quatre évangélistes aux quatre coins de la plaque (pii l'entourait.
L'ignorance ayant fait de cet objet un sujet de piété, il était d'usage de l'exposer aux bonnes fêtes, où le peuple allait religieusement le baiser. Quelquefois on le portait processionnellement, ainsi que l'alteslent les comptes de la Chévecerie, où l'on voit que, le 30 mai liS'i^ on lit une procession à la Sainte-Chapelle pour le sacre du roi Charles VU , et que l'on y porta le grand camaïeu. Cet état de choses dura longtemps, et le monument restait enfoui parmi les re!i(iues, sans (|ue personne s'occupât d'en rechercher le sujet, lors(|u'en 1619, M. de Peirose, conseiller au parlement de Provence, regarda cette agate avec des yeux d'anti(piaire, et reconnut l'erreur. Aussitôt il fit part de sa découverte à l'Europe savante, et tout le monde voulut voir l'apothéosed'Auguste. Aujourd'hui elle estexposéeà la Bibliothèque royale, où l'on peut remariiuer la fracture <ju'elle éprouva en ■1630, lors de l'incendie du palais *.
Dans celle description que nous venons de donner des curiosités et des richesses delà Sainte-Chapelle, on peut voir que les successeuis de Louis IX s'elïorcèrenl de suivre ses pieuses intentions. Toutefois, le zèle religieux de ce saint roi ne se borna point à ces actes d'une magnificence toute royale. Le père de La
■ Dans la nuil <lu 2C au 2" pluvirtsr, l'agate dile de la Sainle-Cliapelle fut volée dans le cabinet des antiques avec plusieurs objols d'un prix inestimable, et c'est à M. Gohier, coramissairegcncral des relations coinnierciales A Amsterdam, qu'on doit la découverte et la saisie de ce fameux camée au moment oti un nommé Giraud allait le vendre 5(Mt,000 francs à un orfèvre d'Amsterdam.
Cliaise dilque sa vénération pour les sacrés monumens de la Passion était telle, que tous les ans, pendant sa vie, il ne manquait jamais de se rendre, le Vendredi-Saint, à la Sainte-Chapelle, et là, revêtu, de ses habits royaux, il exposait lui-même les précieuses reliques à l'adoration des fidèles. Non content des exemples de dévotion qu'il donnait à son peuple^ il voulut éterniser la mémoire des saintes reliques, et pour cela il institua trois solennités. La première devait être célébrée par les religieux jacobins, à l'anniversaire de la susception de la sainte couronne; la seconde, par lescordeliers, à la susception des saintes reliques; et la troisième, par les religieux de l'ordre de la merci et de sainte Geneviève, le jour de l'exaltation de la croix.
Après la canonisation de saint Louis (1297), Philippe-le-Bel^ son petit-fds, fit faire la translation du chef de ce grand roi dans la Sainte-Chapelle , espérant que sa présence au palais, où il venait d'établir le parlement sédentaire, animerait les juges à maintenir les lois, à protéger les gens de bien, et à rendre la justice à ses sujets.
Nous venons de dire que Philippe-le-Bel rendit le parlement sédentaire à Paris. Personne n'ignore que les rois allaient entendre la messe à la Sainte-Chapelle avant d'aller au parlement tenir leur lit de justice, (|ue les princes y allaient dans certaines occasions, que les régens devaient y prêter serment sur les saintes reliques, et les rois y accepter l'acte de leur majorité. Or, voici comment on recevait les princes.
Le 18 janvier 1633, Louis Xlll vint à la Sainte-Chapelle entendre la messe avant d'aller au parlement; il fut reçu par le collège, comme de coutume; après quoi, le trésorier lui présenta une requête pour les nécessités de l'église, occasionnées par l'incendie.
Ici rien n'est cxpli(|ué; aussi nous allons donner l'acte de réception de Louis XIV, beaucoup plus détaillé, et nous verrons ce (ju'on entendait par ces mots : comme de coutume :
Le 7 septembre 1051, le roi se rendit au palais, accompagné du duc d'Anjou son frère, du duc d'Orléans son oncle et de plusieurs autres princes et seigneurs. 11 monta, avec la reine Anne d'Autriche sa mère et sa suite, à la Sainte-Chapelle, où il lut reçu à le porte de l'église, par le trésorier in pontijicalibiis à la lôte de tout le collège. Le trésorier présenta de l'eau bénite à Sa
Majesté et la complimenta en peu de mots : le roi fut ensuite conduit dans le cliœur^ où il se plaça dans la seconde stalle d'en haut, du côté de l'épitre, ayant son capitaine des gardes dans la première. Le trésorier, après avoir quitté ses habits pontificaux, se plaça dans la seconde stalle d'en bas, au-dessous et vis-à-vis du roi. L'archevêque de Paris, en qualité de maître de la chapelle du roi, se mit à la droite du trésorier dans la troisième stalle d'en bas, et les chanoines se rangèrent à sa suite jusqu'aux marches de lautel. Pendant la messe, qui fut dite par un chapelain du roi, les chantres de la chapelle de Sa Majesté et de la Sainte-Chapelle exécutèrent des motets en musique. La messe finie, le trésorier, revêtu d'une étole, alla premJre la croix de Bourbon * qui était sur l'autel et la porta à baiser au roi. Ensuite Sa Majesté fut conduite à la grande chambre du parlement par les présidens à mortier et conseillers (jui s'étaient rendus, pour cet effet, à la Sainte-Chapelle pendant la messe, comme de coutume.
Les registres de la Sainte-Chapelle contiennent encore un grand nombre d'actes cjui consacrent l'usage observé en pareilles circonstances, seulement il esta remarquer que, conformément aux ordres du roi, les princes étalent toujours reçus en h abits de chœur et non en habits pontificaux.
Les fastes de la Sainte-Chapelle ne se bornent pas à l'enregistrement des messes dites pour l'ouverture des parlemens, ils contiennent encore d'autres faits non moins curieux cpie nous allons faire connaître en partie.
Le 23 juin 1275, veille de la fête de la Nativité de Saint-Jean, la princesse Marie, fille de Henri et sœur de Jean, duc de Brabant, après avoir épousé en secondesnoces Philippe-le-Hardi, fut sacrée et couronnée dans la Sainte-Chapelle par Pierre le Barbet, archevêque de Pieims, choisi par le roi pour faire cette cérémonie.
Le 15 juin 1292, la nièce de cette même reine, Marguerite <le Brabant, épousa l'empereur Henri de Luxembourg MF du nom. La céléhration de ce mariage fut faite dans la Sainte-Chapelle en présence du roi, par Simon de Bucy, évèque de Paris, qui officia pontificalement et reconnut après, par acte signé et scellé de ses armes, cpie la bénédiclion nuptiale qu'il venait de
* On présenlail celle croix i adorer au roi toutes les fois qu'il venait i la Saiinlo Chapelle elle scrvail aussi à 'nmce ilu matin le vendredi saint.
donner ne pourrait préjiulicier à l'exemption de celte église qu'il reconnaissait libre de sa juridiction.
En 1323, Marie de Luxembourg, épouse en secondes noces de Charles-le-Bel, fut sacrée et couronnée dans la Sainte-Chapelle, par Guillaume de Melun , archevêque de Sens, en présence du roi, et trois ans plus tard, Jeanne d'Evreux , lille de Louis de France, comte d'Évrcux et de Marguerite d'Artois, fut aussi couronnée reine de France. Enfin, le 21 juin 1389, Charles VI assista au couronnement de la reine Isabelle de Bavière, son épouse. Cette cérémonie se fit avec la plus grande pompe, non à Saint- Denis, comme le dit Mezeray, mais à la Sainte-Chapelle. Ce fut Jean de Vienne, archevêque de Rouen, qui célébra la messe, et l'on remarqua que de tons les prélats du royaume les seuls (|ui y assistèrent furent les évèques deNoyon et de Langres et l'abbé de Saint-Denis.
A cette suite de couronnemens faits à la Sainte-Chapelle, nous pouvons ajouter d'autres cérémonies, telles que la réception de l'empereur Charles IV et de son fils Venceslas, roi des Romains, par Charles V ; les fiançailles d'Isabeau de France avec Richard II, roi d'Angleterre, en présence de Charles VI, et les diverses assemblées tenues dans celle église, en 4332, pour le projet de croisade de Philippe de Valois, en 1395 et en 1408 pour éteindre le schisme qui s'éleva à ces deux époques.
Mais si l'histoire de la Sainte-Chapelle est riche enévénemens de fête, elle eut aussi à déplorer nu sacrilège commis dans son sanctuaire. Le 25 août 1503, un étudiant, âgé de22 ans, nommé Edmond de Lafosse, arracha pendant la grand-messe la sainte hostie des mains du prêtre qui olficiiit et s'enfuit. Se voyant poursuivi, il la mit en pièces et la jeta dans la cour du palais devant la chambre des comptes ; pros(|u'aussitôt après il fut arrêté et mis à la conciergerie. La grand-messe finie, le prêtre, accompagné de tout le clergé de la Sainte-Chapelle, alla processionnellement recueillir sur le pavé les restes de l'hostie que personne n'avait osé loucher. Durant (|uel(|ues jours on mit un drap d'or et deux cierges allumés à cette place, puis on leva le pavé qui fut réuni à l'hostie dans le trésor et honoré comme reli(|ue. Le diiiiaucliesuivanl, le collège do la Sainte-Chapolledes ijuaUe ordres mendiants et des religieux Malhurins fit une i)rocession solennelle du Saint-Sacrement, tant pour la réparation du sacrilège
LA SAINTE-r.riAPELLB. Gl
que pour la conversion du coup;il)le. Le procès d'Edmond do Lafosse no Ail pas long; malgré la déclaration des médecins (ini le jugèrenl maniaque et insensé^ il eut le poing coupé à l'endroit où l'hostie avait été rompue, ensuite il fut traîné sur une clai<! jusqu'au Marché aux Pourceaux, et là il fut brûlé vif et réduit en cendres.
Le collège de la Sainte-Chapelle fit encore deux processions pour deux réparations d'impiétés commises : l'une en 1528, sur uneimagede la Vierge, rue des Rosiers; l'autre, en 1531 , au coin de la rue Aubry-le-Boucher, sur trois images de la Vierge, de saint Fiacre et de saint Roch, aux(|uelles on avait crevé les yeux el défiguré la bouche.
C'est ici le lieu de mentionner quel rang la Sainte-Chapelle occupait dans les processions générales. Du Tillet, dans ses Mémoires, en parlant de l'ordre établi en tout temps dans ces cérémonies, lorsque le roi est présent, dit :
« En premier lieu, le clergé ira devant ,
» Après, marcheront ceux de Notre-Dame et le recteur, savoir : ceux de Notre-Dame à main droite, deux à deux ; le recteur et l'Université à main senestre, aussi deux à deux;
» Après, maicheront ceux de la Sainte Chapelle du palais, avec ceux de la Chapelle du roi, les hautbois et saciiuebules devant ;
» Puis, les évêques, cardinaux et Sa Majesté seule. »
Dans la procession générale ordonnée par François I", en 1534, les historiens rapportent que le clergé de la Sainte-Chapelle avait le pas sur celui de la cathédrale. Enfin, dans les convois des rois et des reines, le collège se trouvait tantôt mêlé avec Notre- Dame, tantôt derrière, mais toujours ces deux chapitres seuls chantaient pendant la marche.
Ce ne fut <|ne dans le commencement du xvii^ siècle cpie la Sainte-Chapelle ailopta le bréviaire romain. Jus(|u'en lOlÔ elle avait suivi les livres parisiens el l'on ignore la cause de ce changement au(jucl elle ne souscrivit (|u'avec lenteur et difllculté, car ses cérémonies furent longiemps encore mêlées thi rit romain et du rit parisien.
f-a Sainte-Chapelle, outre les services dont nous avons plus haut donné l'origine, el qui étaient célèbres par les ordres de
religieux mendiants, avait encore quelcjnes usages particuliers assez curieux à connaître. En voici quelques-uns :
Le dimanche de la Ouinquagésime^ les paroisses de la Cité se rendaient successivement le matin, dans la Cour du Palais, et faisaient une action de grâces vers le chevet de la Sainte-Chapelle, où se trouvait exposée la Vraie-Croix, pour obtenir la permission d'user de laitage et de beurre pendant le Carême. A onze heures, le trésorier donnait la bénédiction au peuple.
La veille du jour des Rameaux, MM. de la Chambre des Comptes allaient en corps adorer laVraie-Croix ; le lendemain, à la messe, la passion était chantée et dialoguée, partie en pleinchant, et partie en musique. Le célébrant chantait la partie de Notre-Seigneur, le diacre celle de l'Évangéliste, et la musique du chœur celle du peuple. Morand dit que cet ancien usage attirait un grand concours de monde à cetolfice.
Le Mardi-Saint, à huit heures du malin, les trésoriers de France se rendaient en corps à la Sainte-Chapelle pour y entendre une basse-messe et adorer la Vraie-Croix.
Le jour de la Pentecôte el les deux jours de fêtes du Saint- Sacrement, le roi faisait servir dans l'ancienne chambre du gîte, au-dessus de la sacristie, un déjeuner pour le collège des trésoriers et chanoines, au retour de la procession.
La veille de la fête de la Nativité de Saint-Jean-Raptiste et de la fête de Saint-Pierre et Saint-Paul, à six heures du soir, on faisait un feu dans la cour du Palais, et les chapelains et clercs récitaient une prière devant l'image de la Vierge, placée au-dessus de la porte de la basse Sainte-Chapelle.
On célébrait encore d'autres coutumes moins importantes (jue nous nous abstiendrons de citer pour ne parler que de la cérémonie de l'Ange. Dans certaines églises, pendant la messe du jour de la Penlecùtc, on jetait des voûtes quehjues étoupes allumées en langues de feu, un ou plusieurs pigeons blancs el des (leurs pour représenter la descente du Saint-Esprit sur les apôtres; mais à la Sainte-Chapelle on voyait descendre de la voûte la figure d'un anj,'e tenant un biberon dargent avec lequel il versait de l'eau sur les mains du célébrant. En 1 i84, le roi Charles Mil ayant entendu la messe à la Sainte-Chapelle, prit tant de plaisir à celte cérémonie, (ju'il demanda à le revoir, cecpii fut exécuté de nouveau lest» et l.'i juillet.
Le collogede la Sainte-Chapelle, institué pour garder les précieuses reliques de Noire-Seigneur^ eut toujours dans son sein des prélats et des magistrats remarquables, et parmi ces hommes illustres qui en furent trésoriers ou chanoines, on compte sept cardinaux : Pierre d'Ailly, Antoine Sanguin, Adrien de Boisy, Philibert Babou de la Bourdaisiére, Adrien Gouffier, Odet de Coligny, de Châtiilon, et Pierre de Gondy.
Beaucoup d'autres furent évê{|ues ou archevêques, et dans le nombre de ceux qui se distinguèrent par leur mérite et leur savoir on peut nommer Jean Mortis, chantre, chanoine etconseillerau parlement; Pierre Bechebien, médecin de Charles Vil ; Philippe des Perles, poète en faveur à la cour des rois Henri (Il et Henri iV ; Jean Gillot, l'un des auteurs de la Satyre Menippée; Charles deTronchay et Gilles Dongois, savans antiquaires; enfin, Jacques Boileau doyen de la faculté de théologie et frère de Nicolas Boileau-Despréaux.
Le 12 mars 1787^ un arrêt du conseil ayant ordonné la suppression des saintes chapelles de Paris et de Vincenncs, les reliques furent, en 1791, Iransporlées et placées au trésor de l'abbaye de Saint-Denis, à titre de dépôt, et jusqu'à ce qu'il eut été statué ultérieurement à cet égard. En 1793, elles furent transférées à la commission temporaire des arts, et quelque temps après, on les porta à l'hôtel des Monnaies, où on les dépouilla de l'or, de l'argent et des pierres dont elles étaient enrichies. La majeure partie des reliques fut détruite, le reste fut déposé au cabinet des médailles et antiques.
Et maintenant il ne reste plus rien de ce qui fut tant vénéré. Les hommes ont causé plus de ravages que les siècles. Depuis cinquante-cin(j ans, la Sainte-Chapelle n'existe plus; les pierres ne se sont point écroulées; les voyageurs ne se sont point assis sur ses ruines; mais ses murs, (|ui ont si souvent retenti des chants sacrés, sont froids et muets comme la tombe; ses nombreuses chapelles sont abandonnées ; et si le lierre et les herbes touffues n'ont pas tapissé ses dalles et ses colonnes, c'est (|ue quelques hommes laborieux sont venus fouiller dans ce dépôt supplémentaire de la section judiciaire des archives nationales, et ont pris soin de les arracher.
Voilà ce que deviennent les chants, les hymnes, la gloire! L'agitation fait place au repos; le silence succède au bruit. Les
hommes oublient loul, les combats, les guerres, le choc rcientissant des glaives et des armures; et après une fourmenleT ils ne se rappellent plus les sons de l'orgue, l'asile de la prière, les autels de Dieu !
En ce moment on restaure la Sainte-Chapelle, que l'on veut rendre au culte, après un demi-siècle. Sans doute c'est une louable pensée de rendre un monument semblable à sa destination première; mais qui lui redonnera ses grands souvenirs et ses anti(iues fêles; qui lui rendra ses saintes reliques, que les rois et les empereurs venaient visiter, que tout les peuples honoraient"? Oui, l'on nous donnera un autel, on relèvera une église, on reconstruira un temple; l'homme pieux ira prier; mais celui qui, comme nous, aura gardé un souvenir des temps passés, celui qui songera aux travaux de saint Louis pour conserver les plus précieuses reliques, dira : Non, ce n est pas la Sainte-Chapelle !
Eugène d'AURIAC.
"P-T^TannÇLârc
S.-SIILPICE.
L'origine de celte église est si humble, qu'elle est restée obscure. Bâtie un peu au sud de la puissante abbaye de Saint- Germaindes-Prés, placée sous sa juridiction , et indépendante de celle des évêques, elle servait de paroisse à ses serfs et aux rares habitans de ces campagnes alors presque désertes. Mais à quelle époque fut-elle construite ? L'histoire, à celégard, ne nous laisse que des témoignages incertains. Selon les uns, la date de sa fondation peut être (ixée au viii^ siècle; mais cette opinion n'est pas probable , et deux tombeaux trouvés sous le parvis, abattu en 1724, seraient de cette antiquité une preuve insuffisante, quand bien même l'un d'eux appartiendrait, comme on l'a dit, à ce siècle. D'autres, sans paraître mieux fondés, lui assignent une date plus récente et la vérité semble être au milieu. Nous pensons donc que l'église de Saint-Sulpice fut élevée vers la (in du xii" siècle, lorsque l'abbaye était sur le point d'affranchir ses serfs. Elle était destinée à remplacer la chapelle de St-Pierre <|ui , située au nord de l'abbaye, sur l'emplacement qu'occupe anjourd'hni l'hôpital de la Charité, contenait à peine douze personnes ;, et était demeurée insuffisante pour le service curial. Notre église avait pour patrons saint Pierre, saint Jean-Baplisle, saint Laurent et saint Sulpice, et peut-être fut-elle bâtie elle-même
à la place d'une ancienne chapelle de Sl-Jean-Bapliste agrandie pour les besoins du t|uartier. Les accroisseniens successifs de la paroisse nécessitèrent de nouvelles constructions ; une nef fut élevée sous François 1" ; trois chapelles furent encore ajoutées de chaque côté de l'église, de 1614 à 1631. Une gravure charmante, d'Israël Silvestre, a reproduit Saint-Sulpice en cet état. C'est une église petite et modeste, église de village, sans luxe^ mais pieuse et recueillie, faite pour la prière et non pour le regard. Avons-nous beaucoup gagné au change ? Nous en dirons notre avis.
Pendant quelques siècles nous ne trouvons que des faits peu nombreux, mal déterminas , sans suite et sans lien , des notes sur Sainl-Sulpice en quelque façon.
Le premier curé dont le souvenir se soit conservé est Raoul ou Radulphe ; il dirigeait la paroisse en 1209, lorsque fut achevée l'enceinte de Philippe Auguste. Les murailles nouvelles entamaient les terres de l'indépendante abbaye ; l'abbé réclama contre l'évèque, Raoul réclama contre le curé de Sainl-Séverin , <|ui prétendait joindre à la cure les terres récemment encloses. Une sentence intervint ; les paroisses de Sainl-Andrc-des-Arts et de Saint-Côme furent formées des débris de Saint-Sulpice, et Raoul obtint pour toute indemnité une rente de 40 sous que devait lui servir l'abbé et qui pouvait être remplacée par un pain blanc et une pinte de vin donnés cluuiuc jour.
A quelque époque que l'on remonte dans l'histoire de Saint- Sulpice , on y trouve une dévotion particulière à la vierge Marie, sous la protection de laquelle la paroisse toute entière send)lait s'être spécialement placée. Plusieurs communautés, de nombreuses confréries, l'avaient adoptée pour patronne, el cinq chapelles lui étaient dédiées dans ce temple. Chaque année , le mardi de la Pentecôte, le clergé de la paroisse el toute la paroisse après lui, partaient dès trois heures du matin, et accomplissaient un « pèlerinage long et fâcheux à la chair » dans l'église d'Aubervilliers, entre Saint-Denis et la Villette , devant une statue célèbre de la vierge, (jui avait valu à ce lieu le non) de Notre-Dame-des- Vertus. On ignore l'origine de cette procession annuelle, (pii peut remonter au milieu du xiv"" siècle: car c'est en 1338, el pendant une longue sécheresse , cpie la piélè d'une jt'uno liile, en couronnant de (leurs la pauvre
SAI.NT-SLLPICE. f>"
slnliie de village^ obtint une pluie nbondiinte et longtemps désirée.
En 1529, Paris tout entier, conduit par ses pasteurs, alla y implorer la conversion des nouveaux hérétiques et la pacificalion de l'Église, et les dévots qui suivirent étaient si nombreuN, que de Monlliiéry, les cierges qu'ils portaient semblaient un vaste incendie. Ce pèlerinage fut supprimé en 1750.
Ces dévotions pul)liques, dont l'éclat laisse de plus longs souvenirs, n'étaient (pie de rares événemens dans la vie de la paroisse; mais la piété trouvait un aliment plus constant dans les mille associations qui s'adressaient à tous les états, à tous les he.soins , à tous les malheurs , qui offraient aux fidèles de pieuses pratiques, liens mystérieux entre la terre et le ciel, et (pii, rappelant à chaque instant que Dieu ne nous oublie pas, jetlent un rayon lumineux dans la vie déshéritée du pauvre. Saint-Sulpice était, parmi toutes, l'église des congrégations et des confréries. Quelques-unes, qui existaient encore au dernier siècle, ont une origine inconnue et remontent au commencement du xvi"".
Lorsque les discussions religieuses et les rancunes politiques d'une aristocratie depuis longtemps abaissée enfantèrent enfin la guerre civile, ces troubles funestes marquèrent dans l'histoire de Saint-Sulpice une période qui n'est pas sans gloire. Les princes s'étaient appuyés sur la masse catholique, le roi de France, repoussé vers les protestans, et impopulaire par cette alliance, avait été assassiné; son successeur était protestant luimême, la France supérieure, les savans, les parlemens, les nobles même, inclinaient à la réforme, et le royaume peut-être l'aurait embrassée sans cette ligue, dont on peut blâmer les actes, mais dont il faut avouer les résidlats. Paris, qui avait fermé ses portes, était toi;t entier ligueur. Trois curés seuls osèrent rester royalistes au péril de leur vie : Benoist de Sainl-Méry, Morenne de Sainl-Eustache, Aymarl de Chavaignac de Sainl- Sulpice , hommes d'action, de courage et d'honneur, de l'aveu même de leurs ennemis.
En 1503, Henri IV pensait enfin à embrasser le catholicisme, il était à Saint-Denis, il appelle Benoist, celui-ci hésite ; Chavaignac, plus courageux, sans niyslèro et en plein jour, en face
des ligueurs et malgré leurs chefs , sort de Paris, le 13 juillet , étonne par son courage, rallie de nouveaux partisans à sa cause,, et va ouvrir avec le roi de France, ses conférences qui devaient pacifier le royaume.
Après lui, M. Henri Lemaire, docteur en théologie, fut misa la tèle de la paroisse, il eut pour successeur M. Simon de Monlereul, qui fut remplacé par M. Julien de Fiesque.
Nous touchons à l'époque la plus célèbre de Saint-Sulpîce , voyons ce qu'était alors cette paroisse :
Elle était la plus importante et la plus vaste de Paris et peut-être du monde chrétien , et s'étendait sur tout le territoire que couvrent aujourd'hui avec elle les paroisses du Gros- Caillou, de Saint-Germain-des-Près, de l'Abbaye-aux-Bois, des Missions-Étrangères, de Saint-Thomas-d'Aquin et de Sainte- Valère ; et sa population , plus nombreuse que celle de plusieurs diocèses, était la plus illustre de France. Indépendante, nous l'avons dit^ de l'archevèquede Paris, elle était placée sous la juridiction ecclésiastique et civile de l'Abbaye; mais située dans les faubourgs, prolongée au loin vers la campagne, elle conservait encore le caractère d'une cure de village , et il s'en fallait bien que la régularité de ses mœurs répondit à son importance et à son étendue. L'hérésie , la débauche , le crime , tous les malheurs et tous les déréglemens avaient sévi contre cette paroisse avec une incomparable audace. C'était elle que les Huguenots avaient choisi pour y établir leur premier temple, et réunis au nombre de près de quatre mille, ils étaient assez forts pour imposer et avaient laissé à cette partie de Paris le nom de petite Genèi,'e. La foi des catholiques même s'était affaiblie, la superstition avait pris sa place , les sciences occultes, la sorcellerie et la magie trouvaient là de nombreux prosélytes et n'avaient pas craint d'établir aux portes mêmes de l'église le siège de leur misérable trafic. Attirés par les plaisirs de la foire de Saint-Germain , encouragés par la faiblesse de la justice abbatiale, les voleurs et les débauchés envahissaient ce faubourg, et obligeaient la force publique aux abois, de recourir à l'assistance des bourgeois, auxquels il lut ordonné d'avoir des armes. Une mission tentée dans celte cure par saint Vinccul-de-Paide , avait produit peu d'oiïel , ci