SAINT-SEVERIN
visoire, car l'édifice devait être prolongé au delà de ce point. Un cloître existe encore du côté méridional; il date du XV* siècle, et c'est le seul, avec celui des Billettes, qui soit encore debout à Paris.
11 ne faut point omettre d'aller voir Tancienne église du Prieuré clunisien de Saint- Martin-des-Ghamps, aujourd'hui Conservatoire des Arts et Métiers. L'abside, du commencement du XIP siècle, est un des remarquables exemples de l'architecture religieuse de cette époque. Une large nef, sans collatéraux, bâtie au XllP siècle et couverte par un lambrissage en bois sur charpente, précède ce chœur. Ce monument, restauré depuis peu avec soin, s'élève non loin du magnifique réfectoire des moines, l'un des beaux ouvrages du commencement du XIIP siècle. La bibliothèque du Conservatoire est établie dans cet ancien vaisseau divisé par une épine de sveltes colonnes portant les voûtes. La sculpture de cette salle
est de la plus grande beauté, comme style et comme exécution.
SAINTE-GENEYIEYE
Excepté les deux essais cités plus haut, tentés par les architectes du XYIP siècle, pour sortir de la donnée admise pendant le moyen âge, on continuait à construire des églises à Paris qui, sauf le style, n'apportaient aucune modification aux plans et dispositions anciennes. L'architecte Soufïlot fut chargé, à la suite d'une sorte de concours limité, de l'exécution de la nouvelle éghse Sainte-Geneviève, pour accomplir un vœu fait par Louis XV pendant sa maladie à Metz. Le plan de Soufflot sortait entièrement des dispositions adoptées jusqu'alors dans nos églises parisiennes. C'est une croi.x grecque
SAhNTE-GENEVIÈVE 87
avec bas-côtés, large coupole au centre et vaste portique sur la façade à l'instar de celui du Panthéon, à Rome. Mallieureusement, quelques vices dans l'exécution, et surtout la hauteur exagérée donnée au dôme après la mort de Soutïlot, obligèrent d'augmenter l'épaisseur des quatre piliers qui portent la coupole, ce qui détruisit l'effet d'ensemble de l'intérieur du vaisseau qui, malgré la pauvreté des détails et une certaine maigreur dans les proportions, présentait des qualités très remarquables. L'œuvre de Soufflot fut encore altérée par le bouchement des fenêtres latérales et par la fâcheuse proportion donnée au tambour supérieur et au dôme construit après sa mort. Il n'en faut pas moins constater qu'il y avait là une tentative hardie, un grand effort pour sortir des données jusqu'alors suivies; bien qu'un portique de 25 mètres de hauteur ne soit pas d'un usage commode sous notre climat, bien que la construction toute factice de ce portique
lut un fâcheux précédent, bien que le plan ne comportât guère les services d'une église catholique, il n'en faut pas moins reconnaître dans l'œuvre de Soulilot, telle surtout qu'il l'avait conçue, la trace d'un grand talent sinon du ùénie.
Après le concordat on songea d'abord à réinstaller le culte dans les églises de Paris qui n'avaient point été démolies et qui servaient do magasins, de dépôts, d'ateliers. Ces églises, encore en grand nombre, suffirent d'abord, mais bientôt des quartiers nouveaux s'élevèrent à l'occident et au nord, sur la rive droite de la Seine, et il fallut songer à satisfaire aux besoins religieux des habitants. L'empereur Napoléon L' avait, à
plusieurs reprises, provoqué de la ville de Paris des décisions tendant à élever quelques églises nouvelles, mais les préoccupations de ce temps empêchèrent qu'on ne donnât suite à ces projets. Alors il existait à l'extrémité de la rue Royale un monument à peine sorti de terre, commencé à la fin du règne de Louis XVI et destiné à remplacer l'ancienne chapelle de Sainte-Madeleine. Napoléon P"" eut l'idée d'ériger sur cet emplacement un temple à la Gloire, consacré à certaines fêtes annuelles, dont le détail est donné dans les lettres mêmes de l'empereur à ce sujet. Le projet fut mis au concours, et l'architecte Vignon, désigné par l'empereur, contrairement à l'avis de la section de l'Académie des beaux-arts, se mit à l'œuvre.
En 1814 la nef de ce monument s'élevait au-dessus du sol; les colonnes jusqu'à la hauteur des chapiteaux. Le gouvernement de la Restauration reprit naturellement le projet d'une église. Des modifications furent
apportées au plan du temple, et on se remit pour la troisième fois à l'œuvre. La bâtisse fut encore interrompue et ne fut reprise que vers 1825. Continuée activement après la révolution de Juillet par M. Huvé, successeur de Vignon, l'église de la Madeleine fut enfin livrée au culte en 1840. Malgré des remaniements presque complets après chaque changement de programme, cet édifice se ressent de l'incertitude qui pesa si longtemps sur sa destinée. A l'intérieur, l'église de la Madeleine peut passer pour une salle d'assemblée, pour une salle de thermes antiques, pour un vaste tribunal, et ne semble être devenue église que par suite d'un changement de destination. A l'extérieur, c'est un temple romain sur de grandes dimensions. La cella tout unie, le comble à double pente, ne font nullement soupçonner la disposition intérieure par travées, avec arcs-doubleaux et coupoles sur pendentifs, abside semi-circulaire et sanctuaire relevé. Ce
sont deux monuments emboîtés />«;■ art subtil, si bien que, si l'on introduisait quelqu'un les yeux bandés dans cette nef, et qu'après la lui avoir fait visiter dans ses détails on lui demandât d'en décrire, par déduction naturelle, la forme extérieure, il est certain que ce visiteur donnerait à l'enveloppe une toute autre apparence que celle qu'on a adoptée. Il faut reconnaître que cet intérieur ne manque pas de grandeur et de noblesse, et qu'il ferait une belle salle d'assemblée pour entendre de la musique ou un orateur placé à l'entrée du chœur. Mais pour en faire une église il a fallu en torturer les dispositions générales. Extérieurement, l'église de la Madeleine présente assez bien la physionomie d'un grand temple romain dans le goût de ceux que bâtit l'empereur Hadrien en Grèce et en Syrie. Sa perspective, par un beau soleil, vue de la place de la Concorde, encadrée par les deux bâtiments du Garde- Meuble, ne laisse pas d'être imposante, sur-
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tout si, par la pensée, on remplace ces colonnes composées d'empilages d'assises basses par des monolytlies de marbre ou de granit, comme ceux du temple de Jupiter à Athènes, ou du Soleil à Baalbek, et ces platesbandes appareillées, rattachées avec des barres de fer, par de beaux blocs de pierre d'un seul morceau, ainsi que ce système d'architecture le comportait. Quoi qu'il en soit, l'égHse de la Madeleine signale une époque de tâtonnements, de recherches savantes, une intention de retour absolu vers les formes de l'antiquité romaine, et, à ce point de vue seulement, elle serait intéressante si d'ailleurs elle ne présentait pas les qualités que nous venons de signaler.