LA CROIX ANSÉE. LE DAD
mot dad ou tat est formé par la répétition du signe « la main », dont la phonétique, en égyptien, est d ou t. La main se dit f/a//, en kmer; tay, en annamite. Avec les idées de force, de puissance, de possession, ce mot comporte également l'idée d'extrémité du bras^ de la branche de l'arbre généalogique (le tronc aux quatre degrés ou branches) auquel se rattachait le défunt. On trouve, en effet, dans toutes les langues, l'idée de mort, de décès, dernier, etc., rendue par des mots comprenant la phonétique d ou t.
Les vocables exprimant les idées de terre, trou, ensevelissement, dernière demeure, etc., comprennent également, pour la plupart, en annamite comme dans les autres langues, la phonétique d on t\
L'idée de soutien, de colonne que l'on attribue au dad se retrouve dans les mots annamites da, ta, tan;/, etc., qui ont précisément cette signification par laquelle il est fait allusion au rôle qui échoit à chaque membre d'une famille, de concourir à la fois à la consolidation de l'édifice familial (le terme de colonne de l'empire est fréquemment employé, dans ce sens, en Extrême-Orient), et à aider, soutenir, protéger, de son vivant comme après sa mort, les autres membres.
L'idée qui a donné lieu à l'interprétation du dad comme nilomètre, se trouve elle-même contenue dans le mot tan qui, en annamite, signifie : endroit où l'on passe une rivière à gué ou en bac; inonda-
I. On n, notamment, en annamite : dan, tan, tôt, tat, fin; tat di, tiet, tru, tu, to, mort; dem, la nuit; da, trou; dao, creuser; dat, tho, terre; taïKj, ensevelir, etc., et, dans d'autres langues, dèd, mort, dèt, néant.
80 LES ÉGYPTIENS IDENTIFIÉS AVEC LES ANNAMITES tions, crue des eaux; droit de péage. Le caractère se rapportant à ce mot tan, dans la même langue, figure un dad à quatre degrés. Il n'est point douteux, dans ces conditions, qu'il n'y ait là une allusion au droit que le défunt devait posséder d'effectuer la traversée du fleuve des enfers, sur la présentation de son certificat d'identité, le dad, témoin de son affiliation à la race pure des /«'.
D'autre part, le ta-t ou da, que les Egyptologues traduisent par « boucle de ceinture », peut être également expliqué par les mots : kmer, ta, ancêtres, joindre, continuer, tradition; annamite, than, dai, ceinture; dinh, adhérer, attaché à; dai, ceinture, ceinturon, cercle (comme le koéï chinois); série, suite, chaîne, génération, postérité. C'est évidemment une allusion au rôle incombant au défunt, de former comme l'anneau de la chaîne ininterrompue par laquelle les ascendants, da, père, ancêtres, etc., se trouvent joints aux descendants, au dernier-né de la race : {le Cercle des générations).
Revenons à Vâme en soie, c'est-à-dire à la croix ansée. Chez les Annamites, Tétofle figurant l'homme et dans laquelle l'âme a été recueillie, accompagne le défunt aux obsèques; elle est ensuite rapportée à la maison et présentée devant la tablette affectée au défunt; Vâme passe alors dans cette tablette puis le
1. Le paiement d'une obole, exigé, d'après la mythologie grecque, pour pouvoir eiïectuer cette traversée, indiquerait que le défunt en cause n'appartient pas alors à la race des Ta, et placerait ainsi ce dernier dans une condition inférieure.
TABLETTES DES ANCÊTRES. GESTE DU SEMEUR 81 simulacre de l'homme est inhumé. Cette tablette elle-même, par sa forme, constitue, elle aussi, une sorte de figuration, de double de l'homme, facilement transportable, et qui est conservé sur l'autel du foyer familial. L'adoption d'une tablette pour cet usage fut certainement le fait d'une race se trouvant hors de son habitat d'origine, c'est-à-dire en pays ennemi ou dans une période de grandes migrations. Obligée d'abandonner le cadavre à la terre, la famille emportait l'âme et l'image de son chef défunt, afin de pouvoir rendre à ce dernier le culte dû à l'ancêtre '.
Il existait une autre cérémonie, procédant du même ordre d'idées, qui serait la survivance d'une pratique plus ancienne, la crémation, encore en usage au Japon et sur quelques points de l'Indo-Chine. Au xu* siècle avant notre ère, les Chinois, en souvenir de ce culte, portaient, aux obsèques du défunt, des
1. Ce culte des ancêtres était certainement le trait caractéristique d'une race supérieure qui croyait à Timmortalité de l'àme.
Signalons une analogie entre les rites funéraires des Annamites et ceux des Malgaclies, autre branche de la race annamite. La tablette du défunt n'est conservée que pendant un certain nombre d'années; à la quatrième génération, elle est désaffectée et destinée à recevoir rame d'un autre chef de famille. Son culte se fond, à partir de ce moment, dans le culte général des ancêtres.
Les Malgaches, à la suite de leur exode, une fois fixés dans leur île, ont pu — ainsi que le firent, de leur côté, les premiers essaims qui émigrèrent avant Menés, en Egypte, y fondèrent la religion thinite et prirent les noms d'Égyptic^ns et d'Éthiopiens — revenir au mode de funérailles des tribus stntionnaires, mieux approprié à l'exercice du culte des ancêtres : la conservation des corps dans des tombeaux. Dans leurs monuments funéraires, une partie est aménagée en une sorte (le fusse commune, contenant la sépulture des ancêtres; mais, au préalaljle, le corps de chaque membre de la famille est conservé, pendant un certain nombre de générations, dans des cases spéciales qui sont construites dans le même monument.
82 LES ÉGYPTIENS IDENTIFIÉS AVEC LES ANNAMITES mannequins de paille qu'ils livraient ensuite aux flammes; ces mannequins furent, plus tard, lorsque à cette religion matérialiste se substitua une religion spiritualiste, remplacés par des statues de bois, autres formes, plus durables, de VâtJie en soie et du double. En Egypte, d'autre part, en vue de parer aux conséquences redoutables que Ton attribuait à la violation des sépultures, des précautions minutieuses étaient prises pour empêcher la disparition du double. Pour cet objet, on ensevelissait, à côté des momies, des statues représentant le défunt, statues multipliées, selon la qualité de ce dernier, et faites en pierre, en métal, etc. On a découvert, dans les environs de monuments Kiam, enfouies et brûlées, des statues représentant des personnages rappelant le type Assyrien, Perse et même Egyptien. On a, dans ce cas, identité de coutumes et identité de personnages.
Notons encore qu'en Annam, des recommandations minutieuses sont faites relativement à l'emploi, en guise de suaires, et avant de procéder à la mise en bière, de nombreuses bandelettes d'étoffe analogues aux bandelettes qui enserrent les momies égyptiennes. L'une de ces bandes, par exemple, sert à attacher solidement le corps à hauteur du ventre, de manière à serrer les bras de chaque côté, contre le corps. Ce que les Egyptologues ont pris pour le geste du semeur pourrait ainsi simplement indiquer le signe de délivrance de Vâme retournant aux esprits célestes; l'autre bras symboliserait la situation du corps qui a fait retour, ou qui reste enchaîné à la terre.
Conclusions : La croix ansée, les statues ne parais-