LE TOTÉMISME ÉGYPTIEN
aussi de l'extraordinaire fixité d'une langue qui aurait été parlée, il y a huit et dix mille années, par un peuple arrivé déjà, sans doute, à cette même époque, à un deorré de civilisation très avancé.
Dans son volume les Divuiifés égyptiennes , M. Ollivier Beauregard nous dit que les figures des divinités de l'Egypte affectent le plus souvent la forme du corps humain surmonté de la tête d'un animal dont les instincts, le caractère ou les habitudes ont quelques rapports, connus ou supposés, avec la qualité à exprimer à l'aide de l'hiéroglyphe ; que, pour rendre d'une manière plus parfaite l'idée qu'elles étaient destinées à exprimer, ces diverses ligures se complétaient par l'adjonction d'un ou de plusieurs attributs, dont l'interprétation facile et générale, chez les Eg}'ptiens, faisait de l'ensemble de chacune d'elles un mot et même une phrase hiéroglyphique énonçant une ou plusieurs des perfections infinies de l'Etre suprême.
Dans une remarquable conférence qu'il a faite au mois d'avril dernier au Musée Guimet, M. Loret, professeur de l'Université de Lyon, nous a signalé, en outre, qu'il ressort de toutes les études faites de ces hiéroglyphes, y compris ceux qui sont le résultat des fouilles les plus récentes, que le nom de l'animal, qui constituait, primitivement, une sorte d'emblème, de signe de ralliement, d'enseigne, de drapeau, adopté par chaque tribu, servait, en principe, à désigner à la fois le nom de cet animal, le nom de cette tribu et aussi le nom du chef qui personnifiait
8 LES ÉGYPTIENS IDENTIFIÉS AVEC LES ANNAMITES cette dernière et se considérait en quelque sorte comme identifié avec cet animal.
Dans une étude précédente, Annamites et Extrême- Occidentaux. — Recherches sur l'Origine des langues, nous avons déjà signalé la singulière synonymie du mot Thot, le Dieu Thot du Panthéon Égyptien, et de quelques autres significations de ce vocable en langue égyptienne, avec celle de vocables annamites possédant cette même phonétique. Nous exprimions même, à cette occasion, comme nous en avons fait ci-dessus la remarque, l'idée que les différentes significations de certains mots annamites nous paraissaient révéler, dans leurs variantes, les documents nécessaires pour rétablir « les caractères ethniques » de la nation ou tribu que ce vocable concernait plus particulièrement, et pour permettre de composer, si l'on peut ainsi parler, une sorte d'historique ou de mémorial de cette race ou tribu.
Cette assertion, sous une autre forme, et comme conclusion d'études qui ont procédé d'une base différente, n'est-elle pas au reste sensiblement la même que celle qui est énoncée plus haut par M. Ollivier Beauregard : que chacune des figures représentant un dieu égyptien constituait un mot et même toute une phrase hiéroglyphique, composant comme les armoiries, le blason de la tribu que cette, divinité représentait. Donnons ci-après quelques preuves à l'appui de notre thèse.