‹ Les élections et les cahiers de Paris en 1789 (volume 2)Chapitre 103 sur 549 · Mss. Bibl. nat. f. f. 6687, f · texte numérisé non relu

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personnel contre lui décerné par le premier juge, le 17 avril 1788, et de l'évocation du faux principal dont il était accusé relativement à un billet de la valeur de 7,000 livres, demeuré déposé chez M^ Édon, notaire, rue Saint-Antoine, en décembre 1787, et par rapport auquel le lieutenant criminel du Châtelet de Paris avait ordonné que le procès serait réglé à l'extraordinaire, le 6 mai 1788. Dans ce mémoire le sieur Réveillon, de l'avis de son conseil, soutenait que l'évocation ne pouvait avoir lieu et que Vabbé Roy était très suspect d'être l'auteur du faux, ce qui le déterminait à demander qu'il plût aux magistrats du Parlement d'ordonner la continuation de l'instruction par le premier juge jusqu'à jugement définitif sauf l'appel. D'après le mémoire du sieur Réveillon, on ne pouvait qu'incliner à croire le sieur abbé Roy auteur du faux, qui lui était imputé sur les présomptions les plus fortes, jusqu'à ce qu'il s'en fût complètement justifié. Cet abbé, dans toutes les démarches qu'il avait faites pour tenter d'étouffer l'affaire, ayant donné furieusement prise sur lui, ce qui n'empêchait pas de craindre beaucoup que son adversaire ne pût surmonter l'injustice, attendu les protections éminentes qui soutenaient cet ecclésiastique, dépourvu des avantages que procure une bonne réputation. Le public, qui prenait intérêt au sieur Réveillon dans ses malheurs, faisait à son mémoire, qu'il s'empressait de lire, le plus favorable accueil ».

Réveillon avait obtenu « asile » à la Bastille, où il demeura caché pendant un mois *. Son Expose justificatif, pour la première fois reproduit en 1822, à la suite des Mémoires de Ferrières -, était la pièce principale sur l'émeute du 28 avril pour les historiens, qui ne connaissaient pas l'interrogatoire des blessés de l'Hôtel-Dieu ni celui de l'abbé Roy^ Nous n'en extrayons que les passages indispensables :

« Trois cent cinquante ouvriers que ma manufacture fait vivre,

près de manquer de pain, ainsi que leurs enfants et leurs femmes, me déchiraient le cœur: leurs cris sont parvenus jusqu'à moi ; j'ai oublié un instant mes malheurs et n'ai songé qu'à ceux qui les menaçaient. J'ai pris, grâce au secours de mes amis, les précautions nécessaires pour faire continuer les travaux des ateliers

« Des ennemis cruels (j'ignore qui ce peut être) ont osé me peindre au peuple comme un homme barbare, qui évaluait au prix le plus vil

les sueurs des malheureux! Moi qui me souviens et qui me suis

toujours fait honneur d'avoir été ouvrier et journalier, c'est moi qu'on

1. La Bastille dévoilée, 3» édit., p. 113. — Voir plus haut, p. 62.

3. Pour la première fois cités par M. Taine, ch. 1 du t. II des Origines de la France contemporaine.

EXPOSÉ JUSTIFICATIF DE RÉVEILLON. il7

accuse d'avoir taxé les ouvriers et les journaliers à quinze sous par jour !

(t De tous les ouvriers qui travaillent dans mes ateliers, la plupart gagnent 30, 35 et 40 sous par jour ; plusieurs eu ont 50; les moindres en reçoivent 25

« Il y a quarante-huit ans que j'ai commencé à travailler, comme ouvrier, chez un papetier. Après trois ans d'apprentissage, je me trouvai pendant plusieurs jours sans pain, sans asile et saris vêtements Un

de mes amis, fils d'un menuisier, me rencontra ; il manquait d'argent, mais il avait sur lui un outil de son métier, qu'il vendit pour m'avoir

du pain Il s'agissait d'avoir de l'ouvrage; l'état de délabrement où

je me trouvais n'était pas propre à inspirer de la confiance. Le marchand chez qui l'on me présenta voulut bien me permettre de rester chez lui pendant quelques jours Il me garda; il s'attacha à moi,

et je profitai de ses leçons

« En 1752 rendu à moi-même, je préférai de travailler pour

mon compte : j'avais de l'activité et un goût naturel pour les spéculations. Les premières que je fis ne pouvaient pas être importantes, mais le succès m'en fut bien doux

« Bientôt une conduite régulière, et la sorte d'intelligence qu'on me supposait, me procurèrent l'événement le plus heureux de ma vie. J'obtins le cœur et la main de la femme à laquelle j'ai le bonheur d'appartenir C'est à la suite de ce mariage que j'ai commencé le commerce de la papeterie

« En 1760 on commença à fabriquer, dans Paris, les papiers veloutés. J'en vendis d'abord ; j'en voulus fabriquer ensuite j'en fis de

très supérieurs

c( Je prospérais Mais je n'avais pas songé aux tracasseries de la

jalousie et au despotisme des communautés Plusieurs corps prétendirent, tour à tour, que j'envahissais leurs droits, et il se trouvait toujours que, soit une partie de ma manufacture, soit une autre, était une usurpation; le moindre outil que j'imaginais ou que j'employais, n'était plus à moi; c'était l'outil d'une manufacture; la moindre idée que j'exécutais était un vol fait aux imprimeurs, aux graveurs, aux tapissiers, etc., etc. Des magistrats et des administrateurs également

éclairés me débarrassèrent de ces entraves Je parvins à obtenir de

nouveaux succès. C'est vers cette époque que j'achetai la maison que j'habite, etçui depuis

« Il manquait cependant quelque chose à ma satisfaction. Je ne trouvais pas, dans le papier qui se faisait alors, les quaUtés que je désirais pour la fabrication de mes papiers peints.

(( J'achetai la papeterie de Courtalin, qui devint une des meilleures du royaume. J'y fabriquai du papier vélin, à l'imitation des Anglais. Cet heureux essai me valut l'honneur du prix institué par

M. Necker pour V encouragement des arts utiles J'ohtins, pour mon

établissement, le titre de manufacture royale

« Devais-je m'attendre que le propriétaire de cette manufacture, où tant de d'ouvriers trouvent leur subsistance, serait subitement en butte à la haine de quatre mille ouvriers? Les miens sont innocents, ah! je me hâte de le dire, ils me connaissent trop bien, ils sont trop honnêtes, et ils me sont bien attachés ! Que ne leur eût-il été possible

de me défendre! Sous le prétexte d'un propos que je n'ai tenu ni pu-

tenir, j'ai été en un instant écrasé d'infortunes.

« Une perte immense, une maison dont je faisais mes délices, et qui présente partout l'image de la désolation, mon crédit ébranlé, ma manufacture détruite peut-être faute des capitaux nécessaires pour la soutenir; mais surtout (et c'est ce qui m'accable) mon nom qui a été voué à l'infamie, mon nom qui est abhorré parmi la classe du peuple la plus chère à mon cœur : voilà les suites horribles de la calomnie répandue contre moi. Ah! ennemis barbares! qui que vous soyez, vous devez être satisfaits!

« Et cependant quels sont mes torts? On vient de le voir; je n'ai jamais nui à personne, même aux méchants. J'ai quelquefois fait des ingrats, mais jamais des malheureux. »

A V Exposé justificatif de Réveillon il fut répondu en ces termes par le Directeur général des finances le 1" juin 1789 :

« J'ai pris beaucoup de part, Monsieur, à vos malheurs, et j'ai lu avec émotion, comme tout le public, le récit simple, touchant et mesuré que vous en avez fait. Je dois des louanges aussi à la discrétion avec laquelle vous avez eu recours à la justice et à la bonté du Roi. Bien d'autres, sûrement, avec bien moins de droits, auraient demandé davantage. Cependant placé, comme je le suis, pour défendre les intérêts du Trésor royal, et persuadé de l'exacte vérité de vos sentiments, j'ai accepté votre discrétion, et je me suis borné à la faire valoir auprès de Sa Majesté. Voici donc, selon votre propre désir, ce que le Roi vient <ie vous accorder.

« 1° Le rétablissement de votre médaille que vous avez si bien méritée;

« 2° La conservation du titre de Manufacture royale en faveur de votre établissement, s'il est dirigé dorénavant par des personnes de votre choix;

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