‹ Les élections et les cahiers de Paris en 1789 (volume 2)Chapitre 105 sur 549 · Brochure de 18 pages in-8'', Bibl. nat. Lb^a 1G · texte numérisé non relu

Brochure de 18 pages in-8'', Bibl. nat. Lb^a 1G

tions, qui ont dû irriter le peuple contre moi; je veux et je dois désabuser le public

« Je ne suis pas né dans l'indigence; mon père, d'ailleurs, m'avait accoutumé de bonne heure au travail

« Je suis établi et marié depuis vingt ans : ma principale occupation est la fabrication du salpêtre; mais j'en ai plusieurs autres qui dépendent des circonstances où je me trouve, et des occasions que je rencontre. Quand il se présente une spéculation quelconque à faire dans une partie de commerce que je connais, je l'entreprends; et jusqu'ici j'avais été assez heureux pour n'en faire aucune un peu importante qui ne m'ait réussi.

<( Je n'ai pas, comme le sieur Réveillon, le bonheur d'être utile à une foule d'ouvriers; cependant j'ai, dans la carrière bornée que je parcours, la satisfaction de voir que je nourris journellement 25 à 30 pères de famille ; et l'on ne me contestera pas que j'aie pour eux tous les soins de l'humanité.

« Mais il semblait qu'une fatalité cruelle réservât aux fureurs des ouvriers des hommes qui faisaient vivre, par leur industrie et leur travail, plusieurs d'entre eux.

« Ce que je puis affirmer, et ce que j'ai déclaré à la justice dans une plainte, c'est qu'un nommé Mctel, ouvrier en ébcnisterie, que je ne connaissais pas, et avec qui je n'ai jamais eu aucun rapport, m'a abordé, cinq jours avant mon désastre, dans l'assemblée qui se tenait aux Enfants-Trouvés, qu'il m'a outragé tout à coup par tous les emportements imaginables; et que j'ai cherché par mes questions à connaître le motif de ses fureurs, il m'a répondu par ces mots remarquables : « J'ai « DE l'argent tant QUE j'en VEUX ET QUAND j'en VEUX ! )) Il affectait en même temps, comme je l'ai dit encore dans ma plainte, de remuer et faire sonner des ècus de six francs quHl avait dans la poche de sa veste.

« Inquiet des intentions sinistres qu'annonçaient la fureur subite de Mutel et son indiscret aveu, j'essayai de le calmer; et deux de mes amis, agités par les mêmes pressentiments, firent les mêmes tentatives.

« Je me suis rappelé depuis, ainsi que ma femme, qu'une servante nous avait dit, il y avait deux mois, qu'il y aurait dans quelque temps une révolte dans le faubourg Saint- Antoine, et que les ouvriers du faubourg attendaient ceux du faubourg Saint-Marceau.

« Quoi qu'il en soit, pendant quatre ou cinq jours, une fermentation sourde se répandit parmi les ouvriers, et en général dans le peuple; nous paraissions, le sieur Réveillon et moi, en être les objets réels; nous en fûmes du moins les victimes.

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