‹ Les élections et les cahiers de Paris en 1789 (volume 2)Chapitre 145 sur 549 · LA VILLE LA PLUS SAINE, LA PLUS PROPRE, LA PLUS COMMODE · texte numérisé non relu

LA VILLE LA PLUS SAINE, LA PLUS PROPRE, LA PLUS COMMODE

Pour couper court aux « bassesses et bri{2:andages des ministres et des grands qui entourent le trône », il réclame une « loi irrévocable qui rende les ministres de chaque département responsables de leur conduite à la Nation, et établisse un tribunal qui examine à quel titre et pour quel service la moindre pension a été accordée »; qu'à chaque tenue des États généraux « on délibère si tel ministre mérite d'être conservé, sinon exclu sans pension et remplacé au choix des États ».

Un vieux Parisien, — son âge est révélé par son écriture fine encore mais tremblotante, par son style de bonhomme, qui se répète sans s'en apercevoir, — remercie les électeurs de lui permettre d'interrompre leurs travaux. Il espère qu'ils nommeront députés MM. Target, La Cretelle, les abbés Cerutti, Siéyès, Morellet, et autres qui ont tiré leurs concitoyens « de l'ignorance où ils étaient des droits de la Nation, » Il leur recommande les Cahiers de Riom, Rouen, Montfort et Dreux, Beauvais-Noblesse et Château-Thierry, où se trouve déjà presque tout ce que l'on peut demander. Il s'étonne un peu de voir généralement repousser l'idée d'une Commission intermédiaire des États généraux, cette institution étant très estimée pour les États provinciaux. Il prie de ne pas oublier de réclamer à l'Église la remise de toutes les fêtes auxdimanches, à «cause des gens de peine, qui perdent leurs journées et l'ont des dépenses». Il insiste pour « que la Ville demande qu'il n'y ait plus d'autre maîtrise que celle des talents, un certificat d'apprentissage et cinq ans de compagnonnage ». Mais l'objet principal de ses Observations « de Français aimant Paris», c'est que, si déjà les étrangers regardent cette Ville, « l'une des plus grandes de l'univers, comme la première par l'affabilité de ses habitants », ils la trouvent bientôt « la plus propre, la plus saine et la plus commode : »

« Il faudrait, je crois, commencer par rembourser toutes les charges et offices à ceux qui composent la juridiction de la Ville, pour lui donner une Constitution vraiment municipale, au moyen de représentants librement élus par la Commune de Paris, de la manière qui a été pratiquée pour élire des députés aux États généraux, à raison de deux pour représenter chaque arrondissement, lesquels seraient, pris indistinctement dans tous les Ordres-, ce qui formerait cent vingt membres, dont le tiers serait relevé tous les trois ans par même nombre nouvellement élu;

« Ce nombre rassemblé élirait entre eux trois sujets qui seraient présentés au Roi pour le prier d'en nommer un Prévôt des marchands;

« Le Prévôt nommé, l'on élirait dans une autre assemblée six Échevins pour présider chacun un des bureaux entre lesquels seraient distribuées toutes les affaires de l'administration de la Ville ;

« Il serait également présenté au Roi trois sujets élus aussi dansles cent vingt pour qu'il voulût bien en nommer un Lieutenant de po-

lice, qui, au bout de six ans, pourrait être continué, lequel serait chargé de la correspondance de la Ville avec le ministre qui en a le département, afin de concilier les ordres du Roi pour la sûreté publique avec la liberté laissée à la Ville de se gouverner municipalement

« L'on pense qu'une municipalité ainsi organisée prendrait un esprit patriotique et s'élèverait au-dessus des préjugés et des considérations particulières, qui paraissent avoir dominé dans tout ce que la Ville a fait, jusqu'à l'époque où le dernier ministre l'a portée à débarrasser ses ponts, ouvrir des rues ou des quais. Tout ce qui avait été fait jusqu'à ce moment n'annonçait ni goût ni élévation de génie, mais des idées étroites, petites et mesquines. Pour sortir de cette léthargie, la Ville doit demander l'agrément des États généraux pour le remboursement des charges municipales, de tous autres offices sur les ports et ailleurs, afin qu'elle puisse se régir elle-même (en pleine) liberté

« Elle doit encore demander à être autorisée à faire quelques emprunts pour se rendre aux vœux de la plus grande partie de la Nation qui désire une place appelée celle des États généraux, avec un superbe monument au milieu, dédié a la régénération de la France. Beaucoup de citoyens honnêtes estiment que le Carrousel peut servir à remplir ce vœu de la Nation sans de grandes dépenses, puisque l'on ne serait obligé que de le débarrasser des petites constructions que l'on a permis d'y faire jusqu'à la rue Saint-Nicaise, qui fait face à l'hôtel de Longueville et aux Tuileries. En perçant une rue alignée du dôme du Louvre à celui des Tuileries, l'on verrait depuis l'église de Saint-Germainl'Auxerrois jusqu'à la barrière de Chaillot.ce qui formerait le plus beau coup d'œil de Paris.

« Elle doit aussi demander que la prochaine Assemblée des États se tienne dans la galerie du Louvre, dont une extrémité sera pour l'assemblé du Clergé, l'autre pour la Noblesse, et le milieu pour les Communes du royaume, disposé de façon à pouvoir rassembler les trois Ordres lorsqu'il est nécessaire de délibérer en commun et par tête.....

« Si la largeur de la galerie ne permettait pas de pouvoir y rassembler commodément les trois Ordres, l'on continuerait l'aile opposée, et on la disposerait de manière à former trois salles, ce qui rendrait la place presque carrée

« Il faut débarrasser les galeries du Louvre, de façon à ce que les voitures puissent passer de la rue de Beauvais, je crois, au cul-de-sac du Cocq et de là sur la place de la Colonnade, où il serait possible de faire des promenades en y plantant des arbres que l'on étêterait à dix ou douze pieds de haut. En reculant les bâtiments jusqu'à Saint-Ger-

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