LA VILLE L\ PLUS SAINE, LA PLUS PROPRE, LA PLUS COMMODE
main (l'Aiixerrois), où l'on ferait une façade, l'on rendrait celte place régulière et belle.
« Quelques Cahiers demandent la démolition de la Bastille, qui devient inutile, puisqu'il n'y aura plus de prison d'État. En sacrifiant ce que son entrelien coûte, l'on aurait dans quelques années de quoi faire là une place dédiée à la liberté raisonnée, et une belle gare au-dessous, en creusant les fossés, avec un petit quai pour décharger les marchandises vis-à-vis la rue Saint-Antoine et le boulevard.
« Le premier acte de la nouvelle municipalité doit être de solliciter du Roi ou des États un ordre pour obliger tout propriétaire à faire enlever de devant sa maison les bornes qui sont contre les murs et les remplacer par un trottoir, large de quatre à cinq pieds, suivant qu'il sera indiqué sur la largeur des rues, défendu par de petites bornes de fonte placées du côté de la rue, dans lesquelles s'emmanchera un carré de fer ou de fonte, pour soutenir le pavé qui ne sera élevé que de quatre à cinq pouces au plus au-dessus de celui de la rue. L'on fera bien des objections contre cette nouveauté : premièrement celle des portes cochères qui interrompront le trottoir et obligeront à monter et descendre continuellement; secondement, le peu de rues à Paris assez larges pour laisser croiser deux voitures en leur ôtant dix pieds. L'on répond à la première objection que les piétons doivent préférer leur tranquillité, n'ayant plus la crainte des voitures, à la gêne de monter ou descendre une marche de quatre pouces, ce qui serait insensible si l'on imitait ce qui est pratiqué à Londres dans les croisées de rue. Pour la seconde, il est ordinaire que les grosses voitures de roulier ou de pierres suivent les grandes rues, qui permettent cet établissement; pour celles qui ne le permettront pas, c'est le petit nombre, un poteau empêchera d'y entrer. Les bourgeois en voiture feront prendre à leurs cochers les grandes rues, ce qui les retardera au plus d'un quart d'heure; c'est un bien petit sacrifice qu'ils feront à quatre à cinq cent mille âmes, qui ne sont occupées qu'à leur procurer des jouissances, et à deux cent mille tant Français provinciaux qu'étrangers, qui viennent pour les affaires de commerce ou par curiosité, ce qui fait valoir l'industrie delà capitale et les maisons. II est bien juste que les uns et les autres jouissent d'une parfaite sécurité dans les rues et qu'ils ne soient plus exposés à Tinsolence des cochers bourgeois qui, brûlant le pavé en se dépassant continuellement, éclaboussent, froissent, mutilent ou écrasent le peuple. En bonne justice, l'on doit préférer la tranquillité de sept cent mille individus à la commodité d'environ cinquante mille, à qui leurs facultés permettent d'aller en voiture ; d'ailleurs, les rues où les carrosses ne pourront arriver seront si corn-
modes et si propres par des trottoirs bien entretenus, que toutes femmes habillées pourront les fréquenter
(( Rien ne peut mieux servir à rendre Paris ce qu'il doit être, c'est à-dire sûr, sain et propre, pour attirer les étrangers qui y mangeraient un argent immense s'il était ce qu'il doit et peut aisément être. Les propriétaires de maisons en seraient indemnisés par l'affluence des consommateurs qui résideraient plus longtemps dans les maisons de la capitale plus brillante ; et tous les artisans et artistes, ainsi que les marchands, seraient plus à leur aise en débitant davantage; de sorte que, sous quelque point de vue que l'on envisage cette amélioration, il en naîtrait un bien infini, surtout si, comme on le fait dans la plupart des villes de province, les tueries et cimetières sont placés hors de l'enceinte ; il est inouï que la barbarie des siècles passés ait fait fermer les yeux jusqu'à ce moment sur deux choses si contraires à la salubrité de l'air et qui répugnent si fort à la vue.
u Sans doute que la Ville continuera à faire abattre ce qu'il reste de maisons sur les ponts et qu'elle fera ouvrir un quai du pont Saint- Michel à la rue Saint-Jacques, en faisant abattre l'aile du bâtiment que THôtel-Dieu a sur la rue de la Bûcherie, ainsi que celui sur le pont, afin de faciliter une communication libre avec lequaidesMiramionnes, même jusqu'au pont qui paye à l'Hôtel-Dieu, qui servirait à faire communiquer les voitures avec la place Maubert; une rue qui percerait de Notre-Dame au pont en face de l'île Saint-Louis ferait un très bon «ffet
Il est quelques rues de grand passage, comme celles de Bucy, du Four, l'entrée de celles de Saint-André et de la Harpe, qui demandent à être redressées ; faire reculer les maisons qui gênent depuis si longtemps le passage des voitures.
« Il serait de la prudence de la municipalité que, lorsqu'elle veut faire quelques améliorations ou édifices, elle les proposât à discuter au public, même qu'elle accordât des prix aux artistes, comme vient de le faire la Caisse d'escompte pour le bâtiment qu'elle veut élever et qu'elle devrait asseoir sur l'emplacement de l'aile de la place des États généraux, qui aurait une face sur la rue de l'Échelle; comme elle deviendra vraisemblablement Banque nationale, elle seraitàportée des États et de toute la Ville. Il serait peut-être à souhaiter que les États généraux, avant d'arrêter une délibération, suivissent la même marche. La lumière sort toujours du choc des opinions; elle donnerait la facilité <le ne rien faire contre l'opinion publique. Quelques Cahiers l'ont déjà ■«ivniandé »