DE L OBEISSANCE AVEUGLE DU MILITAIRE
« La Nation ne saurait avoir les yeux trop ouverts sur ce point,
ni trop s'en garantir : l'obéissance aveugle du militaire est le seul espoir qui reste aux ministres de regagner ce pouvoir barbare qui opprime surtout le Tiers État, et qui est prêt à leur échapper; si nous aimons nos enfants, garantissons-les du danger d'être asservis tôt ou tard.
« Les ministres savent que notre Nation, brave à la guerre, est timide en temps de paix. L'éloignement de la connaissance des affaires publiques, où nos derniers Rois ont eu soin de la tenir, a amené la paresse et l'insouciance; l'égoïsme en a été la suite : ces défauts, joints à notre légèreté, sont des armes puissantes entre les mains d'un ministre habile. Si, à tous ces moyens, on joint celui d'une armée nombreuse dont la loi sacrée soit de frapper, sans que le lien le plus cher puisse la retenir, l'esclavage du faible est certain; l'eflfroi l'empêchera de s'assembler : tel sera notre sort, si, par une loi sage, nous ne nous
en garantissons pas en établissant notre Constitution Notre sang est
à la Patrie, et il sera toujours prêt à couler pour elle. Mais le Roi tromperait nos espérances, s'il souffrait qu'il restât entre les mains de ses ministres un moyen de reprendre des droits que lui-même reconnaît
injustes et indignes des vertus qui nous le rendent si cher C'est
nous qui payons les soldats , mais c'est pour nous défendre et non
pour nous asservir
« C'est dans ce moment où la révolution commence que, pour éviter qu'elle ne nous coûte autant de sang qu'elle en a coûté à nos voisins, il est important de rendre Varmèe citoyenne. Il faut que les représentants de la Nation usent de leur souveraineté pour rendre les troupes responsables à leur tribunal auguste du sang français qu'elles auraient osé verser sans l'aveu et l'ordre de la Nation; il faut qu'un serment solennel lie tout militaire à la Patrie, et qu'il ne puisse tourner ses armes contre elle sans être regardé comme infâme et déclaré tel dans l'Assemblée nationale
DANGER d'un GRAND NOMBRE DE TROUPES ÉTRANGÈRES
« C'est des troupes étrangères dont un ministre coupable ne
manquerait pas de se servir. Elles n'ont point de parents; elles répan-