‹ Les élections et les cahiers de Paris en 1789 (volume 2)Chapitre 158 sur 549 · CONTRE LES MARCHANDS DE VINS · texte numérisé non relu

CONTRE LES MARCHANDS DE VINS

« Une ordonnance rendue le 20 septembre 1371 par le PréFÔt de Paris, comme magistrat de police, porte : « Que, pour empêcher les « mixtures et les autres abus que les taverniers commettaient dans le « débit de leurs vins, et par lesquels ils trompaient le public, il serait « permis à toutes personnes qui prendraient du vin chez eux, soit pour « le boire sur le lieu, soit pour emporter, de descendre à la cave, et « d'aller jusqu'au tonneau pour le voir tirer en leur présence, et fait « défense aux taverniers de l'empêcher, à peine de quatre liyres parisis « d'amende pour chaque contravention, dont le dénonciateur aura le « quart. »

« Une autre ordonnance de ce même magistrat, du 2 septembre de la même année 1371, « défend aux taverniers de faire aucun mélange « de vins différents, pour être débités dans leurs tavernes, à peine de « confiscation et d'amende arbitraire. »

« Une sentence de police du 27 septembre 1697 a condanné des particuliers à l'amende pour avoir falsifié des vins. Une autre, du Zi février 1701, a prononcé la même peine. Mais depuis il est peu de jugements de cet abus, quoiqu'il se soit accru...

« Il est vrai que, par les statuts des marchands de vins, il est défendu de mélanger, sophistiquer... Les gardes de leur communauté doivent tenir la main à cette discipline... Sur les rapports faits à la police, les contrevenants sont condamnés aux peines proportionnées à leurs fautes. Mais encore une fois c'est infiniment rare, et l'on connaît assez l'indulgence de ces surveillants éphémères, qui bientôt ont besoin à leur tour de la même indulgence...

('. Deux moyens pour détruire le mal : Le premier, c'est de rendre la liberté.au commerce de vin...

« Quoi! il s'est trouvé des ministres assez osés pour compromettre l'autorité du monarque, au point de faire percevoir en son nom, sur une des denrées les plus nécessaires, un droit égal au prix de cette denrée!.. . Les cruels calculateurs!... Les bourreaux du peuple!...

« Le second moyen que nous proposons est simple et péremptoire : si l'on n'admet pas la liberté dans le commerce des vins, il faut nécessairement assujettir ceux que débitent les marchands à l'inspection, à la dégustation et à l'analyse des chimistes; autrement la capitale sera de plus en plus empoisonnée...

« Les marchands falsificateurs, aveuglés par un intérêt sordide, n'ont pas senti le préjudice qu'ils se portaient à eux-mêmes! En effet, autrefois les cabarets étaient considérés comme des lieux décents; la bonne société s'y rassemblait. Il n'y a pas longtemps encore que les personnes les plus distinguées se rendaient dans une cave, rue Saint-

Honoré, où l'on vendait d'excellent vin muscat, et le père d'un prince, vers lequel tous les cœurs sont maintenant tournés, le duc d'Orléans, honorait ces humbles souterrains de son auguste présence.

« Aujourd'hui tout est changé : les gens honnêtes se rassemblent dans les cafés qui, à l'exemple des principaux du Palais-Royal et de quelques-uns justement accrédités, sont un autre genre de pharmacie remplie de drogues et de poisons. »

La Lettre au Roi^ signée à la fin des initiales L.-P. d'A est d'un

u vieillard de quatre-vingt-onze ans, qui a vécu sous trois règnes et qui a vu naître, se fortifier et s'accroître ces abus énormes, causant à tout le monde un trop juste effroi ». La liberté de la presse y est vivement contestée, les réquisitoires de « l'éloquent Séguier » y sont loués, et tous les libellistes anathématisés en la personne du comte d'Antraigues, « qui a insulté les deux derniers rois, dont l'un fut grand et l'autre bon ». L'auteur est exaspéré contre les corruptions de Paris :

« La dépravation des mœurs est arrivée au point qu'un mari se rend presque ridicule en exigeant que sa femme soit sage; au point que celle-ci ne se tient plus pour déshonorée par l'éclat de ses intrigues galantes; au point même que, quelquefois dénoncée par ses proches, mais protégée dans le Palais par sep. charmes adultères, elle y obtient,

malgré ses crimes, le triomphe de l'innocence ! Votre capitale. Sire,

n'offre à la vertu effrayée et presque sans asile qu'un vaste théâtre de prostitution, recueil inévitable et le tombeau de la jeunesse; tout se perd et se confond, tout s'abîme dans ce gouffre impur, où la même licence rend égaux, et le prince qui pensionne le crime, et le manant qui le paye comptant »

Très hostile aux « méprisables sophismes de la secte philosophique », le vieux gentilhomme, traitant du déplorable état de l'éducation de la jeunesse, est un des rares publicistes de la veille de la Révolution qui réclame le rappel des jésuites :

u II y a quelques années, Sire, que la Reine de Portugal eut la générosité de faire donner avis à votre Majesté et à toutes les cours de l'Europe qu'elle avait reconnu que les jésuites, dans ses États, avaient été les victimes innocentes d'une trame d'iniquité, dont elle avait puni

1. In-S* de 32 pages, Bibl. nat. Lb^^ 6773, semblant répondre au titre donné en bref, n" 13 des imprimés recueillis dans le coffre de l'Hôtel de Ville.

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