POUR LES JÉSUITES. — CONTRE LES NOBLES
les auteurs. Quand je pense, Sire, que les jésuites de France ont été victimes de la même trame et que le fait est notoire; quand je pense que certains magistrats n'ont pas rougi de calculer, dans des mémoires imprimés au sein de la capitale, ce qu'il leur en avait coûté pour faire condamner les jésuites dont ils étaient les juges; oui, Sire, je me sens révolté et contre moi-même et contre cet acte inouï de despotisme subalterne qui, malgré le vœu du feu Roi et de la Nation, enleva à la France cette société précieuse d'instituteurs et réduisit les pères de famille à la fâcheuse alternative ou de manquer au plus sacré des devoirs de la paternité, ou de renoncer à leur état social pour le remplir eux-mêmes. Cependant, Sire, je me sens renaître, pour ainsi dire, en ce moment, et le poids du remords moins accablant me laisse respirer depuis que j'apprends, par des nouvelles certaines, que, dans la prochaine Assemblée nationale. Votre Majesté sera suppliée par le vœu unanime de plusieurs de ses provinces et de cent villes de son royaume, de ressusciter en France cette société reconnue nécessaire à l'éducation publique. Et, sans doute, qu'il sera bien doux pour vous, Sire, ce moment où, en réparant une grande injustice qui ne fut point la vôtre, vous gratifierez la Nation d'un des bienfaits les plus propres à la régénérer. »
Le cri de l\ Nation ou Doléances de vingt-trois millions de Français^ malgré son titre, est un modèle de Cahier, en 97 articles, très parisien. Publié l'un des derniers et distribué à l'Assemblée du Tiers, il a été écrit par un bourgeois fort animé contre la Noblesse , malgré les avances des « citoyens Nobles de Paris ». Nous en extrayons quelques lignes du préambule et quatre articles :
« Rassemblons-nous, pressons-nous autour de Louis, notre
souverain, notre père et notre ami, et sauvons-le, ainsi que nous, de l'aristocratie criminelle et despotique des grands; arrêtons, confondons leurs projets! Il en est temps : bientôt il s'élèverait au milieu d'eux un nouveau Maire du Palais qui nous précipiterait, ainsi que notre Roi, dans le plus affreux esclavage!....
u Nous sommes 23 millions d'individus, nous sommes la Nation, nous sommes tout; et vous êtes assez hardis, aristocrates ingrats, pour vouloir nous opprimer, nous écraser, vous qui ne vivez, qui n'existez