SUR LES ACADÉMIES, LES PAUVRES, L'OPÉRA
« Que les curés de Paris soient obligés de donner tous les ans au Parlement un état général de la situation des pauvres familles de leur paroisse, afin que le Parlement invite la charité des citoyens à des souscriptions volontaires, et qu'il avertisse le Gouvernement des secours qu'il doit donner, car personne ne doit souffrir ni être oublié par la faute du Gouvernement.
« Que l'administration de l'Opéra soit remise entièrement à la Ville et qu'elle ne dépende en aucune manière de l'inspection des Menus; qu'il soit fait défense à ce spectacle d'inscrire sur ses registres toute femme ou fille qui ne serait pas réellement actrice, cantatrice ou danseuse. Cette inscription est une véritable injure faite aux artistes de ce théâtre, dont le mérite doit tendre à l'estime du public comme à son admiration...
« La réforme sérieuse des dépenses extraordinaires pour les bâtiments du Roi, le garde-meuble et les menus plaisirs; notre bon monarque ne songeant plus sans doute à des dépenses aussi frivoles et aussi inutiles, quand des millions de Français manquent de pain dans le royaume. »
Le Vœu de la localité comprend : l'éloignement des tueries hors la Ville ; la démolition du mur d'enceinte, « vu son inutilité et le ridicule extrême, Paris étant la seule ville du globe dont les faubourgs se trouvent aujourd'hui ceints de murs » ; et aussi « la démolition de la Bastille, terrain dont la Ville, peut tirer le plus grand parti pour de nouveaux embellissements, pour des hôpitaux, avec économie de 100,000 livres par an au gouvernement, qui n'aura plus de commandant ni d'état-major à entretenir. »
Jean-Paul Marat avait, durant l'agitalion électorale, publié VOffmnde a la 'patrie, puis le Supplément a l'Offrande à la patrie, où il établissait ces trois principes :
« Aux sujets des droits sacrés; à l'État des lois inflexibles; au Gouvernement des barrières insurmontables. »
Durant la réunion de l'Assemblée générale des Électeurs de Paris, il fit imprimer une troisième brochure, la Constitution ou projet des droits de l'homme et du citoyen, dont nous extrayons deux passages et une note, que l'on ne trouve pas dans les plus érudites bibliographies de rAmi du peuple^.
1. Voir Jean-Paul Marat, par F. Cliévremont, le bibliographe du Marat, 2 vol. in-8°, 1880, qui analyse les trois brochures citées. — Nos extraits de la dernière sont tirés des p. 54-58 de l'ex. de la Bibl. nat. Lb» 7221.
Des municipalités.
« Dans un gouvernement bien ordonné, il faut des Magistratures particulières pour la police intérieure de l'État et rapprovisionnement des Villes. Ces Magistratures exigent des connaissances très différentes, elles n'ont même rien de commun; il importe donc de les séparer et d'en revêtir deux tribunaux, dont l'un sera chargé de faire approvisionner les marcbés, de l'inspection des comestibles exposés en vente, de la taxe des choses de première nécessité, de la vérification des poids et mesures ; l'autre, du soin de s'assurer des infracteurs de la loi et des perturbateurs du repos public, d'apaiser les émeutes, de concilier les petits différends des citoyens, et de veiller à la propreté des rues et des maisons.
«De pareilles Magistratures ne peuvent être que municipales ; c'est donc aux Citoyens de nommer ceux d'entre eux qui méritent d'en être revêtus 1.
(c Les connaissances qu'elles exigent sont relatives aux lois criminelles et à l'administration économique. 11 est important que les candidats soient qualifiés ; mais si leurs connaissances doivent entrer pour beaucoup dans leur choix, la probité seule doit le fixer.
« Chacun de ces tribunaux, composé d'un nombre de membres égal à celui des districts de chaque ville, élit son président par voie de suffrages.
« Celui de la police siégera une fois chaque huit jours, plus souvent si les circonstances le requièrent; et chacun de ses membres remplira, dans son district, les fonctions de Commissaire de quartier, rendant la justice en public.
« Celui des subsistances siégera chaque jour ; il s'assurera de l'approvisionnement de grains pour l'année; mais il n'arrêtera aucun marché avec les approvisionneurs, sans avoir préalablement provoqué un concours public, et sans en publier les conditions dans un compte qu'il rendra avant de le conclure.
1. « Il importe aux citoyens d'ôtre très circonspects dans leurs nominations, et de ne faire tomber leur choix que sur des hommes dont les principes soient bien connus, et dont le zèle patriotique soit désintéressé. On dit que, dans la plupart des comités de districts, les avocats et les procureurs cherchent à s'emparer des suffrages. La cruelle aristocratie que celle dont les membres n'ont d'autre métier que de bavarder éternellement, d'embrouiller les affaires à force de subtilités et de vivre des artifices de la chicane, des fureurs de la discorde : combien plus redoutable encore serait l'aristocratie de ces patriotes qui ronservent, sous les drapeaux de la Patrie, les pensions qu'ils tiennent du Prince, et celle de ces Juges serviles, vendus à la faveur, ou de ces Juges superbes, dévorés d'ambition ! On aurait dû apprécier leur zèle. Se peut-il qu'on leur ait confié les intérêts du peuple! » — (Note de Mara'.j