‹ Les élections et les cahiers de Paris en 1789 (volume 2)Chapitre 178 sur 549 · pages in-8«. Bibl. nat. Lb · texte numérisé non relu

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5. François-Antoine Davy de Chavigné, né à Paris, le 4 mai 1747, mort le 17 août

UN MONUMENT A LA PLACE DE LA BASTrLLE. 235

en sa Chambre des Comptes de Paris, le « Projet d'un monument sur l'emplacement de la Bastille, à décerner par les États généraux h Louis XVI, restaurateur de la liberté publique, et à consacrer à la patrie, à la liberté, à la concorde et à la loi^ ».

« Le monument dont je mets aujourd'hui la description sous les yeux du public est une colonne semblable à celles élevées par les Romains aux vertueux modèles de Louis XVI, aux empereurs Trajan et Antonin.

« La hauteur de la colonne Trajane a été fixée par le célèbre Apollodore à la quantité de pieds dont on a diminué la hauteur de la montagne qu'il fallut aplanir pour la construction de la place dédiée à cet empereur.

« J'ai pensé que le monument de la reconnaissance d'un peuple libre, élevé sur l'emplacement même de la Bastille, devait surpasser en élévation le monument de despotisme et de servitude qu'il aurait remplacé, et que sa magnificence devait effacer celle de tous les monuments précédemment élevés à nos Rois.

« Quel emplacement pourrait être plus heureux, en effet, que celui qui peut réunir dans une place immense l'alignement de l'ancien boulevard et de la rue Saint-Antoine avec celui d'un nouveau pont, qui serait construit en face du Jardin du Roi! Ce pont, depuis longtemps désiré, est demandé expressément par les Cahiers de la Ville de Paris.

« Quel emplacement les États généraux pourraient-ils choisir qui fût plus digne du fondateur de la liberté publique que celui même de la Bastille, de ce monument redouté du pouvoir arbitraire, dont aucun étranger n'entend prononcer le nom sans frémir, et qui rappelle avec horreur à tous les Français les abus d'autorité sans nombre dont le despotisme ministériel a souillé les annales de notre histoire.

« Le monument que je propose de décerner à Sa Majesté peut réunir toute la richesse des colonnes Trajane et Antonine avec les beaux effets de la fontaine de Trevi et de celle du Bernin, dans la place Navone, à Rome.

« Ce monument, quoique d'une élévation considérable, n'est point gigantesque, il est proportionné à l'immensité de la place pour laquelle il est destiné. Il a 170 pieds de hauteur et tient le milieu entre la colonne Trajane, qui en a ikk avec son piédestal et sa statue^^ et le monument de Londres du fameux Wren, qui a 200 pieds d'élévation. Il consiste en une colonne d'ordre dorique de 12 pieds de diamètre,

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élevée sur un rocher placé au centre d'un bassin circulaire de 180 pieds de largeur, divisé en quatre parties égales par des chaussées qui conduisent à l'intérieur du monument.

u La statue du Roi occupe le sommet de la colonne, dont le fût est divisé en neuf parties égales : cinq sont cannelées, les quatre autres sont ornées de bas-reliefs destinés à célébrer les bienfaits de Sa Majesté :

« 1" La régénération de la marine française;

M 2" L'abolition de la servitude dans tous les domaines de la couronne;

« 3° La liberté du commerce et des mers, et celle de l'Amérique, assurées par la paix de 1783;

« k" La sanction de notre Constitution, jurée par Louis XVI et par la Nation dans l'Assemblée des États généraux de la France, eu 1789.

u Les cannelures de la colonne sont décorées alternativement de couronnes civiques liées entre elles; ces couronnes sont l'emblème de la récompense due au patriotisme des citoyens de tous les Ordres et à la renonciation des deux premiers à toutes exemptions pécuniaires

« J'ai cru qu'un monument destiné à célébrer la régénération de la monarchie française devait être consacré non seulement au Roi, mais à la France elle-même, à la liberté, à la concorde et à la loi; c'est pourquoi j'ai placé leurs statues assises aux quatre côtés du socle sur lequel la colonne est élevée. J'ai mis à leurs pieds les principaux fleuves et rivières du royaume.

(( J'ai désigné l'accord de la Nation entière à décerner un monument de sa reconnaissance au fondateur de sa liberté par les statues des provinces et des colonies personnifiées.

« Les inscriptions placées sur les piédestaux des statues seraient toutes en français; celle de la liberté serait au nom du Roi et pourrait être conçue ainsi :

a A LA Liberté, par Louis XVI, sur l'emplacement de la Bastille.

« Les autres seraient au nom de la Nation et des citoyens :

u A LA Patrie, par la Nation libre du règne de Louis XVI;

« A LA Concorde, par les citoyens unis de tous les Ordres de l'État;

« A LA Loi, protectrice des citoyens et de leurs propriétés, par les Français égaux devant elle.

« L'artiste qui serait chargé de faire la statue de la France aurait

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