‹ Les élections et les cahiers de Paris en 1789 (volume 2)Chapitre 179 sur 549 · LA COLONNE DE LA LIBERTÉ · texte numérisé non relu

LA COLONNE DE LA LIBERTÉ

le soin de ]a représenter la main appuyée sur le livre de la Constitution, qui doit assurer sa liberté et son bonheur.

Proportions générales de ce monument :

u La statue du Roi, vingt-quatre pieds de hauteur. 2k pieds.

u Le piédestal de la statue • . . . , ik —

« La colonne Sk —

(I Le socle 18 —

u Le rocher 25 —

(1 L'emmarchement général 5 —

u Hauteur totale de ce monument. ... 170 pieds.

« L'exécution d'un pareil monument, quoique composé des matières les plus riches et d'une quantité considérable de sculptures, coûterait infiniment moins que la place de Louis XV, dont les fossés seuls ont coûté des sommes énormes. La contribution volontaire de tout citoyen français aimant la Patrie et son Roi serait plus que suffisante pour subvenir à tous les frais nécessaires.

« Je crois que l'inauguration de ce monument ne devrait être faite que par une Assemblée générale des députés de la Nation. Si ce programme était adopté, je croirais convenable que le Roi lui-même posât la première pierre du piédestal de la statue de la liberté; le président (les États poserait celle de la colonne décernée au restaurateur de la liberté des Francs.

(( Cette cérémonie pourrait être faite le jour de la fête nationale que les États généraux doivent établir en mémoire de l'établissement de notre Constitution ^ »

1. La proposition d'ériger une colonne trajane sur la place de la Bastille, l'emplacement de la forteresse n'ayant pas été pris par les entrepreneurs du canal de Paris, auxquels il avait été concédé, fut renouvelé au mois d'avril 1792, par un nommé Marnois, dans une lettre publiée dans le n" 43 des Révolutions de Paris. La colonne devait, ^d'après ce projet, « porter une statue qui symboliserait la France roulant à ses pieds les iabus de l'ancien régime, avec un Génie de la Liberté, invitant toutes les nations à briser ■les fers du despotisme, et des inscriptions annonçant que, depuis l'an 1789, la France pétait devenue la patrie commune de tous les hommes libres. »

Le « patriote Palloy », raconte Georges Lecocq {La prise de la Bastille et ses anniiversaires d'après des documents inédits, une brochure in-1 8, Paris, 1881, Charavay frères [éditeurs), s'agita beaucoup et parvint, pour le plan qu'il réussit à rendre personnel, à :obtenir de l'Assemblée législative, le 14 juillet 1792, la pose de la première pierre d'une :« colonne à la liberté sur la place de la Liberté ci-devant de la Bastille. » La cérémonie, ^dont ce maçon entrepreneur se chargea, ne coûta pas moins d'une quarantaine do mille s livres, que lui fit solder la Convention par décret du 25 avril 1793.

On sait qu'il fallut la révolution do 1830 pour ériger la colonne réclamée dans les Cahiers de 1789; que la première pierre en fut posée par Louis-Philippe le 28 juillet 1831 pet qu'elle ne fut enfin achevée et inaugurée qu'en 1840.

Au moment où les commissaires-rédacteurs des Cahiers de chacune des trois Chambres des Assemblées générales de Paris entre les murs et hors les murs commençaient leur travail, l'auteur d'un Projet de Cahier pour la Prévôté et Vicomte de Paris, très mécontent de n'avoir pas été nommé commissaire et inquiet du sort de plusieurs des motions qu'il estimait les plus essentielles, adressait aux assemblées et déposait dans l'armoire du Châtelet de Très humbles représentations à MM. les députés du Tiers État, qu'il signait De la Croix, avocat au Parlement ^ 11 écrivait :

« Les idées pures et simples ne se prêtent point à la chaleur des disputes, aux éloquentes déclamations; les formes compliquées conviennent bien plus à l'intrigue et à l'esprit de domination.

« Malheureusement, si l'on excepte quelques pays d'États, la Nation française ne sait encore ni s'assembler ni déhbérer. Les talents modestes ne peuvent se faire jour à travers la confusion des voix et les prétentions de l'éloquence. Un étranger qui se serait trouvé au milieu de nos assemblées d'élections aurait cru que nous n'étions doués que de la faculté d'articuler des sons.

« Les grands cultivateurs, les négociants, les manufacturiers, qui devraient être consultés, interrogés, dont il faudrait faire ressortir les instructions, sont retenus dans le silence parce qu'ils n'osent s'exposer à la censure des légistes et à l'impatience des orateurs. Combien d'entre eux qui n'avaient envisagé dans leur mission (d'électeurs) que l'heureuse faculté de concourir au grand œuvre de la justice publique, ont déjà regretté la distinction qui les honore! Plus d'un sentira bientôt la raison de l'indifférence de nos aïeux pour ces députations aujourd'hui si enviées et pourquoi il fallait les contraindre par des amendes à remplir un devoir de citoyen. Nos États généraux n'ont été si souvent infructueux que parce que, épuisés par de vaines disputes et de puériles rivalités, le dégoût s'est emparé de leurs membres; fatigués de

1. 7 pages in-8°. Dans la Liste générale des électeurs de Paris réunis à l'Hôtel de Ville le \i juillet i789, on trouve, au district des Barnabites, La Croix de Frainville, avocat au Parlement. Dans la liste des avocats de l'Almanach royal de 1789, il n'y a qu'un De la Croix, reçu en 1768, demeurant rue des Blancs-Manteaux. Le seul De la Croix, qui puisse être considéré comme l'auteur des deux brochures citées, est le même qui avait écrit en 1788 un Mémoire sur la tenue des Ëtats généraux; en 1789, un Catéchisme politique à l'usage de tous les citoyens français. Il dt revivre, sans succès avant la Révolution, et reprit, après le 14 juillet, le Spectateur français fondé par Marivaux. Né à Paris, le 10 mai 1743, il s'était fait connaître comme avocat, en plaidant contre Linguet dans la célèbre affaire Véron-Morangiés, et comme publiciste, par des Réflexions morales sur la civilisation, où il avait dénoncé les cruautés de l'ancienne procédure. Il fit paraître, à la fin de 1790, une Apologie de la Constitution civile du clergé. En 1793, dans le cours de droit politique, dont il s'était chargé au Lycée, il contesta le droit de la Convention de juger le Roi. 11 fut arrêté durant la Terreur, mais ne comparut devant le tribunal révolutionnaire qu'après le 9 thermidor et fut acquitté.

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