‹ Les élections et les cahiers de Paris en 1789 (volume 2)Chapitre 200 sur 549 · NOBLESSE. - ÉLECTION DES DÉPUTÉS · texte numérisé non relu

NOBLESSE. - ÉLECTION DES DÉPUTÉS

« Tout billet sur lequel il y aurait un nom de député aux États « sera-t-il nul? — Non.

« Si la même personne se trouvait nommée deux fois dans le « même billet sera-t-il nul ?— Oui.

« Si un membre élu refusait, serait-il remplacé par celui qui « aurait le plus de suffrages après lui ? — Oui. .

u Si des personnes non nobles étaient nommées sur un scrutin, « serait-il bon ? — Oui.

« Chaque liste sera-t-elle lue bas par les scrutateurs, avant d'être ;t lue haut? — Oui. Et si sur quelques billets il y avait quelque chose « d'étranger au scrutin, les scrutateurs ne le liraient point haut.

« Dans le cas où plusieurs membres se trouveraient avoir le même « nombre de voix, qu'est-ce qui déterminera l'élection entre eux? — « L'âge.

« Par qui les questions qui pourraient s'élever seront-elles décidées? « — Par les scrutateurs et le président.

« Une députation du Tiers a été annoncée à la Chambre. MM. le comte Charles de Damas, le comte de Barbantane, de Ferrier, Cochu, ont été nommés pour aller la recevoir.

u M. Rimbert, portant la parole au nom de la députation, a dit: « Messieurs, toujours envieux de marcher sur vos traces et de « suivre vos exemples, regardant comme très précieux de répondre « aux intentions d'union et de fraternité que vous n'avez cessé de nous « témoigner, les citoyens du Tiers auraient désiré pouvoir adhérer au « nouveau plan d'élection que vous avez bien voulu leur communiquer « après l'avoir adopté; mais, après avoir pesé tous les avantages comme « les inconvénients, il a été décidé à la pluralité que, par attache pour « le Règlement et par crainte de quelques inconvénients, l'Ordre du « Tiers s'en tiendrait à la forme du scrutin indiquée par le Règle- « ment. »

M. le président a répondu :

a Messieurs, en vous communiquant le plan que nous avions « adopté, l'Ordre delà Noblesse a cru vous donner une nouvelle preuve « de sa confiance et de la communication qu'elle cherche à établir « entre vos travaux et les siens. Nous avons offert un moyen d'arriver «( plus promptement aux États généraux; vous avez pris une route dif- « férente; nous nous trouverons tous au même but, et nous nous y « verrons avec le même plaisir, n

« Les députés ayant été reconduits dans la forme accoutumée.»

M. le président a annoncé qu'on allait commencer la vérification du scrutin.

« Les six scrutateurs ont formé un cercle autour de la place du président. II a été arrêté que deux d'entre eux déplieraient les billets, que deux les liraient et proclameraient les noms à haute voix, et que deux les écriraient... »

Le dépouillement du scrutin a employé la fin de la séance et les deux séances du 12.

Du mercredi 43 mai^ 9 heures du matin.

« Le scellé levé, la vérification du scrutin achevée, les listes et les voix comptées, enfin toutes les formalités remplies, il a été reconnu et proclamé que les dix députés de la Noblesse de Paris aux États généraux étaient :

« MM. le comte de Clermont-Tonnerre, qui réunit 150 voix.

le duc de La Rochefoucauld . . . . . . 127 —

le comte de Lally-Tolendal 112 —

le comte de Lusignan 73 —

le comte de Rochechouart 73 —

DiONis du Séjour 70 —

le duc d'OKLÉANS 67 —

DupoRT 67 —

le président De Saint-Fargeau 67 —

le premier président De Nicolaï 65 —

« M. le premier président De Nicolaï s'est levé et a dit :

« Messieurs, mon cœur n'a point d'expressions assez vives et je ne (( saurais vous peindre ma respectueuse sensibilité. Vos suffrages m'ap- « pellent à l'honneur d'être l'un de vos représentants aux États généraux; « je sens tout le prix d'une faveur aussi insigne, et ma reconnaissance « ne finira qu'avec ma vie. Mais je ne puis profiter de vos bontés; je u ne saurais abandonner le poste honorable où je suis placé, je ne « puis me séparer de la compagnie à laquelle j'ai le bonheur d'appar- « tenir; le devoir, j'oserais le dire, un sentiment de piété filiale, mes « sentiments m'en font une loi impérieuse que je ne transgresserai « jamais. La restauration de l'État ouvre au patriotisme une carrière « nouvelle. En songeant que la Noblesse avait daigné arrêter ses « regards sur moi, j'acquerrai des forces pour la parcourir. C'est à la « tête de la Chambre des comptes que j'élèverai mes supplications vers

DÉMISSION DE NICOLAÎ*. 277

« le tribunal de la Nation; je servirai la patrie en faisant parler la « vérité, j'espère que dans ma bouche son accent ne perdra ni son « énergie ni sa fierté; je dénoncerai les abus, je proposerai les « remèdes, je montrerai la Cour des finances opposant sans cesse à (( l'autorité la raison et la règle dans ses arrêtés et dans ses remon- « trances, et j'ose me flatter de voir résulter de toutes ces réclama- « lions un enchaînement de précautions assez puissantes pourpréser- « ver l'avenir des malheurs du temps présent. Enfin, messieurs, mon « ambition, mes vœux, et peut-être la récompense de mes travaux, « seront d'intéresser l'opinion publique à faire rendre à la Chambre « des comptes tout son lustre et à l'accroître encore en lui restituant, « pour le bonheur de la Nation, l'utilité dont elle devait être, et que « les désordres, ainsi que le pouvoir arbitraire, lui avaient enlevée « depuis si longtemps. »

« La Chambre a répondu à ce discours par un murmure de regrets sur le refus de M. de Nicolaï et par des applaudissements pour son motif. M. le président a pris la parole et lui a dit :

« Monsieur, placé depuis longtemps par votre dignité dans un « poste où vous n'avez cessé d'être utile à la chose publique, nos suf- « rages vous ont appelé aux États généraux. Vous choisissez la place à « laquelle nous avons le regret de ne vous avoir pas porté; vous venez « de voir éclater la douleur de la Chambre, je suis son interprète dans « ce moment et je vous offre l'acte authentique de ses regrets. S'il est « une consolation pour nous, c'est de songer que votre refus ajoute « encore à notre estime. »

« M. de Nicolaï, s'étant retourné vers l'assemblée, a dit : « Je vous prie, messieurs, de mettre le comble à vos bontés pour u moi en faisant inscrire sur le procès- verbal les motifs de mon refus, « mes regrets et les paroles flatteuses dont M. le président m'a honoré « de votre part. Voudrez-vous bien ajouter la faveur de m'en faire « remettre une expédition, je la conserverai comme un témoignage « de votre bienveillance, dont le souvenir fera le bonheur de tous les « jours de ma vie et qui deviendra un titre de gloire pour mes « enfants. »

« La Chambre a accueilli avec de nouvelles acclamations la demande de M. de Nicolaï.

« M. le comte de Mirepoix, qui était le onzième dans l'ordre du scrutin et qui avait réuni 62 voix, a été reconnu et proclamé député ci la place de M. le président de Nicolaï.

Du même jour, 6 heures de relevée.

« Il a été fait une lecture suivie du Cahier.

« Une première députation, composée de MM. le duc de La Rochefoucauld, le comte de Rochechouart, le comte de Mirepoix, le vicomte de Pinon et le président Tascher, a été envoyée au Tiers pour lui faire part de la nomination des députés de la Noblesse et pour lui demander quand il comptait avoir fini ses opérations.

« Il lui en a été envoyé presque aussitôt une seconde, composée de MM. le duc de Crussol, le comte Charles de Damas, le baron d'Eaubonne. Le Long et le président de Fautras, pour lui porter une copie du Cahier de la Noblesse et lui demander quand il comptait avoir fini son travail.

« Les deux députations ont rapporté qu'elles avaient été reçues au milieu des applaudissements et des témoignages de la satisfaction la plus vive pour les communications fraternelles et réitérées que la Noblesse n'avait cessé d'envoyer à ses concitoyens du Tiers, mais que cet Ordre ne prévoyait pas qu'il lui fût possible de terminer ses opérations avant cinq ou six jours

Du jeudi 14 mai, 8 heures et demie du matin.

« M. le président a fait l'ouverture de l'assemblée par la lecture d'une lettre de M. le duc d'Orléans (datée de Versailles, ce jour) :

<( La Noblesse des États généraux ayant décidé, Monsieur, que les « pouvoirs qui m'ont été donnés par le bailliage de Crépy sont bons, « je suis dans l'impossibilité d'accepter la députation pour laquelle la « Noblesse de Paris intra muros a bien voulu me choisir. Oserais-je « vous prier, monsieur, de lui témoigner ma reconnaissance de cette tt marque de confiance et de l'assurer que, comme il n'y a rien dans IV les Cahiers dont je suis porteur qui ne cadre parfaitement, à ce que « je crois, avec ceux qu'elle a rédigés, elle peut me regarder comme « un onzième député, aussi empressé et aussi zélé que les dix autres à (( soutenir ses intérêts et ses vues patriotiques.

« Recevez, je vous prie, personnellement, monsieur, les assu- « rances de l'estime et de l'amitié que vous m'avez inspirées depuis << que j'ai été à portée de vous connaître plus particulièrement.

« Signé ; L. P. J. d'Orléans. »

« Les applaudissements les plus vifs ont suivi celte lecture et un

cri général a demandé que cette lettre fût insérée dans le procès-verbal.

« M. le marquis de Montesquiou, le douzième dans l'ordre du scru-

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