CENSURE PUBLIQUE. — LE TRONC LE MONITEUR
qu'à l'exemple des Grecs et des Romains il faut encourager les talents et honorer les vertus *
LE MAINTIEN DU BON ORDRE PAR L'ÉTABLISSEMENT d'une CENSURE PUBLIQUE
« Après avoir établi le meilleur ordre de choses, il faut encore
veiller de près à une observance rigoureuse. Vous n'y parviendrez que par l'établissement d'une censure publique, par laquelle on puisse faire connaître les nouveaux abus qui essayeraient sourdement de se glisser, ou ceux qui auraient échappé à la prévoyance des réformateurs.
« Qu'il soit donc établi, sous la protection directe des États généraux, une censure publique ; que tous ceux qui auront quelques avis à donner, quelques abus à dénoncer, puissent le faire par des mémoires imprimés ou écrits à la main, signés ou anonymes, qu'ils déposeraient dans un tronc placé à cet effet sous la chaire d'une paroisse désignée pour cela dans chaque quartier : on pourrait nommer ce tronc le Moniteur.
« Ce tronc serait ouvert chaque dimanche avant le prône par les curés mêmes, en présence de tous les marguilliers et du commissaire du quartier; les mémoires seraient lus à haute et intelligible voix par les curés, puis remis aux commissaires pour faire droit aux demandes.
« Par ce moyen le public serait instruit de tout; il jugerait par luimême de la justice des demandes, et de l'exactitude des officiers de la police à y faire droit ; et enfin, celui qui aurait à se plaindre de quelque injustice ou négligence à cet égard pourrait s'adresser à la prochaine convocation des États généraux, pour demander de nouveau le redressement de l'abus qu'il aurait dénoncé et la punition exemplaire des officiers publics qui l'auraient toléré, malgré cet avis.
« C'est ainsi qu'en attachant toujours l'instruction publique au culte divin vous ferez observer l'un, en faisant respecter l'autre; c'est ainsi que vous parviendrez à ramener insensiblement à la pratique du culte et de la vertu des milliers d'hommes qui n'ont peut-être jamais réfléchi comment, par qui et pour qui ils existent ; dont le temps se consume aux académies (de jeux) ou dans la débauche, sans qu'ils se
1. Nous passons les articles concernant les banqueroutes, où est demandée l'institution d'un tribunal spécial de commerce; les lois somptuaires et « la répression du luxe » ; la publication des Ordonnances et Règlements au prône des messes paroissiales, et par distribution gratuite, « au lieu de les vendre au poids de l'or, ce qui rend la connaissance des lois inaccessible au pauvre. »
meuvent en rien pour la cause publique, parce qu'aucun ressort n'y attache ces automates ambulants.
« C'est ainsi que, toutes les classes étant ralliées à un même point, etdans une surveillance réciproque les unes envers les autres, on pourra détruire une foule d'abus, si fortement accrédités par l'habitude qu'on finit par les regarder comme des choses raisonnables; c'est ainsi qu'en intéressant tout le monde à la cause commune vous dissiperez cette apathie mortelle où languit le peuple du troisième Ordre, et que vous déracinerez cet égoïsme insultant de la classe riche qui ronge l'État.
« C'est ainsi enfin que vous parviendrez à rendre la Ville la plus commerçante, la plus sagement policée et la plus belle de l'Univers, Paris, ce réceptacle de fanges et d'ordures, de vices et de crapule, de scandale et d'effronterie ; où l'on ne voit, à la honte des mœurs et de la raison, que des catins, des fripons, des dupes et des mendiants; qui réunit en un mot, par un contraste révoltant, la misère dégoûtante au luxe le plus effréné. »
Sous la signature « Tournon, de l'Académie royale d'Arras », étaient proposés des Moyens de rendre par faitement propres les y^ues de Paris S a sans qu'il en pût coûter par an plus de douze deniers à chaque habitant, en supposant toutes les fortunes égales ».
Il n'y a personne, s'écriait l'inventeur, « qui, pour aller à pied sec dans les rues de Paris en tout temps, excepté dans les moments de pluie, ne trouvât de l'économie à payer cette légère contribution ! »
Les moyens proposés pour supprimer les ruisseaux au milieu des chaussées, rendre celles-ci assez solides pour que l'eau ne les puisse délayer, empêcher les ordures de s'étaler, etc., sont assez ingénieux. C'est là qu'on trouve la première proposition de ce qui s'est depuis importé d'Angleterre, le macadam, et aussi de ce que les Parisiens ont appelé de nos jours la boîte Poubelle. L'auteur fournit, en effet, le plan de la transformation, au pied de chaque maison, de l'une des bornes ordinaires en borne en fer, dont l'intérieur serait vide, pour recevoir toutes les ordures des habitants, qui, chaque matin, seraient rapidement enlevées par les balayeurs, munis de pelles d'un nouveau modèle.
Les Archives parlementaires ^ donnent à la suite du Cahier de la Ville un « Cahier particulier et local du Tiers-État », qui ne méritait pas d'être rangé parmi les documents officiels, étant tout individuel et, par
1. In-S» de 76 pages, avec plan de canalisation d'égouts, Bibl. nat. Lk'' 6573. Tournon fut le principal rédacteur des Révolutions de Paris, créées par le libraire Prudhomme, aussitôt après la prise de la Bastille.