‹ Les élections et les cahiers de Paris en 1789 (volume 2)Chapitre 300 sur 549 · INTRIGUES CONTRE LES COMMUNES · texte numérisé non relu

INTRIGUES CONTRE LES COMMUNES

u On se demande mutuellement quelle sera la décision du Roi. Dans le doute, on forme les plus abominables projets. Chaque parti veut détruire l'autre; comment faire pour les accorder? On regarde l'entreprise comme impossible.

« Dans cette situation fâcheuse, les citoyens qui désirent le bien et la paix croient que le parti le plus sage, le plus sûr et le plus prudent est que le Roi se décide en faveur du Tiers État. C'est la partie la plus forte et la plus nombreuse de ses sujets. Dans le principe on eût pu prévoir la crise où nous nous trouvons. On ne l'a pas fait quand on eût pu le faire, il n'est plus temps de revenir sur ses pas,

« Les députés du Tiers État comptent plus que jamais sur cette décision conforme à leurs vues. M. le duc d'Orléans et l'évêque de Chartres ont fait dire à plusieurs d'entre eux qu'ils s'alarmaient à tort, que le Roi leur est dévoué et qu'il prononcerait en leur faveur. Cette nouvelle, qui s'est répandue, a calmé les esprits.

« D'Épréménil a été publiquement insulté; l'abbé Maury a été prévenu à temps, il ne sort plus de son appartement; on lui conseille de s'éloigner, et l'on dit qu'il fera prudemment de profiter de cet avis.

« On est instruit de l'assemblée du Parlement et de sesdéputations au Roi; on est de même instruit des intentions de cette cour. Mais le sort en est jeté. Si le Parlement se mêle en la moindre chose des affaires du temps, il est décidé çw'on le cassera purement et simplement.

« C'est une chose bien extraordinaire que M. Necker soit hautement désapprouvé par tous les partis. La Noblesse se récrie contre les principes populaires du ministre, le Tiers-État le blâme de ses irrésolulions et de la faveur qu'il paraît accorder aux grands

« Le Clergé s'est assemblé la nuit dernière dans l'église Notre- Dame. Toutes ses démarches sont suspectes. Si les troubles qui nous agitent devenaient sérieux, cet Ordre serait le premier immolé à la fureur du peuple.

Versailles, le 22 juin.

« Le Tiers-État s'est réuni ce matin dans l'église Saint-Louis

M. le président a trouvé sur le bureau la clochette qu'on emploie dans l'église pour le service divin ; on avait collé sur cette clochette l'inscription suivante :

« 0 vous, bons citoyens, à qui le désir du bien public inspire tant

h d'énergie au moment où l'on a tenté d'enchaîner votre activité, je

^« me consacre désormais à votre service. Que je m'applaudis de vous

« avoir rappelés sans peine à Tordre, à l'instant même où l'on cher-

« chait à vous séparer! Puissent mes sons retentir à jamais dans vos

« cœurs, si j'ai pu vous être utile dans un moment de trouble et de « péril! Faites que je ne reste pas muette lorsque le calme et la paix « seront rendus à cette auguste assemblée ! »

« On dit que ce chef-d'œuvre est du curé de Saint-Louis

« Les nouvelles de Paris nous apprennent que le secrétaire de l'ambassadeur de l'Empire, s'étant permis au café du Caveau des propos déplacés contre le Tiers-État, avait été arrêté et forcé à faire amende honorable, qu'il avait été chassé du Palais-Royal et conduit ignominieusement jusqu'à la rue Vivienne !

« La journée de demain est attendue avec une impatience qui tient du délire. On se perd en raisonnements sur de simples conjectures. On enfante mille folies plus extravagantes les unes que les autres. On parle de guerre civile, et, pour la soutenir, le Tiers-État se propose de lever des troupes nationales. Il doit s'en occuper incessamment et prendre à son service des chevaliers de Saint-Louis, des officiers à la suite et ceux qui ne sont pas en activité de service, pour commander les soldats et les exercer au maniement des armes; il compte que les troupes réglées ne serviront pas contre lui; enfin il s'arrange de manière à ne douter de rien.

Du 23 et du 24.

« La séance royale levée, les Communes sont restées dans la salle et ont arrêté, sur la motion de M. Camus, que l'Assemblée nationale persistait dans ses précédents arrêtés. Elle a de plus déclaré, sur la motion de M. le comte de Mirabeau, que la personne des députés est inviolable, etc.

« J'étais à Versailles le 23 et j'y restai jusqu'à sept heures du soir. Je ne m'aperçus point que la fermentation fût générale et dangereuse. Le Tiers-État n'était pas satisfait, mais il murmurait tout bas. On disaitalorsqueM. Necker partiraitdans la nuit et que les Parisiens étaient dans la plus vive agitation. Je vins à Paris et partout je vis régner le calme et la paix. On parlait de la séance royale, mais on en parlait avec la même indifférence qu'on parle de la pluie et du beau temps. Je fus surpris de cette grande tranquillité. Vers les onze heures du soir un commissaire dont je n'ai pu savoir le nom, se rendit en habit de cérémonie au café de Foy et fit lecture publiquement de la relation suivante :

« Dans la soirée la populace s'est portée au château de Versailles « avec menaces, les princes ont crié aux armes, les soldats ont refusé « d'obéir. La reine a fait appeler M. le Directeur général. Une foule « innombrable et au moins deux cents députés des Communes étaient « sur son passage. Les cris de Vive Necker n'avaient cessé que lorsqu'il a

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