‹ Les élections et les cahiers de Paris en 1789 (volume 2)Chapitre 32 sur 549 · ÉLECTION DU PRÉSIDENT DE LA NOBLESSE · texte numérisé non relu

ÉLECTION DU PRÉSIDENT DE LA NOBLESSE

Séance du 27 avril.

« Ce jour lundi, rasssemblée générale des électeurs représentant les citoyens nobles de la Ville de Paris, toujours présidée provisoirement par M. le Prévôt de Paris, a procédé à l'appel et au serment des nouveaux électeurs »

L'appel général fait de tous les assistants et la formation de l'assemblée arrêtée, le marquis de Boulainvillers, Prévôt de Paris, a prononcé le discours suivant :

« Messieurs, les prérogatives et les droits reconnus et jamais con- « testés de ma place, ainsi que l'usage immémorial et non interrompu, « m'ont toujours déféré la présidence des trois Ordres réunis et le pri- « vilège inappréciable d'avoir à présider l'Ordre de la Noblesse lors- « qu'elle est séparée dans sa Chambre. Le désir de vous plaire, mes- « sieurs, et de vous donner des preuves de ma déférence, et la crainte (( de retarder les États généraux, dont l'ouverture est très prochaine, « me porteraient à vous en faire l'hommage en ce jour; mais, comme je (i dois à mes successeurs de conserver dans leur intégrité les droits de « ma place et de la leur rendre telle que je l'ai reçue, ce ne pourrait « être que sous les réserves les plus expresses, dont je vous supplierais « de me donner acte. »

« L'assemblée y a consenti unanimement et a arrêté qu'il serait donné acte à M. le Prévôt de Paris de ses réserves.

« Ensuite, l'assemblée s'est occupée du soin de s'élire un président. On a choisi pour scrutateurs les trois gentilshommes les plus âgés : M. le duc de Brancas, M. le comte de Maupeou, M. Le Bègue. Après quoi, on a procédé au scrutin et le scrutin, vérifié à haute voix, a découvert que le choix était tombé sur M. le comte de Clermont-Ton- NERRE, qui réunissait cent suffrages. L'acclamation la plus touchante a couronné cette élection.

« Le nouveau président, avant de prendre place, a remercié l'assemblée dans les termes suivants :

« Messieurs, si je ne consultais que mon âge et mes forces, je u refuserais l'honneur que vous me faites; mais je ne considère que « votre courage et mon devoir, et j'accepte. »

« L'assemblée a répondu par des applaudissements, et M. le président a pris place sur le fauteuil.

« Alors un des membres de l'assemblée a proposé de délibérer sur la question de savoir si on nommerait deux secrétaires. La question a

passé à l'affirmative sans aller aux voix. Aussitôt on a procédé à l'élection du premier secrétaire dans la même forme que pour le président.

« Le scrutin a été interrompu par l'arrivée d'une députation du Clergé. La députation introduite, reçue et placée avec les honneurs accoutumés, M. l'abbé de Montesquiou a porté la parole et a terminé son discours par la lecture d'un arrêté que le Clergé venait de prendre

et dont il a laissé copie sur le bureau (Renonciation aux privilèges

pécuniaires ^)

« La Chambre a vivement applaudi le discours de M. l'abbé de Montesquiou.

« M. le président a répondu :

« Je ne pourrais, monsieur, vous exprimer plus fortement le vœu <c de la Noblesse qu'en la laissant manifester elle-même ses sentiments. « Mes expressions eussent affaibli la sienne. Je me bornerai à vous « assurer, monsieur, que l'Ordre de la Noblesse s'avancera toujours « d'un pas ferme vers la régénération souhaitée, soit en marchant à (( côté de vous, soit en vous devançant, si nous sommes assez heureux « pour vous gagner de vitesse, soit en vous suivant, si vos exemples « nous précèdent. »

« La députation du Clergé a été reconduite avec les mêmes honneurs, et, le scrutin repris, achevé et vérifié, il s'est trouvé que le choix tombait sur M. d'Éprèménil pour la place de premier secrétaire,

« On a procédé à l'élection du second secrétaire dans les mêmes formes. Le choix est tombé sur M. le comte de Lalhj-Tolendal.

« Les deux secrétaires ont pris place, le premier à la droite, et le second à la gauche de M. le président.

« Ces élections finies, M. le président a fait l'ouverture d'un paquej; adressé à l'assemblée par M. le marquis de Favras 2; il a été arrêté que ce paquet serait renvoyé aux commissaires qui doivent être nommés pour la rédaction des Cahiers.

« M. le président a fait ensuite l'annonce d'un autre paquet adressé aux trois Ordres. Il n'a pas été ouvert, mais renvoyé à la première réunion des Ordres.

« Une députation a été nommée pour aller remercier le Clergé de la communication qu'il venait de donner à la Noblesse. Cette députa-

1. Voir ci-dessus, p. 20, dans le procès-verbal du Clergé, 27 avril. Le texte de la dernière phrase, dans ce procès-verbal de la Noblesse comme dans celui du Tiers État, est ainsi corrigé :

« La Chambre ecclésiastique ne se permettant pas de douter que la Nation ne recon- << naisse comme dettes de l'Étal les dettes du Clergé, parce qu'elles ont toutes été con- <i tractées pour son service. »

2. Voir tome IV, Élections et Cahiers de Paris hors murs, p. 348.

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