‹ Les élections et les cahiers de Paris en 1789 (volume 2)Chapitre 329 sur 549 · Man. BibL nat. 6687, fo» 365 à · texte numérisé non relu

Man. BibL nat. 6687, fo» 365 à

soldat dans les casernes des gardes- françaises, quoique les officiers aient épuisé tous les moyens de les retenir. 11 y a toute apparence qu'on les soudoie pour boire et se répandre dans les divers quartiers de la capitale. Vers une heure après midi, on en voit passer un détachement assez considérable rue du Petit-Pont, venant de la rue Galande et gagnant le pont Notre-Dame; quelques-uns ont l'épée nue à la main; presque tous paraissent pris de vin et crient : « A bas la calotte! » Les ecclésiastiques qui se rencontrent sur leur passage risquent d'être insultés. »

« Samedi, 27 juin. — On lit dans le Mercure de France^, n" 26 à l'article « Paris », la confirmation des bruits alarmants qu'il avait été fait dans divers endroits d'aff'reuses tentatives pour anéantir en vert le

produit des moissons On a arrêté à Saint-Quentin trois de cette

bande de scélérats »

u Dimanche, 28 jain, — On a été obligé de ne laisser au Palais- Royal que deux portes ouvertes , tant il s'y est introduit vendredi

de populace et même de filous, à cause des illuminations et réjouissances sur la permanence de M. Necker dans l'administration des finances. »

« Mardi, 30 juin. — A sept heures dix minutes du soir, la nouvelle est apportée dans le café de Foy, au Palais-Royal, foyer actuel des insurrections, que l'on a enfermé dans les prisons de l'Abbaye Saint- Germain-des-Prés , rue Sainte-Marguerite, faubourg Saint-Germain, onze soldats du régiment des gardes-françaises pour avoir fait refus d'user de leurs armes contre les citoyens, à Versailles, le mardi 23 du présent mois; que quelques-uns d'entre eux doivent être soi-disant pendus entre les deux guichets la nuit suivante, et d'autres renfermés dans les cabanons du château de Ricêtre. Trois cents particuliers au moins réunis partent du jardin du Palais-Royal, se rendent précipitamment à la prison sus-énoncée, suivis d'une populace nombreuse. Sur le refus du concierge, comme des guichetiers, d'ouvrir les portes, ils

1. Le 13 avril, Le Clerc, chevalier de Saint-Michel, adressait une pétition au Roi pour « supplier Sa Majesté de le nommer rédacteur du Journal des États généraux, en collaboration avec l'abbé Brun et le sieur Leroi, attaché à Sa Majesté ». U lui était répondu le 17 : « Que cela était dans le privilège des autres journaux, notamment du Mercure (Arch. nat., Ba Cl, liasse 6).

Le Mercure de France (Bibl. nat., Le» 39) « dédié au Roi » parut de 1724 à 1791 , et forme 977 vol. in-12. Dans la première moitié de l'année 1789, il était rédigé par L. de Boissy et par Marmontel. Il donne, en effet, plus complètement que le Journal de Paris, autre périodique privilégié, les séances des États généraux, puis de l'Assemblée nationale, dans ses numéros hebdomadaires de juin et de juillet 1789. Los nouvelles politiques de Versailles et de Paris y sont publiées sous forme de correspondance étrangère dans le supplément intitulé Journal politique de Bruxelles. La partie principale est toujours exclusivement littéraire, commençant par des « pièces fugitives en vers et en prose ».

RÉBELLION ET DÉLIVRANCE DES GARDES-FRANÇAISES. /t5<

les enfoncent toutes, pénètrent avec des flambeaux jusque dans les cachots, en font sortir tous les prisonniers, parmi lesquels se trouvaient quatorze soldats du régiment des gardes-françaises, six soldats du guet de la garde de Paris, plusieurs officiers détenus depuis du temps pour diverses causes. Ils conduisent en triomphe les quatorze soldats du régiment des gardes-françaises au Palais-Royal, où ils leur font donner à souper dans le jardin, dont M. le duc d'Orléans ordonne qu'on laisse toute la nuit les portes ouvertes. Quand les soldats ont soupe, on fait porter des matelas dans la salle des Variétés amusantes, où on les met coucher jusqu'au lendemain. Une compagnie de dragons et une autre compagnie de hussards étant arrivées, le sabre à la main, à la prison de l'Abbaye tandis qu'une scène aussi extraordinaire s'y passait, la multitude leur a crié : Bas les armes, nos amis! Ils ont aussitôt fort prudemment remis leur sabre dans le fourreau et tendu les mains à leurs frères en signe d'amitié. A huit heures trente-cinq minutes toute cette expédition était terminée; et l'on observa qu'en une demi-heure de temps, par le moyen d'outils de toute espèce enlevés chez un ferrailleur dans la cour de l'Abbaye et par l'acharnement des travailleurs, il avait été commis infiniment plus de dégât que des ouvriers en nombre et à dessein de détruire n'en eussent pu faire en plusieurs heures ^

« N. B. — Les citoyens paisibles n'étaient pas sans inquiétude et même sans effroi, témoins d'un événement tel que celui dont on vient de lire le détail affligeant. Ils redoutaient avec fondement les suites funestes d'une insubordination qui gagnait progressivement comme la gangrène; pour nombre de membres de la société il était bien difficile de se persuader que nos ennemis extérieurs n'y eussent aucune part, quoiqu'on en connût de très puissants dans l'intérieur même de la France. »

1. Comparez avec le récit du Moniteur, à la date du 4 juillet, et celui de Beaulieu, Essais histor., I, '297. — Le promoteur du soulèvement du Palais-Royal pour la délivrance des gardes françaises était Loustalot, le principal rédacteur des Révolutions de Paris et l'ami de Camille Desmoulins qui prononça son oraison funèbre en septembre 1790. Il était né à Saint-Jean-d'Angély, le 25 décembre 1761, et était venu à Paris en 1787, frappé d'une suspension par le Parlement de Bordeaux, pour un Mémoire d'avocat contre le tribunal de sa ville natale. (Voir le volume de Marcellin Palet sur Loustalot et les Révolutions de Paris, in-12, 1872, Paris, et l'art, de la Revue de la Révolution, du 5 février 1888.)

Dans ses Mémoires inédits, que publie la Société d'histoire de la Révolution, Fournier l'Américain se vante d'avoir pris l'initiative de la délivrance des gardes-françaises à l'Abbaye, et d'avoir été élu « chef du corps national armé spontanément », formé le 13 juillet au Palais-Royal ; d'avoir des premiers attaqué la Bastille, puis présidé à la distribution des armes qui s'y trouvaient, et encore d'avoir prévenu l'incendie des lettres à la poste, etc. Cependant son nom ne se retrouve dans aucun des documents que nous ■citons.

« Mercredi, l" juillet. — Les soldats du régiment des gardes-françaises délivrés de prison la veille avec tant de violence sont encore au Palais-Royal, où on les a placés dans un appartement du premier étage, sur les galeries, du côté du café de Foy, d'où l'on tend, par une croisée, un panier avec une corde dans le jardin, pour y recueillir les libéralités que le public juge à propos de leur faire. On sollicite en leur faveur auprès du Roi une amnistie, et l'on a entrepris à cet égard quelques démarches auprès de l'Assemblée nationale, qui par prudence, ne veut pas trop se mêler de cette affaire. La fermentation continue malheureusement d'être toujours la même dans le jardin du Palais-Royal, et l'on ne pourrait s'empêcher de penser que l'on emploie, que l'on soudoie de mauvais citoyens, des gens malintentionnés pour échauffer et soulever les esprits. On ne voit que trop le mal s'accroître

« On distribuait dans les rues, tout imprimée en quatre pages format in-8°, la rédaction de ce qui s'était passé la veille à la prison de l'Abbaye Saint-Germain, dont on évaluait les réparations indispensables à une somme de six mille livres. N'était-il pas bien étonnant que l'administration souffrit qu'on mît entre les mains de tout le monde un récit qui ne pouvait que contribuer à entretenir et à animer encore l'esprit d'insurrection et de révolte, devenu déjà si inquiétant

pour les citoyens d'une aussi immense capitale La police avait

aussi fait imprimer une espèce de placard d'un carré de papier contenant les noms des soldats délivrés avec celui de la compagnie dans laquelle ils étaient, accompagnés de notes qui n'étaient pas à leur avantage, afin de ralentir un peu par ce moyen la vivacité de l'intérêt qu'ils avaient inspiré au public, et chargé ses émissaires d'en répandre soigneusement de toutes parts les exemplaires. On prétendait que tous les libraires établis dans l'intérieur du Palais-Royal, dans la crainte de se rendre désagréables aux habitués du jardin et des principaux cafés de ce jardin, où l'on voyait tant de monde, avaient anéanti ceux qui leur avaient été remis plutôt que de les distribuer * »

1. On vendit, au contraire, et beaucoup, une brochure de 32 pages petit in-8 (Bibl. nat. Lb39 1883), donnant, « dans son exacte vérité », le Récit de l'élargissement forcé et de la rentrée volontaire des gardes françaises dans la prison de VAbbaye, avec gravure.

La lecture, au Palais-Royal, de la lettre annonçant l'arrestation des gardes-françaises menacés par le duc du Chàtelet, leur colonel, les uns de mort, les autres des galères, pour avoir refusé de tirer sur le peuple à Versailles ; l'envahissement de la prison de l'Abbaye par plus de dix mille citoyens; l'installation des libérés à l'hôtel de Genève et « chez les filles, où, au nombre de seize personnes, ils dépensaient 60 livres par jour, » etc., sont on ne peut mieux décrits dans ce procès-verbal, qui ne porte qu'une signature au complet, celle de Saint-Ursin, secrétaire de la députation du peuple du Palais-Royal à l'Assemblée nationale, avec des initiales parmi lesquelles on reconnaît C. D. et L., Camille

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