‹ Les élections et les cahiers de Paris en 1789 (volume 2)Chapitre 330 sur 549 · L'AGITATION DU PALAIS-ROYAL · texte numérisé non relu

L'AGITATION DU PALAIS-ROYAL

« Jeudi, 2 juillet. — La fermentation continue d'être au même période dans l'intérieur du Palais-Royal et semble même augmenter en raison de ce que l'amnistie des soldats du régiment des gardes-françaises, qu'on y tient toujours pour ainsi dire sous la sauvegarde du public, se fait bien attendre ou désirer

« Vers les sept heures du soir, un particulier jeune s'avise de monter sur une chaise, comme avaient coutume de le faire depuis plusieurs jours ceux qui voulaient pérorer d'une manière plus frappante ou plus remarquable, et de lire tout haut une espèce d'écrit qui annonçait que le Clergé et la Noblesse tenaient toujours dans leurs mains cruelles le sort de ces soldats et s'opposaient à la clémence du Roi; en même temps un polisson s'avise de crier : Aux armes! et la terreur se répand alors au point qu'on voit sortir en foule du jardin nombre de personnes de l'un et de l'autre sexe

« L'alarme se répandait encore dans la capitale par le bruit que nombre de boulangers étaient sur le point de fermer boutique, que d'autres cuisaient un tiers moins de pain que de coutume, enfin que la halle n'était nullement garnie de farine et qu'un grand nombre de personnes s'approvisionnaient de riz, denrée que l'on arrêtait même à son arrivée pour les hôpitaux, où l'on commençait déjà, soi-disant, à en donner aux pauvres au lieu de pain. »

NOTES SECRÈTES Adressées au ministre des affaires étrangères \

« Paris, 25 juin.

« La journée a été beaucoup moins tranquille que les précédentes. Tous les esprits m'ont paru dans l'émotion la plus vive. Partout on voyait des attroupements disposés à se porter aux plus horribles extrémités.

« Le peuple a été en mouvement toute la nuit, il a fait des feux de joie et il a tiré un nombre prodigieux de fusées devant le Palais- Royal et le Contrôle général; toutes les maisons adjacentes de cet hôtel ont été illuminées; les habitants de ces maisons étaient aux fenêtres et ipplaudissaient aux éclats.

« On a vu ce matin deux placards affichés, l'un à la porte du

)esmoulins etLoustalot. D'après ce Récit, dans la nuit du 30 juin au I"' juillet, au Palaisloyal, « les uns proposaient de s'emparer de la Bastille, pour rendre inutiles les canons fet les munitions de guerre y déposés ; les autres d'aller en foule à Versailles se jeter aux Dieds du Roi ».

1. Archives des affaires étrangères, France, f»' 219-223, 22i, 226-227.

Cirque du Palais-Royal, l'autre à celle du Contrôle général. Le premier était conçu en ces termes :

« Vous, illustre descendant du plus chéri des rois, auguste rejeton « d'Henri IV, votre zèle patriotique vous confirme l'immortalité, que (( votre âme élevée vous a déjà assurée. Comme guerrier, vous vengez (( la patrie opprimée; comme excellent prince de sang royal, vous « soutenez la classe infortunée de la Nation, et un concours de cinq « à six mille citoyens du troisième Ordre et de cette même classe vien- « nent aujourd'hui dans votre palais vous prouver, avec une effusion « de cœur, que le nom français garantit, combien ils sont respectueu- 0 sèment reconnaissants de l'intérêt que vous avez pris à établir son « bonheur.

« Veuille le Ciel perpétuer vos illustres rejetons! Daignez, grand « prince, appuyer la Nation de votre puissante protection ; elle en por- « tera le souvenir jusqu'à la postérité la plus reculée!

« 0 grande et vertueuse princesse, digne épouse du prince chéri « de la Nation, daignez partager ces vœux; ils sont purs et sans mé- « lange, parce qu'ils sont puisés dans nos cœurs.

« Vive Monseigneur le duc d'Orléans! »

« Ce placard a été imprimé tout de suite et distribué avec profusion. On ne parlait que du duc d'Orléans ; les uns voulaient le faire généralissime des troupes nationales; les autres voulaient en faire un roi, etc.

« Le second placard était conçu en ces termes :

« Six mille citoyens français se présentent à la porte du Contrôle « général pour y contempler le nouveau Sully, l'ange tutélaire de la « France, le restaurateur de la patrie et le gouvernail de la Nation.

« Veille l'Être suprême, conformément aux vœux de tous les bons « citoyens, à la conservation du ministre incomparable! Ces mêmes « vœux seront à jamais gravés dans les cœurs de la postérité la plus « reculée de la Nation française! »

« Il paraît décidé qu'on fera ce soir des fçux de joie dans l'intérieur du Palais-Royal.

(( On a dit, et le fait paraît avéré, que deux compagnies de gardesfrançaises étaient sorties de leur caserne sans permission et s'étaient répandues soit dans la ville, soit dans la campagne, de peur d'être commandées, ne voulant pas servir dans la circonstance actuelle.

« Ce qu'il y a de bien positif, c'est que j'en ai vu plusieurs se promener sur les boulevards et au Palais-Royal, suivis d'un concours prodigieux qui ne cessait pas de les applaudir.

« J'ai été le témoin d'une scène bien extraordinaire au Palais-

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