‹ Les élections et les cahiers de Paris en 1789 (volume 2)Chapitre 331 sur 549 · LES ÉMOTIONS DE PARIS ET DE VERSAILLES · texte numérisé non relu

LES ÉMOTIONS DE PARIS ET DE VERSAILLES

Royal, Plusieurs gardes-françaises, qui s'y étaient rendus à dessein, ont été entourés parle peuple et conduits au café, où on les a fait boire peut-être plus qu'ils ne voulaient. Ensuite un particulier est monté sur une chaise, dans l'intérieur du Palais-Royal, vis-à-vis le café du Caveau; là, entouré de plus de dix mille personnes, il a prononcé hautement l'éloge des gardes-françaises, et il a été généralement applaudi.

« On voyait de distance en distance des gardes-françaises se promener ivres-morts. Un particulier, qui gémissait de ce scandale, a eu l'imprudence de dire que la tête de cet orateur imprudent, qui s'élevait au-dessus des autres, pourrait bien sauter avant quinze jours. Il a été entendu et n'a dû son salut qu'à la fuite.

« Je ne serais pas surpris que la nuit fût orageuse. Les nouvelles de Versailles ne sont pas moins alarmantes. Elles portent en substance que les gardes, les baïonnettes qui entourent la salle des États généraux ont donné de l'humeur et du mécontentement; qu'après plusieurs explications avec les sentinelles et les officiers de garde le Tiers- État, considérant que le Roi a fait la convocation des États libî^es, que cependant rien n'était moins libre que l'Assemblée nationale, avait arrêté de faire à ce sujet une députation au Roi, composée de quarante membres, pour se plaindre et déclarer que, si dans les vingt-quatre heures l'Assemblée nationale n'avait point une liberté entière, elle se transporterait dans un lieu oii elle pourrait jouir de sa liberté.

« Elles parlent pour la seconde fois de la réunion de la majorité du Clergé composée de 151 députés; des motions injurieuses faites contre les absents , en particulier contre l'archevêque de Nîmes, qui n'a dû son salut qu'aux instances de l'archevêque de Bordeaux.

« Elles rendent compte d'une scène bien malheureuse pour l'archevêque de Paris. Elles disent que ce prélat a été accompagné depuis sa sortie de la cour des Menus jusqu'à son hôtel, à coups de pierres, que les glaces de son carrosse et les vitres de son appartement ont été cassées, et qu'il a été frappé d'une pierre à l'épaule, aussi bien que Me' l'évêque de Senez. Elles ajoutent que les gardes-françaises et les gardes du corps sont accourus pour le secourir; mais que, loin de se porter a aucune voie de fait contre la populace. Us ne faisaient qu'en rire.

« Elles disent encore qu'une foule immense a été en mouvement toute la nuit dans les rues et hors de Versailles, qu'on n'entendait que les cris de: Vive la Nation! Vive M. de Necker! Vivent les députés de l'Assemblée nationale!

« Elles nous apprennent enfin que la minorité de la Noblesse s'est

réunie ce matin, au nombre de quarante-huit membres, précédés de Ms"" le duc d'Orléans et des acclamations du peuple.

« On parle beaucoup d'un discours de M. de Glermont-Tonnerre et du mépris général qu'on a témoigné pour le nom de M. d'Éprémesnil à l'appel.

« On dit que le public voulait enfoncer les portes pour partager la joie de l'Assemblée et que les sentinelles allaient être forcées. MM. l'archevêque de Paris, Glermont-Tonnerre et Bailly ont pris sur eux de l'apaiser et y ont réussi mieux que n'auraient fait les houssards qui escarmouchaient à Versailles. Ils ont promis au peuple qu'ils feraient en sorte qu'il eût demain la liberté entière d'être partout. On dit que, si cette permission ne lui est pas accordée de bonne grâce, il la prendra de force.

a Ces relations font le plus grand mal et achèvent de tourner toutes les têtes. »

« Paris, 26 juin.

« Les esprits sont toujours dans la même «ngitation; les attroupements continuent, et le rendez-vous des têtes chaudes est toujours le Palais-Royal.

« M. Necker est considéré comme le sauveur de la Patrie; on ne parle que de lui, on prononce son nom avec attendrissement; jamais ministre n'a joui plus complètement de l'estime et de la reconnaissance de la Nation.

« La Ville de Paris a envoyé deux députations à l'Assemblée nationale; la première de la part des électeurs;... la seconde était une députation directe du Palais-Royal, masquée sous la dénomination des Trois Ordres. Elle avait le même but que la première. L'orateur, à ce qu'on dit, s'est très bien acquitté de sa commission »

« Paris, 27 juin.

« Les dispositions sont les mêmes, mais la journée a été plus paisible. Les attroupements étaient l'image de la joie et du contentement. Partout on chantait M. Necker et le duc d'Orléans. L'intérieur du Palais-Royal, les environs du Contrôle général ont été illuminés. On a tiré beaucoup de fusées. Plusieurs rues ont été illuminées de même. La nuit a été presque aussi agitée que le jour.

« Les gardes-françaises se conduisent toujours à l'ordinaire, se soûlent et crient : Vive le Tiers-État! Plusieurs d'entre eux s'étaient introduits dans l'Hôtel des Invalides pour haranguer les soldats et les attirer dans leur parti. Le major de l'Hôtel en a été instruit et les a fait chasser ignominieusement.

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