RÉSISTANCE AUX PROJETS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES
tion Ils agissent toujours avec la môme chaleur et suivent leur
plan sans le perdre de vue
« Les Parisiens, toujours alarmés sur les subsistances, ne voient pas d'un bon œil le camp qui se forme au champ de Mars; il y a déjà beaucoup de tentes placées.
« Versailles, le 8 juillet.
« Le comte de Mirabeau a fait une motion vigoureuse pour
demander l'éloignement des troupes cantonnées dans les environs de Paris et de Versailles, et que la garde de ces deux villes soit confiée à la bourgeoisie. Nous n'avons pas d'exemple de la force, de l'énergie et de la licence de son discours. Il a été généralement applaudi
« On a fait courir le bruit, ce matin, que le Roi devait tenir, lundi prochain (le 13), une séance royale. On dit que c'est pour annoncer que les Irois Ordres ont été assez longtemps réunis et que les deux premiers peuvent se retirer dans leurs Chambres
« On prétend que le Roi se refusera à la demande qui va lui être laite de l'éloignement des troupes qu'il a fait approcher de Paris et de Versailles. Dans ce cas, il paraît que les dispositions de l'Assemblée sont de suspendre toute délibération; de cesser même ses fonctions, pour ne les reprendre qu'après avoir été satisfaite sur l'objet de sa demande.
u Sur la séance royale indiquée pour lundi, il paraît que l'Assemblée ne s'en alarme pas. Voici sa résolution à tout événement : « Si les « deux premiers Ordres se retirent, nous ferons sans eux, et nous agi- « rons d'après nos principes, consignés dans l'Arrêté du 17 juin. »
« Rien n'égale la fermentation des esprits, ni les vives alarmes des bons citoyens sur le sort de la patrie; ils forment des vœux bien sincères pour le retour du calme et de la paix.
« Versailles, le 9 juillet.
u L'Ordre de la Noblesse s'est assemblé ce soir extraordinai-
rement. M. d'Épréménil a eu des explications assez vives avec deux députés du Tiers-État. Il a fini par leur dire : « Dispensez-vous, Mes- « sieurs, de me prêcher votre morale ; je vous assure que je serai « converti avant huit jours! » Comme on ne compte pas sur cette conversion, la réponse de M. d'Épréménil a fait naître des soupçons alarmants sur les intentions du gouvernement. Mais ces inquiétudes n'arrêteront rien; on est résolu d'aller d'un pas ferme au but et l'on veut arriver.
« Les nouvelles de Paris nous apprennent que la journée n'a pas été aussi tranquille que les précédentes. Le peuple est dans la plus vive agitation, et le foyer de désordre est toujours au Palais-Royal.
« On assure que M. le maréchal de Broglie a prévenu M. le duc d'Orléans que, s'il n'y mettait pas de l'ordre incessamment, il aviserait lui-même aux moyens d'y ramener l'ordre et k paix. ...
« Versailles, le 10 juillet.
« En rentrant chez moi je trouve une lettre de Paris qui m'apprend que toutes les troupes de l'artillerie, qui étaient à l'Hôtel des Invalides, ont forcé les sentinelles depuis onze heures du matin, et se sont répandues dans la Ville et au Palais-Royal. Au moment qu'on m'écrivait, elles étaient aux Champs-Elysées. Le public les a comblées d'honneur, d'argent et de fêtes. Toute l'artillerie des Invalides est à découvert; il y reste tout au plus les sentinelles. On croit que, sous peu de jours, peut-être même dans la journée, les troupes campées au Champ de Mars suivront cet exemple.
« Tout Paris est en Vair. On assure que la crainte en a fait sortir beaucoup de monde.
« Les bureaux (de l'Assemblée nationale) se sont assemblés ce soir, ils travaillent sans interruption au grand œuvre de la Constitution.
u Nous sommes dans un moment de crise bien redoutable. C'est au point qu'il donne des craintes fondées sur l'impuissance de calmer l'effervescence de toutes les têtes. »
Le ministre Villedeuil mande, le 8 juillet, à Marchais, lieutenant inspecteur du service des brigades de maréchaussée de l'Ile-de-France, qu'il ait « à prendre les ordres du maréchal de Broglie et du baron de Besenval, pour écarter du Champ de Mars les vagabonds, les filles et femmes de mauvaise vie qui pourraient pénétrer aux environs du camp ».
Le Prévôt général Papillon avait de lui-même organisé cette surveillance des alentours du camp. En lui recommandant d'en référer au maréchal de Broglie, « qui a en chef le commandement des troupes de l'intérieur et de l'extérieur de la capitale », le ministre de Paris le félicite de ce que le comte de Puységur, ministre de la guerre, « ait approuvé les précautions qui ont été prises par la compagnie de maréchaussée de l'Ile-de-France pour la sûreté du transport des deniers royaux^ ».
Extraits du journal manuscrit de Hardy »,
« Vendredi trois juillet. — Il s'en est fallu de bien peu qu'il partît la veille, vers ies huit heures du soir, une multitude de furieux du jardin
'L Arch. nat., O'5(]0, f" 391, d'après les iriinutes de deux lettres à Marchais et à Papillon.